L'affaire Tariq Ramadan est une affaire judiciaire de droit commun et de violences sexuelles mettant en cause l'islamologue Tariq Ramadan. Elle éclate dans le contexte du mouvement #BalanceTonPorc.

Le , Henda Ayari porte plainte en France contre Tariq Ramadan pour . Quatre jours plus tard, une autre Française dépose plainte pour des faits similaires. Peu après, quatre de ses anciennes élèves en Suisse affirment dans la presse avoir été victimes d’abus de sa part dans les années 1980 à 1990, alors qu'elles étaient âgées de 14 à . Par la suite, entre et , quatre autres femmes portent plainte contre lui pour des faits de crimes et délits sexuels.

Mis en examen pour et dans le cadre des accusations des deux premières plaignantes, Tariq Ramadan est placé en détention provisoire le . Il rejette les accusations dont il fait l'objet tout en reconnaissant par la suite des relations extraconjugales. En , il est mis en examen pour par la justice suisse.

Le , la chambre d'instruction de la cour d'appel ordonne la mise en liberté sous contrôle judiciaire, avec assignation à résidence en France. Le , Tariq Ramadan porte plainte pour « dénonciation calomnieuse » et « dénonciation d’une infraction imaginaire » contre trois des plaignantes françaises. Le , il est mis en examen pour le viol de deux autres femmes, auditionnées début 2019 comme témoins et dont une a porté plainte.

Le , il est acquitté par le tribunal correctionnel de Genève. Il est ensuite reconnu coupable en appel et condamné par la justice suisse en à trois ans de prison, dont un an ferme.

Le , le Parquet général de Paris requiert l'abandon des poursuites dans trois des quatre affaires de viol dont il est accusé (Henda El Ayari, Mounia Rabbouj et Nais Lorain). En , la cour d’appel de Paris renvoie Tariq Ramadan devant la cour criminelle départementale pour des viols sur trois femmes mais écarte une quatrième plainte.

Accusations

L'affaire débute dans le contexte du mouvement #BalanceTonPorc qui, à la suite des révélations sur les agissements du producteur de cinéma américain Harvey Weinstein, a libéré la parole de victimes d'agressions sexuelles.

Première plainte Dans son livre autobiographique J’ai choisi d’être libre, Henda Ayari rapporte avoir été violentée par , un islamologue, prédicateur charismatique. En , après , elle désigne Tariq Ramadan comme étant son agresseur, et précise avoir pris cette décision afin d'..

Le , elle porte plainte contre lui pour auprès du parquet de Rouen.. Selon son avocat, les faits remontent à 2012.. En 2019, l'enquête de la brigade criminelle établit que les faits présumés se sont produits dans la nuit du , à l'hôtel Crowne Plaza, à Paris.

Les accusations sont formellement démenties par Tariq Ramadan dont l'avocat dépose, le , une devant le procureur du même ressort...

Le même jour, Pascal Prache, procureur de la République de Rouen, informe la presse qu'il se dessaisit de l'affaire au profit du parquet de Paris, lieu où se seraient déroulés les faits dénoncés par la plaignante.

Henda Ayari est entendue à l'hôtel de police de Rouen le . Selon Le Parisien, elle déclare aux enquêteurs qu'après avoir été violée par Ramadan en 2012, elle s'est confiée à quelques fidèles dans l’entourage du théologien, puis qu'elle a été menacée par Tariq Ramadan. Elle transmet aux enquêteurs ..

À la suite de sa plainte, Henda Ayari reçoit sur les médias sociaux plusieurs soutiens, mais y est également , Le Monde évoquant notamment un déchaînement d'antisémitisme.. Selon le quotidien, « si les messages de soutien à l’ancienne salafiste ont été nombreux, ceux qui lui sont hostiles ont un ton haineux d’une rare violence ». Parfois soupçonnée d'avoir organisé un scandale pour faire vendre son livre, Henda Ayari est accusée par certains internautes d'avoir été payée pour abattre Tariq Ramadan et « à travers lui, l’islam tout entier ». Dans cette théorie du complot, les instigateurs désignés sont souvent les , et divers journaux parlent d'attaques « antisémites » contre Henda Ayari.

