L’Agréable, en service de 1672 à 1715, est un navire de ligne à deux-ponts de 56 à 66 canons de la Marine royale française.
Sa carrière exceptionnellement longue s’explique par ses qualités nautiques. Il est intensément utilisé au combat lors des trois grands conflits que mène le roi Louis XIV contre les puissances navales (Espagne, Hollande, Angleterre), il participe également à la lutte contre les Barbaresques et à des missions de défense des intérêts français aux Indes orientales et occidentales.
Il est construit en 1670-1671 à Toulon sous la direction du maître charpentier Laurent Coulomb. Il se nomme d’abord Le Glorieux, mais est rebaptisé l’année de son lancement.
La place de l’Agréable dans la flotte de Louis XIV thumb|Le montage d’un vaisseau à l’arsenal de Toulon à l’époque où l’Agréable y est construit (Illustration extraite de l’Album de Colbert). L’Agréable fait partie de la première marine de Louis XIV, c'est-à-dire celle des débuts du règne, construite par Colbert entre 1661 et 1771.. L’Agréable compte parmi les cent-six navires lancés de 1661 à 1671 qui permettent à la flotte de quadrupler ses effectifs, soit cent-vingt-trois vaisseaux et frégates.
Son armement, donné à 56 canons à son lancement, est régulièrement élevé à 60-62 pièces et a pu monter jusqu’à 66 pièces (en 1693) si on suit les archives. Il se répartit approximativement de la façon suivante :
le premier pont, porte vingt-deux ou vingt-quatre pièces de 24 livres, ce qui le donne probablement percé à 12 sabords (dont un régulièrement non-utilisé) ; le second porte vingt-quatre ou vingt-six pièces de 12 livres, ce qui le donne probablement percé à 13 sabords (dont un régulièrement non-utilisé) ; les gaillards portent dix ou douze canons de 4 ou 6 livres, (sans qu’il soit possible de connaitre leur répartition exacte sur l’avant ou l’arrière).
Cette artillerie correspond à peu près à la moyenne d’armement des navires de ligne français de l’époque qui tourne autour de 56-58 pièces en 1671 (contre 40-42 en 1661), .. En 1669-1670, la France adopte le système anglais de classement par rang des vaisseaux, suivant l’importance de leur artillerie., ce qui vaut à l’Agréable de se retrouver dans le groupe des « rang ». Avec trente-cinq unités de ce type en 1672, il fait partie de la catégorie la plus fournie de la flotte (contre onze unités de rang, vingt-deux de rang et vingt-trois de rangD’après le tableau dressé par et reproduit dans l’article sur l’Histoire de la Marine française.).
Lancé le sous le nom de Glorieux, il est rebaptisé l’Agréable dix jours plus tard. C’est une décision du roi qui touche quarante-et-un autre vaisseaux afin de leur donner un nom en conformité avec leur rang et l’idée qu’il se fait alors de sa grandeur. L’appellation Glorieux passe à un vaisseau plus puissant de rang, le qualificatif « agréable » correspondant à une vertu du souverain venant après celles mettant en valeur ses qualités familiales et militairesC’est le François, de 62-66 canons qui reprit le nom de Glorieux. . Pour les autres bâtiments, voir aussi la liste des vaisseaux de Louis XIV.. À son lancement, l’Agréable est mené par un équipage de 350 hommes encadré par 5 officiers, chiffre rapidement porté à 7. En fin de carrière, le vaisseau embarque jusqu’à 400 hommes.
Un rapport rendu en 1677 après trois années de campagne le déclare « fort de bois, fin de voile, propre en corps d'armée » (c'est-à-dire propre à servir en escadre pour ce que dit la dernière partie du rapport) Cité par sur le site netmarine.net.. Un rapport plus tardif (1696 ; il a déjà 24 ans) lui accorde la vitesse, très élevée pour l’époque, de 6 nœudsTableau de la flotte française en 1696 (d'après ). Jusqu’au milieu du siècle, la vitesse moyenne d’un vaisseau de guerre dépassait rarement les 5 nœuds. ..
