L’école Tebrotzassère (en arménien , littéralement « école de l'amour de l'école ») est une école franco-arménienne privée fondée le à Constantinople et qui se trouve actuellement au Raincy, en banlieue parisienne.
Historique Dans l'Empire ottoman (1879 – début des années 1920) Fondation et débuts (1879 – début des années 1890) Le est créée l'« Association des Dames Arméniennes Amies des Écoles Tebrotzassère » (A.D.A.A.E.T., en arménien ) à Ortaköy, dans la banlieue de Constantinople. Cette association est fondée sur l'initiative de quelques anciennes élèves du collège arménien Hripsimian de l'Institution Gabriel Nèrtchabouh : Takouhie Balthazarian et sa sœur Anna (ou Annig) Tchayan, Armavénie Shaguian Minassian, Zabel Findikian, Araxie Gulbenkian et Nouritza (ou Nourig) Simonian (morte début 1929).
gauche|vignette|L'écrivaine et intellectuelle arménienne Serpouhi Dussap.|alt=|250x250px Son premier conseil d'administration est composé de Nazli Vahan (ou Vahanian), première présidente, de sa fille Serpouhi Dussap (qui lui succède au poste de présidente), de Zabel Findikian, d'Araxie Gulbenkian, de Noémie Kapamadjian (fille de Nubar Pacha et donc sœur de Boghos Nubar Pacha) et d'Anna Tchayan.
Son but est alors de former des institutrices chargées d'enseigner l'arménien dans les provinces turques de l'est peuplées majoritairement d'Arméniens (voir population arménienne ottomane), provinces aussi connues sous le nom des six vilayets.
L'A.D.A.A.E.T. semble particulièrement attachée à la culture et à la littérature française, prenant notamment contact en 1882 avec Marie Godefroy le Goupill, devenue princesse Marie de Lusignan à la suite de son mariage avec Ambroise Calfa Nar Bey (alias Guy de Lusignan). La princesse est connue pour son œuvre de charité envers les Arméniens, tentant par exemple de fonder une société internationale de bienfaisance nommée « L'Arménophile » ayant pour but d'élever et éduquer en France des jeunes arméniennes orphelines puis les renvoyer en Orient (mais la France s'oppose à sa création). Les Dames lui adressent ainsi, dans une lettre datée du , , la princesse étant proche de l'écrivain. Elle leur répond le que lorsque « L'Arménophile » sera fondée, elle aura besoin de leur concours pour mener à bien son action, ayant le but commun de . De plus, elle consent à leur demande de portrait : .
En 1889, l'école quitte Ortaköy et emménage dans le quartier de Koum-Kapou ( en turc), où elle est hébergée dans de meilleures conditions. À cette date, elle comprend 30 pensionnaires et 150 externes.
Persécutions contre les Arméniens et ouverture de l'orphelinat (1895 – début des années 1920) En 1895, l'école est fermée par ordre du sultan Abdülhamid et l'A.D.A.A.E.T. cesse alors ses activités.
L'association se reforme et reconstitue son financement entre le et . En 1909, l'école rouvre ses portes avec 42 pensionnaires et 33 externes. Après les massacres d'Adana en avril de la même année, les Dames décident de prendre en charge 30 très jeunes orphelines venues de Cilicie et créent alors l'école primaire mais toujours avec l'objectif de former des institutrices. L'école se compose ainsi d'une classe primaire et de quatre classes d'enseignement supérieur. Elle est alors dirigée par Takouhie Baltazarian aidée par d'anciennes élèves : Aguliné Boyadjian, Yermoné Roupen, Serpouhie Gourdiguian et Mannig Khodjassarian.
Entre 1909 et 1915, l'école connaît une période plutôt prospère. Depuis sa création, Tebrotzassère est parvenue à former plus de 300 institutrices parties enseigner dans les provinces arméniennes éloignées.
