La guerre contre Sigismond ( en suédois) est une guerre civile qui touche la Suède entre 1598 et 1600. Elle oppose le roi Sigismond, qui règne également sur la Pologne, à son oncle Charles, duc de Södermanland et régent de Suède en son absence.
Le conflit aboutit à la déposition de Sigismond au profit de Charles, qui devient le roi Charles IX. L'union personnelle entre la Suède et la Pologne-Lituanie prend ainsi fin. L'Église de Suède profite également du remplacement du catholique Sigismond par le luthérien Charles. Le roi déchu ne renonce pas à ses droits sur le trône suédois : c'est le début d'un conflit presque ininterrompu entre 1600 et 1629.
Contexte
vignette|redresse|gauche|Sigismond, roi de Pologne et de Suède.
À la mort du roi de Suède Jean III, en 1592, son fils Sigismond se trouve en Pologne, dont il a été élu roi en 1587. Il existe alors en Suède un parti luthérien, mené par le duc de Södermanland Charles, le frère cadet du roi, qui s'oppose aux tentatives de conciliation avec l'Église catholique effectuées par Jean III. L'idée de voir son neveu catholique Sigismond succéder à son père n'a rien pour plaire au duc Charles, qui se verrait bien occuper le trône lui-même.
La manière concrète dont l'union personnelle entre la Suède et la Pologne doit s'effectuer n'est pas clairement définie. Jean III a promulgué le en 1587, mais ce texte a été rejeté par le Parlement réuni à Stockholm en 1590. Le duc Charles met à profit l'ambiguïté de la situation pour renforcer sa propre position. Il se réconcilie avec d'anciens conseillers royaux qui recouvrent à cette occasion titres et domaines perdus. La position prééminente du duc dans le gouvernement du royaume est reconnue, en attendant l'arrivée de Sigismond.
En mars 1593, le duc Charles réunit le synode d'Uppsala. Plusieurs décisions importantes y sont prises dans le domaine religieux, notamment l'adoption de la confession d'Augsbourg et l'abolition de la liturgie définie par Jean III en 1576. Le duc est chargé de l'application des décisions du synode, et il exige que Sigismond s'y plie avant de pouvoir être sacré roi de Suède.
Pendant ce temps, Sigismond doit surmonter la réticence de ses sujets polonais à l'idée de voir leur souverain partir à l'étranger. Il finit par obtenir l'autorisation de quitter la Pologne pendant un an et débarque à Stockholm le . Des tensions ne tardent pas à naître entre lui et le duc Charles, qui se présente comme le défenseur de la bonne doctrine religieuse, en digne héritier de son père Gustave Vasa. Le sacre de Sigismond doit être retardé, mais il finit par se soumettre à ces exigences devant le Parlement en et procède, de mauvais gré, à la prestation de serment habituelle le . Il est sacré le lendemain.
Après son couronnement, Sigismond étudie la manière dont la Suède doit être gouvernée en son absence. Le duc Charles souhaite être nommé régent et gouverner avec le conseil . Le conseil préférerait partager le pouvoir avec le duc, dont la prééminence serait purement de forme. Sigismond avance une proposition de partage du pouvoir entre le duc et le conseil, mais aussi des lieutenants à travers le pays, ce dont ni le duc, ni le conseil ne veulent entendre parler. Le , Sigismond impose sa proposition et restreint également les pouvoirs du duc et du conseil, notamment en leur interdisant de convoquer un Parlement. Ce faisant, il pousse le conseil à rallier le parti du duc.
En parallèle, le fort soutien de Sigismond à la Contre-Réforme érode le soutien initial dont il jouissait en Suède. Subissant une forte influence des Jésuites, il donne l'ordre à Charles de les accueillir officiellement dans le pays et de leur y donner des terresBoucher, Adolphe. Histoire dramatique et pittoresque des Jésuites depuis la fondation de l'ordre jusqu'à nos jours. France, Cavaillès, 1851. p. 188. Cela suscite un fort mécontentement de la population, qui conduit Charles à demander à son neveu de faire preuve de prudence et de renoncer à cette initiative. Sigismond fait fi de l'opinion de Charles et exige de celui-ci qu'il exécute ses ordres.
