Benoît Lacroix, né Joseph Joachim François-Xavier Lacroix, précise Pietro Boglioni dans sa biographie du père Lacroix (voir la note suivante)....Les précisions sur le nom à la naissance et sur la profession du père sont tirées de l'acte de baptême (baptême 24, feuillet 16, registre de la paroisse de St-Michel-de-Bellechasse pour 1915). le à Saint-Michel-de-Bellechasse (Québec) et mort à Montréal le à l'âge de 100 ans., est un prêtre dominicain, théologien, philosophe, médiéviste et professeur québécois. Il est aussi connu pour son analyse de l'œuvre du poète et écrivain québécois Hector de Saint-Denys GarneauGarneau, Saint-Denys, 1912-1943, Montréal : Presses de l’Université de Montréal, 1971, « Œuvres » / texte établi, annoté et présenté par Jacques Brault et Benoît Lacroix..
Biographie Issu d’une famille de cinq enfants, Benoît Lacroix est le fils de Caïus Lacroix, cultivateur, et de Rose-Anna Blais. Il fait son cours classique au Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière où il obtient en 1936 un baccalauréat ès arts ; la même année, il entre au Noviciat des Dominicains à Saint-Hyacinthe. Ordonné prêtre chez les dominicains (O.P.) le , il obtient une licence en théologie du Collège des Dominicains à Ottawa en 1941, un doctorat en sciences médiévales de l'Institut d'études médiévales de Toronto en 1951, puis il fait ses études post-doctorales à l’École pratique des hautes études à Paris en 1952-1953 et à l’université Harvard, Cambridge en 1959-1960, grâce à une Bourse Guggenheim. Il enseigne à l’Institut d’études médiévales de l’Université de Montréal (1945-1985), dirige cet Institut (1963-1969) et il est professeur invité aux universités de Kyoto (Japon), de Butare (Rwanda) et de Caen (France). Il célèbre de vie religieuse. en 2012....
Après son entrée chez les Dominicains, Benoît Lacroix souhaite partir en mission et faire ses études de liturgie en Europe. Mais la Deuxième Guerre mondiale en Europe met un frein à cette ambition. Il se rend plutôt à l’Institut pontifical d'études médiévales de Toronto. Et c’est là qu’il bénéficie du mentorat d’Étienne Gilson, qui l'oriente vers l’historiographie. Sa thèse porte sur « Les Débuts de l'historiographie chrétienne ». Un autre maître le marque, Henri-Irénée Marrou, qui préface son recueil « L’Histoire dans l'antiquité (1951) », un florilège suivi d'une étude des grands historiens grecs et latins, Polybe et Lucien, surtout.
Il quitte l’Université en 1981, « non pour prendre une retraite bien méritée mais, nous dit-il, pour travailler plus librement dans « l’université élargie de tous ceux qui cherchent autrement et ailleurs », comme auteur, animateur, prédicateur, communicateur, professeur invité, consultant. Plus qu’auparavant, peut-être, il est devenu une figure familière dans le panorama religieux et intellectuel du Québec », raconte le professeur Pietro Boglioni..
Le fonds d’archives de Benoît Lacroix (CLG61) est conservé au centre BAnQ Vieux-Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
Figure marquante de la culture québécoise « Parmi les intellectuels qui ont marqué la culture québécoise ces dernières décennies, le père Lacroix occupe une place privilégiée, souligne le sociologue Alfred Dumais en 2010. C’est une figure largement connue du public : il a écrit plusieurs ouvrages, il est un habitué des médias, on a même fait un film sur lui.» Au cours de ses longues années d’études Benoît Lacroix fait des rencontres importantes et développe des amitiés véritables dans les milieux intellectuels et artistiques. « La liste est impressionnante, note Dumais. On retrouve, entre autres, Étienne Gilson, Jacques Maritain, l’Abbé Pierre dont il dit : « … à cause de son franc-parler il réussira à éviter la canonisation » (), Pierre Elliott Trudeau, au chevet duquel il a été appelé au moment de sa mort (), monseigneur Félix-Antoine Savard, le père Georges-Henri Lévesque, Luc Lacourcière, Fernand Dumont, Gilles Vigneault»..