Pendant le génocide des Arméniens, toutes les activités communautaires cessent mais Tebrotzassère garde son école avec son corps enseignant, ses pensionnaires et ses externes. La plupart des Dames de l'Association, ayant épousé des intellectuels, sont avec eux persécutées et doivent se cacher. La responsabilité de la direction incombe alors à une ou deux des adhérentes de l'Association, rôle assumé principalement par Takouhie Balthazarian. Il reste alors dans la caisse de l'école les fonds récoltés au Caucase, qui lui permettent de subsister à une époque où elle accueille de plus en plus de pupilles du fait du génocide. Malheureusement, le bâtiment de Koum-Kapou, qui abrite l'école, prend feu et ses occupants ont tout juste le temps de s'enfuir. Takouhie Balthazarian les regroupe dans la « Maison de Jérusalem » jusqu'à ce qu'elle puisse louer un autre bâtiment et, se mettant d'accord avec une autre des fondatrices, Armavénie Minassian, elles réunissent les Écoles Tebrotzassère. L'enseignement continue à être prodigué tant bien que mal, dans de très mauvaises conditions.
vignette|260x260px|Aguliné Mourad Boyadjian et Takouhie Balthazarian.|alt=
Après l'armistice de Moudros (1918) qui met fin à la Première Guerre mondiale dans cette région du monde, les anciennes membres de l'Association rejoignent leurs amies et décident de créer un nouvel orphelinat, y recueillant 300 orphelines qui leur ont été confiées par les organismes officiels de bienfaisance qui subventionnent l'orphelinat par une contribution financière de 5 pièces d'or par mois. L'équipe dirigeante, qui est alors composée de Takouhie Balthazarian, Aguliné Mourad Boyadjian (1881-1958, veuve du fédaï Hampartsoum Boyadjian) et Hodjassarian, a ainsi à sa charge 500 enfants et jeunes filles. Grâce au cardinal italien Angelo Maria Dolci et Mme Asdiné Servitchen, l'école des frères Guédig-Pacha est mise à leur disposition et, petit à petit, l'école primaire de l'école Tebrotzassère est reformée ainsi que les trois classes d'enseignement supérieur. Cependant, cette location ne dure que six mois, forçant les Dames à s'installer dans le palais Nechan-Tach, où la vie de l'école et de l'orphelinat semble retrouver un semblant de normalité. Mais les persécutions reprennent toutefois et le palais est incendié : Tebrotzassère est provisoirement recueillie par l'école Essayan, puis se réinstalle dans un petit bâtiment de Nechan-Tach où il est pratiquement impossible d'enseigner. Enfin, et après de nombreuses démarches, les Dames obtiennent l'autorisation de s'installer dans l'orphelinat de garçons de Takedur, qui emménage quant à lui dans un bâtiment rénové.
Départ de Turquie et arrivée en Grèce puis en France (1922-1928) Exil en Grèce et démarches pour émigrer en France (1922-1924) En 1922, 90 orphelines accompagnées par Takouhie Balthazarian et Aguliné Boyadjian, alors secrétaire générale et administratrice de l'orphelinat, transitent à Izmir puis se rendent à Salonique (Grèce). Trois bâtiments y sont loués, locaux où vraisemblablement le reste des orphelines et du personnel se rend en 1923. L'école y installe ainsi son siège entre et le . Mais dès le , les Dames sont priées d'évacuer les lieux, leur location étant parvenue à terme. Le mauvais climat, les conditions défavorables et les difficultés font que les Dames ont besoin d'une solution. Ainsi, le diplomate et membre important de l'Union générale arménienne de bienfaisance (UGAB) Gabriel Noradounghian (il réside alors à Paris), l'archevêque Vramchabouh Kibarian d'Artchouguentz (1855-1944) et S. Nichan Kalebdjian (protégé français, ancien drogman du consulat général de France à Constantinople et attaché à la sous-direction d'Asie-Océanie du Ministère des Affaires Étrangères français dans les années 1910) intercèdent en faveur de l'A.D.A.A.E.T. auprès du Ministère des Affaires Étrangères, permettant à l'association d'obtenir le droit d'émigrer en France. Ainsi, le , un visa collectif est donné par la France pour 95 enfants et 2 institutrices.
