L' herpès néonatal désigne l'infection du nouveau-né par le virus de l'herpès. C'est une infection rare (2 à 3 cas pour en France), mais à mortalité et morbidité élevées, et suivie d'importants risques de séquellesRCOG (2014) Management of Genital Herpes in Pregnancy| Royal College of Obstetricians and Gynaecologists. London.
L'herpès néonatal est dû à une transmission « verticale » du virus de l'herpès, de la mère au nouveau-né. La contagion se fait presque toujours au moment de l'accouchement, mais il existe de très rares cas de contamination in utero. Les symptômes apparaissent généralement 5 à 15 jours après la naissanceRozenberg F (2002) « Signification et limites des moyens diagnostiques fondés sur la PCR dans l'herpès oro-facial, génital, de la femme enceinte, du nouveau-né à risque »| Ann Dermatol Venereol|129(4 Pt 2)|617 24.
Le diagnostic repose sur l'analyse clinique et biologique. Pour un nouveau-né suspect d’être infecté par le virus, le traitement (Aciclovir intraveineux), est maintenant prescrit sans attendre les résultats des prélèvementsRenesme L (2017) Herpès néonatal : épidémiologie, manifestations cliniques et prise en charge. Recommandations pour la pratique clinique du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie, 45(12), 691-704|résumé. pour une durée précisée par le pédiatre au vu de la gravité de la maladie lors du diagnostic. Si en fin de grossesse la femme enceinte présente les symptômes d’un herpès (surtout s’il s’agit du sérotype HSV-2) ou si elle a présenté ces symptômes lors du troisième trimestre de sa grossesse (et plus encore s’il s’agit d’une primo-infection) alors une césarienne est pratiquée. Elle vise à préventivement empêcher le nouveau-né d'acquérir une infection à HSV lors de l'accouchement. C’est en effet lors du « travail » que le nouveau-né risque le plus d’être contaminé par les virus, s'ils sont excrétés par la mère à ce moment (c'est souvent le cas si la mère a contracté le virus durant le troisième trimestre de grossesse).
On a estimé qu'aux États-Unis la prévention de l'infection par le partenaire masculin aux femmes enceintes "à risque" pourrait réduire l'incidence de l'herpès néonatal de 60% à 80% et fortement réduire les cas les plus graves (liés à des primo-infections lors du trimestre de la grossesse). L'utilisation du préservatif, même si elle ne représente pas à elle seule un moyen de protection efficace pour prévenir l'infection Martin ET, Krantz E, Gottlieb SL. « » Arch Intern Med. 2009;169:1233-1240., lorsqu'elle est combinée à une thérapie antivirale réduit le risque sans pour autant le supprimer.
Prévalence Elle est à notamment reliée aux cas de premières infections par l'herpes génital (l'une des Infections sexuellement transmissibles (IST) les plus fréquentes dans le monde, dont l'incidence générale aux États-Unis est estimée entre 1 et 2 millions de nouveaux cas annuels, pour une prévalence de près de 30 % chez les 30-40 ans Chiffres de l'OMS. La prévalence de l'herpès génital serait dans le monde d'environ 22 % chez les femmes enceintes, sans qu'elles en soient généralement informéePinninti S.G & Kimberlin D.W (2014) Preventing herpes simplex virus in the newborn. Clinics in perinatology, 41(4), 945-955.|URL:https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4386734/.
