Dadiani (en ; mort le à Zougdidi) est un prince géorgien qui gouverne la principauté de Mingrélie de à .

Membre de la dynastie des Tchikovani-Dadiani qui règne sur la Mingrélie depuis la fin du , il est le fils du prince Otia, à qui il succède à sa mort en 1758. Héritant d'une principauté au cœur de guerres intestines dans la région, il sert d'abord comme proche allié de son suzerain, le jeune roi , qu'il aide durant la bataille de Khressili puis soutient lors de l'assemblée royale de 1759, durant laquelle le royaume d'Iméréthie interdit la traite des esclaves. Malgré une politique alignée sur celle des autres États géorgiens, Katsia est contraint de rejoindre l'Empire ottoman lors de son invasion de la Géorgie occidentale de 1765, entamant une guerre entre la Mingrélie et l'Iméréthie qui dure jusqu'en 1776 et cause le schisme de l'Église orthodoxe géorgienne occidentale de 1769-1774, malgré de nombreuses tentatives de médiation par le Catholicossat d'Abkhazie, le royaume de Kartl-Kakhétie et la Russie impériale.

Durant la guerre russo-turque de 1768-1774, change son alliance et rejoint les forces russes du général Tottleben, qui encourage la rébellion mingrélienne contre et s'engage avec Dadiani à un siège de Poti, qui finit en désastre pour les Russes. Le traité de Koutchouk-Kaïnardji place officiellement la Mingrélie sous protectorat ottoman mais cela ne reste qu'une formalité et seul Poti reste sous possession turque. En 1780, Katsia et Salomon préviennent une large invasion abkhazo-circassienne soutenue par la Turquie durant la bataille de Roukhi, à la suite de quoi il intervient en Abkhazie pour placer sur le trône princier Zourab Chervachidzé.

À la suite de la mort de Salomon en 1784, il proclame rapidement comme roi d'Iméréthie contre le dauphin légitime, ce qui enclenche une série de révoltes nobiliaires, dont une tentative d'invasion ottomane pour placer le prince Kaïkhosro Abachidzé sur le trône imère. Sous le règne de , il s'enrichit et augmente la taille de ses domaines, garantit l'indépendance de jure de la Mingrélie et demande le protectorat de la Russie.

Biographie Général de Mingrélie vignette|Plan de la bataille de Khressili (1758). Né à une date inconnue durant la première moitié du , Katsia Dadiani est le fils aîné du prince Otia de Mingrélie et de son épouse Goulkhan Tchkheïdzé, fille du duc . Il est ainsi élevé au sein d'une famille au cœur des conflits civils qui dévastent la Géorgie occidentale sous le règne d'. Peu est connu sur sa jeunesse, mais Katsia gagne progressivement du pouvoir au sein de la principauté de Mingrélie, un territoire formellement dépendant de la couronne de Koutaïssi mais poursuivant une politique récalcitrante et indépendante, tandis que son père vieillit. Avec l'arrivée au pouvoir de sur le trône imère en 1752, la politique royale devient ouvertement opposée à la domination de l'Empire ottoman, démontrée par l'interdiction en 1757 de la traite des esclaves, l'une des principales sources de revenus commerciaux en provenance d'Anatolie.

Les Ottomans tentent la même année de renverser Salomon par la force. En , ils lancent une large invasion de l'Iméréthie avec sous la direction du pacha Hadji Ahmad d'Akhaltsikhé et Salomon sécurise le soutien militaire de la Mingrélie et de la principauté voisine de Gourie. Trop âgé, Otia Dadiani envoie Katsia à la tête d'un bataillon de Mingréliens et Letchkhoumiens et accompagné de Khoutounia Chervachidzé, le comte de Samourzaqano, une marche frontalière entre la Mingrélie et l'Abkhazie. Le , Katsia rencontre les troupes royales dans les plaines d'Okriba. Ils affrontent ensemble les Ottomans lors de la bataille de Khressili.