Installation à Marseille (1924-1927) gauche|vignette|350x350px|L'école Tebrotzassère au 35 avenue de la Capelette à Marseille. En 1924, l'école arrive en France avec environ 200 orphelines et prend ses quartiers au 35 avenue de la Capelette à Marseille. Ce transfert est en partie permis grâce à l'action du Comité de protection des enfants immigrés, fondé en 1922 et présidé par le député Édouard de Warren (on compte aussi parmi ses membres l'écrivain Archag Tchobanian). Créé avec l'objectif de , il a la charge morale des orphelines de Tebrotzassère.
En 1926, l'école accueille dans son établissement de Marseille 177 orphelines qui se trouvaient auparavant dans des orphelinats de Grèce de la Near East Foundation, alors connue sous le nom de Near East Relief (N.E.R.). Ce transfert fut le fruit d'une demande de l'A.D.A.A.E.T. et un contrat définitif est signé entre l'association et la N.E.R., contrat qui permet à l'école Tebrotzassère de recevoir des subventions de la N.E.R. , écrit Gordon L. Berry (représentant en Europe du N.E.R.). Du au mois de , à Marseille, le nombre des internes atteint 300 élèves et 65 externes. Les élèves, en plus de l'enseignement général, sont tenues de suivre des cours de couture et de tapisserie afin d'acquérir un métier.
Le , le conseil d'administration décide de déposer ses statuts pour se faire reconnaître en tant qu'association. Les statuts sont effectivement déposés le à la Préfecture de la Seine avec pour but d'.
Installation au Raincy (1928) vignette|339x339px|L'école Tebrotzassère au Raincy dans les années 1930. Le , l'école ouvre officiellement en tant que pensionnat, externat et classes enfantines au RaincyRegistres de la Mairie du Raincy. Le transfert de l'école dans cette ville est permis en partie par un don de 50 000 francs de Noémie Kapamadjian.
Le journal L'Intransigeant rapporte que 250 orphelines s’y trouvent. Il est difficile de savoir précisément où se sont installées les orphelines à leur arrivée au Raincy, l'article de L'Intransigeant évoquant un . Cependant, il semblerait que l'école Tebrotzassère se soit rapidement établie à son adresse actuelle, au 1 Boulevard du nord, à l'emplacement du pavillon du portier de « la Porte de Paris », ancienne ferronnerie de Louis-Philippe. L'ensemble immobilier, que l'A.D.A.A.E.T. louait et occupait déjà depuis un certain temps, était alors en possession de Marie Louise Eugénie Adeline Tyrel de Poix, veuve du Vicomte de Lavaur de Sainte-Fortunade. Il est acquis par Dikran Khan Kélékian, riche Arménien et administrateur de l'UGAB, par l'intermédiaire de la société anonyme « Le Patrimoine immobilier » le Archives de l'école Tebrotzassère. au profit de l'A.D.A.A.E.T., pour la somme de 350 000 francs. L'association en devient donc locataire à titre gracieux : , c'est-à-dire qu'il leur donne par testament le droit de jouissance, à titre gratuit, de cette propriété, tant que leur association existera. Ainsi, et c'est encore le cas aujourd'hui, le terrain appartient à l'UGAB dans le cadre du legs de Dikran Kélékian, mais juridiquement, la gestion de l'école n'est pas assurée par cette première. Dans un entretien avec Nouvelles d'Arménie Magazine en 2009, Alexis Govciyan, alors président de l'UGAB Europe, rappelle ces éléments et ajoute que .
Les jeunes filles de Tebrotzassère ne peuvent être envoyées à l'école, les établissements du Raincy étant trop petits pour toutes les accueillir. C'est pourquoi le maire du Raincy, Alfonce Agard, interpelle le ministre des Affaires étrangères de l'époque, Aristide Briand, par une lettre reproduite dans L'Intransigeant, pour demander l'aide de l'État afin qu'il débloque des fonds de secours : , écrit-il. La municipalité fait aussi appel au sénateur Louis Amiard pour communiquer cette demande. Le ministre vote ainsi début 1929 une subvention de 4 000 francs pour l'année 1929 pour aider la ville du Raincy à l'instruction des jeunes filles. Alfonce Agard soutient l'établissement, de même que la population municipale : par exemple, le médecin de l'hôpital du Raincy s'y rend régulièrement, et les commerçants envoient des jouets aux orphelines pour le Noël de 1928.