right|thumb|Téléviseur couleur SECAM modèle Pallas, fabriqué par Schneider en 1965.

Le SECAM ou Sécam, acronyme de « séquentiel couleur à mémoire », désigne un standard international de codage couleur du signal vidéo analogique, inventé par l'ingénieur français Henri de France, breveté en 1956 et expérimenté en télédiffusion en 1958 à Paris sur la Tour Eiffel puis en 1963, sur la chaîne nationale RTF Télévision 2 et lancé officiellement à l'antenne, sur la deuxième chaîne ORTF, à partir de 1967.

L'introduction de ce format marque une étape importante dans l'histoire des techniques de télévision. Deuxième standard couleur international créé après le NTSC américain introduit en 1956, le SÉCAM devance son concurrent européen PAL, élaboré à partir de 1963.

On distingue le standard couleur SECAM de la norme de télédiffusion qui lui est associée, symbolisée par une lettre. En France métropolitaine dès le début des années 1960, le SECAM est retransmis grâce la norme L à 625 lignes. En Outremer ou dans d'autres pays, les normes B, G, D et K ou K' exploitent également le standard SECAM, à partir de la fin des années 1960.

Ce standard couleur est successivement adopté par la France métropolitaine, le Liban, le Luxembourg, la principauté de Monaco, l'ancien Bloc de l'Est (URSS et pays de l'Est) dont République démocratique allemande (Allemagne de l'Est), la France d'outre-mer (DOM et TOM), une partie des pays d'Afrique francophone, l'Iran, l'Égypte, l'Arabie saoudite, la Libye, le Maroc et la Tunisie.

Des années 1961 aux années 2010, le standard couleur SECAM est exploité par des équipements et appareils vidéo grand public ou professionnels, tels que téléviseurs, vidéoprojecteurs, magnétoscopes, caméras, caméscopes, lecteurs DVD, enregistreurs vidéo numériques, cartes d'acquisition vidéo d'ordinateurs, convertisseurs, transcodeurs, décodeurs / désembrouilleurs, démodulateurs ou récepteurs de télévision par satellite ou câble, consoles de jeux vidéo, traitements ou effets spéciaux vidéo…

À partir de , le standard SÉCAM devient obsolète, en raison de la transition vers le numérique, de l'abandon de la télédiffusion analogique terrestre, de la retransmission analogique sur les réseaux câblés et par satellite ainsi qu'à la suite de l'arrêt de la commercialisation des appareils vidéos analogiques comme les téléviseurs à tube cathodique, les magnétoscopes à vidéocassette, certaines consoles de jeux ou vidéoprojecteurs, notamment tritubeshttps://www.lesechos.fr/2011/11/la-fin-de-lanalogique-ouvre-une-nouvelle-ere-pour-la-television-404181 La fin de l'analogique ouvre une nouvelle ère pour la télévision. Les Echos, publié le 30 novembre 2011, consulté le 10 décembre 2024..

Évolution du standard vignette|redresse|Henri de France, inventeur du standard SECAM, développé depuis 1956. Au début des années 1950, sous l'impulsion des pouvoirs publics et de sociétés industrielles nationales, la France entreprend de créer un format concurrent au standard couleur américain NTSC, lequel accuse certains désagréments techniques, notamment lors de sa retransmissionJérôme Bourdon : Histoire de la télévision sous De Gaulle, Éditions INA / Antrhopos. Janvier 1990. , page 226.

Comme d'autres concurrents français, l'ingénieur Henri de France étudie pour la société Compagnie française de télévision dès le début des années 1950, un format couleur permettant notamment de stabiliser la teinte de l'image lors de sa réception par le téléviseur, le standard américain étant ironiquement surnommé "Never Twice Same Color" (« jamais deux fois la même couleur »). Entre sa conception en 1954 en version « SECAM I » puis son développement en « SECAM II » en 1961 et jusqu'à son exploitation en 1965 en « SECAM III-b », le standard connaît différentes variantes et évolutionsJérôme Bourdon : Histoire de la télévision sous De Gaulle, Éditions INA / Antrhopos. Janvier 1990. , page 227.

