Les manifestations de 2017 et 2018 en Iran sont une série de manifestations qui se déroulent principalement du au . Elles ont lieu dans tout le pays et donnent lieu à des scènes de violence entre forces de l'ordre iraniennes et manifestants.

Historique Prélude thumb|gauche|150px|Hassan Rohani. Au printemps 2017, Hassan Rohani a été réélu à la présidence de la République islamique d'Iran. Son gouvernement était parvenu à réduire l'inflation à moins de 10 %, alors qu'elle était de 40 % sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad ; en revanche le chômage touche toujours 12,5 % de la population active, dont 27 % chez les jeunes. L'accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015 n'a pas provoqué l'amélioration des conditions de vies espéréeClément Therme, Iran : « Un désaveu cinglant pour les partisans d’un gouvernement religieux », Le Monde, 3 janvier 2018.. La fermeture des sociétés de crédit, croulant sous les dettes, provoque également un fort mécontentement.

Selon Armin Arefi, journaliste pour Le Point : .

Pour Clément Therme, chercheur à l'International Institute for Strategic Studies (IISS) : .

Manifestations thumb|gauche|Villes concernées par les manifestations.

Les premières manifestations débutent le à Machhad, avec des slogans contre la corruption et la situation économique du pays et contre le président Hassan RohaniCe qu’il faut retenir des manifestations en Iran, Le Monde avec AFP, AP et Reuters, 31 décembre 2017.Pierre Alonso, Iran : vent de révolte sur la République islamique, Libération"", janvier 2018.. Elles sont d'abord menées par les ultra-conservateurs, partisans d'Ebrahim Raïssi et de Mahmoud Ahmadinejad, mais ces derniers se font rapidement déborderArmin Arefi, Iran : une révolte si singulière, Le Point, 2 janvier 2018.. Selon Ghazal Golshiri, journaliste pour Le Monde, ces premières manifestations ont lieu du président Rohani, ainsi que . Selon Delphine Minoui, journaliste pour Le Figaro : .

thumb|Des manifestants à Téhéran, le 30 décembre 2017.

Pour Delphine Minoui : Delphine Minoui, Iran : une colère venue d'en bas et pleine d'incertitudes, Le Figaro, janvier 2018..

Dans l'ensemble, les manifestations dénonçant la corruption et la situation économique prennent une tournure politique. Le mouvement est sans leader et largement provincial, de nombreux manifestants étant des jeunes issus des classes populaires et dans une moindre mesure des classes moyennes. Des femmes prennent place dans les cortèges, notamment pour exiger plus de libertés individuellesAlexis Feertchak, Iran : comprendre la crise en cinq questions, Le Figaro, 2 janvier 2018. De nombreux rassemblements ont lieu dans les zones de peuplement des minorités kurdes et sunnites. Les coûteux soutiens militaires et financiers apporté par le gouvernement iranien au régime syrien de Bachar el-Assad, au Hezbollah, au Hamas et aux milices chiites irakiennes sont également dénoncés par les protestatairesSamia Medawar, L’interventionnisme iranien dans la ligne de mire des manifestants, OLJ, 3 janvier 2018.. Les manifestations n'ont cependant pas l'ampleur de celles de 2009 ; les protestataires ne sont que quelques milliers dans l'ensemble du pays, contre plus d'un million à Téhéran neuf ans auparavant. Au total, seulement personnes prennent part aux manifestations de 2017-2018 selon le ministère iranien de l'Intérieur, bien que ce chiffre soit possiblement minoré. Aucun groupe politique influent du pays ne lance d'appel à manifester.

thumb|droite|Manifestation pro-gouvernementale à Ahvaz, le 3 janvier 2018.

Les premiers morts sont relevés le soir du , lorsque deux personnes sont tuées à DoroudIran : des affrontements font deux morts, le gouvernement intraitable, Le Point avec AFP, 31 décembre 2017.. Des contre-manifestations pro-régime ont également lieu le même jour à Téhéran, à Machhad et dans d'autres villesTroisième jour de manifestations en Iran, premières victimes signalées, Reuters, 31 décembre 2017.. Les manifestants attaquent et parfois incendient des bâtiments publics, des centres religieux, des banques, des voitures de police ou des sièges du Basij. Le soir du , dix personnes trouvent la mort dans les violences en Iran : six manifestants sont tués par balles à Toyserkan, deux personnes sont tuées à Izeh et deux autres à DoroudGeorges Malbrunot, Iran : colère mortelle contre le régime, Le Figaro, 2 janvier 2018.. Le , un policier est tué à NadjafabadIran: un policier tué, avertissements du pouvoir aux manifestants, AFP, 2 janvier 2018.. De violents affrontements ont lieu dans la nuit du au : six manifestants sont tués à Qahderijan, dans la province d'Ispahan, en essayant de prendre d'assaut un poste de police ; un enfant est tué et son père blessé par des tirs alors qu'ils paraissaient à un rassemblement à Khomeinyshahr ; et un membre du Corps des Gardiens de la révolution islamique est tué à Siavosh Ghazi, Iran: neuf morts dans les violences de la nuit dernière dans la région d'Ispahan, RFI, 2 janvier 2018.. Une centaine de personnes sont également arrêtées dans la province d'Ispahan. Une quarantaine de villes petites et moyennes sont alors touchées par les manifestations. La mobilisation est plus faible à Téhéran. Cependant, 200 personnes y sont arrêtées le , 150 le , et environ 100 le . Dans la capitale, les protestataires sont principalement des étudiants : les rassemblements se cantonnent autour de la place Enghelab et près de l'université. Au , le bilan est de 21 morts, dont 16 manifestants. ; mais l'ONG Iran Human Rights avance quant à elle le bilan de 24 morts. Quelques jours plus tard, un jeune manifestant arrêté à Téhéran se suicide en prison. Cependant, comparé à la répression des manifestations de 2009, l'usage de la force par le régime reste relativement limité. Les Gardiens de la révolution islamique restent en retrait et n'interviennent que dans quatre villes début janvier.