Au mépris des ordres du roi, le duc Charles convoque le Parlement à Söderköping en . C'est l'occasion pour les paysans du sud de l'Ostrobotnie de faire entendre leur opposition aux méthodes du gouverneur Clas Eriksson Fleming, un fidèle du roi Sigismond. Au début de l'année 1596, la noblesse de Finlande, réunie à Turku, proclame son refus des décisions prises au Parlement de Söderköping. Le duc Charles apporte dès lors son soutien aux paysans lorsqu'ils se révoltent contre Fleming en . Cette révolte, surnommée « guerre des gourdins » , s'étend rapidement à toute la Finlande. Elle est matée par les fidèles du roi, menés par Fleming jusqu'à sa mort en .
Sigismond annonce alors qu'il ne peut plus accepter que le duc Charles reste régent. Celui-ci quitte son poste, démission que le roi accepte et qui laisse le pouvoir aux mains du conseil. Le duc convoque un nouveau Parlement, cette fois à Arboga. Un seul membre du conseil y assiste, les autres excusant leur absence par l'interdit de Sigismond. Le duc affirme sa fidélité à Sigismond et souhaite son retour en Suède pour clarifier la situation. Il revient sur sa démission et reprend son titre de régent, ce dont il obtient confirmation lors d'une nouvelle réunion des États à Söderköping.
vignette|Le duc Charles insultant le corps de Klas Fleming, par le peintre finlandais Albert Edelfelt (1878).
Le duc Charles envoie ensuite ses troupes au et au château de Kalmar, qui tombent entre ses mains au printemps. La situation est moins favorable en Finlande, où Ebba Stenbock la veuve de Clas Fleming, détient toujours le château de Turku. Il faut un siège de plusieurs semaines pour obtenir sa reddition. D'après la légende, le duc Charles aurait déclaré, en trouvant le corps de Fleming dans son cercueil : Stenbock aurait répliqué :
Plusieurs membres du conseil, parmi lesquels Erik Larsson Sparre, et , fuient la Suède pour se réfugier auprès de Sigismond, par loyauté et par peur pour leur sécurité personnelle. Le duc Charles s'adresse aux autres cours européennes pour exiger l'arrestation des fuyards. Il obtient la déposition des derniers membres du conseil durant l'été.
En , la rumeur court que Sigismond se prépare à reconquérir la Suède par la force. Le duc Charles, toujours à Turku, rentre alors à Stockholm, où il s'efforce d'obtenir le soutien des États. La noblesse est divisée, et au cours de l'automne, l'opposition entre le duc et les États s'accroît. L'archevêque d'Uppsala Abraham Angermannus fait partie de ses adversaires, si bien qu'il ne peut plus se présenter comme un rempart contre le catholicisme.
Le duc Charles réunit un nouveau Parlement à Uppsala en afin de former un front uni contre Sigismond et de rejeter ses exigences. Le roi envoie un négociateur, , qui arrive à Uppsala le , trois jours après l'ouverture du Parlement. Dans son discours devant les États, il critique Charles pour avoir ignoré le conseil et les ordres du roi, des accusations que le duc réfute dans la soirée. Grâce au soutien de la paysannerie, qui est l'ordre le mieux représenté dans ce Parlement, il bénéficie de la majorité et obtient le même mandat qu'au sortir du Parlement d'Arboga, avec en outre le droit de convoquer le Parlement. La décision du Parlement, datée du , marque l'échec de la mission de Laski.
