Oméga mineur (titre original : ) est un roman de l’écrivain belge d’expression néerlandaise Paul Verhaeghen, paru en en version originale. Sa traduction en français, par Christophe Claro, est parue en .

Découpage La composition la plus évidente est la répartition en parties et chapitres.

Le chapitres reprennent le système sanskrit sâmkhya : tamas noir, rajas rouge, sattva transparent, et Om̐.

Les chapitres correspondent aux 22 lettres de l’alphabet hébreu. Chaque chapitre est titré par la lettre hébraïque, et sous-titré comme suit : Ophélie, en noyée (en forme de prélude), 9 Partie 1 : Tamas, ténèbres,obscurité () Le nom, 21 La trilogie de l’obscénité, 31 Shabbat (1), 49 Ohé, nous sommes les nazis, 62 Ni vu, ni connu, 94 Partie 2 : Rajas, nuées, poussières, impuretés () Exil, 123 L’histoire des deux gifles et les marées du monde, 149 Feu et gel, 182 La langue, 208 Stella (à la lumière des étoiles), 232 La colle divine, 275 Die Prozedur, 302 Ruses, 328 Drachenhaus, 391 La Pathologie, 410 Zéro, 468 Exalté, sanctifié, 488 Dédale, 527 Partie 3 : Sattva, pureté, légèreté, transparence () Mensonges,597 Oméga, 671 Partie 4 : Om̐, la syllabe sanskrite censée représenter le son originel, le mantra primordial, qui structure l’univers () Épi-Tav, 729

Analyse brève Le récit entremêle les vies croisées d’une vingtaine de personnages de fiction, sur principalement trois périodes, la montée du nazisme en Allemagne, le développement de la bombe atomique aux États-Unis, les années 1990-1995 en Allemagne réunifiée, le tout centré essentiellement sur le grand Berlin.

Les références culturelles sont très nombreuses, entre Franz Kafka, Samuel Beckett, Richard Wagner (p. 70) et Karl May (p. 69)...

Personnages

Paul Andermans Le personnage principal est Paul Andermans, jeune Belge, juste sorti de Louvain, qui arrive à la gare de Berlin, en 1995. Danny (31-99) y réceptionne Paul, et l’emmène à l’université de Berlin-Potsdam () : restaurant universitaire, résidence universitaire, pension ou ‘’Gästehaus ». Il y croise assez vite l’italienne Donatella, et assez peu le chinois Zhu (pp. 115 et 672). Donatella et Paul développent une forme d’amitié, dont la métaphore serait l’apparition/disparition de la chatte Méphista 15-17, puis Méfista, 232, 273, 328, 388, 466, 486, 494, 532, 667.

Paul est en « recherche postdoctorale à l’étranger » () : « Je m’intéresse à la mémoire : maintenance, encodage, stockage, rappel » (p. 112). Donatella est une physicienne, dont le domaine est la recherche du monopôle magnétique (p. 228, 231) : Big Bang, quasar, MACHO, WIMP. Pour elle, « Oméga est le paramètre dont nous avons besoin pour décrire l’univers » (p. 225), Son maître de recherche est Van VlecK Goldfarb (17, 410). Donatella apparaît assez souvent, mais de manière non déterminante : pp. 55, 114, 181, 208, 224, 328, 388, 467, 486, 672, 696...

Dès les premiers jours, dans un train, il intervient pour éviter une agression raciste contre un jeune passager, et en devient la victime de jeunes néonazis. Il se retrouve à l’hôpital, où son voisin de chambre est un vieux monsieur, à qui il finit par faire la lecture.

Josef De Heer Ce second personnage principal (pp. 28, 30, 108-110), d'environ 70 ans en 1995, se présente comme un néerlandais (p. 112), rescapé de camp de concentration, et dont le numéro a été mal effacé au fer à repasser (p. 113). Il propose à Paul de l’accompagner par la suite, dans son appartement de Berlin, rempli de livres, mais seulement pour écouter son histoire, et l’écrire, par enregistrement et/ou prise de notes sur ordinateur. Cette autobiographie structure la majeure partie du livre.

Dans le Berlin des années 1933-39 (NSDAP, Adolf Hitler...), à la suite des lois anti-juives, la famille, c'est-à-dire le Père musicien et la Mère, est vite amenée à survivre du seul travail de la mère, couturière (p. 216) ou ravaudeuse (p. 241). Pony Hütchen est « le seul membre juif de notre famille, […], le perroquet au nez crochu doté d’un léger penchant pour le larcin » (p. 161, puis 254).

