Queen II est le second album du groupe de rock britannique Queen, sorti en 1974 sous l’étiquette EMI. Enregistré en 1973 aux Studios Trident à Londres, il a été co-produit par Roy Thomas Baker, Robin Cable et mixé par Mike Stone. Dès sa sortie, il est resté au palmarès britannique pendant 29 semaines, dont 11 semaines consécutives où il atteint la cinquième position au classement des meilleures ventes au Royaume-Uni avant de faire une réapparition en 2011Official Charts,Artist: Queen. Queen II a suscité des critiques mitigées et il est longtemps resté l’album le moins connu du public. Toutefois, ce disque fait l'objet d'un certain culte depuis que des artistes comme Axl Rose, Billy Corgan et Steve Vai en ont fait l'éloge. Aujourd’hui, Queen II est perçu comme un album très significatif autant dans l’histoire de la musique que dans la carrière du groupe. Les membres de Queen n’hésitent pas à démontrer leur polyvalence dans le rock, le heavy metal et même le rock progressif, tout en exposant la base de ce qui deviendra avec le temps leur son unique riche en arrangements orchestrés de la guitare, saturation d'enregistrements multipistes et en harmonies vocales.

Contexte et enregistrement Après la sortie de son premier disque éponyme en , le groupe s’embarque dans une tournée, majoritairement européenne, débutant le et se terminant en Australie le . Bien que cette tournée soit destinée à promouvoir leur premier disque, ils assurent plus souvent la première partie des concerts de Mott the Hoople. L’intérêt qu’ils suscitent au sein du public anglais leur sera bénéfique. Leur premier album atteint la , passant plus de quatre mois au palmarèsHodkison, Mark - Queen: The Early Years, OmnibusPress, 1 edition (Sept. 1 2004). ; ils sont même choisis comme le « troisième meilleur nouveau groupe » par les lecteurs du Sound derrière le groupe écossais Nazareth, au début des années 1974, avant de déplacer la tournée en sol australien.

Ambitieux, et malgré les critiques mitigées face à leur premier opus, Queen retourne en studio en pour y enregistrer des nouveaux morceaux qui feront partie de Queen II. Pris entre les concerts de soutien et les enregistrements, le groupe ne se lasse pas de son acharnement et travaille pour produire un album meilleur que le premier, maintenant qu’ils ont toute liberté d’utilisation des Studios Trident. Avant la production de Queen II, le groupe était réduit à utiliser le studio durant les temps morts. Cette restriction, qui était stipulée dans leur contrat initial, ne leur permettait pas d’utiliser le potentiel technique du studio, ni leur propre potentiel en tant que musiciens lorsque Queen avait été produit. Ayant maintenant un album sous le bras, ils sont prêts à démontrer leur potentiel et à mettre en valeur leurs idées sur disque.

En moins d’un mois ou presque, ils terminent les enregistrements pour Queen II. Mais la crise du pétrole en 1973 et les quelques petits détails qui restent à corriger retardent la sortie de l’album. Le groupe se concentre alors à continuer la tournée, et incorpore dans ses concerts quelques titres de Queen II, comme Father To Son, et autres titres, comme Stone Cold Crazy, qui verront le jour plus tard dans Sheer Heart Attack. Avec leur nouveau matériel, ils s’embarquent pour une tournée en Australie.

La tournée en Australie n'est pas aussi fructueuse que la tournée européenne. Après avoir subi des complications à la suite d’un vaccin, Brian May rejoint le reste du groupe pour ce qui sera une tournée écourtée. L'accueil froid du public australien, combiné à une infection aux oreilles de Freddie Mercury et à quelques problèmes techniques, réduisent leur prestation à deux représentations, et Queen rentre en Angleterre plus tôt que prévu. Néanmoins, la chance leur sourit lorsqu’ils font un passage au show télévisé Top of The Pops en remplacement de David Bowie. Cette chance leur permet de produire un nouveau single Seven Seas of Rhye en l’espace de quelques heures seulement.

