Le Rallye Sanremo 1978 (20. Rallye San Remo), disputé du 3 au , est la soixantième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la huitième manche du championnat du monde des rallyes 1978 (WRC). C'est également la treizième des dix-neuf épreuves de la Coupe FIA 1978 des pilotes de rallye, créée l'année précédente.
Contexte avant la course Le championnat du monde
Créé en 1973 en remplacement du championnat international des marques, le championnat du monde des rallyes a pour cadre les plus célèbres épreuves routières internationales, telles le Rallye Monte-Carlo ou le Safari. Onze manches sont inscrites au calendrier 1978, réservées aux voitures des catégories suivantes : Groupe 1 : voitures de tourisme de série Groupe 2 : voitures de tourisme spéciales Groupe 3 : voitures de grand tourisme de série Groupe 4 : voitures de grand tourisme spéciales
thumb|upright=0.9|left|alt=Fiat 131 Abarth|Les Fiat 131 Abarth dominent largement le championnat 1978. Ici la voiture d'Alén, victorieuse en Finlande. La saison 1978 aurait dû faire l’objet d'un nouveau duel entre Fiat (tenant du titre) et Ford, mais ce dernier a pris la décision en début d'année de limiter sa participation à trois épreuves mondiales, laissant la voie libre aux 131 Abarth qui se sont imposées à quatre reprises depuis janvier. Elles font à nouveau partie des favorites pour le Sanremo, partageant toutefois la vedette avec les Lancia Stratos qui se montrent également redoutables sur ce terrain.
Coupe FIA des pilotes La Coupe des pilotes de rallye a été créée en 1977 et s'appuie sur un système de points identique à celui du championnat du monde de Formule 1. Le décompte est toutefois assez complexe, car prenant en compte, en plus des onze manches mondiales, cinq épreuves du championnat d'Europe et trois autres rallyes internationaux, et pénalisant d'un résultat les pilotes n'ayant pas participé au moins une fois au championnat européen. Ce système a permis a Sandro Munari de s'adjuger la coupe 1977, face à son principal rival, Björn Waldegård, qui avait pourtant inscrit plus de points que luiRevue Sport Auto n°194 - mars 1978. Pour la saison 1978, c'est Markku Alén, fer de lance de l'équipe Fiat, victorieux au Portugal et en Finlande et presque toujours bien classé cette saison, qui semble le mieux placé pour l'emporter.
L'épreuve
Bien que créée en 1928, cette épreuve ne fut régulièrement organisée qu'à partir de 1961, sous le nom de Rally dei Fiori (Rallye des Fleurs). Elle fut rebaptisée Rallye Sanremo en 1968. Auparavant mixte (goudron et terre), le rallye se court exclusivement sur asphalte depuis 1977. Le parcours convient bien aux Lancia Stratos, qui s'y sont imposées de 1974 à 1976 et étaient en mesure de réaliser la passe de quatre en 1977.
Le parcours thumb|upright=0.9|right|alt=San Remo|Le port méditerranéen de Sanremo, en Ligurie départ : de Sanremo arrivée : à Sanremo distance : dont sur 54 épreuves spéciales (55 épreuves initialement prévues, pour un total de chronométrés) surface : asphalte Parcours divisé en trois étapesRevue auto hebdo n°134 - 12 octobre 1978
Première étape Sanremo - Sanremo, le distance : sur 18 épreuves spéciales
Deuxième étape Sanremo - Sanremo, du 4 au distance : sur 23 épreuves spéciales (24 épreuves initialement prévues, pour un total de chronométrés)
Troisième étape Sanremo - Sanremo, du 6 au distance : sur 13 épreuves spéciales
Les forces en présence Fiat L'usine a préparé trois 131 Abarth groupe 4 pour Maurizio Verini, Walter Röhrl et Sandro Munari. Équipées d'un moteur deux litres, seize soupapes, à injection développant 230 chevaux, les 131 Abarth pèsent environ 950 kg en configuration 'asphalte'. L'équipe officielle est épaulée par le Jolly Club, qui a engagé deux 131 Abarth pour Antonella Mandelli et Mario Pasetti, ce dernier remplaçant 'Tony', malade.