Hermann Herschel Grynszpan (1921-1945), exécuteur d'Ernst vom Rath (1909-1938) (p. 188), est à l'origine de la Nuit de Cristal (1938), dont quelques atrocités sont évoquées.

L'enfant est chassé de son école, après diverses humiliations. Les parents détruisent leurs livres, leur bibliothèque, déménagent plusieurs fois. Ils ont parfois quelques locataires, dont Frau Sylbereysen, locataire éphémère, vers 1942 (pp. 233-236).

Dans leur nouvel appartement de Friedrichshain (p. 238), apparaît soudain Stella Sonderlicht (p. 251, 615...), nouvelle locataire, « la fameuse dionée juive » : « les seins célestes et inaccessibles de Stella flottent vers moi » (p. 259).

Prennent place quelques épisodes de formation : nazillon homosexuel (p. 267), port inapproprié d'uniforme de jeunesse hitlérienne (p. 242).

L'oncle Karl Israël Grüneberg, sans son épouse Monika désormais, apparaît surtout comme rescapé de Sachsenhausen (pp. 203 et 238).

Assez rapidement, c'est la déportation, le train avec pour terminus Auschwitz (p. 646), l'accueil et le tri par Josef Mengele (1911-1979), « un démon déguisé en ange » (pp. 648-651), la recherche de jumeaux, les expérimentations, les chambres à gaz (p. 488), le Zyklon B, le crématorium. Sont évoqués Primo Lévi, Anne Frank, Elie Wiesel, et même Spielberg (1946-) (p. 464), et le rabbin Katz ou Katzenellebogen (p. 501, possible souvenir de ou allusion à Meir Katzenellenbogen (1482-1555).).

Malgré tout, le personnage survit jusqu'à la libération des camps. Et le lecteur assiste au dernier jour d'Adolf Hitler (p. 690), aux massacres de prisonniers à la sortie forcée des camps (p. 684), et à la révélation d'autres scènes et à d'autres personnages, dont Jozef De Heer ne devrait pas avoir de connaissance directe... Mais il s'est présenté comme un rescapé.

Après guerre, en République démocratique allemande (RDA), principalement à Berlin, le personnage est actif. Il présente en 1995 à Paul, sur magnétoscope (p. 533), un enregistrement d'un spectacle de 1965, avec le clown-magicien Signorelli, et divers numéros, dont l’éléphant en morceaux. Donc, une vie est possible après Auschwitz, et en poésie. D'autres émissions Mosaic, de 1961, exhibent Walter Ulbricht (1893-1973) (p. 539), Wilhelm Pieck, Markus Wolf Mischa (p. 551), et surtout Hans et Bianca (p. 558), scandale télévisuel mal géré.

Enfin, Erich Honecker (1912-1994) (p. 564), malgré un épisode étrange avec Petra Hanke (p. 569), charge Horst (?) de réaliser un autre exploit en moins d'une journée : le Mur de Berlin, 159 km en une nuit (p. 581).

Hugo Hugo, sans nom, sans passé, sans origine, est un jeune homme isolé, devenu chef d'une troupe de néonazis, à Berlin, en 1995. Pour leur expliquer pourquoi ils se terrent dans les sous-sols de la ville (ligne de métro désaffectée, « dans les grottes de la gare fantôme » (p. 84), « le sous-sol est son Walhalla, le repaire du héros de ce gang sordide » (p. 85)), il leur raconte parfois une vague histoire, comme un plan déjà ancien, de « Netzwerk Lebensraum »(p. 85), de maintien de traditions, établi par Jörg Ganz von Liebenfels (pp. 66-85), mentor de Hugo, décalque de Jörg Lanz von Liebenfels (1874-1954), et qui se tient à distance.

Hugo conserve précieusement un extrait de journal de 1991, évoquant l'agression raciste contre le centre de réfugiés d’Eisenhüttenstadt (, ou autres émeutes de Rostock (1992)).

Pour situer l'action, le narrateur exhibe également un article du Bild de 1991 : comment repérer un penchant néo-nazi chez un enfant (p. 63).

Nebula Nebula est une étudiante en arts plastiques ou en sociologie de l'art, à Berlin en 1995. Elle apparaît (p. 55) en train de filmer un groupe de jeunes réfugiés, qui commencent à l’agresser pour son voyeurisme intrusif. Hugo zone, pas innocemment, dans ce quartier avec ses hommes, et intervient. La violence de ses hommes est compensée par une forme de noble indifférence de Hugo, qui sauve ainsi et s’attache Nebula, dans une forme d’attirance réciproque.

