Perceval ou le Conte du Graal est le cinquième roman de Chrétien de Troyes. Sa date de composition est inconnue mais elle est souvent placée vers 1180 bien que d'autres médiévistes placent cette date en 1190. Le roman est dédié au protecteur de Chrétien, le comte de Flandre Philippe et raconte l'histoire de Perceval, jeune homme devenu depuis peu un chevalier redoutable, ayant pour but la quête du Graal.

Chrétien de Troyes affirme avoir composé son texte d'après un manuscrit fourni (« baillé » dans le texte) par le comte Philippe de Flandres. Le « conte », « roman » ou « poème » relate les aventures et les épreuves de plus en plus complexes affrontées par le jeune chevalier Perceval durant sa première partie, puis il s'intéresse à celles de messire Gauvain. Le roman se termine abruptement après vers, manifestement incomplet. L'œuvre, restée inachevée, nous est connue par quinze manuscrits ou fragments.. Par la suite, d'autres auteurs ont ajouté jusqu'à versVoir ci-dessous, « Continuations ».. Perceval est le premier texte où il est fait mention du Graal.

Résumé

Après la mort de son mari et de ses deux fils, une femme se cache dans une forêt du Pays de Galles avec son dernier enfant, « Percevaus » (Perceval), et essaie, pour le préserver, de l'élever loin de la civilisation dans l'ignorance complète du monde et de la chevalerie meurtrière. Malgré toutes les précautions de la mère, Perceval rencontre un jour un groupe de chevaliers portant des armures brillantes. Il en est si enthousiaste qu'il décide de quitter aussitôt le refuge et sa mère, malgré les supplications de celle-ci, qui est persuadée que Perceval se fera tuer au cours de ses aventures. Sa mère lui prodigue tout de même des conseils essentiels : rendre service aux dames et aux damoiselles, ne pas aller plus loin que le baiser avec ces dernières, demander le nom des chevaliers dont il croisera le chemin et, finalement, aller dans les églises prier Dieu. Le jeune homme se rend ensuite à la cour du Roi Arthur à Carduel, où une jeune fille lui prédit un grand avenir, malgré les railleries de Keu le sénéchal.

Perceval s'est fait remarquer par la rusticité de ses manières ; cependant, il sort vainqueur de son premier combat et s'empare de l'armure de son adversaire, le Chevalier Vermeil.

« Gurnemanz de Goorz » (Gornemant de Goort), un vieux chevalier expérimenté, prend Perceval sous sa protection et lui enseigne les manières courtoises. Il lui apprend aussi les vertus chevaleresques : épargner un adversaire vaincu, montrer de la retenue dans le discours, protéger les dames et fréquenter les églises. Grâce à sa noble origine et à son ardeur, Perceval fait de rapides progrès et il peut bientôt voler de ses propres ailes. Très tôt dans le récit, deux personnages à la figure de mentor instaurent donc déjà l'importance du thème de la piété.

Il s'en va donc à l'aventure et conquiert par sa beauté et son courage « Blancheflor » (Blanchefleur) qui devient son amie. Perceval insiste pour partir parce qu'il veut voir si sa mère est toujours en bonne santé, mais il promet de revenir et d'épouser Blanchefleur après.

Après maintes péripéties, un soir qu'il cherchait un gîte, Perceval est reçu par le « Roi Pescheor » (Roi Pêcheur). Des valets l'habillent d'écarlate et l'introduisent dans une vaste salle carrée au milieu de laquelle gît, à demi couché sur un lit, un homme vêtu de zibeline.

Pendant que Perceval s'entretient avec lui, il est témoin d’un spectacle étrange : un valet qui tient une lance resplendissante de blancheur s'avance. « À la pointe du fer de la lance perlait une goutte de sang et jusqu'à la main du valet coulait cette goutte vermeille ». Deux autres valets suivent avec des chandeliers en or. Puis vient une belle jeune fille richement parée. Elle porte un Graal d'or pur orné de pierres précieuses. Chrétien de Troyes souligne : « Il vint alors une si grande clarté que les chandelles perdirent la leur, comme les étoiles quand le soleil ou la lune se lève ». Une autre jeune fille porte un tailloir ou plateau en argent. L'étrange cortège va d'une pièce à l'autre tandis qu'on prépare un splendide souper. À chaque plat, le cortège réapparaît avec le Graal, sans que les assistants semblent y faire attention. Bouleversé et intrigué, Perceval se demande à qui s'adresse le service du Graal. Cependant, il n'ose pas poser la question, car il se souvient des conseils de Gornemant qui lui a recommandé de réfléchir avant de parler et de ne pas poser de questions indiscrètes. Après le repas, le châtelain, qu'un mal mystérieux semble ronger, se fait porter dans sa chambre par quatre serviteurs. Perceval s'endort à son tour. Se réveillant à l'aube, il trouve le château vide. Actionné par des mains invisibles, le pont-levis s'abaisse devant lui. Perceval reprend la route, mais il est bien décidé à élucider le mystère et surtout à retrouver un jour le Graal. Perceval erre pendant un certain temps avant de rejoindre le campement du roi Arthur, où il reste pensif devant trois gouttes de sang dans la neige qui lui rappellent le doux visage de son amie, Blanchefleur.