Parution et accueil Classements et certifications

Classements hebdomadaires Pays Meilleureposition (Kent Music Report)79 (RPM Top Albums)40 (Billboard 200)49 (Oricon)26 (UK Albums Chart)5

Certifications Pays Ventes Certifications (ZPAV) + (BPI) +

Caractéristiques artistiques Thèmes et composition Queen II marque non seulement une distanciation sonore de Queen mais il s’éloigne aussi de toute ressemblance sonore avec des groupes qui les influencent. Conscients du fait que le public et la critique les rapprochent trop des groupes Yes, Led Zeppelin et The Who, ils poussent les limites de technique d’enregistrement afin de créer leur son unique. Brian May considère cet album comme étant le « premier témoignage du son distinctif de Queen ». « Led Zeppelin et The Who sont probablement quelque part là car ils sont parmi nos groupes favoris, mais ce que nous essayons de faire de différent de ces groupes était cette espèce de son superposé. Pour moi, Queen II était la sorte de musique émotionnelle que nous avions toujours voulu jouer, bien que nous ne puissions pas toutes les jouer en concert (les chansons) parce que c’était trop compliqué. Nous essayions de pousser les techniques de studio à des nouvelles limites pour les groupes de rock – c’était l’accomplissement de nos rêves car nous n’avions pas eu beaucoup l'occasion lors du premier disque. Il nous est même passé par la tête d’appeler ce disque Over The Top ».

À la sortie de Queen II, si quelques mauvaises critiques trouvent que le groupe « patauge à travers la complexité des arrangements inutiles », offrant un album « sans originalité ni sophisticationBarnes, Ken. Rolling Stone, June20,1974 Queen II review », d’autres affirment que la ressemblance qu’il partage avec le premier opus est « superficielleStephen Thomas Erlewine. AllMusic Queen II review ». L’exploration des genres comme le heavy metal, l’opéra et la comédie musicaleEncyclopedia Universalis - Queen et la fusion de ces derniers avec les arrangements complexes autant au niveau de la composition qu’au niveau des harmonies vocales, produit un album plus « riche, sombre et bizarre » qui prouve que le groupe est en pleine « croissance fulgurante » et qu’ils « commencent à traduire leurs ambitions et influences dans leur son si caractéristique ».

Coproduit par le groupe, Roy Thomas Baker et Rolin Cable, le disque se compose de onze titres d’une durée de 40 minutes et 42 secondes, tous enregistrés et mixés par Mike Stone. Il contient aussi deux de leurs plus longs titres à l’époque, soit Father To Son, 6 minutes et 14 secondes, et The March of the Black Queen, 6 minutes et 34 secondes.

Plus « énergique »Dictionnaire du Rock - sous la direction de David Robert, éditions Hurtubise 2013, page400 que Queen, leur surplus d’idées est bien canalisé dans un rock pompeux « surgonflé qui tiendrait plus du rock progressif si le son n'était pas aussi heavy». Il n’est pas non plus un album concept en soi, bien qu’il possède une certaine thématique récurrente à travers les chansonsQueenpedia - Queen II. Le choix de renommer les faces du disque par « Face Blanche » et « Face Noire » au lieu des conventionnels face « A » et face « B » est fait par convenance, dans le but de créer une idée de concept mais sans « signification particulière- entrevue de Freddie Mercury », une idée produite de la « fascination » qui allait de pair avec la mode en essor d’albums concepts développés par d’autres groupes comme Quadrophenia par The Who et Dark Side of the Moon par Pink Floyd.

La « Face Blanche » ou Side White comporte cinq titres, dont quatre composés par Brian May et un par Roger Taylor, The Loser In The End, sa seule contribution dans l’album. Ce côté du disque est plus introspectif et introverti, axé sur les émotions personnelles comme la mort, la vie ou l’empathie. En contrepartie, la « Face Noire » ou Side Black comporte six titres tous composés par Freddie Mercury où l'imaginaire, le mystique et le féerique sont omniprésents, et dont quelques pièces ont été inspirées à partir d’autres d’œuvres d’art.

