La concurrence pure et parfaite (CPP) ou, tout simplement, la concurrence parfaite, correspond à la théorie de la formation du prix élaborée au par les économistes néoclassiques. La concurrence pure et parfaite est censée permettre l’équilibre sur tous les marchés sous des conditions suffisantes très particulières. La concurrence pure et parfaite représente un des deux cas extrêmes de structures de marché étudiés par les économistes néoclassiques, le second étant le cas de monopole.

En 1921, les conditions de la concurrence pure ont été explicitées par Frank Knight Denis Clerc, La mauvaise concurrence chasse la bonne, Alternatives économiques mars 2001.. Dans un article publié en 1954, Kenneth Arrow et Gérard Debreu démontrent l'existence de prix qui égalisent les offres et les demandes des agents dans un cadre institutionnel particulier qui sert depuis de base à tous les modèles qui se réclament de la concurrence parfaite. Ce qui leur a valu de recevoir le prix en sciences économiques de la Banque de Suède en mémoire d'Alfred Nobel. Ces conditions peuvent être résumées en disant qu'il existe un — un prix unique est affiché pour chaque bien, présent et futur — et que tous les agents, ménages et entreprises, se comportent en preneurs de prix.

Milton Friedman parle de concurrence "parfaite" pour nommer un dispositif social doté de caractéristiques jugées optimales, du point de vue de l'allocation des biens ; et de concurrence "pure" pour signifier qu'il s'agit d'un modèle idéal ("purifié") et non d'une description de l'économie réelleMilton Friedman, Capitalisme et liberté (1962), Paris, Flammarion, 2016, p. 202.

Contenu et hypothèses Selon une vieille habitude, qui ne persiste qu'en France, la concurrence « pure et parfaite » comporte, comme son nom l'indique, deux volets : la « pureté », d'une part, la « perfection », de l'autre. Plus précisément, la distinction est faite entre d'une part, la « pureté de la concurrence » (atomicité de l'offre et de la demande, homogénéité du produit, libre entrée et sortie du marché) et la « perfection du marché » (transparence des marchés, mobilité des facteurs de production) ; cette distinction amène à parler de « concurrence pure sur des marchés parfaits ».

La « pureté » de la concurrence Pour être « pure », la concurrence doit remplir les trois conditions suivantes :

latomicité : le nombre d'acheteurs (côté demande) et de vendeurs (côté offre) est très grand et aucun des agents n'a un poids sur le marché suffisant pour pouvoir influencer le prix. l'''homogénéité des produits : dans l'industrie, toutes les firmes livrent des produits que les acheteurs jugent identiques, homogènes ou substituables. Les biens échangés sont semblables en qualité et en caractéristiques, et donc interchangeables ; un produit de meilleure qualité réelle ou supposée constitue donc un autre marché. En d’autres termes c'est lorsque les consommateurs ne parviennent pas à différencier les productions d'une même gamme même si c'est la même entreprise. la fluidité : la libre entrée et sortie sur le marché : quiconque veut s'adonner à une certaine production peut le faire sans restriction ni délai. Les firmes qui composent l'industrie ne peuvent s'opposer à l'arrivée de nouveaux entrants. Il ne doit y avoir aucune entrave tarifaire (protectionnisme), administrative (numerus clausus), technique à l’entrée d’un offreur ou d’un demandeur supplémentaire. La libre entrée suppose de manière plus générale que les nouveaux entrants ne font face à aucun désavantage face aux agents présents et peuvent aisément obtenir les facteurs de production qui leur sont nécessaires. Ce qui signifie également que les rendements d'échelle sont supposés non croissants. Or, selon certains auteurs, le fait de sortir du marché pour une entreprise correspond à une sanction directe de son inefficacité concurrentielle.

La « perfection » de la concurrence Pour être « parfaite » la concurrence doit remplir les deux conditions suivantes :

la libre circulation des facteurs de production (le capital et le travail) : les facteurs de production sont parfaitement mobiles et peuvent se déplacer d'une industrie à l'autre. La main-d'œuvre et les capitaux se dirigent spontanément vers les marchés où la demande est supérieure à l'offre ; il n'y a pas de délai ni de coût dans leur reconversion. la transparence de l’information : tous les participants au marché ont une connaissance complète de tous les facteurs significatifs du marché. L'information parfaite de tous les agents sur tous les autres et sur le bien échangé suppose une information gratuite et immédiate. Ceci suppose l'absence d'échange réalisé de gré à gré et au contraire l'existence d'un mécanisme d'ensemble : le processus de fixation des prix décrit par la théorie est comparable au rôle d'un « commissaire-priseur » qui centralise les offres et les demandes, calcule le prix d'équilibre, et par conséquent attribue au bout du compte à chacun sa part dans l'offre (production) ou dans la demande (consommation).

La concurrence parfaite selon Arrow et Debreu On entend par là le cadre dans lequel Kenneth Arrow et Gérard Debreu ont démontré, dans un article publié en 1954, l'existence d'au moins un équilibre général. La principale condition de la concurrence parfaite est qu'il existe, à tout moment, des prix donnés, ou « affichés », pour les biens présents et futurs, dont les agents sont « preneurs ». Ce que certains justifient en disant que les agents sont « petits » (atomicité) et « nombreux », sans que cela résolve la question de savoir par qui les prix sont proposés. Arrow et Debreu sont conscients de ce problème. Ils supposent que les prix sont annoncés par un agent particulier, qu'ils appellent le market participant, qui le fait en cherchant à rendre minimum les écarts entre les offres et les demandes des ménages et des entreprises. De nos jours, on parle de « commissaire-priseur » à propos de cet agent, qui non seulement propose les prix, mais confronte les offres et les demandes qui lui sont transmises par les agents et cherche « en tâtonnant » les prix qui les égalisent.