En complément du signal vidéo principal en noir et blanc pour la luminance, Le SECAM I exploite une fréquence sous-porteuse unique modulée en amplitude pour les signaux de couleur alors que le SECAM II utilise une seule sous-porteuse mais à modulation de fréquence et enfin, le SECAM III combine deux sous-porteuses distinctes modulées en fréquence mais avec une synchronisation de repos sensiblement distincte. Sa version définitive est le SECAM III-b, exploité dès 1967 pour le lancement de la Deuxième chaîne de l'ORTFMarc Chauvierre : « 75 ans de radio et de télévision », page 132, publié aux éditions Chiron Paris, en 1989, ..

En 1965, une ultime version élaborée en collaboration entre les techniciens de l'ORTF et les ingénieurs russes et soviétiques des laboratoires NIIR est toutefois définie et baptisée SECAM IV permettant de résoudre les défauts des standards NTSC, PAL et SECAM III mais elle est abandonnée au profit du SÉCAM version IIIb pour de sombres motifs politiques et de brevets que la Compagnie Française de Télévision contrôlée par Sylvain Floirat (Europe 1/Sofirad) et l'Allemand Telefunken veulent conserverMarc Chauvierre : « 75 ans de radio et de télévision », page 140, publié aux éditions Chiron Paris, en 1989, .Jérôme Bourdon : Histoire de la télévision sous De Gaulle, Éditions INA / Antrhopos. Janvier 1990. , page 229.

Contexte historique

left|thumb|Jusqu'au début des années 1960, les Américains tentent un temps d'imposer le NTSC en Europe, sans succès.

Depuis l'introduction du format à haute définition 819 lignes en noir et blanc créé par les laboratoires d'Henri de France, la possibilité d'y adjoindre un signal couleur est étudiée et même expérimentée en France, à partir de 1956Jérôme Bourdon : Histoire de la télévision sous De Gaulle, Éditions INA / Antrhopos. Janvier 1990. , page 225.

Les laboratoires de la Compagnie Française de Télévision sont à pied d'œuvre pour développer le standard couleur français. Toutefois, il apparaît rapidement que ce nouveau codage SECAM ne s'adapte pas facilement aux contraintes du 819 lignes, notamment pour des raisons de coûts industriels. Le prix de vente des téléviseurs, émetteurs, caméras, studios, régies, magnétoscopes en serait considérablement affecté, sans parler de la complexité d'occupation de la bande passante, lors de la retransmission. La norme 625 lignes officiellement adoptée sur le plan européen, la deuxième chaîne ORTF nationale française lancée en 1963 permet de trancher ; la même année, le standard concurrent allemand n'est encore qu'à l'état de prototype et n'est breveté qu'à la toute fin de l'année.

La bataille de la télévision en couleur

En France dès 1956, les pouvoirs publics entendent favoriser un format couleur qui ne dépende ni des Américains avec le NTSC créé en 1953 et considéré comme imparfait, ni des Allemands, lesquels entendent développer leur propre format, le futur PAL, principalement développé par Telefunken, lequel ne sera breveté qu'en puis développé durant les années 1964 et 1965.

Le à Paris, la presse et le Comité consultatif international des télécommunications (CCIT) sont invités par la RTF pour la présentation aux experts du secteur, de plusieurs démonstrations de télévision en couleurs ; on note qu'Henri de France y présente pour la première fois son système de télévision à haute définition en couleur à 819 lignes développé avec Radio-Industrie, celui du L.E.P. (Laboratoire d'électronique et de physique) à double balayage et que les ingénieurs insistent sur le fait que ces appareils et dispositifs ne sont encore que des prototypes. À ce stade expérimental, le codage couleur adapté à la retransmission hertzienne n'est pas encore défini et les expérimentations exploitent un signal vidéo de type RVB.

