Lin Biao ou Lin Piao (), est un militaire et un homme politique chinois né le dans la ville de Huanggang et mort le dans des circonstances troubles, accusé de complot contre Mao Zedong.
Formation militaire Lin Biao est le fils d'un petit propriétaire terrien de la région de la ville de Wuhan, où il est né. L'entreprise que tenait son père est ruinée par les seigneurs de guerre locaux. Depuis la chute de la dynastie mandchoue en 1911, la Chine est divisée, ravagée par des guerres intestines entre seigneurs de guerre qui contrôlent le pays à leur guise. C'est dans ce contexte que Lin s'engage, dès 1924, dans la Ligue de la jeunesse communiste chinoise.
À l'âge de 18 ans, il commence sa carrière militaire en intégrant l'Académie militaire de Whampoa. Fondée par Sun Yat-sen, l'académie a pour but de former la future élite de son parti révolutionnaire, le Guomindang. Sun choisit d'accueillir des communistes, toutefois en très nette minorité, pour obtenir le soutien du voisin soviétique. À l'académie, Lin devient le protégé de Zhou Enlai, l'un des fondateurs du Parti communiste chinois, et du général soviétique Vassili Bliukher, envoyé par l'URSS.
Moins d'un an après avoir intégré l'Académie, Lin participe à l'expédition du Nord, lancée pour réunifier la Chine. Brillant soldat, Lin est élevé au rang de commandant de bataillon de l'Armée nationale révolutionnaire. Il termine sa formation en 1925. En 1927, âgé d'à peine 20 ans, il a le grade de colonel.
Résistance contre le Guomindang (1926-1937) Tchang Kaï-chek, qui a pris la tête du Guomindang depuis la mort de Sun en 1925, ordonne la purge des communistes du Parti. En 1927, Staline demande alors aux communistes de créer leur propre Armée rouge. Lin combat sous les ordres de Zhu De. Comme d'autres communistes, il se réfugie dans la province du Jiangxi, où Mao Zedong dirige un Soviet« Lin Biao (1907-1971) », Encyclopédie Universalis. . C'est là que Lin le rencontre pour la première fois, en 1928. En 1932, Lin Biao reçoit le commandement du de Armée rouge chinoise, avec . Dans le Jiangxi, Tchang Kaï-chek envoie ses forces armées, bien plus nombreuses, pour déloger les communistes lors de campagnes d'extermination. Lors de la cinquième, l'armée du Guomindang, avec appuyés par l'aviation, encercle les troupes communistes (environ ). L'Armée rouge est contrainte à la retraite. Lin participe héroïquement à ce qu'on appellera la Longue Marche (octobre 1934–octobre 1935).
Selon la légende, le plus grand exploit de Lin est le franchissement de la rivière Dadu, dans la province du Sichuan. Il était impossible de la franchir en bateau : le seul moyen était d'emprunter le pont de Luding, un pont suspendu construit pendant la dynastie Qing. Ce pont, rudimentaire, était constitué de chaînes métalliques recouvertes par des lattes de bois. Quand les troupes de Lin atteignent le pont, elles s'aperçoivent que les nationalistes du Guomindang se trouvent de l'autre côté. Ils ont déjà retiré les 2/3 du plancher, le reste est en feu. Lin ordonne à 22 hommes de former un groupe de tête et de reprendre le pont. Sous le feu des mitrailleuses ennemies, 18 parviennent de l'autre côté du pont. En 2 heures, le pont est repris.
Cet épisode contribua à faire de la Longue Marche une légende et donner une dimension héroïque au combat des communistes. C'est aussi pendant la Longue Marche que Mao devient le dirigeant incontesté du Parti. Lin lui apporte son soutien.
Guerre contre le Japon (1937-1945) Alors que les forces armées communistes sont mises à mal par le Guomindang, la Chine s'enfonce dans une guerre contre le Japon. Pendant la guerre sino-japonaise, Lin commande la de l'armée de la . Lin utilise brillamment les techniques de guérilla mobile, selon les théories de Mao.
Il est à l'origine de la première victoire chinoise sur le Japon : la bataille de Pingxingguan le . Cette bataille constitue d'ailleurs à l'époque l'une des rares victoires chinoises face à une armée japonaise largement moins nombreuse (), mais bien mieux équipée. Lin Biao et Peng Dehuai sont reconnus comme les plus grands commandants sur le terrain, et cela vaudra à Lin d'être sérieusement blessé en 1938.
On lui confie alors la direction de l'Académie militaire de Yan'an, ville devenue la base politique et militaire du Parti communiste après la Longue Marche. Lin part ensuite pour Moscou, où il se fait soigner de 1939 à 1942. À son retour à Yan'an, il reprend ses activités d'enseignement militaire et d'endoctrinement.
Guerre civile (1945-1949) Malgré leur lutte contre un ennemi commun, le Japon, les combats entre les nationalistes et les communistes n'ont jamais cessé. Après la capitulation du Japon, ils se lancent dans une course pour reprendre le contrôle des territoires anciennement occupés par le Japon. Les communistes s'emparent principalement des territoires du Nord-Ouest, avec le soutien de l'URSS (les Russes acceptent de livrer les armes des vaincus aux communistes chinois). Lin est nommé secrétaire du Bureau du Parti dans le Nord-Ouest. Il y commande l'Armée rouge. Les nationalistes, eux, reçoivent le soutien de l'armée américaine, qui fournit du matériel et forme des soldats.
