Makala est un documentaire français réalisé par Emmanuel Gras et sorti en 2017. Le film reçoit le Grand prix de la Semaine de la critique au Festival de Cannes 2017.
Présentation Ce film documentaire a été tourné dans la région sud du Katanga, autour de Kolwezi, en République démocratique du Congo, en région très majoritairement chrétienne, dans les années 2015. Il accompagne un jeune du monde rural, pendant plusieurs semaines, de manière strictement chronologique, dans ses occupations, et ses rencontres, sans qu'aucun commentaire soit fourni.
Synopsis Kabwita Kasongo, un jeune Congolais pauvre, marié et père de trois filles, habite une case sommaire en adobe dans un village rural traditionnel avec sa femme Lydie et veut améliorer sa maison avec un toit de qualité. Pour cela, il projette d'acheter une quinzaine de tôles ondulées dans la ville voisine. C'est pourquoi il entreprend de se consacrer, comme de nombreux pauvres de la région, à la fabrication de charbon de bois (makala en swahili).
Cette tâche immense consiste d'abord à abattre un arbre monumental (autorisé) à l'aide d'une hache élémentaire, à transporter et déplacer de gros blocs de bois et des branches volumineuses au prix d'efforts surhumains, puis de le transformer à la hache en une multitude de petits blocs de bois et de petites bûches. Après de longs jours de lutte harassante contre le géant végétal, il dispose le bois en un imposant dôme de plusieurs mètres cubes qu'il doit ensuite recouvrir soigneusement d'une bonne couche de terre. Puis il aménage quelques trous dans le dôme et met le feu à l'ensemble qui va se consumer lentement pour former le précieux makala. Enfin, Kabwita éteint chaque bûchette noircie en crachant dessus des gorgées d'eau.
La deuxième étape est encore plus épuisante : le transport de sacs de charbon depuis son village jusqu'à la grande ville où les vendre. Il charge alors le charbon dans six ou huit gros sacs chargés de de matière et les installe sur un vélo de fortune, soigneusement disposés de manière à charger un maximum de charbon, d'un poids probablement compris entre 100 et . Le vélo, équipé d'une solide béquille et d'une tige verticale qui actionne le guidon, ne peut être couché à terre, car il serait impossible à relever. Chargé à bloc, il ne peut être déplacé qu'en le poussant à pied, en luttant à la fois contre le poids du chargement, les côtes et le risque que le vélo chute à terre.
Kabwita se lance alors dans un périple surhumain de , muni d'un simple bidon d'eau, presque sans nourriture. Il est filmé de très près par le caméraman et on assiste en gros plan à son calvaire pendant plusieurs jours et plusieurs nuits, au milieu des chemins de brousse et des champs, puis des grandes pistes de terre saturées de camions, d'autobus, de 4x4, de motos de poussière, et de quelques autres pauvres pousseurs de vélos, dans un pays où la sécurité et le code de la route sont juste un rêve. Au péril de sa vie, marchant à quelques centimètres des véhicules lancés à toute allure, on le voit à bout de force, incapable de franchir une côte ; puis il subit le racket d'individus malintentionnés qui lui retiennent un sac de charbon , et à la merci de voyous qui peuvent l'attaquer à tout moment. Un jour, alors que son vélo est appuyé sur la béquille sur le bord de la route et que le jeune homme s'offre un peu de repos à l'ombre, un camion percute le vélo qui s'écrase dans le fossé en éventrant un ou deux sacs. Désespéré, il obtient toutefois la solidarité de passants qui l'aident à remettre péniblement sur pied le vélo endommagé et lourdement chargé.
Puis vient l'heure, une fois qu'il arrive enfin en ville, de la vente du charbon sur le marché de la capitale, saturée de population et de bruit. Mais le commerce est difficile car les clients marchandent âprement les prix au mépris du travail fourni. Une fois l'ensemble des sacs vendus, Kabwita se rend dans une échoppe pour acheter les précieuses tôles. Mais à l'unité, il pourrait à peine en acheter une au lieu des quinze espérées. Résigné, il se rend dans une église sommaire où des fidèles en transe, se livrent, sous les injonctions d'un prédicateur, à des prières enflammées. Il implore alors Dieu de lui donner la force de vivre.
Le réalisateur filme ce labeur démesuré, exténuant et mutique de la grande pauvreté, tel un véritable chemin de croix.
Fiche technique Titre du film : Makala Réalisation, scénario et photographie : Emmanuel Gras Son : Manuel Vidal Montage : Karen Benainous Musique : Gaspar Claus Production : Nicolas Anthome - Bathysphère, en association avec Cinémage 11 Pays d'origine : Genre : documentaire Format : couleur Durée : 96 minutes Dates de sortie : France : au Festival de Cannes (Semaine de la critique) et en salles
Distribution Kabwita et Lydie Kasongo, dans leurs propres rôles
Commentaires Emmanuel Raspiengeas, Positif, n° 677, Juillet-Août 2017.
Camille Bui, Cahiers du cinéma, n° 739, décembre 2017.
Distinctions Festival de Cannes 2017 : Grand prix de la Semaine de la critique Mention spéciale de L'Œil d'or Cinema Extraordinare du Festival international du film de Bergen 2017
Bibliographie Marie-Pauline Mollaret, L'Avant-scène cinéma, , , Emmanuel Raspiengeas, Positif, , , Dominique Martinez, Positif, , , Thomas Coster, Jeune Cinéma, , , Olivier Pélisson, " Un homme en marche ", Bande à Part,
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