vignette|Riders of the Sidh de John Duncan, 1911. La mythologie irlandaise nous est parvenue grâce à la mise par écrit de la tradition orale celte par les moines chrétiens à partir du . Les légendes irlandaises ont été fortement remaniées pour devenir compatibles avec la religion chrétienne, ce qui rend très difficile l'identification des concepts purement celtes. Néanmoins, l'Irlande n'ayant pas été préalablement conquise par l'empire romain, ces textes présentent la branche la mieux conservée de la mythologie celte, même si de très nombreux mythes n'ont pas survécu jusqu'à nos jours.

La mythologie irlandaise, organisée en 4 cycles regroupant les textes de manière chronologique et thématique, met en scène un grand nombre de divinités et de héros sur une période allant des descendants de Noé jusqu'aux rois d'Irlande du .

Contexte historique

Origines celtes

Les Celtes sont arrivés en Irlande depuis l'Espagne au cours du , amenant avec eux leurs légendes et rituels. Ils n'ont pas été conquis par l'empire romain, ce qui a permis à la mythologie irlandaise de rester relativement intacte, contrairement aux autres peuples celtes dont les légendes ont été fortement influencées par la mythologie romaine. Le christianisme est arrivé vers le , apporté notamment par saint Patrick, et a eu une influence majeure sur les légendes irlandaises.

Transcription des mythes au

Avant le , les mythes irlandais ne sont jamais consignés par écrit. Selon les lois des brehons en vigueur en Irlande avant les invasions vikings, seuls les , bardes professionnels situés à mi-chemin entre la religion et la société civile, étaient autorisés à réciter les sagas et les contes. Leur formation durait au moins 5 ans pour apprendre 200 œuvres principales et 100 contes mineurs, et pouvait prendre 12 ans pour maîtriser l'intégralité des histoires, personnages et objets cités dans les mythes.

Les plus anciens écrits irlandais prennent la forme de courtes épitaphes utilisant l'écriture oghamique et ne concernent pas les mythes ou les traditions. La tradition orale irlandaise n'a été consignée par écrit qu'à partir du , et seuls quelques fragments de manuscrits ont survécu jusqu'aujourd'hui, compilés par les moines chrétiens au cours du , ajoutant un vernis chrétien plus ou moins habile sur les textes originaux qui rend délicate la tâche d'identifier les thèmes purement celtes.

Ces textes contiennent des restes de matériel pré-chrétien, tel que les fées ou l'association des tumulus avec le supernaturel, mais édité et reformulé pour devenir compatible avec la pensée chrétienne. Les légendes ont été adaptées, les dieux ont perdu leur divinité et sont parfois devenus des anges, et les héros ont été convertis en saints pour venir enrichir l'hagiographie classique.

Evolution sous la domination anglaise

Au cours des , pendant la période des lois pénales britanniques, la langue et la culture irlandaises ont été fortement réprimées et de nombreux livres et manuscrits ont été détruits. La mythologie irlandaise est passée au rang de simple folklore, leurs origines et symbolismes oubliés.

Cependant, vers la fin du , des efforts considérables ont été produits pour condamner la répression anglaise de la culture irlandaise et retranscrire les nouvelles traditions orales en anglais. Ce mouvement va progressivement démocratiser les légendes irlandaises au cours du et de nombreux auteurs vont s'en emparer et les actualiser, le plus célèbre étant le poète William Butler Yeats.

Sources

Les principaux manuscrits consignant la mythologie irlandaise encore existant aujourd'hui sont : , ou Livre de la Vache Brune, est un manuscrit entièrement écrit en irlandais qui date du début du , qui comprend entre autres des histoires du Cycle d'Ulster (dont la plus ancienne version du (Rafle des vaches de Cooley), , ou Livre de Leinster, est un manuscrit irlandais médiéval compilé vers 1160, qui comprend de nombreuses histoires du Cycle d'Ulster, , datant du , regroupant deux manuscrits du contenant une partie des Chroniques d'Irlande, et de nombreux textes du Cycle des Rois.

Ces textes étaient autrefois répartis entre contes principaux () : récits de bataille, voyages, tragédies, ... ; et contes mineurs () : visions, exils, ... Les experts modernes répartissent aujourd'hui ces textes selon 4 cycles thématiques.