Peu de temps après, une « demoiselle hideuse », telle qu’on en voit dans les légendes celtiques, arrive à la cour et reproche à Perceval de ne pas avoir interrogé son hôte à propos du Graal, car la question aurait eu le pouvoir de guérir le roi blessé et en même temps de lever la malédiction qui pesait sur ses terres.

La partie suivante du roman est consacrée au meilleur chevalier d'Arthur, Gauvain, défié en duel par "Guinganbreisil" (Guigambrésil), un chevalier qui prétend que Gauvain a tué son seigneur et qui lui demande de lui rapporter la Lance qui saigne avant la fin de la prochaine année pour que leur duel puisse avoir lieu. Gauvain sert en même temps de contraste et de complément à la naïveté de Perceval et ses aventures nous présentent un chevalier courtois qui doit agir dans des situations contraires à la courtoisie. vignette|Gauvain et l'épreuve du « Lit Périlleux » (ou « Lit de la Merveille »), scène sculptée sur un panneau de coffret, vers 1340-1350) (collection du Musée du Louvre). Les aventures de Gauvain le conduisent à un château gouverné par trois femmes : une reine, sa fille et sa petite-fille. Après avoir réussi l'épreuve du « Lit de la Merveille », Gauvain apprend qu'il s'agit en fait d'Ygerne, la mère d'Arthur, de l'épouse du roi Loth, sa propre mère, et de Clarissant, qui est donc sa sœur. Une demoiselle demande à Gauvain de franchir le Gué périlleux pour elle pour prouver sa valeur. Gauvain réussit à le franchir, au grand dam de la demoiselle, qui voulait qu'il s'y noie. Gauvain y fait la rencontre d'un chevalier nommé le Guiromelant, qui est amoureux de Clarissant et qui demande à Gauvain de lui donner un anneau en gage de son amour pour elle. C'est lui qui apprend à Gauvain l'identité des trois dames du château. Cependant, quand Gauvain révèle son identité au Guiromelant, celui-ci le provoque en duel parce que le père de Gauvain a tué le père du Guiromelant et il demande vengeance. Le Guiromelant, néanmoins, ne porte aucune arme à ce moment et demande à Gauvain que le duel ait lieu sept jours plus tard, et qu'entre temps il fasse mander le roi Arthur et sa suite pour qu'ils puissent assister au déshonneur de sa défaite.

Il n'est plus fait mention de Perceval que brièvement avant la fin de la partie achevée par Chrétien de Troyes : Après cinq années d'errance où Perceval terrasse tous les chevaliers qu'il trouve sur son passage, celui-ci croise une procession de pèlerins qui lui demandent pourquoi il est en armes dans la forêt le jour du Vendredi saint. Perceval réalise alors avec horreur qu'il a oublié de prier Dieu durant ces cinq années, où il n'a jamais mis le pied dans une église. Les pèlerins l'envoient voir un ermite, qui est un oncle de Perceval et qui lui prescrit une pénitence pour ses péchés, le premier de ceux-ci ayant été le fait qu'il ait fait mourir sa mère de chagrin en partant pour la cour du roi Arthur au début de ses aventures. L'ermite lui apprend que c'est à cause de ce premier péché qu'il a échoué à l'épreuve du Graal. L'ermite apprend également à Perceval que l'homme à qui l'on faisait le service du Graal chez le Roi Pêcheur est son oncle aussi et qu'il est maintenu en vie par les hosties issues du Graal depuis quinze années.

Après les sages conseils de l'oncle ermite adressés à Perceval, l'intrigue revient à Gauvain. Le texte inachevé se termine alors sans être revenu à Perceval et il s'interrompt au moment où un messager arrive à la cour du roi Arthur pour requérir sa présence au combat que Gauvain devait mener contre le Guiromelant.

Texte thumb|Le Roman de Perceval, édition critique de Wendelin Foerster et Alfons Hilka, 1932 Le roman de Perceval est conservé dans quinze manuscrits : sept sont à la Bibliothèque nationale de France à Paris, deux à Londres et un manuscrit dans chacune des villes de Florence, Berne, Montpellier, Mons, Clermont-Ferrand, et Édimbourg. Alfons Hilka, Alexandre Micha et Margot van Mulken ont tenté de dresser un stemma permettant de voir quels sont les liens de filiation que l'on pourrait établir entre eux.

L’influence de Perceval Quoique Chrétien ne l’ait pas achevé, son roman a exercé une énorme influence sur le monde littéraire du Moyen Âge. Perceval a fait connaître le Saint Graal à une Europe enthousiaste et toutes les versions de l’histoire du Graal remontent à lui directement ou indirectement. La plus célèbre des versions issues de Chrétien de Troyes est le Parzival de Wolfram von Eschenbach, l'une des plus grandes œuvres littéraires de l’Allemagne médiévale. L'œuvre de Wolfram a inspiré deux opéras à Richard Wagner : Parsifal et, de façon moins directe, Lohengrin. Un autre personnage dérivé de Perceval est le Gallois Peredur, fils d’Efrawg, héros d’un des trois romans gallois associés au Mabinogion.

Continuations du Conte du Graal Au moins quatre poètes ont repris l'histoire là où Chrétien l’avait laissée et ont essayé de la conduire jusqu’au bout. Toutefois, le nombre exact de personnes ayant intervenu sur les textes est plus élevé étant donné les trois versions existantes de la Première continuation.

Première Continuation