La surdité est, d'un point de vue médical, un état audiologique de déficience auditive considéré par la majorité des entendants comme pathologique. D'un point de vue ethnolinguistique et socioculturel, la surdité constitue le fondement de l'identité sociale des membres de la communauté de la culture sourde.
Historiquement, à l'origine, dans le contexte médical défini par les entendants, la surdité est définie comme une déficience ou perte auditive empêchant une personne d'entendre tous les sons perçus par la majorité des humains, et en particulier de comprendre le langage parlé ; dans ce contexte, on appelle sourdes (avec une minuscule) les personnes atteintes de surdité. La surdité est alors généralement considérée comme une pathologie et un handicap.
Depuis le , le terme de Surdité (utilisé dans ce cas souvent avec une majuscule) a également été utilisé pour désigner l'appartenance au groupe social des Sourds (avec une majuscule), c'est-à-dire les personnes qui communiquent principalement en utilisant une langue des signes, indépendamment de leur capacité auditive, et partagent donc une culture sourde distincte des cultures des entendants, qui est reconnue par les institutions internationales depuis la fin du .
Les champs des deux définitions se recoupent mais ne sont pas identiques, car la déficience auditive inclut des personnes qui parviennent à percevoir suffisamment le langage parlé pour le comprendre la plupart du temps et n'ont qu'une culture entendante, tandis que la Surdité culturelle inclut des personnes entendantes qui utilisent couramment une langue des signes, telles que les CODA (enfants d'adultes sourds).
Surdité audiologique
Évaluation du degré de surdité
Décibels Le décibel est une unité de mesure rendant compte de l'intensité acoustique, c'est-à-dire la puissance d'un son..
Hertz Chaque son est formé de vibrations. Le hertz est une mesure de fréquence correspondant au nombre de vibrations par seconde. Plus il y a de vibrations par seconde (fréquence élevée), plus le son est aigu. Moins il y a de vibrations par seconde (fréquence basse), plus le son est grave. L'oreille humaine ne capte en moyenne que les sons compris entre .
Classification internationale Il existe différents degrés de surdité. Le Bureau International de l'AudioPhonologie les définit en calculant la perte moyenne de décibels aux fréquences , , et , fréquences que l'oreille saine capte habituellement.
On parle de surdité légère quand la perte moyenne est comprise entre 20 et 40 décibels. Les personnes atteintes de surdité légère ne perçoivent pas tous les éléments de la parole.
On parle de surdité moyenne quand il y a une perte d'audition entre 41 et 70 décibels. La personne atteinte de ce type de surdité perçoit la parole seulement à voix forte et près de l'oreille. Seuls les bruits forts sont perçus.
On parle de surdité sévère quand la perte auditive moyenne est entre 71 et 90 décibels. Une personne atteinte de surdité sévère ne perçoit plus du tout la parole et ne perçoit que des bruits très puissants.
On parle de surdité profonde pour une perte de 90 à .
On parle de surdité totale, ou cophose, à .
En conclusion, on parle d'audition normale ou subnormale lorsque la surdité est sous le seuil des car malgré la perte de certains sons faibles, la compréhension du langage n'est pas affectée et il n'y a donc pas de handicap dans les situations socialesVoir pour plus de détails le site du BIAP, le Bureau International d’Audio-phonologie .. On parle de déficience auditive totale si la perte auditive moyenne est de 120 décibels. Les personnes atteintes de ce type de surdité ne perçoivent plus aucun bruit.
Types de surdité On classifie également la surdité selon la localisation de l'atteinte. Si l'oreille externe ou l'oreille moyenne est en cause, la surdité est dite « de transmission » ; si l'oreille interne ou le nerf auditif est en cause, la surdité est dite « de perception ». Si la surdité est d'origine neurologique, on parle de « surdité centrale » (le terme « central » dans ce cas, fait référence au système nerveux central, pour la différencier des autres surdités qui touchent les cellules sensorielles de l'oreille, qui font partie du système nerveux périphérique). La surdité centrale peut être due à des lésions au niveau du tronc cérébral. Elle peut aussi être due à des lésions bilatérales des aires auditives, on parle alors de « surdité corticale »Cambier, J., Masson, M., Dehen, H., Lechevalier, B., Castaigne, P., Creissard, P., & Delaporte, P. (1989). Neurologie. Abrégés de médecine...
Les deux oreilles peuvent être touchées (surdité bilatérale) et l'atteinte peut se limiter à une oreille (surdité unilatérale).
On parle de surdité congénitale chez les enfants sourds qui sont affectés de surdité dès la naissance..
Population
Les termes utilisés pour parler de la population des sourds dans son entier varient d'une source à l'autre et ne sont pas toujours clairement définis. Le terme « déficient auditif » est le terme officiel qui désigne toute personne sourde ou malentendante en France.. Ainsi, le terme déficient auditif est employé par l'INSEE lors des recensements de la population française. Le terme de « sourd » est employé pour toute personne souffrant de surdité. Le mot « Sourd » écrit avec une majuscule désigne une personne sourde qui s'identifie avec la culture sourde. Celle-ci repose sur une langue qui lui est propre (la Langue des signes française, ou LSF, ou toute autre langue des signes puisque les langues des signes diffèrent selon les régions dans le monde) ainsi qu'une culture et une histoire des sourds qui se différencie de la culture majoritaire (entendante) dans laquelle vivent les sourds qui utilisent la langue des signes. Les Sourds constituent une minorité culturelle au sein des cultures entendantes.Sacks, O. (1996). Des yeux pour entendre: voyage au pays des sourds. Éd. du Seuil..
