Jane Mander, née le à et morte le à Whangarei, est une écrivaine néozélandaise.
Pionnière du journalisme féminin dès avant la Première Guerre mondiale, elle est l'auteure de six romans qui inaugurent, dans la suite de ceux d' et de , une littérature néo-zélandaise empreinte de la psychologie d'hommes et de femmes qui se sont affranchis d'une morale conformiste et du poids du péché au contact des Maoris et d'une nature sauvage. Dans un style direct alors inédit, son œuvre, document unique sur la colonisation du nord de la Nouvelle-Zélande, illustre, au delà d'une critique précoce du puritanisme de la société néozélandaise, le combat universel de l'individu pour échapper à sa condition, spécialement celui de la femme pour sa liberté sexuelle.
Biographie Naître fille aux colonies (1877-1891) vignette|Flottage du caori en 1913. Jane Mander a vécu sa jeunesse dans ce milieu pionnier, son père transférant son équipe de scieurs de site en site, l'hiver collectant la . Jane Mander naît dans la ferme R. McGregor. « Mander, Mary Jane », in Dictionary of New Zealand Biography, Te Ara, Wellington, 1998. de son grand père maternel à Ph. Steer, « Jane Mander, 1877–1949. », in Kōtare, vol. VII, "Essays in New Zealand Literary Biography Series One : Women Prose Writers to World War I", , Université Victoria, Wellington, juin 2007 ., colonie rurale située immédiatement au sud de l' Auckland. Elle est l'aînée de trois sœurs et un frère. Sa mère, Janet Kerr, est une femme profondément pieuse, mais pleine d'humourO. A. Gillespie, « MANDER, Mary Jane », in , , Gouvernement de Nouvelle-Zélande, Wellington, 1966. qui, à l'âge de cinq ans, a vu sa maison brûler par les autochtones lors de la . Son père, , est un pionnier, . Propriétaire d'une centaine d'acres à Onehunga, où il a grandi, il est le fils d'un du , c'est-à-dire d'un soldat colon qui en 1847, pour sa retraite, avait accepté d'immigrer à Papakura en échange d'une terre concédée par le gouverneur George Grey. En 1881, il installe sa famille à une cinquantaine de kilomètres au cœur du domaine royal maori, dans un lieu-dit perdu de la , Awhitu, où il a acheté une scierie. L'exploitation de forêts vierges est extrêmement rentable mais expose aux conflits avec les Maoris indigènes.
vignette|Mine de en 1908. En 1880, la collecte n'était pas encore réservée aux sujets britanniques et ne faisait l'objet d'aucune réglementation. Comme la plupart des Pakeha de l'arrière pays d'Auckland, les Mander partagent avec les Maoris acculturés et les métis la condition du « mineur de gommes » saisonnier (Gum-digger), qui complète ses revenus en participant à la collecte de la fossilisée. Recherché, c'est un matériau du premier sous sol semblable à l'ambre qui finit le plus souvent en vernis, dont les chantiers navals usent abondamment. Au gré d'une trentaine de déménagementsFrida Sternberg, « Jane Mander », in The Register, , Adélaïde, 9 août 1924., Jane Mander habite de fare nui en fare nui, ces grandes cabanes provisoires.
Sa scolarité s'en ressent« Jane Mander. New Zealand Author. », in Encyclopædia Britannica, Londres, octobre 2017.. À six ans, elle est brièvement inscrite à l'école de Wellsford. Elle reprend l'école primaire deux ans plus tard, et parcourt pour cela à pied deux fois par jour de nombreux miles, mais elle ne fera que passer d'un établissement à l'autre, Port Albert en 1886, Point Ernie à l'embouchure de la Kaiwaka la même année, de nouveau Port Albert en 1887, Mangere en 1888, Onehunga en . L'enfant apprend à lire dans les quelques livres que possède le foyer, Shakespeare, Milton, Le Voyage du pèlerin, Jane Eyre et la Bible. Quand il n'y a pas d'école, sa mère tâche de prendre le relais. C'est auprès de celle-ci que l'enfant cultive le goût de raconter des histoires. Son père a confectionné pour la famille une anthologie de poètes portative. Sa joie est de faire un jardin, qu'à cause des déménagements incessants elle ne voit jamais fleurir.