La carrière de l’Agréable (1671 - 1717) La guerre de Hollande (1672 – 1678) thumb|La bataille de Palerme, en 1676, à laquelle participe l'Agréable.|alt=Pléthore de bateaux sur une mer grisâtre Le navire entre en service presque en même temps que commence la guerre avec la Hollande, en 1672. Cependant, il n’y est pas immédiatement engagé, car en 1672-1673 le plus gros des opérations navales se déroulent en mer du Nord, mobilisant pour l’essentiel les escadres de Brest et de Rochefort coalisées avec la Royal Navy. L’Agréable étant en poste à Toulon, il reste à quai et n'est pas concerné par les quelques renforts qui furent envoyés en 1673 sur ce théâtre d’opération. Tout change en 1673 avec l’entrée en guerre de l’Espagne (contre la France) et de la révolte de Messine (contre l’Espagne). Les Messinois, depuis la Sicile, demandant l’aide de Louis XIV contre leur maître espagnol, la guerre déborde en Méditerranée, mobilisant progressivement l’escadre de ToulonMessine constituait un passage obligé pour passer en Méditerranée orientale en évitant les pirates barbaresques, ce qui lui donnait une grande importance économique et stratégique. ..
Louis XIV accepte de secourir la ville assiégée par l’armée et le flotte espagnole. Fin 1674, il y envoie, sous les ordres du chef d’escadre Valbelle, une petite force de six vaisseaux, avec un peu de ravitaillement en blé. L’Agréable, y joue le rôle de navire amiralLes autres navires étaient le Fier, le Fortuné, le Sage, le Téméraire et le Prudent. Il y avait aussi trois brûlots. .. La mission qui est accomplie avec succès (.). Les Espagnols ne desserrant pas leur étreinte, un deuxième secours est décidé, toujours sous les ordres de Valbelle, mais passé sur le Pompeux. Elle se compose de six vaisseaux, trois brûlots, une frégate et sept transports chargés de vivres. Parmi eux se trouve l’Agréable, qui est maintenant placé sous le commandement du chevalier d’Ailli. Partie de Toulon le , cette force arrive devant Messine le . La place est bloquée par vingt-deux vaisseaux et dix-neuf galères, mais Valbelle décide de forcer le passage.. L’Agréable est donc engagé au feu pour la première fois lors du combat du Pharo, le . Il est en position sur la ligne française.. Les Espagnols de Melchior de La Cueva, surpris et impressionnés par le tir et la manœuvre française, ne peuvent empêcher l’escadre de passer et de ravitailler la ville. L’Agréable reste ensuite à l’ancre dans la ville avec les autres vaisseaux alors que d’autres renforts étaient annoncés. Le , il débarque une partie de son équipage avec celui du Pompeux pour assurer la défense des forts..
Ses renforts se présentent au matin du aux ordres du duc de Vivonne et Duquesne, (avec neuf vaisseaux, une frégate, trois brûlots escortant un convoi de blé). Melchior de la Cueva, désireux d’effacer l’affront du mois précédent, les attaque aussitôt avec vingt vaisseaux et seize galères. Après quatre heures d’une bataille très dure, la situation est encore indécise lorsque Valbelle, attiré par le son du canon, sort de Messine avec quatre de ses six vaisseaux pour tomber sur les arrières des Espagnols qui sont contraints de virer de bord. Parmi eux se trouve l’Agréable qui attaqua les galères du marquis del Viso, les forçant à abattre leur voilure pour fuir à toutes rames vers Milazzo. Ayant rejoint l’escadre de Vivonne et Duquesne, l’Agréable participe à la poursuite des Espagnols qui fuient vers les îles Lipari. Il contribue à faire échouer une tentative de reprise du combat par ces derniers à la nuit tombante. L’escadre française entre ensuite dans Messine alors que les Espagnols se replient sur Naples.
Après cette victoire, l’Agréable continue d’opérer dans les eaux d’Italie du sud où les Espagnols ont reçu, en juillet, le renfort d’une grosse escadre hollandaise. Alors que les plus gros vaisseaux ont été renvoyés sur Toulon par Vivonne, il reste à Messine dans la petite force de dix navires qui opère sous les ordres du lieutenant général d’Alméras. L’Agréable n'est pas présent à la bataille d'Alicudi, le , qui oppose les vingt vaisseaux de Duquesne revenant de Toulon avec du ravitaillement, aux dix-huit hollandais de Michiel de Ruyter qui est forcé de se replier.. Il rejoint l’escadre le lendemain avec les neuf autres vaisseaux d’Alméras qui est venu à sa rencontre depuis Messine et qui y retournèrent avec Duquesne une fois la jonction faite.