Lancia thumb|upright=0.9|left|alt=Lancia Stratos|La Lancia Stratos officielle sera aux mains de Markku Alén. La Scuderia Lancia a engagé une seule voiture pour Markku Alén, habituel pilote Fiat. C'est la première fois qu'il va piloter une Lancia Stratos. Dans sa version groupe 4, cette voiture pèse un peu plus de 900 kg. Elle est équipée d'un moteur Dino V6 (2400 cm3, 12 soupapes, trois carburateurs double-corps) monté en position centrale arrière et développant 270 chevaux. Au côté de la Stratos d'usine, on trouve également les deux engagées par le Jolly Club pour Adartico Vudafieri et Anna Cambiaghi, ainsi que celle de l'écurie Grifone confiée à Attilio Bettega.
Vauxhall Le Dealer Team Vauxhall a engagé une Chevette HSR groupe 4 (1050 kg, moteur quatre cylindres de 2300 cm3 à double arbre à cames en tête, 220 chevaux) pour le Britannique Chris Sclater, qui a terminé troisième du dernier Tour de France automobile avec cette même voitureRevue L'Automobile n°389 - novembre 1978.
Porsche Officiellement absent, le constructeur de Stuttgart est néanmoins largement représenté par les écuries et pilotes privés. Francis Vincent dispose d'une Carrera 3.0 groupe 4 (moteur arrière six cylindres à plat, trois litres, 280 chevauxRevue Sport Auto n°202 - novembre 1978), tandis qu'Alberto Brambilla (engagé sous le nom de 'Bip-Bip'), Gérard Swaton et Christian Gardavot comptent parmi les principaux animateurs du groupe 3.
Ferrari thumb|upright=0.9|right|alt=Ferrari 308 GTB|Une Ferrari 308 GTB groupe 4 lors d'une manifestation historique. L'écurie Padova Corse a engagé une berlinette 308 GTB groupe 4 pour Raffaele Pinto, occasionnellement sorti de sa retraite sportive. Cette voiture, préparée par Michelotto, est équipée d'un moteur V8 monté en position centrale arrière, d'une cylindrée de trois litres. Forte de 300 chevaux, c'est la plus puissante du plateau.
Opel L'Euro Händler Team a engagé une Kadett GT/E groupe 2 pour Achim Warmbold. Disposant d'un moteur deux litres de 185 chevaux, c'est l'une des favorites de sa catégorie. Federico Ormezzano et 'Lucky' disposent de modèles similaires, préparés par Conrero. La marque est aussi très bien représentée en tourisme de série, avec notamment Dario Cerrato, Fabrizia Pons et Christian Lunel, sur des coupés Kadett également préparés chez Conrero.
Alfa Romeo Engagé sur un coupé Alfetta GT donné pour 220 chevaux, Mauro Pregliasco dispose de la voiture la plus puissante du groupe 2.
Ford Bien que ne participant pas officiellement, Ford peut quand même espérer marquer des points au championnat grâce aux nombreux pilotes privés engagés sur des Escort RS2000 groupe 1. Parmi les plus en vue, Angelo Presotto et Tonino Tognana peuvent viser une place dans les dix premiers au classement général.