L'historienne Dominique Marquis, pour sa part, signale que Benoît Lacroix ajoute « une touche toute personnelle » à l'univers religieux des dominicains « dominé par la raison et le savoir » ; ainsi, écrit-elle, « (le père Lacroix) met souvent en relation le père RégisIl s'agit ici du père Louis-Marie Régis, o.p., fondateur en 1942 de l'Institut d'études médiévales de l'Université de Montréal, qu'il dirige jusqu'en 1952., son premier maître, et Caïus Lacroix, son père. Ses racines spirituelles et humaines sont doubles : dans le Moyen Âge et dans les textes des classiques chrétiens par l’enseignement dominicain et dans le sol de Saint-Michel-de-Bellechasse par la « sagesse » de son père. Cette manière tout à fait unique, et propre au père Lacroix, d’aborder la spiritualité favorise la réflexion»..
Maintenant et le père Bradet Les premiers textes de Benoît Lacroix s’intéressent à la littérature, à l’art et à l’histoire et il publie ses premiers textes dans La Revue Dominicaine, rappelle l’historien Guy Laperrière. Il se lie d’amitié avec des écrivains, Robert Élie et Jean Le Moyne entre autres, et aussi Jacques Brault, avec qui il publie en 1971 une édition critique des Œuvres de Saint-Denys Garneau.
Si La Revue Dominicaine était, à l’époque, un « lieu tout naturel d’écriture » pour un membre l’Ordre de Saint-Dominique, il n’est pas étonnant de retrouver Benoît Lacroix, en 1962, aux côtés du père Henri-Marie Bradet, fondateur du mensuel qui succédait à La Revue Dominicaine : Maintenant. « Il vivra de près la crise de l’été 1965, quand Bradet sera relevé de ses fonctions par ses supérieurs », écrit Guy Laperrière, un limogeage qui deviendra « l’affaire Bradet » dans l’opinion publique québécoise. Benoît Lacroix écrit d'ailleurs la préface d’un ouvrage de Denyse Boucher St-Pierre en 1973 à la mémoire du père Bradet. ; il y rappelle les débuts, « les premières mises en page de la revue Maintenant au sous-sol désacralisé du 2715 Chemin Sainte-Catherine »Adresse civique du Couvent Saint-Albert-le-Grand des dominicains à Montréal., et le changement tragique de vie vécu par le père Bradet :
Centre d'études des religions populaires Il fonde, en 1968, le Centre d'études des religions populaires. De 1968 à 1971, le Centre publie douze « Cahiers d'études des religions populaires » et il organise, de 1970 à 1982, onze colloques universitaires sur les formes de la religion populaire chez les catholiques francophones au Québec, en Ontario et en Acadie....
L’âge d’or de la coopération franco-québécoise en éducation De 1973 à 1976, Benoît Lacroix occupe la chaire d’études québécoises à l’Université de CaenUniversité de Montréal. Nos pionnières et nos pionniers, Benoît Lacroix, o.p.., un enseignement assumé quelques années auparavant par le sociologue Jean-Charles FalardeauFonds Jean-Charles Falardeau, Bibliothèque et Archives nationales du Québec... Cette chaire, à l’instar de celles de Strasbourg, Poitiers, Aix-en-Provence et Bordeaux, ainsi que les échanges universitaires structurés alors établis entre le Québec et la France, s’inscrivent dans cette époque qu’on a appelée « l’âge d’or de la coopération » franco-québécoise en éducation, formellement inauguré avec les deux accords clés signés par les gouvernements québécois et français en 1965 et 1967 et qui va jusqu’à la fin des années 1970. Ainsi, « chaque année, plusieurs centaines de professeurs, chercheurs et étudiants bénéficient d’un séjour outre-Atlantique pour enseigner et mener des recherches conjointes. Entre 1965 et 1982, plus de universitaires prennent part à ces échanges »..
Institut québécois de recherche sur la culture
De 1980 à 1986, Benoît Lacroix se joint au comité scientifique de l’Institut québécois de recherche sur la culture (IQRC)L’Institut québécois de recherche sur la culture créé en 1979 est, en 1994, intégré à l’Institut national de la recherche scientifique. INRS-Urbanisation, Culture et Société., organisme créé en 1979, dirigé par le sociologue Fernand Dumont et placé sous la juridiction ministérielle de Camille Laurin, alors ministre d’État au développement culturel et scientifique du Québec..