En ce qui concerne la production, Arrow et Debreu supposent que les entreprises ont des rendements non croissants , elles décident, dès le moment initial, de leur production présente et future, et donc de la mise en place des capacités de production nécessaires correspondantes (toujours dans la perspective intertemporelle permise par l'existence d'un système complet de marchés). Leurs profits sont distribués aux ménages qui en sont les actionnaires (propriétaires) .

Analyse de la dynamique du marché en courte et en longue période

Au total, les conditions de la concurrence parfaite définissent le cadre très précis où s'opère la fixation des prix. En théorie : l’équilibre général tel qu'imaginé par les néoclassiques explicite le fonctionnement d'un processus de convergence progressive des prix jusqu'à ce que s'établisse un prix d’équilibre. Léon Walras évoque un mécanisme de tâtonnements progressifs. Le concept est différent de la main invisible d’Adam SmithCf. la « main invisible », concept repris par les néoclassiques., et semble plus proche de la notion d’ordre que l’on trouve chez Malebranche Clavé, 2005b, Adam Smith face au système de l’optimisme de Leibniz, Revue de philosophie économique. .. En pratique : la conduite de l'analyse du fonctionnement des marchés de « concurrence pure et parfaite » doit se mener en deux étapesComprendre l'entreprise par T.Alberto et P. Combemale, Nathan Paris 1993, , et 90 : L'examen de courte période révèle comment se comportent les producteurs sur le marché, L'examen de la longue période met en évidence le rôle des mécanismes d'ajustement et d'équilibre à l'œuvre sur ce même marché.

En courte période L'hypothèse est qu'il n'y a aucune entreprise entrante ou sortante sur le marché. L'offre étant atomisée, aucune entreprise n'a d'influence sur le prix du marché qui est déterminé par la loi de l'offre et de la demande globale. SupposonsExemple cité par Alberto et Combemale, op. cit. que les coûts prévisibles d'une entreprise soient les suivants : Quantités produites Charges fixes Charges variables Coût total (1) Coût moyen (2) Coût marginal (3) Bénéfice 0 100 0 100 ns ns -100 1 100 80 180 180 80 -20 2 100 140 240 120 60 +80 3 100 230 330 110 90 +150 4 100 340 440 110 110 +200 5 100 500 600 120 160 +200 6 100 710 810 135 210 +150 (1) Le coût total se décompose en une partie fixe (loyers, équipements…) et une partie variable (matières premières, énergie…)(2) ou coût unitaire (coût total / quantités produites)(3) Le coût marginal est le supplément ajouté au coût total par la dernière unité produite. Exemple : fabriquer un deuxième objet augmente le coût total de 180 à 240, d'où une différence dite « coût marginal » du deuxième objet égal à 60.*Commentaire' : Supposons que le prix de vente du marché — déterminé par la loi de l'offre et de la demande — est sur ce marché de 160. Pour maximiser son bénéfice, l'entreprise a intérêt à fabriquer et vendre 5 objets. Au-delà, son bénéfice diminue, car le 6° objet entraîne un coût supplémentaire (coût marginal) de 210, alors qu'il ne peut être vendu que pour 160. On en déduit la règle qu'une entreprise — dans un contexte de concurrence pure et parfaite — a intérêt à augmenter sa production jusqu'à ce que son coût marginal égale son prix de vente. L'entreprise n'a pas le choix : vendre à un prix supérieur au marché n'est guère possible car la concurrence fait qu'elle n'aura aucun acheteur. De même, vendre à un prix inférieur au marché risque d'attirer vers elle toute la demande du marché, faisant croître ses ventes, donc sa production, donc son coût marginal, qui deviendrait plus élevé que le prix du marché et provoquerait… un niveau de perte insupportable.

En longue période L'existence d'un profit constaté dans la branche d'activité attire de nouveaux entrants. Les quantités offertes s'accroissent et contribuent à la baisse des prix. Le flux d'entrée se stabilise puis se tarit lorsque le prix du marché devient égal au coût moyen de production (situation où le profit devient nul). Au terme de l'ajustement, chaque entreprise en longue période fixe son niveau de production en fonction du prix du marché et de son coût marginal, pour aboutir à l'égalité : coût marginal = coût moyen = prix du marché.

Analyse critique L'économiste Raymond Barre Cours d'économie politique, tome I, , PUF, Paris, 1966 pointe que le modèle de « concurrence pure et parfaite » a fini par correspondre de moins en moins à une description de la réalité pour devenir par contre un modèle intellectuel de référence. Ce modèle pouvant porter les caractéristiques d'un modèle réputé être idéal le plus souvent pour les penseurs libéraux , mais aussi pour certains théoriciens comme Enrico Barone ou Oskar Lange qui y voient l'objectif d'un État socialiste.

Vertus du modèle Le modèle de concurrence pure et parfaite fournit des réponses satisfaisantes à des questions fondamentales (problèmes de l'efficience, de l'emploi ou du pouvoir économique…) R. Barre, op. cit..

En effet, dans ce modèle et sous les conditions qui lui sont associées : « L'économie fonctionne avec l'efficience la plus grande possible. Aucun producteur ne peut obtenir plus de recettes en agissant sur les prix, mais seulement par une réduction de son coût de production. Là où il y a profits anormaux, la liberté d'entrer permet d’accroître la production et d'abaisser les prix. » « Toute modification des désirs des consommateurs se communique par l'intermédiaire des modifications du prix des biens aux producteurs. ces modifications se répercutent elles-mêmes sur le prix des facteurs de production qui sont attirés dans certains emplois ou écartés d'autres emplois. »