Le premier titre du disque est la marche funèbre Procession, pièce instrumentale composée par May. L’enregistrement de la guitare en multipiste, qui montre la virtuosité du guitariste à jumeler deux concepts de musique classique, le contrepoint et le mouvement harmonique parallèle dans un même morceau, est du jamais vu dans la musique rockGuitar Player - Harmony Guitar Solos of the '50s, '60s and '70s. L’orchestration de la guitare deviendra le son unique et reconnaissable pour May, qui sera repris dans toutes les pièces instrumentales comme God Save The Queen sur l’album A Night At The Opera. Les dernières notes du morceau jouent la mélodie du titre suivant Father To Son.

L’influence de Led Zeppelin et The Who se fait ressentir dans Father To Son. Cette pièce, qui s’enchaine dès la fin du morceau précédent par le passage d’un arpège à la guitare, ouvre sur un puissant accord de guitare, à la Pete Townshend. Morceau introspectif, il relate les pensées d’un père envers son fils. Ballade rythmée à la Led Zeppelin, elle comporte aussi une section hard rock penchant plus vers le heavy metal. Enregistrée en utilisant la technique de mur de son, la chanson se termine par un hymne tonitruant « très hippie » voire « pré-proto-métal », et dont la fin trace une continuité avec le morceau suivant, créée par une note suspendue à la guitare à la manière d’un violon.

White Queen (As It Began) est une ballade où la guitare acoustique est prédominante et revêt quelques similarités avec While My Guitar Gently Weeps et Babe I'm Gonna Leave YouQueenSong Analysis. - White Queen As It Began. Brian May explique qu’il eut l’idée de cette chanson après avoir lu The White Goddess, la Déesse Blanche, aujourd'hui édité sous le titre Les Mythes celtes, par Robert Graves, mais qu’il eut aussi l’inspiration d’une amie d’école qui représentait l’idée de la « femme parfaiteBrian May Documentary 2012 ». En entrevue, il a dit « je me souviens d’avoir été totalement amoureux de cette fille de la classe de biologie, à qui je n’ai jamais parlé… J’étais sidéré à l’idée de parler à cette fille, et elle est devenue une amie de longue date, c’était très étrange ».

Some Day One Day est une autre ballade qui puisse son inspiration dans le folk, sans jamais s’y immerger pour autant. Avec des arrangements de guitares complexes, très typiques de May, cette pièce s’inscrit dans l’imaginaire et la fiction, et possiblement dans le psychédélique avec une harmonisation des voix qui lui donnent un aspect de rêverie.

Morceau hard rock mélodique, The Loser in the End termine la première face de l’album. Composé par Roger Taylor, cette chanson comporte des arrangements simples en comparaison aux autres titres de l’album. La guitare rythmique a une légère ressemblance avec les chansons Children of the Revolution par T. Rex et Sparks par The Who, faisant de cette chanson un échantillon de glam rockQueenSong Analysis - The Loser In The End. Le morceau décrit la relation empathique entre une mère et son fils.

La « face Noire » de l’album ouvre sur Ogre Battle composé par Freddie Mercury en 1972. Le groupe décide de ne pas l’inclure sur leur premier album car ils cherchent à avoir une plus grande liberté en studio afin de le perfectionner. Considéré comme l’un de leurs morceaux le plus heavy et « explosif »Thomas, Rhys, 8 March 2011 – a review of Queen II du groupe, il est décrit aussi comme étant « le premier exemple de thrash (metal), ou du moins son ancêtre ». L’introduction de la chanson a été produite en inversant les derniers riffs de la guitare incluant le « crash » du gong. Durant le solo, la guitare et la voix simulent les bruits d’un champ de bataille. La fin du morceau enchaîne sur le prochain par un son d’horloge.

vignette|Le tableau The Fairy Feller's Master-Stroke de Richard Dadd, qui a inspiré la chanson homonyme de l'album.