Au Canada, le taux rectifié selon l’âge de séropositivité pour HSV-2 était de 17 % (pour une plage de valeurs s’étendant de 7 % à 28 %)Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (2008). Directive clinique sur la prise en charge du virus de l’herpès simplex pendant la grossesse. J Obstet Gynaecol Can ;30(6):520-6 et selon les données de surveillance de l’infection néonatale aux HSV, il y aurait dans le pays 6 cas sur vivantesSociété canadienne de pédiatrie (2014) La prévention et la prise en charge des infections par le virus de l’herpès simplex. Ottawa: CPS;. http://www.cps.ca/fr/docume nts/position/prevention - prise - en - charge - infections - le - virus - herpes - simplex Mais une enquête sérologique transversale conduite au sein d'une communauté socio-économiquement défavorisée de 155 inuits et 11 caucasiens isolés au nord du Canada a mis en évidence une prévalence de 100% pour le virus de l'herpès simplex (dès l'âge de six ans)Nicolle L.E, Minuk G.Y, Postl B, Ling N, Madden D.L & Hoofnagle J.H (1986) Cross-sectional seroepidemiologic study of the prevalence of cytomegalovirus and herpes simplex virus infection in a Canadian Inuit (Eskimo) community. Scandinavian journal of infectious diseases, 18(1), 19-23.. Une autre étude a montré que les enfants inuits sont pour la plupart contaminés très tôt par le virus (entre le et le mois de leur vie)Culman K.N, Ward B.J, Pekeles G.S & Mills E.L (1999) Evidence of early acquisition of herpesviruses in Inuit infants compared to non-Inuit Canadian infants. Pediatric Research, 45, 159A-159A.résumé. Les populations autochtones danoises du Groenland semblent nettement moins touchéesKjaer, S. K., de Villiers, E. M., Haugaard, B. J., Christensen, R. B., Teisen, C., Møller, K. A., ... & Jensen, O. M. (1988). Human papillomavirus, herpes simplex virus and cervical cancer incidence in greenland and denmark. A population‐based cross‐sectional study. International journal of cancer, 41(4), 518-524|résumé..
Aux États-Unis où cette infection n'est pas une maladie à déclaration obligatoire au niveau national, on estime que de 20 à 30 % des femmes enceintes auraient des anticorps anti-HSV–2James SH, Sheffield JS, Kimberlin DW (2014) « Mother-to-Child Transmission of Herpes Simplex Virus ». J Pediatric Infect Dis Soc;3(Suppl 1):S 19-S23. Dans ce pays, environ 1 bébé sur 3500 babies en serait victimeBloomberg News (2009). "Neonatal herpes simplex". Boston Children's Hospital, 14 juillet 2009 .Selon une étude récente (2016) à New York 34 nouveau-nés en sont morts en 33 ans (de 1981 à 2013), soit 0,82 décès pour vivantes, à comparer à 38 décès par syphilis congénitale (0,92 pour ) ou aux 262 décès causés par le VIH (6,33 pour ) dans le même temps. Cependant alors que les décès de nourrissons par SC sont en recul (aucun cas entre 1996 et 2015) de même que pour le VIH (un seul décès infantile entre 2004 et 2015), le taux de mortalité néonatale lié au VHS a significativement augmenté durant la décennie (2004-2013) par rapport aux années antérieuresSampath A, Maduro G & Schillinger J.A (2016) Infant deaths due to herpes simplex virus, congenital syphilis, and HIV in New York city|Pediatrics| 137(4), e20152387.. Le taux de mortalité diminue (il était de 85% pour les cas non-traités par antiviraux il y a quelques décennies et est de 25% au début du .
En France l'herpès néonatal est une manifestation herpétique rare puisqu’en 2002 la prévalence était estimée à 2,7 cas pour vers 2010 (20 cas par an pour le pays est le chiffre retenu par la HAS en 2016)Haute Autorité de santé / HAS (2016) Un argumentaire de la HAS sur le diagnostic des infections liées aux virus de l'herpès et de la varicelle , validé par le Collège de la Haute Autorité de santé en mai2016.
L’incidence des cas néonataux semble significativement varier selon les pays (de 1 à 14 pour vivantes Aujard Y (2015). » Infections néonatales ». Paris: Elsevier Masson;Aujard Y (2002) « Modalités des traitements locaux et généraux, médicamenteux ou non, dans la prise en charge du nouveau-né suspect d'être infecté/contaminé par HSV1 ou HSV2 ». Ann Dermatol Venereol ;129(4 Pt 2):655 - 61. et très majoritairement (75 % environ des cas, 64 à 73% des cas selon Melinda Bénard (2010) et 85% des cas neurologiquesBénard Mélinda (2010) Peut-on prévenir l’Herpès néonatal ? | GEN Midi-Pyrénées |19 mars |PDF, 71 pages) attribués au HSV-2 (et 25 % à HSV-1).