Cycle mythologique

Ce cycle regroupe les récits de l'époque antérieure aux humains, décrivant l'arrivée de différents peuples en Irlande depuis les descendants de Noé jusqu'aux Gaëls dans le (Livre des conquêtes de l'Irlande), et listant les lieux importants de l'île et les traditions associées dans le (L’histoire des lieux éminents).

Cycle d'Ulster

Ce cycle s'intéresse particulièrement à la cour du roi d'Ulster Conchobar Mac Nessa et au héros Cúchulainn pendant la période de à . Il regroupe environ 80 récits, dont le plus célèbre est (Rafle des vaches de Cooley).

Cycle Fenian

Ce cycle se concentre sur les exploits de Fionn Mac Cumhaill et ses guerriers, contés par son fils Ossian, et qui se déroulent sur la période précédant l'arrivée du christianisme. Ossian rencontre saint Patrick au cours de l'une de ces aventures.

Cycle des rois

Ce cycle recense la généalogie et les exploits des rois d'Irlande du au , mélangeant des personnages de légende et des personnages historiques attestés, et romançant leur vie.

L’histoire mythique

Avant l’installation des Gaëls, l’île a connu plusieurs occupations successives qui sont narrées dans le Lebor Gabála Érenn, un texte dont il existe 5 versions de l’« histoire » (R1, R2, R3, Min et K) réparties dans 18 manuscrits, rédigés entre le et le . Les clercs qui ont retranscrit ce mythe fondateur ont rajouté la référence biblique du Déluge, qui est originellement inconnue des Celtes. Ces différentes « races » sont dans l’ordre chronologique :

Le peuple de Cesair Les Fomoires Les Partholoniens Les Nemediens Les Fir Bolg Les Tuatha Dé Danann Les Milesiens

Les Tuatha Dé Danann (tribu de la déesse Dana) sont le peuple des dieux de l’Irlande, ils sont évincés par les fils de Mile et doivent se réfugier dans les « sidh ». Mile est l’ancêtre des Gaëls.

Personnages

Dieux

Les dieux de l’Irlande celtique sont les Tuatha Dé Danann, derniers occupants de l’ile avant l’invasion des Milésiens qui vont les contraindre à se réfugier dans le Sidh. Les Sidh (chaque dieu ayant le sien) deviennent donc leur résidence et représentent l’Autre Monde.

La société divine reprend la structure trifonctionnelle de la société humaine (classe sacerdotale, aristocratie guerrière, producteurs), de manière plus complexe :

- hors classe : Lug Samildanach (dieu primordial)

- fonction sacerdotale : le Dagda (dieu-druide) - Eochaid Ollathair de son vrai nom.

- fonction guerrière : Ogme (dieu de la magie guerrière) Nuada (royauté)

- fonction artisanale : Goibniu (dieu forgeron) Credne Cerd (dieu bronzier) Luchta (dieu charpentier)

- participent aux trois fonctions : Dian Cecht (dieu-médecin) père de Airmed, Miach et Oirmiach Oengus ou Mac Oc (jeunesse)

- déesse unique : Brigit (déesse des poètes, des forgerons et des médecins), connue sous différents avatars : Étain ou Eithne (reine d’Irlande, mère de tous les dieux) Boann (autre nom de Brigit, déesse éponyme de la Boyne) Mórrígan (déesse guerrière, ou bien de la souveraineté) Macha, autre aspect de Mórrígan, responsable de la faiblesse des Ulates - en rapport avec la Gauloise Epona, de par son caractère équin Les Banshee (bean sí, les « femmes du sidh ») sont les messagères des dieux, leur magie est plus puissante que celle des druides, en matière d’amour. Elles apparaissent souvent sous forme de cygnes et attirent des guerriers émérites pour des séjours voluptueux, telles les aventures de Conle, Bran Mac Febail ou Nechtan.

Druides

Les druides sont omniprésents dans les sources littéraires, ils interviennent à tout moment dans la vie des Celtes et plus particulièrement pour tout ce qui relève du religieux. Si le roi est dépositaire de la souveraineté, le druide incarne la parole des dieux, ce qui, de fait, lui donne droit de vie et de mort sur quiconque. Le roi règne sous la direction spirituelle de son (ses) druide(s). Toute la vie de la société celtique est soumise aux membres de la classe sacerdotale.