De l'institutrice à la journaliste (1892-1909) vignette|L' d'Auckland vers 1910, où sont formés les . Adolescente, Jane Mander soigne blessures et typhoïdes des ouvriers de son père. Elle se voit refuser par celui-ci, à cause du manque d'argent, de poursuivre dans l'enseignement secondaire, qui est alors organisé par l'université. À quinze ans, en 1892, elle obtient finalement de continuer ses études en tant qu'. Elle fait la classe successivement dans les écoles primaires de Port Albert, où sa famille vient de s'installer, Devonport, Otahuhu, puis de Newton, banlieue ouest d'Auckland, mais elle n'est pas dispensée des tâches que sa famille compte qu'elle accomplisse matin et soir. Encouragée par un collègue, elle se découvre une vocation d'écrivain en remportant un concours de nouvelles organisé par un journal, mais elle a moins de bonheur auprès du Bulletin de Sydney.
Elle consacre ses nuits à étudier et en 1896 elle obtient son en réussissant huit des épreuves du , soit une mention excellent. Elle étudie par correspondance mais trois ans plus tard, elle cesse d'enseigner. Elle se veut romancière. En 1900, son père fait l'acquisition d'un journal, La Chronique du Nord, et la famille déménage à Whangarei, au centre de la péninsule de Northland. C'est alors qu'elle met en chantier un premier manuscrit.
vignette|Vestige de la maison des Mander conservé dans le Parc du souvenir de Whangarei depuis 1979. Il s'agit de la petite tourelle qui était réservée à la jeune femme pour lui servir de bureau. Elle a vingt-cinq ans quand, en 1902, son père est député par la circonscription de à la Chambre des représentants. Élu sans étiquette, il siègera du côté conservateur, à droite du Parti libéral, qui est encore majoritaire. Réélu au terme des trois années de son mandat, il achète un journal concurrent qui a un bien meilleur tirage, , et ferme La Chronique. C'est dans ce second quotidien fondé en 1875, à Whangarei, que Jane Mander apprend le métier de journaliste. En 1906, la famille s'installe dans une grande maison bourgeoise de Whangarei appelée Pukemui, c'est-à-dire La Grande colline.
En 1907, année où le Royaume-Uni dévolue l'autonomie à la Nouvelle Zélande au sein de l'Empire, elle entre comme rédactrice en chef dans un petit journal de Dargaville, le North Auckland Times. Asociale et peu soucieuse, derrière un beau visage anguleux, de donner l'image qui est attendue d'une femme, « Jane Mander collection », in Real Gold. Treasures of Auckland City Libraries., Bibliothèques d'Auckland, Auckland, [s.d.], elle est toujours célibataire, comme le restera une de ses sœurs. Il ne lui sera pas connu pour autant de « romantic friendship »Ch. Ferrall & R. Ellis, The Trials of Eric Mareo, , , Wellington, 2002, .. Elle fuit dans la lecture les obligations sociales et décrit elle-mêmeR. McGregor, The story of a New Zealand writer : Jane Mander., , Presses de l'Université d'Otago, Dunedin, 1998 . le bovarysme dont elle souffre.
Un voyage à Sydney, cette même année 1907, lui est l'occasion de sentir le profond isolement intellectuel dans lequel la maintient le provincialisme néozélandaisR. McGregor, The story of a New Zealand writer : Jane Mander., , Presses de l'Université d'Otago, Dunedin, 1998 .. La découverte en 1909 dans une des revues auxquelles elle est abonnée des poèmes d'Oscar Wilde est une révélationJ. Stafford & , Maoriland : New Zealand Literature 1872-1914., , , Wellington, 2006.. Le lecture de Nietzsche en est une autre. Durant ces trois années à Dargaville, elle réécrit son manuscrit et rassemble un grand nombre de notes sur des anecdotes et des personnes qu'elle rencontre.