Malgré la supériorité numérique des Ottomans, l'alliance géorgienne remporte une victoire décisive sur les envahisseurs. Durant cette bataille, Salomon tue personnellement le pacha ottoman et le contingent de Khoutounia Chervachidzé démontre un héroïsme qui se révèle décisif, malgré la mort du comte. La victoire de Khrelissi renforce la position de sur son trône et, en 1758, il signe un accord de défense mutuelle avec les autres rois géorgiens et , un accord qui forme l'histoire de la Géorgie occidentale pour le reste du .

Succession à Otia En 1758, à la mort de son père, il lui succède comme prince de Mingrélie sous le nom de Dadiani. Il hérite d'une principauté complexement située à cheval entre la couronne imère, qu'il reconnaît formellement comme suzerain, et les Ottomans qui contrôlent le littoral de la mer Noire. Malgré l'édit royal de 1757, la vente d'esclaves mingréliens vers Trébizonde et Constantinople est particulièrement abondante. D'un autre côté, souligne son indépendance en nationalisant la culture du tabac dans les provinces de Tsalendjikha et Djgali, auparavant sous monopole ottoman. Les désordres constants aux alentours et au sein de la Mingrélie obligent Dadiani à faire constamment déplacer sa cour de village en village et il développe une proche relation avec la classe paysanne de sa principauté en acceptant l'hospitalité de ses sujets à de nombreuses reprises.

vignette|gauche| d'Iméréthie. Le roi voit dans la victoire de Khrelissi une occasion de centraliser son pouvoir. Le , il convoque à Koutaïssi une assemblée législative composée des figures nobles et ecclésiastiques de Géorgie occidentale, à laquelle participent et les grands nobles de Mingrélie. Durant un mois, cette assemblée adopte de nombreuses réformes socio-économiques et religieuses et réorganise le catholicossat d'Abkhazie comme une branche du pouvoir exécutif du royaume, recréant l'éparchie de Koutaïssi (sous le contrôle direct de la Couronne) et libérant l'Église de toute imposition. La plus importante réforme de l'Assemblée est un accord entre le roi, et le prince pour l'interdiction de la traite des esclaves à travers la Géorgie occidentale. Le , reconnaît devant l'Assemblée comme le « souverain incontestable » de toute la Géorgie occidentale.

Suivant l'Assemblée de 1759, s'engage dans une politique de conciliation avec les autres monarques géorgiens, un rare exemple d'unité transcaucasienne après des siècles de guerres intestines. En 1760, il contribue avec Salomon et le duc Rostom de Ratcha à un contingent de pour aider le roi dans son invasion de Gandja. En , il divorce de l'Abkhaze Daredjan Chervachidzé pour épouser la princesse royale Élisabeth Bagration, sœur d', solidifiant ainsi cette alliance intra-géorgienne.

Conflit contre Salomon d'Iméréthie L'alliance entre souverains géorgiens change toutefois en 1765 quand une armée ottomane de envahit l'Iméréthie occidentale, renverse le prince de Gourie malgré l'intervention militaire de Katsia, et menace la Mingrélie. Pour éviter le ravage de sa principauté, Dadiani laisse les Ottomans faire halte en Mingrélie durant l'hiver, d'où ils préparent une invasion de l'Iméréthie. Au printemps 1766, les Turcs, sous la direction du général Haan Pacha, pénètrent dans le royaume avec l'aide de la Mingrélie et capturent la citadelle de Sveri.

En quelques semaines, ils atteignent la capitale, Koutaïssi, détrônent Salomon et proclament son cousin Teïmouraz Bagration roi d'Iméréthie. À la suite du départ des Ottomans, Katsia Dadiani, Georges V de Gourie et Rostom de Ratcha continuent à soutenir Teïmouraz. L'alliance entre la Mingrélie et le royaume de Kartl-Kakhétie s'effondre avec la mort d'Elizabeth Orbeliani, à la suite de laquelle Katsia refuse de retourner sa « très riche dot ». Salomon reste néanmoins en Iméréthie, menant une guérilla violente en utilisant des mercenaires lezghiens contre l'usurpateur. En 1767, le roi détrôné regagne sa couronne et, grâce à l'intervention de la Russie impériale, l'Empire ottoman n'intervient pas en faveur de Teïmouraz. Le , Katsia Dadiani, Teïmouraz Bagration et Rostom de Ratcha sont vaincus par Salomon et son armée de Lezghiens à la bataille de Tchkheri.