La transmission du savoir et l’enseignement oral sont des missions qui s’étalent sur des années, il est largement fait appel à la magie dont les rituels les plus connus sont la geis et le glam dicinn. Rien n’interdit à un druide de se marier ou de prendre les armes, l’exemple le plus caractéristique étant celui de Cathbad.

Il existe quelques druides despotiques, comme Aithirne Ailgesach, qui se servent de leur science pour extorquer à leurs victimes des faveurs impossibles.

Le calendrier celtique est ponctué par quatre grandes fêtes religieuses : Beltaine, Imbolc, Lugnasad et Samain.

Rois et héros

Toponymes mythiques

Certains toponymes sont imaginaires ou indéterminés, d’autres précisément localisés. En voici quelques-uns parmi les plus célèbres : Ath Daru (le gué du chêne) : site de la bataille du même nom, dans le comté de Kildare Ath Ferdiad (le gué de Ferdiad) : assimilé à la ville d’Ardee, dans le Comté de Louth. C’est à cet endroit qu’eut lieu le combat singulier entre Ferdiad et Cúchulainn Brug na Boinne, l’« hôtel de la Boyne » : la résidence du Dagda. Le site correspond au cairn de Newgrange, dans le Comté de Meath Cleitech : une des résidences des dieux, situé à proximité de Brug na Boinne Cruachan (Rath Chrûachain) : siège de la cour des souverains du Connaught Medb et Ailill. Le site est localisé près du village de , dans le comté de Roscommon Cúailnge : lieu de la célèbre razzia. Il s’agit de Cooley (Cúalnge), comté de Louth Dun : le mot entre dans la composition de nombreux toponymes celtiques tant insulaires que continentaux. Voir dun (toponyme) Dun Ailinne : capitale mythique du royaume de Leinster, dans le comté de Kildare Dun Dalgan (Dun Dealgan) : Dundalk, comté de Louth Emain Ablach : résidence des dieux de l’Autre Monde, « ablach » signifie pomme, fruit de l’immortalité. Même étymologie que Avalon, île où le roi Arthur est actuellement en dormition Eamhain Mhacha, capitale mythique des rois d’Ulster, dont Conchobar Mac Nessa, localisée à Navan Fort, près d’Armagh dans le comté d'Armagh Goirt-an-Ort (terre de l’or) : endroit où est tué le roi Lugaid mac Con alors qu’il donnait de l’or à ses poètes. Dans le comté de Tipperary Mag Mor (grande plaine) : autre nom du sidh Mag Slecht (plaine de la prosternation) : lieu d’adoration d’une idole qui, selon l’hagiographie, sera détruite par saint Patrick. Situé dans le comté de Leitrim Slieve Fuad (collines de Fuad) : comté d’Armagh Tara : capitale des ard ri Érenn (rois suprêmes d’Irlande), dans le comté de Meath

Notes et références Notes

Références

Bibliographie Ouvrages . . . Georges Roth, Cúchulainn, Héros légendaire de l’Irlande, Coop Breizh, Spézet, 1995, . Nora Kershaw Chadwick, The Celts, Pelican Books, 1971 T.F. O'Rahilly, Early Irish History and Mythology, Medieval Academy of America, 1947 Barry Raftery, L’Irlande celtique avant l’ère chrétienne, éditions Errance, Paris, 2000 Garrett S. Olmsted, The Gods of the Celts and the Indo-Europeans, Universität Innsbruck Institut für Sprachwissenschaft, 1994 Guyonvarc’h, Christian-Jacques, Textes Mythologiques Irlandais (Rennes : Ogam-Celticum, 2e édition, 1978-198

Dictionnaires . . . . . Philippe Jouët, Dictionnaire de la mythologie et de la religion celtiques

Articles connexes

Celtes - Gaëls - Langues gaéliques Druide - Barde - Vate Chronologie de l'Irlande - Histoire de l'Irlande

Liens externes

Chaîne YouTube Imaginaire Celtique : "Les déesses irlandaises", avec Noémie Beck, Maître de Conférences à l'Université Savoie-Mont Blanc.

* Catégorie:Culture gaélique