Partir et devenir indépendante (1910-1915) En 1910, Jane Mander s'installe pour une année à Sydney comme correspondant indépendant pour le , organe de presse du Conseil des syndicats de Nouvelle-Zélande, qui est affilié au Parti travailliste, c'est-à-dire le parti de gauche opposé à la Ligue pour la réforme politique de la Nouvelle Zélande dans laquelle son père, réélu une cinquième fois, siège désormais. Pour ne pas faire d'ombre à la carrière de celui-ci, elle fait paraître ses articles sous le pseudonyme de Manda LloydG. Troughton, « Mander, Jane (1877-1949) », in R. Robinson & N. Wattie, The Oxford Companion to New Zealand Literature. History Cooperative., , OUP, Oxford, 1998 .. Durant cette année australienne, elle est hébergée par William Holman, député et ministre travailliste de la Nouvelle-Galles du Sud. La femme de celui-ci, , est une militante féministe. Il lui propose de poursuivre des études à l'université de Sydney, en allemand.
vignette|La résidence universitaire Whittier aujourd'hui, 1230 avenue d'Amsterdam. vignette|L'École supérieure de journalisme de l'université Colombia aujourd'hui, 2950 Broadway, à six cent cinquante mètres de Whittier Hall. Revenue à Whangarei, elle s'inscrit en 1912, à trente cinq ans, au Collège Barnard de l'Université Columbia, faculté réservée aux femmes, dans le but d'intégrer l'École supérieure de journalisme. Fondé la même année grâce aux dispositions testamentaires de Joseph Pulitzer et dirigé par Talcott Williams, c'est le premier établissement au monde de ce genre. Jane Mander rejoint dans un premier temps Londres, où elle est enthousiasmée par les Ballets russes qui donnent à Covent Garden, en cette fin de mois de juin, un Oiseau de feu dansé par la Karsavina et Bolm. Elle profite de cette étape pour présenter, en vain, un manuscrit à cinq éditeurs successifs qui lui font sentir la difficulté de percer dans la capitale quand on est une coloniale. L'un d'eux, John Lane, lui conseille de réécrire les passages les plus choquants et l'adresse à son bureau de New York, où elle arrive pour la rentrée. Avant d'intégrer l'école de journalisme, il lui faut suivre deux années d'enseignement général, rédaction en anglais, français, histoire, sciences, philosophie et sciences politiques. Elle est logée à Whittier Hall jusqu'à ce qu'une riche étudiante, Esther Norton, lui propose de partager un appartement en « new women ».
Elle commence aussitôt de rédiger ce qui sera son premier roman, puis les brouillons de deux autres. Pour financer ses études, elle enchaine les emplois précaires et y perd sa santé. Elle est employée dans un projet de réforme de la prison de Sing Sing, remplaçante durant les congés à la direction d'un foyer pour travailleurs et étudiants, surveillante de groupes de révision. La Nouvelle République publie un de ses articles. Durant sa seconde année, elle manque de nombreux cours, mais elle parvient durant l'été 1914 à prendre quelques vacances en France pour visiter le val de Loire en compagnie d'Esther Norton et la sœur de celle-ci, Rose. Les deux jeunes filles et leur prétendue chaperonne doivent rentrer précipitamment quand éclate la guerre.
Son éducation de « sauvage » dans l'utopie qu'a été la Nouvelle-Zélande de son enfance donne à Jane Mander de grandes libertés dans sa vision de la condition féminineR. McGregor, The story of a New Zealand writer : Jane Mander., , Presses de l'Université d'Otago, Dunedin, 1998 .. Comme d'autres Néozélandaises, lesquelles jouissent en leur pays du droit de vote depuis 1893, elle parait très en avance aux yeux de ses collègues qui ont reçu une éducation édouardienneJ. Stafford & , Maoriland : New Zealand Literature 1872-1914., , , Wellington, 2006.. À l'été 1915, elle participe aux manifestations organisées par l'Association nationale pour le droit de vote de la femme américaine que dirige Carrie Chapman Catt, à la suite de quoi elle y assure diverses tâches. Au bout de trois ans, à la fin de l'année 1915, problèmes de santé et d'argent lui font renoncer, en dépit de résultats brillants, à la qu'elle espérait.
Romancière à New York (1916-1922) vignette|245px|La première salle newyorkaise des Provincetown Playersouverte le 19 septembre 1916133 par souscription, dont celle de Jane Mander.