De retour au pouvoir, Salomon s'attaque au duché de Ratcha en 1769. Par crainte que la prochaine cible du roi soit la Letchkhoumi, un comté de Dadiani aux frontières du Ratcha, Katsia soutient le duc Rostom avec un détachement abkhaze. Rostom est toutefois vaincu et trouve refuge en Mingrélie, tandis que son duché est officiellement annexé par le royaume d'Iméréthie. Le roi poursuit la concentration de son pouvoir, augmentant l'influence de ses clans alliés, ce qui inquiète Katsia. En 1769, il abandonne le pacte de 1759 reconnaissant la souveraineté de Salomon, en réponse à quoi Salomon abolit officiellement la principauté de Mingrélie, une décision qui ne reste que . Cette guerre de lois se transforme bientôt en vrai conflit.

Le chroniqueur Iované Khodjevani décrit en détail les raids de sur les territoires frontaliers de l'Iméréthie, notamment aux alentours de Khoni. Le prince Artchil Bagration, frère du roi, mène les forces royales contre Dadiani en 1769-1770, utilisant des mercenaires lezghiens. En 1770, il ravage le village de Kvitiri, près de Koutaïssi. La capitale est elle-même évacuée à de nombreuses reprises par peur d'un assaut mingrélien. Ce n'est qu'avec une menace d'invasion imère de la Mingrélie que cesse temporairement ses raids. L'influence ottomane augmente considérablement au sein de la noblesse ottomane.

Guerre russo-turque de 1768-1774

vignette|Gottlob Curt Heinrich von Tottleben. Le conflit entre et se déroule dans un contexte géopolitique bien plus large. En 1768, une guerre éclate entre la Russie impériale et la Turquie ottomane, faisant de la Géorgie l'un des fronts de ce conflit. Salomon, suivant la voie de son voisin oriental Héraclius II, se rallie à la Russie orthodoxe contre l'ennemi musulman, tandis que Katsia, opposé au pouvoir central, devient un allié naturel des Turcs. C'est ainsi que les Russes abandonnent un premier plan d'intervention en Iméréthie à cause des raids de Katsia. Le , les troupes russo-imères assiègent la citadelle de Chorapani, un bastion turc en plein cœur de l'Iméréthie, à la suite de quoi le pacha Souleïman d'Akhaltsikhé rassemble Katsia, d'Abkhazie et des troupes de Trébizonde pour lancer une invasion conjointe sur le petit royaume. Salomon est obligé d'abandonner le siège de Chorapani et, le , il affronte directement les de Katsia, lui infligeant une défaite et ordonnant la poursuite des Mingréliens. Le roi ravage la Mingrélie et capture Katsia temporairement.

Dans les premiers mois de 1770, envoie en Géorgie occidentale son fils Georges et le catholicos pour réconcilier Dadiani et Salomon afin de les unifier contre les Turcs, obtenant une trêve fragile. Katsia refuse néanmoins de venir en aide aux Géorgiens lors de la bataille d'Aspindza du : , victorieux d'Aspindza, envoie à après la bataille une épée d'or et d'argent symbole de victoire et menace contre tout sentiment pro-ottoman en Mingrélie.. Suivant le retour du général russe Gottlob Curt Heinrich von Tottleben en Géorgie en , Katsia lui envoie un émissaire à sa base de Tskhinvali pour prêter allégeance à l'impératrice . Ensemble, les Russes et les Mingréliens expulsent les Turcs de Roukhi et d'Anaklia. Tottleben se pose alors en médiateur entre Katsia et Salomon, ce dernier n'acceptant cette alliance qu'en échange d'une augmentation du nombre de troupes russes en Iméréthie.