Dès lors, une forte compétition entre les trois standards couleur s'intensifie pour des motifs politiques, de suprématie industrielle et commerciale sur un plan international.

right|thumb|Jusqu'en 1970, les expérimentations de télévision couleur se poursuivent dans plusieurs pays industrialisés.

En 1949, pour préserver les marques et industriels français, la norme historique E à haute définition noir et blanc 819 lignes de la première chaîne française se distingue déjà par sa modulation vidéo positive lors de la retransmission, contrairement aux normes de télédiffusion en noir et blanc à 525 lignes M américaine et au format 625 lignes créé par les russes soviétiques et exploité par l'Allemagne, à la norme B/G. Le codage SECAM est également censé renforcer ce protectionnisme permettant également d'éviter notamment aux téléspectateurs français habitant près des frontières, de trop facilement capter et visionner les émissions des chaînes étrangères en noir et blanc.

Le , l'ingénieur français Henri de France dépose un premier brevet du standard SECAM. Il tente aussitôt de l'associer à la norme haute définition noir et blanc française en 819 lignes. Début , deux démonstrations publiques en SECAM connaissent toutefois un certain succès technique et auprès de la presse. L'une dans un laboratoire électronique à Paris et l'autre, à l'hôpital Edouard Herriot de Lyon, lors d'une opération à cœur ouvert.

Premières retransmissions SECAM à partir de 1958

En 1958, pour anticiper la création d'une deuxième chaîne, les techniciens de la RTF procèdent à des télédiffusions expérimentales à haute définition 819 lignes en noir et blanc et au standard couleur SÉCAM, avec sous-porteuse à la fréquence 7,25 MHz, utilisant la bande IV de la gamme UHF. Non seulement les résultats en réception sont décevants mais surtout, l'exploitation du spectre supérieure à 15 MHz pour chaque chaîne en 819 lignes restreint considérablement l'utilisation de canaux simultanés en UHF, un problème essentiel pour la couverture de tout le territoirehttps://www.academia.edu/35230296/Chap_I_SECAM Philippe Levrier : Une histoire de la télévision : Rêve d'ingénieurs et jouet des politiques. Éditions L'Harmattan, 2 mai 2018, 372 pages. Pages 147 à 149. .

Au cours de l'année 1960, à la suite de ces différents tests et des décisions des pouvoirs publics, Henri de France abandonne ses développements pour adapter son système SECAM à la haute définition 819 lignes, alors que la deuxième chaîne nationale française adopte officiellement la norme européenne à 625 lignes.

Le , la première liaison hertzienne professionnelle en télévision SECAM entre Paris et Londres est réalisée par les techniciens de la Compagnie française de télévision (CFT), filiale de la société Thomson, qui marque la mise au point fonctionnelle du standard français. La toute première version « SECAM-I » (SECAM un) opérationnelle est finalisée en 1961, suivie de plusieurs autres évolutions destinées notamment à optimiser la qualité d'image et la fiabilité lors de la télédiffusion.

Le , le premier émetteur 625 lignes au standard SECAM est installé sur la tour Eiffel à Paris et commence à diffuser des émissions expérimentales en couleur.

En à Bad Kreuznach, lors de la conférence internationale du CCIR, l'ingénieur Henri de France présente en public, un enregistrement de définition 625 lignes vidéo SECAM de qualité, sauvegardé puis parfaitement reproduit par un magnétoscope professionnel, alors que le signal codé au format concurrent américain NTSC reste en noir et blanchttps://francearchives.gouv.fr/fr/pages_histoire/267980612 « Passage de la chaîne au SECAM 1er octobre 1967 », Commémorations Collection 2017, sur le site France Archives, consulté le 17 avril 2024..

Le , la tour Eiffel permet au puissant émetteur expérimental () de la deuxième chaîne RTF, de diffuser un programme en couleur SECAM sur le canal 22 en UHF. En , la deuxième chaîne RTF encore expérimentale, diffuse pour la première fois en couleur SECAM, plusieurs mires en couleur ainsi que la légendaire photographie du visage souriant de « la Niçoise ».