La situation est globalement calme les soirs des 2 et à Téhéran et dans la plupart des villes iraniennes. Les 3 et , de nouvelles manifestations pro-régime sont organisées : des dizaines de milliers de personnes se rassemblent dans plusieurs villesSiavosh Ghazi, Iran: un calme fragile dans la rue, les revendications sociales demeurent, RFI, 4 janvier 2018.. Le , le général Mohammad Ali Jafari, le commandant en chef du Corps des Gardiens de la révolution islamique, annonce alors Iran : les Gardiens de la révolution annoncent la fin de la « sédition », Le Point avec AFP, 4 janvier 2018.. Les manifestations se poursuivent mais s'essoufflentGeorges Malbrunot, Iran : la fronde s'essouffle à travers le pays, Le Figaro, 8 janvier 2018.Louis Imbert, En Iran, les manifestations s’essoufflent, Le Monde, 8 janvier 2018..

Au , Amnesty International affirme avoir dénombré cinq morts en détention. Le gouvernement iranien reconnaît pour sa part deux suicidesLouis Imbert, Iran : plusieurs cas de morts en détention font craindre la pratique de la torture en prison, Le Monde, 11 janvier 2018.. Au , le bilan officiel des manifestations est de 25 mortsIran : le bilan officiel des manifestations monte à 25 morts, Le Monde avec AFP, 14 janvier 2018.. La plupart des personnes arrêtées sont relâchées début janvier ; selon Gholamhossein Mohseini Ejeie, porte-parole du pouvoir judiciaire, 465 étaient encore détenues à la date du .

Blocage de Telegram Le , le gouvernement iranien exige la fermeture du groupe Telegram "Amad News" (Amad est l'acronyme en persan de Agaahi, conscience, Mobaareze, combat et Democracy), géré par Rouhollah Zam, sur lequel avait été lancé un appel à l'utilisation d'explosifs artisanaux contre les forces de l'ordre. Cette demande est acceptée par Telegram du fait de la violation de leurs conditions d'utilisation, occasionnant des critiques contre le dirigeant de l'entreprise, Pavel Durov. Le groupe est rouvert le lendemain sous un autre nom (en persan "Sedaye Mardom", la voix du peuple) après que la révocation de l'administrateur ayant appelé à la violence. Le , le gouvernement iranien bloque l'accès à Telegram, le réseau social ayant refusé la fermeture d'un nouveau groupe. Pavel Durov tweet à cette occasion que Morgane Tual, L’application Telegram bloquée en Iran pour « maintenir l’ordre », Le Monde, 2 janvier 2018..

Réactions

Le , le président Hassan Rohani réalise sa première intervention télévisée depuis le début des manifestationsGhazal Golshiri, Iran : le président Rohani sur la corde raide face aux manifestations, Le Monde, janvier 2018.. Selon Ghazal Golshiri, journaliste pour Le Monde, : . Il se montre d'une part conciliant en reconnaissant la légitimité des revendications contre l’état de l’économie, la corruption et l’absence de transparence, mais menace d'autre part . Il dénonce d'être responsable des violences. Pour Vincent Eiffling, chercheur à l'Université de Louvain : ; il estime que le président iranien essaie de récupérer le mouvement à son profit : .

Cependant Moussa Ghazanfarabadi, le chef du tribunal révolutionnaire de Téhéran, déclare que , tandis que le ministère du Renseignement assure que ont été identifiés et que Georges Malbrunot, En Iran, le pouvoir durcit la répression contre les manifestants, Le Figaro, 3 janvier 2018..

De leur côté, les conservateurs et les Gardiens de la révolution islamique menacent de faire « payer le prix » aux manifestants, qu'ils accusent être téléguidés de l'étranger. Le général Rassoul Sanaïrad, l'adjoint du chef des Gardiens de la révolution, accuse l'Organisation des moudjahiddines du peuple iranien et des groupes monarchistes d'avoir été chargés par l'Arabie saoudite et de Ce que l’on sait sur les manifestations qui se propagent en Iran, Le Monde, 2 janvier 2018..

Le , le guide suprême de la Révolution islamique, Ali Khamenei, sort de son silence en déclarant que Khamenei accuse les "ennemis" de l'Iran, Trump dénonce un "régime brutal", AFP, 2 janvier 2018..

Le président des États-Unis Donald Trump réagit sur Twitter en dénonçant un régime , il appelle au en affirmant que .Iran : pour Trump, le « temps du changement est venu », Le Point avec AFP, janvier 2018..

Le , le président Hassan Rohani demande au président français Emmanuel Macron de contre basé en France — une allusion à l'Organisation des moudjahiddines du peuple iranien — impliqué selon lui dans les manifestations iraniennesManifestations en Iran: Rohani demande à Macron d'agir, Le Figaro avec AFP, 2 janvier 2018..

En Syrie, les manifestations iraniennes sont très bien accueillies par les opposants au régime de Bachar el-Assad ; plusieurs activistes adressent alors des messages de solidarité aux manifestantsCaroline Hayek, Quand les Syriens suivent de près les protestations en Iran, OLJ, 4 janvier 2018..

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Soulèvement postélectoral de 2009 en Iran Manifestations de 2019 en Iran

Liens externes Ghazal Golshiri, A Téhéran : « Ne me parlez pas de Rohani », Le Monde, . Louis Imbert, La colère des Iraniens profite au président Rohani, Le Monde, .

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