Dès le début de 1980, le père Lacroix fait ainsi partie du comité scientifique de l’IQRC et assume notamment la direction d’un groupe (composé de Lucille Côté, Hélène Dionne, Michèle Trudel-Drouin, Danielle Nepveu et Louise Rondeau) chargé d'un vaste programme de recherche sur la religion populaire..
Les pères Benoît Lacroix et Jean-Paul Montminy, O.P.Sociologue et doyen de la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval de 1988 à 1993.. se voient confier la responsabilité d’organiser en 1982 un colloque international sur l’étude de la religion populaire ; ils sont assistés d’un comité formé de Fernand Dumont, Pierre Savard et Jean Simard.
En 1984, il publie, avec Jean Simard, « Religion populaire, religion de clercs? »., puis en 1985, l’IQRC publie l’ouvrage rédigé par le père Lacroix et Madeleine Grammond « Religion populaire au Québec. Typographie des sources : Bibliographie sélective (1900-1980) ».. Pour donner suite à ce livre, Benoît Lacroix publie en 1986 chez Bellarmin « La religion de mon père ».. Il participe également à d’autres initiatives de l’IQRC, notamment le concours Mémoire d’une époque et le projet d’anthropologie religieuse. Le père Benoît participe à plusieurs émissions de radio et de télévision sur ces questions et il fait paraître en traduction espagnole : « Tipologia en la religiosidad popular en Canada », La Antigua (Universidad Santa Maria la Antigua, Panama).
Poésie et spiritualité De 1987 à 2010, Benoît Lacroix écrit et publie dans Le Devoir plusieurs essais qui s'expriment en des termes poétiques et spirituels, souvent reliés au printemps et à la fête de PâquesQuelques-uns des titres parus durant cette période :
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Humaniste et médiéviste
Dans le bilan de l’œuvre et de la carrière de Benoît Lacroix qu’elle dresse lors de l’attribution du Prix Léon-Gérin 1981, Élaine Émond écrit notamment ceci :thumb |Le père Benoît Lacroix dans la bibliothèque du Couvent Saint-Albert-le-Grand, maison-mère des Dominicains, chemin de la Côte-Sainte-Catherine, Montréal, le 13 août 2014.
Bonté divine La journaliste Josée Blanchette a publié un long reportage sur Benoît Lacroix et le couvent Saint-Albert-le-Grand des DominicainsCouvent Saint-Albert-le-Grand., chemin de la Côte-Sainte-Catherine à Montréal, qu’elle a intitulé « Bonté divine. 24 heures au couvent des dominicains ». (« J'ai une tendance à m'entendre très vite avec les femmes », est un des charismes que s'attribue le père Lacroix, signale l'historien Guy Laperrière). En introduction, elle écrit :
Il meurt le à la suite d'une pneumonie.
Accusations d'agressions sexuelles
En 2019, l'artiste Cynthia Girard-Renard indique avoir été agressée sexuellement par Benoît Lacroix. Les faits allégués se seraient déroulés pendant trois mois en 1993 dans son bureau du couvent Saint-Albert-le-Grand à Montréal. En , une action collective pour agressions sexuelles est engagée à l'égard de l’Ordre des Dominicains .
Œuvres
Religions populaires
Spiritualité Sainte Thérèse de Lisieux et l'histoire de son âme, (sous le pseudonyme Michel de Ladurantaye), Ottawa, Montréal, éd. du Lévrier, 1947, 155 p. Compagnon de Dieu, Montréal, éd. du Lévrier, 1961, 365 p. Le Rwanda : mille heures au pays des mille collines, Montréal, éd. du Lévrier, 1966, 96 p. Folklore de la mer et religion, coll. « Connaissance », Montréal, Leméac, 1980, 119 p. Célébration des saisons, Québec, coédition Anne Sigier et Centre Alpec, 1981, 140 p. Paroles à des religieuses, Montréal, Fides, 1985, 254 p. Musée des religions de Nicolet, en collaboration avec Michel Lessard, Catherine Elbaz, Anne MacLaren et Jean Sunard, Montréal, , 431 p. Nous sommes un peuple en marche, carnet d'Avent 1986, Québec, Vie liturgique, 1986, 64 p. Dieu qui nous appelle à vivre, carnet du Carême 1988, Québec, Vie liturgique, 1988, 64 p.