Cette maladie reste rare, mais sa fréquence semble en légère augmentation tout comme celle du Zona du nourrisson (dû au virus de l'Herpès Zoster) selon Thomas & Williams (2014)Thomas E.A & Williams A (2014) Herpes zoster in a six month old infant: A case report. pediatric infectious disease, 6(4), 145-146.
Transmission Elle est : « verticale » (c'est-à-dire de mère à enfant) et directe, se réalisant lors de l'accouchement dans environ 90 % des cas [on parle de « Contamination per partum » dans ce cas] . ; « verticale » et « anténatale » (c'est-à-dire acquise in utero, via le placenta suppose-t-onEdwards M.S, Popek E.J, Wise B, Hatzenbuehler L, Arunachalam A.R & Hair A.B (2015) Ascending in utero herpes simplex virus infection in an initially healthy-appearing premature infant. Pediatric and Developmental Pathology, 18(2), 155-158.) ; Edwards & al (2015) ont recherché (et effectivement trouvé) des signes histopathologiques de présence du virus de l'herpès dans le placenta, dans le liquide amniotique et dans le cordon ombilical, alors même que dans ce cas l'enfant semblait à la naissance en bonne santé, avant qu'il ne développe les signes de la maladie. L'herpès néonatal acquis in utero est la forme la plus rare de la maladie : elle ne concerne qu'environ 3 % des cas selon une estimation française de 2016 et dans 5 % des cas selon Pichler & al. en 2015 (ces auteurs ajoutent que la littérature médicale n'en avait décrit que 64 cas avant 2014, dont 90 % avaient été causés par le type HSV-2 du virusPichler & al. (2015) Premature newborns with fatal intrauterine herpes simplex virus‐1 infection: first report of twins and review of the literature. Journal of the European Academy of Dermatology and Venereology, 29(6), 1216-1220. résumé) ; postnatale dans 5 à 10 % des cas.
Incubation L'incubation varie selon le virus et l'état du système immunitaire du bébé : de 2 jours à 3 semaines .
Manifestations cliniques Elles apparaissent 2 jours à 3 semaines après l’infection (et plus souvent au sixième jour).
Les trois formes de l'herpès néonatal
Herpès néonatal (et pronostic)
Trois formes principales sont généralement distinguées, dites « disséminée », « neurologique » ou « localisée ». Forme disséminée (25 % des cas). Cette forme est plus fréquente chez le prématuré. Elle touche divers organes (dont cerveau, poumon, foie, cœur, glandes surrénales et peau) et se déclare dans les 7 premiers jours de vie. Elle est presque toujours induite par une primo-infection maternelle. Son allure est septicémique (avec ou sans atteinte du système nerveux central). Les symptômes surviennent souvent chez le nourrisson en fin de sa première semaine de vie ; ce sont d’abord des troubles de l'alimentation (avec vomissements), fièvre et d’éventuelles convulsions. L’évolution est ensuite rapide avec une défaillance hépatique se manifestant par un ictère (avec ou sans « gros foie ») et par une défaillance multi–viscérale. Sans traitement adéquat, l’atteinte cardiovasculaire et un syndrome hémorragique se concluent par la mort du nourrisson dans 80 à 90 % des cas. Même avec le meilleur traitement antiviral 30 % des bébés atteints mourront et 17 % de ceux qui survivent conserveront des séquelles neurologiques. Forme « neurologique » ou « encéphalitique », localisée au système nerveux central (45 % des cas) : elle se déclare plus tardivement dans les 16 à 19 premiers jours de vie, avec une manifestation principale : la méningo–encéphalite (qui se traduit par des troubles du comportement et des convulsions, souvent accompagnée d'une méningite lymphocytaire et des lésions cutanées sont également possibles. L’analyse du LCS montre une augmentation modérée de l’albuminorachie. 14 % des nouveau-nés touchés en meurent. Un antiviral approprié et prescrit aussi tôt que possible réduira la mortalité à 6 % des cas. Il réduira morbidité neurologique ; séquelles (à vie souvent) pour actuellement 70 % des cas;