Depuis lors, devenue la compagne de Hugo (pp. 81-86), Nebula, introduite dans le groupe, filme les prestations des néonazis, partiellement pour un film à usage universitaire.

Goldfarb Goldfarb est un jeune juif émigré récent, qui étudie dans une université américaine, en 1942. Il est spécialisé en mathématiques, parle de l'équation de Friedmann, s'intéresse au Mark I de l'Université Harvard (Cambridge, Boston, Massachusetts), envisage LA, Los Alamos (p.210) (BP 1663, Santa Fé)), peuplé d'« anges déchus ».

Il sort parfois avec ses amis d’adolescence, et de Lowell House, dont David Zwingermann (p. 200), devenu David Hamilton, Ted, etc.

Il pense beaucoup à sa Mutti, Margarete Gottlob (p. 126, 144), rebaptisée Goldfarb, à son arrivée aux États-Unis, où elle s'essaie comme modèle pour photographe, auprès de Mr Yablomi (p. 144), ancien ami de Varsovie, avec pour agent Alan Alexander Provitz (p. 145) : « C’est. Ta. Mère ! » (p. 125).

Il se voit alors comme « un esprit à jamais solitaire, sillonnant les mers inconnues de la pensée » (p. 210), et s'épanche dans quelques nouvelles : complexe de juif émigré, jusqu'à sa rencontre avec Hannah Sidis, qui brise en lui la glace qui....

Quand elle disparaît, il lui envoie à la BP 1663, une lettre brève avec l’équation qui se termine par oméga-mineur (p.285). Catapulté à Los Alamos (p. 391), il entre en division de physique théorique (La maison du dragon), pour y travailler lui aussi au Projet Manhattan, dont la mise au point du Gadget. En compagnie de Richard Feynman (1918-1988), Edward Teller (1908-2003), Otto Frisch (1904-1979), Lise Meitner (1878-1968)... Les grands ancêtres sont évidemment évoqués : Albert Einstein, Niels Bohr, Becquerel (p.281)...

Quand son travail nécessaire et génial est accompli, il est envoyé en Allemagne traquer « le fantôme du gadget allemand » (p. 471), comme membre influent de l'Opération Alsos (p. 473) concernant les recherches atomiques sous le régime nazi, et la récupération des scientifiques impliqués, y compris les matériels et les techniques. Il rencontre alors (p. 468) Werner Heisenberg (1901-1976), Samuel Goudsmit (1902-1978).

Il assiste à la première explosion de bombe atomique (p. 476) : Ground Zéro, Heure zéro, Om : on peut croire que ses rétines sont brûlées (p. 485).

Pourtant, le lecteur (dans une chronologie floue bien entretenue) le rencontre à Bath, auprès d'une jeune Française, puis d'une gitane cartomancienne, Mahadurga (p. 5), et croit avoir croisé son nom dans d'autres époques...

Hannah Sidis Hannah Sidis est une sorte de double féminin de Goldfarb. Ce personnage à double palindrome (p. 212), du Radcliffe College, rencontre Goldfarb à une soirée de Harvard, en 1942. Elle est physicienne, étudie « le champ de force dans l’atome » (p. 216), travaille avec Van Vleck (1899-1980, prix Nobel 1977).

Elle prend l'initiative, sort le rêveur (p. 215) Goldfarb de sa torpeur, l'initie à la sexualité, l'incite à la suivre en physique, puis à Los Alamos.

Au cours de la réalisation du projet Manhattan, Hannah poursuit sa tentative de communiquer aux soviétiques les plans de la bombe (p. 401), au nom de l'égalité nécessaire des informations scientifiques, avec l'accord tacite de Goldfarb. Elle utilise pour cela un code faustien, qu'il s'agisse d'un phénomène (avant l'heure) de partage des connaissances, de science ouverte, d'espionnage nucléaire, de mouvement Pugwash, de lanceur d'alerte ou d'idiot utile...

Helena Guna Helena Guna est une actrice allemande, de la meilleure réputation, célèbre pour ses rôles au cinéma, dans Germania, et Liebe am Himmelstür (Amour à la porte du Ciel) (p. 310).

Dans sa recherche personnelle d'aryanité (, sans que soit développée la possible tendance au mysticisme nazi), elle voyage à Bénarès (p. 315), avec Yamastan (qui réapparaît p. 683).