Pierre le Grand interrogeant le tsarévitch Alexis à Peterhof () est un tableau du peintre russe Nikolaï Gay (1831-1894). Il fait partie des collections de la galerie Tretiakov.
Le tableau a été peint pour la exposition des Ambulants, à Saint-Pétersbourg, en . Le sujet en a été choisi par l'artiste dans la perspective du anniversaire de la naissance de Pierre le Grand (1672-1725). Après l'exposition, la toile a été achetée par Pavel Tretiakov.
Nicolaï Gay a fait plusieurs versions d'auteur de ce tableau, dont l'une a été achetée par Alexandre II. Elle appartient actuellement à la collection du Musée Russe.
Histoire Au début 1870, le peintre russe Nikolaï Gay revient en Russie d'Italie, où il a vécu et travaillé de 1857 à 1863 et de 1864 à 1869. Il s'installe avec sa famille en à l'île Vassilievski à Saint-Pétersbourg. Dans cette période, il se rapproche des peintres et écrivains progressistes, et est un des fondateurs des Ambulants. Dans son œuvre apparaissent alors des sujets liés à l'histoire russe des et . La toile Pierre le Grand et le tsarévitch Alexis, sujet dont l'actualité était réveillée par l'approche du anniversaire de la naissance du tsar, fait partie des premières œuvres se rattachant à cette inspiration.
Gay l'explique ainsi dans ses mémoires:
Travailant sur ce projet, Gay étudie des documents historiques portant sur l'action du tsar. Il en discute avec ses amis et ses connaissances, et notamment avec l'historien et homme public Nicolas Kostomarov. Sa première perception très idéalisée de la personnalité de Pierre le Grand fait place à une appréciation plus réaliste, et il prend conscience de la cruauté et des souffrances qui ont été le prix des succès des réformes de l'époque. Le peintre résume ainsi le chemin qu'il a fait :
Nikolaï Gay prépare la toile Pierre le Grand interrogeant le tsarévitch Alexis à Peterhof pour la exposition de la société des expositions de peinture itinérante (les Ambulants), dont l'ouverture est repoussée plusieurs fois, mais qui finalement a lieu en . Pavel Tretiakov achète la peinture directement dans l'atelier de Gay, et c'est la première de ce peintre qui rentre dans sa collection personnelle.
Lors de l'exposition, la toile plait à l'empereur Alexandre II, qui manifeste également son intention de l'acheter, mais personne n'ose lui dire qu'elle est déjà vendue. Pour régler cet imbroglio, Gay propose de peindre une copie d'auteur pour Tretiakov, et de remettre l'original à Alexandre II. Mais il lui faut l'accord de Pavel Tretiakov, et c'est finalement la copie d'auteur qui échoit à l'empereur, et qui finira dans les collections du Musée Russe.
Sujet et description La toile représente Pierre le Grand et son fils Alexeï Petrovitch, dans un intérieur du palais Monplaisir à Peterhof. Pierre est assis à droite d'une table, dans un fauteuil, habillé de velours rouge, et le tsarévitch Alexis est debout à gauche. Le peintre développe une interprétation psychologique du drame historique : le tsarévitch Alexis, hostile à la manière sévère et despotique avec laquelle sont conduites les réformes de Pierre le Grand, a fui en l'Europe de l'ouest, mais en a été rappelé ; accusé de préparer une prise du pouvoir en Russie, il est enfermé sur ordre de son père dans la forteresse Pierre-et-Paul, où il meurt sous les tortures le .
Bien que l'apparence de Pierre et du Tsarévitch soit calme, leur état intérieur est plein d'émotion et de tension spirituelle. Il est évident qu'une discussion orageuse vient de s'achever, dont l'issue est que Pierre est encore plus convaincu de la trahison de son fils. Les documents étalés sur la table (un des feuillets est tombé sur le sol) le soulignent. Avant de mettre fin à l'échange, Pierre observe le visage de son fils, espérant encore y voir un signe de repentir. Alexis baisse alors les yeux sous le regard de son père, certain de ce qu'il ne se décidera pas à condamner à mort son propre fils. Il se tait et ne demande pas le pardon.
L'agencement des lumières accentue la différence entre les deux personnages. Selon la critique d'art Tatiana Karpova, la silhouette du tsarévitch Alexis est la plus pauvrement éclairée, , symbole de ce qu'il . De son côté, le visage de Pierre, au contraire, est .