Fin , le Parquet de Paris enregistre l'attestation écrite d'un affirmant avoir été, en 2013, harcelé sexuellement et menacé de plainte pour viol par Henda Ayari. Il s'agit d'un pour Jonas Haddad, l'avocat de la plaignante qui qualifie, elle-même, cette allégation de calomnie. En , le témoin, Djamel B., est condamné à dix mois de prison ferme pour faux et usage de faux dans le cadre d'une recherche d'emploi ; il est aussi mis en cause dans une affaire de viol et dans une affaire de kidnapping avec séquestration.

Deuxième plainte Le , une deuxième femme, accusant Tariq Ramadan d'actes similaires remontant à 2009, porte également plainte pour viol. Il s'agit d'une femme qui souffre, à la suite d'un accident, d'un handicap aux jambes ; elle se déplace à l'époque assistée par le port d'une attelle à la jambe droite et soutenue par des béquilles. Elle évoque et affirme avoir reçu des coups à plusieurs reprises, avoir été victime de fellation et sodomie, tout en manifestant son opposition : .... Des certificats médicaux établis après cette nuit sont versés au dossier et attestent, selon la plaignante, d’ecchymoses et de blessures. Au contraire, Tariq Ramadan affirme n'avoir pas eu des relations sexuelles avec Paule-Emma Aline, surnommée par les médias, évoquant un simple échange de quelques minutes dans le bar de l'hôtel.

Dans un entretien accordé à Vanity Fair, publié en partie le , Paule-Emma Aline, donne de nombreux détails sur sa relation par internet avec Ramadan avant leur première entrevue. Elle raconte avoir rencontré l'islamologue le à Lyon, deux heures avant la conférence prévue pour 20 h 30. Selon le récit d'Aline, il la viole après qu'ils sont montés dans sa chambre d'hôtel, puis il se rend à la conférence confisquant ses vêtements dans un sac et lui disant : . Aline raconte être demeurée prostrée, et avoir passé la nuit avec Ramadan après la conférence.

Selon Le Parisien, Paule-Emma Aline n'a dans un premier temps, jamais fourni son téléphone portable aux enquêteurs, expliquant l'avoir égaré. Elle prend 5 photos « un an plus tard, d’un écran de téléphone ». Tariq Ramadan conteste être l'auteur de ces SMS. Dans un article du , Le Parisien annonce qu'Aline a retrouvé le portable. Une expertise informatique permet de retrouver ces SMS à caractère sexuel dans le téléphone portable d'Aline démontrant que Tariq Ramadan a menti sur ses relations avec la plaignante. Avant la rencontre, le théologien écrit : . Aline prenant visiblement peur, il la rassure : .

Selon Libération, le ton des échanges « change radicalement après la fatidique rencontre », le lendemain Tariq Ramadan s'excuse : , et Aline lui écrit notamment : , Tariq Ramadan accablé par ses SMS à «Christelle» Libération, 26 septembre 2018. Dans un autre message, dont le téléphone ne donne pas la datation, Aline écrit : Selon Aline, ce message est antérieur à sa rencontre avec l'islamologue le , et a été envoyé à la suite d'un jeu érotique sur SkypeSarah Ghibaudo Affaire Tariq Ramadan: pour Christelle, "tout ce que j'ai dit est vérifié et vérifiable" France inter, 9 octobre 2018. En , les résultats d'une expertise technique effectuée sur le téléphone d'Aline la contredisent, le message ayant été envoyé dans les deux jours qui ont suivi la rencontre. Son avocat ne conteste pas la validité de l'expertise. Il déclare : .

En , le journal suisse La Tribune de Genève indique que Caroline Fourest a déclaré sur son compte Facebook avoir été par la police, d'Aline. Elle précise qu'elle a versé au dossier .

Paule-Emma Aline raconte, dans Marianne du , qu'après la nuit avec Ramadan, ce dernier l'aurait harcelée pendant trois ans, afin qu'elle se taise. Elle décrit des appels téléphoniques anonymes, des menaces, des filatures, et déclare avoir subi « une pression psychologique cruelle, très intense », qui l'a « amenée à une tentative de suicide ». Elle dit aussi s'être rendue dans un commissariat de police, mais n'avoir finalement pas eu le courage de déposer sa plainte à ce moment-là, puis avoir abandonné toute idée de poursuite après une menace de mort par un inconnu sur une terrasse.