L’armée navale de Duquesne compte maintenant trente vaisseaux, dont l’Agréable, toujours commandé par le chevalier d’Ailli. Elle sort de Messine une nouvelle fois pour se porter à la rencontre de Ruyter qui a fait sa jonction avec les vaisseaux espagnols de La Cerda (le nouveau chef espagnol) et qui dispose maintenant de vingt-neuf bâtiments de ligne plus quelques galères. Lors de la bataille qui oppose les deux escadres devant la baie d’Agosta le , l’Agréable combat en douzième position sur la ligne, c'est-à-dire au centre. Il est donc assez peu engagé dans l’affrontement, car les échanges d’artillerie les plus violents opposent les deux avant-gardes alors que les vaisseaux espagnols qui forment le centre adverse se tenaient à plus grande distance.
Cette bataille tournant à l’avantage des Français, l’escadre Hispano-Hollandaise fait retraite vers Syracuse puis Palerme pour se réparer. C’est là que le Vivonne et Duquesne viennent l’attaquer pour la détruire au mouillage. L’Agréable fait partie de la masse de choc de neuf vaisseaux, sept galères et cinq brûlots chargée d’enfoncer les Hollandais de l’aile droite, .. Menée sous les ordres du chef d’escadre Preuilly d’Humières, l’opération est une réussite totale, participant ainsi activement à la victoire française qui entraine la destruction d’une large partie des bâtiments ennemis. L’Agréable repasse ensuite à Messine toujours dans l’escadre de Preuilly d’Humières puis rentre à Toulon le . La guerre s’achevant en 1678,
La guerre contre l’Espagne et la lutte contre les Barbaresques (1684 – 1685) thumb|Le bombardement de Tripoli, en 1685, auquel participe l’Agréable sous les ordres de Tourville.|alt=Carte d'une ville côtière à la Méditerranée, des bateaux sont présents sur l'eau En , l’Agréable subit un début de radoub.. En 1684, il reçoit pour commandant le capitaine de vaisseau Du Challard alors que la guerre venait de reprendre avec l’Espagne depuis quelques mois. Le vaisseau est mâté à Toulon en juillet pour être caréné puis est armé à Toulon pour rejoindre l’escadre du Levant. Il est intégré dans l’escadre de Duquesne, qui, sur l’Ardent, patrouille devant la Catalogne. La guerre s’achevant, il reçoit l’ordre de désarmer le Il est possible que l’Agréable soit parti accompagner le Fougueux dans sa mission à Alger en novembre 1684, mais les sources à ce sujet sont incertaines. ..
En 1685, Versailles décide d’une nouvelle expédition pour châtier les pirates barbaresques qui persistent à s’en prendre aux navires français qui commercent avec le Levant. La ville de Tripoli est désignée comme cible à la petite escadre confiée au vice-amiral Jean d'EstréesCe n’était pas la première expédition de ce genre contre le « fléau barbaresque » (Martine Acerra, Jean Meyer), . Une expédition avait déjà eu lieu à Djidejelli (1664), une bataille à Cherchell (1665) et surtout contre Alger où s’étaient succédé les escadres (en 1661, 1665, 1682, 1683 ). . La régence tripolitaine, théoriquement soumise à l’autorité de la Sublime Porte tirait l’essentiel de ses ressources des profits de la piraterie. Jean Béranger, dans .. Il dispose de neuf vaisseaux, cinq galiotes à bombes, quatre flûtes, deux brûlots, de quelques galiotes à rames, tartanes et autres petits bâtimentsDétail de la composition de l’escadre consultable sur une gravure d'époque, source Gallica.fr.. L’Agréable, qui vient juste d’être caréné et passé en revue, en fait partieCaréné à Toulon le 1er mai 1685, passé en revue le 13 mai. .. Il est placé sous les ordres de l’étoile montante de la flotte royale : Anne Hilarion de Costentin de Tourville..