Le coin de la table, et la nappe rouge sombre qui pend devant elle, est , comme si elle séparait le père et le fils et augurait du dénouement tragique de ce drame. L'alternance des carreaux noirs et blancs sur le sol donne plusieurs des clefs de l'œuvre, image .
Dans les documents historiques, il n'y a pas de sources indiquant que Pierre le Grand a interrogé le tsarévitch Alexis dans le palais de Monplaisir, qui n'était d'ailleurs pas encore complétement construit en 1778. Il est vraisemblable que la rencontre a eu lieu ailleurs. Il est également peu probable que Pierre ait interrogé son fils en tête-à-tête. Malgré tout, Gay a fait le choix de ne représenter que l'empereur et le tsarévitch, pour se donner la possibilité de se concentrer sur l'expression psychologique de leurs sentiments.
L'instant représenté sur le tableau est celui, douloureux, de la prise de décision. Par là, Gay montre qu'il veut montrer dans Pierre le Grand, non le bourreau, mais le père, plaçant devant ses inclinaisons personnelles les intérêts de l'État. La critique Alla Verechtchaguina remarque, que c'est la première fois dans l'histoire de la peinture russe qu'est créé , d'autant plus que .
Esquisses et versions vignette|left|230px|Pierre le Grand interrogeant le tsarévitch Alexis à Peterhof (esquisse,, 1870, galerie Tretiakov) Une esquisse du tableau est également détenue par la galerie Tretiakov. Il s'agit d'une huile sur toile peinte en 1870, de petit format, . Elle a été achetée aux héritiers par A. A. Kourennov en 1970.
Il existe en outre plusieurs copies d'auteur de la toile, de plein format et homonymes. L'une d'entre elles se trouve au Musée Russe. C'est une huile sur toile, peinte en 1872, de format . Elle était jusqu'en 1897 en possession du musée de l'Ermitage. Une autre copie, également datée de 1872, se trouve au musée des arts d'Ouzbékistan à Tachkent. Elle provient de la collection du grand-duc Nicolas Constantinovitch de Russie, et selon certaines sources, elle était auparavant dans la collection de son père, le grand-duc. En outre, une copie d'auteur non datée est au à Achgabat.
Des copies de plus petit format de la toile sont également connues. L'une d'elles, une huile sur toile de , datée de 1874, se trouve au . Une autre, datée également de 1874 appartient au Musée-réserve de Novgorod, et une dernière, datée de 1878, se trouve dans une collection privée à Kiev.
Réception et critique Dans son article d'ensemble La première exposition de peinture itinérante, publié dans la revue Annales de la Patrie, l'écrivain et critique Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine accorde une grande attention au tableau de Gay. Il écrit en particulier :
vignette|right|230px|Peinture Pierre le Grand interrogeant le tsarévitch Alexis à Peterhof sur un timbre de la poste de Russie de 2006. Remarquant, que , Saltykov-Chtchedrine, de son côté dit sa grande estime pour le rôle de l'empereur dans l'histoire russe et pour ses qualités morales. Il évalue positivement les réformes de Pierre le Grand, considérant que l'échec ultérieur de quelques-unes d'entre elles ne lui est pas imputable, mais est dû . C'est pourquoi dans la représentation du conflit, les sympathies de Saltykov-Chtchedrine sont entièrement pour Pierre, qui redoute, que le tsarévitch Alexis, montant sur le trône en qualité d'héritier, détruise la plus grande part de ce qu'il a créé. Selon Saltykov-Chtchedrine, , tandis que le tsarévitch Alexis est rempli d'inquiétude par le rendez-vous avec son père, .
Le critique d'art Vladimir Stassov publie aussi un article sur la exposition des Ambulants. Il voit également dans la toile une des meilleures qui y sont présentées. Il écrit en particulier que :
En outre, se distinguant de Saltykov-Chtchedrine, Stassov est beaucoup plus critique sur la personnalité de Pierre le Grand, voyant en lui un tyran et un despote, et dans le tsarévitch une victime, et, avec ce point de vue, il critique la composition de la toile de Gay.
La critique Natalia Zograf, étudiant l'œuvre de Gay, considère que cette peinture est un témoignage éclatant du rapprochement de l'approche artistique de Gay de celle des Ambulants : pour saisir ces personnages historiques, , et .
Notes et références
Annexes
Bibliographie
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Articles connexes Nicolaï Gay Ambulants
Catégorie:Tableau réalisé en 1871 Catégorie:Tableau d'un peintre russe Catégorie:Russie dans la peinture Catégorie:Œuvre conservée à la galerie Tretiakov Catégorie:Pierre Ier le Grand