Auditions

Confrontation avec Tariq Ramadan ( février 2018) Selon Europe 1, le , au cours de la confrontation entre Tariq Ramadan en garde à vue et Paule-Emma Aline. Un policier demande à l'islamologue comment il explique qu'Aline puisse mentionner, dans sa plainte, qu'il porte une cicatrice à l'aine. Un témoin de la scène décrit Ramadan alors « cloué sur place » par la question, à laquelle il ne peut répondre. Un autre observateur présent relativise : « La plaignante a été incapable de décrire et de situer précisément cette cicatrice ».

Audition de Tariq Ramadan (5 juin 2018) Le , lors de son audition par les juges d’instruction, Tariq Ramadan reconnaît avoir rencontré Paule-Emma Aline dans le hall de son hôtel à Lyon mais nie le fait qu’elle soit montée dans sa chambreTariq Ramadan avoue avoir couché avec une Romande Le Matin, 8 juin 2018. Concernant la connaissance par Aline de sa cicatrice à l’aine, il indique dans un premier temps qu’il en a peut-être parlé publiquement et qu'Aline a pu l'apprendre par d’autres femmes. Selon lui, leurs rapports étaient , Aline apparaissant ainsi seins nus pendant des échanges par Skype. Par ailleurs, il affirme ne pas lui avoir proposé de se marier, car il se méfiait de son « caractère instable ». Les magistrates interrogent Ramadan sur le SMS reçu par Aline le lendemain de la nuit des faits présumés, celui où il s'excuse de sa « violence ». Il répond que ses comptes ont pu être piratés, suggérant qu'Aline serait suffisamment compétente pour cela. Se défendant d'invoquer un complot, même si Le Parisien estime qu'« on n'en est pas très loin », il rajoute qu'Aline a été en contact avec Caroline Fourest, « son ennemie jurée » selon Le Parisien.

Troisième plainte Le , une troisième plaignante, Mounia Rabbouj, surnommée par les médias « Marie », affirme sur Europe 1 qu'elle a déposé une plainte pour viols auprès du parquet de Paris. Ancienne escort girl ayant eu des relations sexuelles rémunérées avec Dominique Strauss-Kahn lors de l’affaire du Carlton de Lille, elle indique avoir subi un chantage basé notamment sur ce fait de la part de Tariq Ramadan. Celui-ci l'aurait violée une dizaine de fois entre et , lors de rapports sexuels extrêmement violents.

Selon L'Express du et Europe 1, Mounia Rabbouj, quadragénaire musulmane mère de famille, aurait remis aux policiers plusieurs centaines de captures d’écrans de messageries (SMS, Whatsapp, Viber, etc.), un enregistrement sonore « ressemblant à une liste d'instructions sexuelles » que Tariq Ramadan lui aurait donnée et une photo prise dans un lit. Elle aurait également fourni aux enquêteurs les noms des hôtels à Paris, Roissy, Lille, Londres et Bruxelles, et même certains numéros de chambre où elle aurait subi de violents sévices et humiliations comparables à ceux qui ont été décrits par Paule-Emma Aline. Elle est entendue, le , pendant huit heures, par la division de la police judiciaire de Paris.

Audition de Tariq Ramadan Tariq Ramadan est entendu par les juges le . L'audition porte essentiellement sur les deux premières plaignantes, puis en fin d'interrogatoire les magistrats signalent à Ramadan qu'il sera « interrogé ultérieurement » sur les faits de la troisième plainte, mais qu'il peut néanmoins faire immédiatement une déclaration sous le statut de témoin assisté . La veille de l’audition la défense avait déposé pour démontrer aux juges d'instruction qu'il s'agissait d'une relation consentie avec Mounia Rabbouj. Pour la première fois, Tariq Ramadan reconnait des relations extraconjugales. Il se présente comme un homme très sollicité par les femmes, et affirme avoir été « harcelé » par Mounia Rabouj, qui l'aurait ensuite menacé de le « faire tomber ».