L'armée du Guomindang est bien plus importante, mieux équipée, et contrôle déjà la majeure partie du territoire chinois. Malgré la volonté du général Marshall d'unir les forces chinoises, les négociations échouent. La guerre civile, inévitable, éclate. Tchang Kaï-chek pense pouvoir écraser l'armée communiste. Il décide d'attaquer, contre l'avis des conseillers américains, au nord-ouest, afin de détruire les principales forces communistes. Lin Biao deviendra un acteur éminent de la victoire militaire des communistes sur les nationalistes, qui aboutira à la création de la république populaire de Chine en 1949.
L'armée nationaliste remporte les premières victoires. Mais en utilisant les techniques de la guérilla, Lin parvient à reprendre les terres et les villes occupées par l'armée nationaliste en Mandchourie. Il abandonne d'abord les villes à l'armée nationaliste, plus forte et plus nombreuse. Mais en gagnant le soutien de la paysannerie, il encercle, harcèle et fait tomber l'ennemi. En 1948, les troupes de Lin contrôlent la totalité de la Mandchourie. Elles s'emparent aussi de villes majeures comme Beijing, Tianjin, Wuhan, ou Guangzhou. Il occupe l'île de Hainan en . On lui attribue la mort de 36 généraux nationalistes. Si d'autres généraux communistes ont brillé lors de la guerre civile, comme Deng Xiaoping en Chine centrale, les exploits de Lin ont été décisifs. En 1955, Lin est promu au rang de maréchal de l'Armée populaire de libération.
Carrière politique Malgré ses grandes qualités militaires, Lin Biao se hisse lentement dans la hiérarchie du parti, surtout en raison d'une santé fragile. Il est élu une première fois au Politburo du PCC en 1950. Il est membre du du PCC. En 1959, il accède au rang de ministre de la Défense, remplaçant Peng Dehuai après le plénum de Lushan. Il amorce une « dé-russification » de l'armée, et en fait une école de l'idéologie maoïste. En , il écrit une thèse sur la révolution dans les pays sous-développés, anciennement ou encore colonisés, intitulée Vive la guerre victorieuse du peuple ! (proposition étoffée : « Que règne la victoire de l'insurrection populaire, à jamais ! »). Il y compare les pays d'Afrique, d'Amérique latine et d'Asie à la « campagne » du monde, par opposition aux forces impérialistes de l'Occident, qui représentent les « villes » du monde. Ainsi, par analogie avec les théories militaires de Mao, il devient possible de renverser les impérialistes en gagnant le soutien des pays sous-développés. Lin fait de la révolution communiste en Chine le modèle de la révolution dans les pays colonisés, alors que la révolution russe est le modèle à suivre dans les pays occidentaux. Il considère aussi, comme Mao, que le nombre de combattants est plus important que les armes utilisées. La population de la Chine est sa force face à une menace américaine.
Révolution culturelle (1966-1969) vignette|Famille de Lin Biao. Fidèle à Mao, Lin Biao joue un rôle majeur lors de la révolution culturelle. Cette « révolution » vise à purger le parti et renforcer le maoïsme après l'échec du Grand Bond en avant. L'Armée populaire de libération (APL) en est la colonne vertébrale. Lin Biao utilise les symboles pour en faire l'école de la véritable pensée communiste. Ainsi, il fait de Lei Feng le modèle du camarade communiste, à la manière du stakhanovisme soviétique : servant dans l'APL, dépourvu de vie personnelle, il est entièrement dévoué à la cause du parti ; orphelin, il considère le parti comme sa famille ; sa bonté d'âme en fait un exemple pour tous.
C'est aussi Lin qui rédige le Petit Livre rouge, un recueil des citations de Mao, et s'assure que tout citoyen en reçoive une copie« Lin Biao », Encyclopédie Larousse.. Le Petit Livre rouge, brandi par les gardes rouges, est l'un des symboles de la révolution culturelle. Lorsque Mao annonce la fin du mouvement à la fin de , tous ses opposants ont été éliminés. Lin a alors la faveur de Mao, et il en est désigné successeur lors du du Parti communiste chinois, en , au sein du du PCCStatut du Parti communiste chinois en 1969 : . Ye Qun, épouse de Lin Biao, accède aussi au bureau politique. Simon Leys considère que son accession avec comme seule raison d'être mariée à Lin Biao est la preuve de la Simon Leys, Essais sur la Chine, ..
Chute Cependant, trois factions s'opposent. Il y a celle de Lin Biao et Chen Boda ; celle des pragmatiques, très affaiblis par la révolution culturelle, emmenés par Zhou Enlai ; et celle de la femme de Mao, Jiang Qing, et sa bande des Quatre. . Mais celle de Lin Biao et de Chen Boda va progressivement déplaire à Mao. D'abord, Lin, qui a le soutien de l'Armée rouge, freine la mise en place de comités provinciaux qui doivent remplacer les comités révolutionnaires présidés par des militaires de l'Armée rouge. Lin s'oppose aussi à la réconciliation de la Chine avec les États-UnisAntoine Coppolani, Richard Nixon.. En effet, alors que les tensions sont vives entre l'URSS et la Chine, Mao invite le président Nixon à Pékin le , contre toute attente. Lin s'était opposé en vain à cette visite. Pour écarter Lin du pouvoir, Mao va alors utiliser la maladresse de Chen Boda. En , au cours de la réunion du Comité central à Lushan, Chen propose le rétablissement d'un poste de président de la République, contre l'avis de Mao. Depuis que Liu Shaoqi a été contraint de le quitter en 1968, le poste est resté vacant. C'est donc Lin qui l'aurait occupé. Peu à peu, tous les proches de Lin sont écartés.
Élimination (1971) Plus que tous ses exploits militaires, c'est son élimination spectaculaire en 1971 qui le rend le plus célèbre. Lin est accusé de comploter contre Mao.