Gaius Amafinius est un écrivain et philosophe épicurien romain actif à la fin du et/ou au cours du Benfherat 2005 préconise une datation ancienne (vers 130-125). À l'inverse, Howe 1951 en fait un contemporain de Lucrèce en prenant au pied de la lettre le passage du De Rerum Natura (V, 335-337) où Lucrèce se déclare le premier à écrire en latin la doctrine d'Epicure. Bardon 1953 (p. 206), sans contester son antériorité, en fait un quasi-contemporain de Cicéron et de Lucrèce. Discussion et références chez Benfherat 2005, p.61-62. Voir également la page de discussion.. On ne connaît rien de sa biographie. Il serait le premier auteur philosophique en langue latine.
Sources Il n'est connu que par des passages de Cicéron, adversaire déclaré de l'épicurisme<ref>Pour une synthèse sur ce point : Y. Benferhat, « Cum scriberem contra Epicureos… Cicéron et l'épicurisme dans les Tusculanes, I-II » , Vita latina, 164, 2001, . En ligne: persee.fr</ref>. C'est donc au travers de ce filtre dépréciatif qu'il faut tenter d'en retracer l'œuvre et l'impact. Un passage d'une lettreCicéron, Correspondance, Ad Fam., 15, 19, 2. de Cassius à Cicéron le mentionne.
Œuvre et impact On ignore le nombre et les titres de ses ouvrages.
Si l'épicurisme était déjà connu et s'était implanté dans les classes supérieures romaines bilingues au cours du second siècle acn, il fallut attendre qu'Amafinius publie des traités épicuriens en langue latine pour que cette philosophie se répande rapidement et largement dans le monde latinSur la diffusion de l'épicurisme dans le monde romain : Pierre Grimal, L'épicurisme romain, Actes du Congrès de l'association G. Budé, 1969, -168 et Y. Benferhat 2005, chapitre II, p.57-97., aux dires de CicéronTusculanes, IV, 6 :
Cicéron donne à la suite son explication personnelle, dénigrante, pour cet engouementEncore faut-il définir le public qui se cache derrière le terme "multitudo" employé par Cicéron. Howe 1951 (p.60) propose la classe italienne suffisamment aisée et éduquée que pour avoir accès au livre, mais insuffisamment versée dans le grec que pour lire dans cette langue et, de toute façon, peu attirée par la littérature sophistiquée et parée de rhétorique telle que la préconisaient Cicéron et les élites.:
Dans la partie précédente à ces deux passages, Cicéron explique les raisons pour lesquelles personne n'avait encore publié d'ouvrages sur les doctrines « sérieuses », à ses yeux (le stoïcisme, le platonisme, Aristote), laissant de facto le monopole à l'épicurisme : Cassius, épicurien revendiqué, approfondit la critique en accusant Amafinius et ses successeurs d'avoir mal compris la doctrine d'EpicureLettre à Cicéron, Ad Fam., 15, 19, 2 : " Epicurus, a quo omnes Catii et Amafinii, mali verborum interpretes, proficiscuntur, dicit:...", " Epicure, dont dérivent tous les Catius et Amafinius, en traducteurs incompétents de ses termes qu'ils sont, déclare:...". Voir Bardon 1953, p. 206..
Langue et style Dans ses Académiques, Cicéron attaque violemment Amafinius dans des propos qu'il fait porter à Varron : « ...car vous savez que nous ne pouvons ressembler à ces Amafinius, à ces Rabirius, qui, sans aucun art, dissertent sur toutes choses en style vulgaire, n'emploient ni définitions ni divisions, argumentent sans aucune rigueur, et croient enfin que l'art de la parole et celui du raisonnement sont de pures chimères. ». En réalité, Épicure prônait la simplicité dans le style et dans l'exposé de l'argumentation. Le contraire de Cicéron. D'après les maigres indices dont nous disposons, on peut supposer qu'Amafinius respectait cette préconisation et qu'en particulier il sut trouver des mots latins concrets pour traduire des concepts grecs: c'est à lui que l'on doit, par exemple, la traduction de l'abstrait grec « ἄτομος » atomos (in-sécable) au concret latin « corpusculum » (tout petit corps)Cicéron, Académiques, I, 5. À l'inverse, son contemporain Lucilius (28.15) emploie encore directement les termes grecs (en italique) : (). Cette phrase ne devait guère être compréhensible par un latin ignorant du grec et de son vocabulaire philosophique.. On peut dès lors comprendre la rapide diffusion de ses ouvrages et de la doctrine qu'ils contenaient dans la population unilingueComme le fait remarquer Cicéron avec perfidie (Tusculanes, V, 116): "Epicurei nostri Graece fere nesciunt." "Nos épicuriens d'ordinaire ignorent le Grec." éduquée de l'Italie latine.
Bibliographie Amafinius Klebs, in Pauly-Wissowa, Real-Encycl. d. class. Altertumswiss. I, col. 1714. E. Zeller, Philos. d. Griech., éd., III, i, . Neal Wood,Cicero’s Social and Political Thought, University of California Press, 1988 (paperback edition, 1991). ) H.M. Howe, Amafinius, Lucretius and Cicero, American Journal of Philology, 77, 1951, . Consultable en ligne (après inscription): https://www.jstor.org/stable/291962 Y. Benferhat, Cives Epicurei, les épicuriens et l'idée de monarchie à Rome et en Italie de Sulla à Octave, collection Latomus, 2005. Henri Bardon, La littérature latine inconnue: Tome I: L'Époque républicaine'', Paris, klincksieck, (1953), édition, 2014. P. 205-206.
Notes et références
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