Déroulement de la course Première étape thumb|left|alt=Apricale|Dernière difficulté de la journée, le secteur d'Apricale a mis fin aux espoirs de nombreux concurrents, dont Munari alors en tête de l'épreuve. Peu avant le départ, le mardi, une altercation éclate entre Tony Fall, directeur de l'Euro Handler Team, et son pilote Achim Warmbold. Ce dernier, mécontent de la manière dont il est traité dans l'équipe, ne se présente pas au parc fermé, privant Opel de toute représentation officielle. C'est sur des routes détrempées et une pluie incessante que les concurrents s'élancent. Dès la première spéciale, la bataille fait rage entre les Lancia Stratos et les Fiat 131 Abarth. Ces dernières prennent l'avantage grâce aux performances de Walter Röhrl et Sandro Munari, qui réalisent des temps identiques dans les deux premières épreuves spéciales, alors que leur coéquipier Maurizio Verini a perdu près d'une minute dès les tout premiers kilomètres de course à la suite d'une touchette. Dans le clan Lancia, Alén découvre sa voiture et préfère ne prendre aucun risque en cette première journée, restant légèrement en retrait des pilotes Fiat. Sur la Stratos de l'écurie Grifone, Attilio Bettega abandonne dès le second secteur chronométré, victime d'une sortie de route. Attaquant à outrance, Munari prend l'avantage sur Röhrl dès la troisième spéciale, mais le pilote allemand reprend un léger avantage dans le secteur de 'Ponte-Passi'. L'écart entre les deux coéquipiers est alors de sept secondes. Ils vont continuer à dominer les débats toute la journée, Munari reprenant l'avantage dans le second passage de Bignone. Maintenant un rythme très élevé, il va porter son avance à vingt-deux secondes avant le dernier secteur chronométré, Apricale, le plus long (63 kilomètres) de cette première étape. Il a alors remporté quatorze des dix-sept spéciales disputées. Sa fougue va lui être fatale, car dans cette dernière épreuve il aborde trop vite une courbe difficile et sort de la route. L'équipage est indemne, mais la voiture est hors d'usage. Röhrl achève donc cette première étape en tête, devant Verini qui a effectué une belle remontée depuis la dix-huitième place, devançant les deux Lancia d'Adartico Vudafieri et Alén. Sur sa Porsche privée, Francis Vincent est cinquième, devant la voiture sœur d'Alberto Brambilla, qui domine le groupe 3 depuis le départ. Le secteur d'Apricale a également été fatal aux Opel de Dario Cerrato et de 'Lucky', sortis de la route alors qu'ils menaient respectivement les groupes 1 et 2 ! Au total, trente-quatre équipages ont déjà abandonné.
thumb|alt=Fiat 131 Abarth|Disputée sous la pluie, la première étape a été dominée par les Fiat 131 Abarth (ici lors d'une course historique). + classement à l'issue de la première étape Pilote Copilote Voiture Groupe Temps Écart 1 Walter Röhrl Christian Geistdörfer Fiat 131 Abarth 4 2 h 55 min 41 s 2 Maurizio Verini Arnaldo Bernacchini Fiat 131 Abarth 4 2 h 58 min 59 s + 3 min 18 s 3 Adartico Vudafieri Mauro Mannini Lancia Stratos HF 4 2 h 59 min 20 s + 3 min 39 s 4 Markku Alén Ilkka Kivimäki Lancia Stratos HF 4 2 h 59 min 48 s + 4 min 07 s 5 Francis Vincent Willy Lux Porsche Carrera 4 3 h 01 min 04 s + 5 min 23 s 6 Alberto Brambilla ('Bip-Bip') Mirko Perissutti Porsche Carrera 3 3 h 09 min 27 s + 13 min 46 s 7 Mauro Pregliasco Vittorio Reisoli Alfa Romeo Alfetta GT 2 3 h 09 min 52 s + 14 min 11 s 8 Mario Pasetti Giorgio Barban Fiat 131 Abarth 4 3 h 11 min 06 s + 15 min 25 s 9 Tonino Tognana Paolo Spollon Ford Escort RS2000 1 3 h 14 min 08 s + 18 min 27 s 10 Angelo Presotto Max Sghedoni Ford Escort RS2000 1 3 h 14 min 35 s + 18 min 54 s 11 Fabrizia Pons Gabriella Zappia Opel Kadett GT/E 1 3 h 18 min 05 s + 22 min 24 s 12 Remo Celesia Ettore Vierin Lancia Stratos HF 4 3 h 20 min 02 s + 24 min 21 s 13 Christian Gardavot Gérard Otto Porsche Carrera 3 3 h 21 min 06 s + 25 min 25 s 14 Paolo Isnardi Orsetti Ford Escort RS2000 1 3 h 21 min 07 s + 25 min 26 s
Deuxième étape