Dans le monde, la moitié des jeunes entre 12 et 34 ans, soit 1,35 milliard de personnes, sont exposés à des niveaux sonores excessifs qui risquent d'entraîner une perte d'audition, selon une étude publiée par la revue médicale BMJ Global Healthhttps://www.fondationpourlaudition.org/plus-dun-milliard-de-jeunes-risque-pour-leur-audition-1089. La perte auditive (conjointement pour les deux oreilles), selon une étude publiée en 2021 dans The Lancet, touchait 1,57 milliard d'humains en 2019, soit une personne sur cinq, dont 80 % vivaient avec des revenus faibles ou intermédiaires.. D'après l'OMS, en 2025, plus de 5 % de la population mondiale, soit environ 430 millions de personnes (dont 34 millions d'enfants), ont une perte auditive invalidantehttps://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/deafness-and-hearing-loss. D'après la Fédération mondiale des sourds, environ 70 millions de ces personnes sont sourdes, parmi lesquelles 80 %, soit environ 56 millions de personnes, n'ont accès à aucune éducationhttps://wfdeaf.org/our-work/human-rights-of-the-deaf/.
En France, d’après les chiffres publiés en 2025 par la Fondation pour l’audition, basés sur une enquête de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), parmi 10 millions de personnes ayant une déficience auditive (soit 16 % de la population française), 7 millions de personnes sont sourdes ou malentendantes, dont 500 000 avec une surdité sévèrehttps://www.science-et-vie.com/corps-et-sante/prejuges-negatifs-et-reflexion-en-langue-des-signes-comment-pense-une-personne-sourde-191343.html.
Surdité socioculturelle
Selon le Petit Larousse 2002, la culture est l'« ensemble des usages, des coutumes, des manifestations artistiques, religieuses, intellectuelles qui définissent et distinguent un groupe, une société ». Elle est également définie par l'« ensemble de convictions partagées, de manières de voir et de faire qui orientent plus ou moins consciemment le comportement d'un individu, d'un groupe ». Le fait de parler d'une « culture sourde » n'est donc pas si surprenant. En effet, le handicap de la surdité implique un mode de communication différent ainsi qu'un mode de vie différent (utilisation d'un système lumineux ou de vibrations à la place de sonneries de téléphone, réveil, portes d'entrées, utilisation de messages textes ou du système « Procom16 » à la place des téléphones). C'est à partir de ces différences que le groupe des sourds se distancie du groupe entendant en ayant une culture propre. C'est à la période où les écoles de sourds se sont créées que la communauté sourde a pris de l'ampleur. Cette communauté a pour particularité de communiquer en langue des signes. vignette|Groupe de sourds en conversation en langue des signes, à Pittsburgh aux États-Unis. Les sourds ont besoin de se retrouver entre eux afin de communiquer à leur manière. Ils possèdent une langue, une culture, une histoire qui leur sont propres. Certains entendants qui signent (interprètes, enfants entendants de parents sourds) participent également à la vie de la communauté sourde. Lorsqu'on parle de culture sourde, il faut comprendre l'histoire commune, mais également toutes les expériences communes des sourds face à une société entendante. La culture sourde comprend aussi de nombreuses organisations dans tous les domaines (art, sport, éducation, information).
Confusions récurrentes relatives à la surdité
Officiellement, le terme utilisé est « déficient auditif ». Les termes « sourd » et « malentendant » sont souvent l'objet d'imprécisions. Une personne sourde peut l'être de naissance ou le devenir, tout comme pour un malentendant. On peut faire la différence entre un sourd et un malentendant en fonction de la perte auditive de la personne : un sourd total, profond ou sévère, préféra se désigner comme sourd. Le terme « malentendant » est trop souvent employé comme euphémisme pour désigner de manière politiquement correcte des personnes qui n'entendent pas du tout. De plus, ce terme peut avoir pour certains une connotation négative qui met en valeur un « manque » par rapport à des personnes « normales ». Le mieux reste de demander à la personne concernée par quel terme celle-ci préfère être désignée.
Pour un sourd de naissance ayant appris à parler (dit « oraliste ») ou un devenu-sourd qui utilise la langue orale, on a tendance à directement les considérer comme malentendant. De la même manière, si un sourd sait et veut parler oralement, cela ne signifie pas qu'il ne connaît pas la langue des signes. Certains sourds savent à la fois parler et signer : c'est le bilinguisme. D'autres sourds (généralement de naissance) ont appris à parler dans leur enfance, mais ne souhaitent pas utiliser leur voix, pour de multiples raisons (respect de leur identité sourde, accent sourd trop prononcé).
Le terme « sourd-muet » est quant à lui désuet. Il continue toutefois à être utilisé dans les médias et dans les actes officiels, preuve du manque d'information vis-à-vis de ce handicap. L'APEDAF (Association des parents d'enfants déficients auditifs francophones) milite contre l'utilisation de ce terme.. Ils donnent ainsi 5 raisons de ne plus dire « sourd-muet » : La surdité et le mutisme sont deux handicaps différents. Le mutisme est l'absence de cordes vocales ou l'incapacité de la personne à les utiliser. Ce n'est, à part de très rares exceptions, pas le cas des sourds. Dans tous les cas, le mutisme ne s'applique pas au sourd qui a sa propre langue : la langue des signes. Les techniques d'orthophonie et de prothèses auditives ont évolué, permettant une meilleure acquisition du langage. Chaque surdité est propre à la personne concernée : enfermer des personnes dans une « case » en les qualifiant de « sourds-muets » ne prend pas en compte leurs différences : sourd signant, sourd oraliste, bilingue, malentendant…