Le conflit
Préparatifs
Sigismond comprend qu'il aura besoin d'une armée pour rentrer en Suède. Il s'efforce d'obtenir des fonds pour la guerre devant le Parlement réuni en . Durant le printemps, il rassemble ses troupes, ainsi qu'une flotte de cent navires à Dantzig. Le chancelier Jan Zamoyski est partisan d'une grande armée, tandis que les conseillers suédois exilés recommandent de limiter le nombre de soldats étrangers, susceptibles d'être mal accueillis en Suède. En fin de compte, l'armée de Sigismond comprend allemands, croates et hongrois, ainsi que la garde polonaise, pour un total d'environ . Commandée par le Livonien Jürgen Farensbach, elle ne doit servir que de moyen de pression : l'objectif de Sigismond n'est pas de conquérir la Suède par la force.
Le roi espère encore pouvoir régler le conflit pacifiquement. Il renvoie Laski en Suède en pour négocier avec le duc Charles et obtenir l'envoi de la flotte suédoise à Dantzig. Laski rencontre le duc à Nyköping, mais ce dernier affirme devoir porter la question devant le Parlement et Laski rentre en Pologne les mains vides le . Les États, réunis à Vadstena, rejettent la demande de Laski, mais approuvent en revanche le duc, qui souhaite pouvoir se défendre dans l'éventualité où Sigismond débarquerait en Suède à la tête d'une armée. Durant l'été, le duc Charles se prépare à la guerre en levant une armée d'environ . Il s'efforce également de séduire les provinces les plus favorables à Sigismond et installe des fidèles à la tête des principales forteresses du royaume.
Le débarquement de Sigismond
vignette|gauche|Le trajet de l'armée de Sigismond.
N'ayant pu obtenir le soutien de la flotte suédoise, Sigismond est quant à lui contraint d'acheter et de saisir des navires pour faire traverser la mer Baltique à ses troupes. Il quitte le port de Dantzig le . Son arrivée en Suède doit être coordonnée avec une attaque venue de Finlande, et le gouverneur finlandais , dit « Bras-de-Fer » , débarque dans l'Uppland une semaine avant Sigismond à la tête de . Leur objectif est de s'emparer de Stockholm. Ils sont arrêtés par trois universitaires, , Laurentius Paulinus et , qui ont pris la tête des paysans de l'Uppland pour couper court à leur progression. Menacé par la flotte du duc Charles et ayant reçu l'ordre d'éviter toute bataille rangée, Stålarm préfère battre en retraite. Cet incident est resté dans l'histoire sous le nom de « campagne des saucisses », en référence au contenu des besaces des Finlandais dont les paysans de l'Uppland se sont emparés.
Sigismond débarque le à , dans l'est du Blekinge. Il commence par envoyer Laski à Kalmar pour obtenir l'ouverture des portes de la ville. Devant l'échec des négociations, il se présente devant la ville avec ses troupes et menace les commandants ennemis de leur infliger le supplice de la roue et de dépouiller leurs enfants de leurs titres de noblesse s'ils ne le laissent pas entrer. Ses menaces ont l'effet voulu et Sigismond pénètre dans la ville le . Il place à la tête de la forteresse trois de ses fidèles, Johan Larsson Sparre, et . Les châteaux de Borgholm et de se soumettent rapidement, signe que la loyauté à Sigismond est plus forte que prévu et qu'une reconquête sans violence semble possible.
Les progrès de Sigismond vers Stockholm incitent le duc Charles à se mettre en mouvement avec ses troupes, fortes d'environ , en direction de l'Östergötland. Il quitte Stockholm le , après avoir confié sa défense à et . Il arrive à Nyköping à la mi-août, mais des vents contraires ont empêché sa flotte de suivre sa progression. Ces mêmes vents ont séparé en deux la flotte de Sigismond, qui a quitté Kalmar en direction du nord au même moment. Avec une partie de la flotte, le roi prend la direction de , tandis que l'autre moitié, menée par Samuel Laski, pousse plus au nord dans l'espoir de prendre Stockholm par surprise. Ce plan est couronné de succès : la ville tombe entre les mains de Laski et de . En apprenant la nouvelle, le régiment de cavalerie de l'Uppland rallie le roi. La perte de Stockholm est un coup dur pour le duc Charles, qui n'est plus soutenu que par la flotte. L'amiral , ancien gouverneur de Stockholm, parvient à quitter la ville pour le rejoindre.