Le gouvernement Werner-Cravatte (), est le gouvernement du Luxembourg en fonction du au .
Les élections Lors des élections du , le Parti ouvrier socialiste luxembourgeois obtient, pour la première fois, plus de voix que le Parti chrétien-social. Cependant, le système électoral assure aux chrétiens-sociaux la faible majorité d’un siège (22 contre 21). Le parti libéral subit une cuisante défaite qui est probablement due à la controverse sur l’armée. Les libéraux ne sont plus représentés que par six députés à la Chambre, alors que les communistes obtiennent cinq mandats. Une nouvelle formation qui défend les intérêts des enrôlés de force, le Mouvement indépendant populaire, réussit à faire élire deux représentants. Après des négociations quelque peu laborieuses, CSV et LSAP forment une grande coalition. La parité entre les deux partis du gouvernement suscite à plusieurs reprises des tensions au sein de la coalition. Un premier changement a lieu à la suite du décès de Nicolas Biever. Il est remplacé par Antoine Krier. Fin 1966, l’intervention parlementaire de Jean Spautz réclamant l’abolition du service militaire obligatoire provoque une crise gouvernementale. La proposition de ce jeune député chrétien-social a été faite sans que le partenaire de la coalition, ni même les dirigeants de son propre parti n’en aient été informés. Le ministre de la Force armée donne sa démission, suivi de tout le gouvernement. Après des négociations et des remaniements ministériels, la coalition est renouvelée le . Pour la première fois dans l’histoire politique du Grand-Duché, une femme entre au gouvernement : Madeleine Frieden-Kinnen devient secrétaire d’État chargée des portefeuilles de la Famille, de la Jeunesse et de l’Éducation nationale.
Composition Initiale (15 juillet 1964) Portefeuille Titulaire Parti Président du gouvernementMinistre d'ÉtatMinistre des Affaires étrangèresMinistre du TrésorMinistre de la Justice Pierre Werner CSV Vice-Président du gouvernementMinistre de l'IntérieurMinistre du Tourisme, de l'Éducation physique et des Sports Henry Cravatte LSAP Ministre de l'Agriculture et de la ViticultureMinistre de la Famille, de la Population et de la Solidarité sociale Émile Colling CSV Ministre du Travail, de la Sécurité sociale et des MinesMinistre de la Santé publique (jusqu'à son décès le 15/07/1965) Nicolas Biever LSAP Ministre de l'Éducation nationale et des Affaires culturellesMinistre de la Fonction publique Pierre Grégoire CSV Ministre des Travaux publicsMinistre des Transports, des Postes et des Télécommunications Albert Bousser LSAP Ministre du BudgetMinistre de l'Économie nationale et de l'Énergie Antoine Wehenkel LSAP Ministre des Classes moyennesMinistre de la Force arméeMinistre adjoint aux Affaires étrangères Marcel Fischbach CSV Secrétaire d'État à l'Agriculture et à la Viticulture Jean-Pierre Büchler CSV Secrétaire d'État à la Santé publique, au Travail, à la Sécurité sociale et aux Mines Raymond Vouel LSAP
Remaniement du 23 août 1965 Les nouveaux ministres sont indiqués en gras, ceux ayant changé d'attributions en italique.
Portefeuille Titulaire Parti Président du gouvernementMinistre d'ÉtatMinistre des Affaires étrangèresMinistre du TrésorMinistre de la Justice Pierre Werner CSV Vice-Président du gouvernementMinistre de l'IntérieurMinistre du Tourisme, de l'Éducation physique et des Sports Henry Cravatte LSAP Ministre de l'Agriculture et de la ViticultureMinistre de la Famille, de la Population et de la Solidarité sociale Émile Colling CSV Ministre de l'Éducation nationale et des Affaires culturellesMinistre de la Fonction publique Pierre Grégoire CSV Ministre des Travaux PublicsMinistre des Transports, des Postes et des Télécommunications Albert Bousser LSAP Ministre du BudgetMinistre de l'Économie nationale et de l'Énergie Antoine Wehenkel LSAP Ministre des Classes moyennesMinistre de la Force arméeMinistre adjoint aux Affaires étrangères Marcel Fischbach CSV Ministre du Travail, de la Sécurité sociale et des MinesMinistre de la Santé publique Antoine Krier LSAP Secrétaire d'État à l'Agriculture et à la Viticulture Jean-Pierre Büchler CSV Secrétaire d'État à la Santé publique, au Travail, à la Sécurité sociale et aux Mines Raymond Vouel LSAP
Remaniement du 3 janvier 1967 Les nouveaux ministres sont indiqués en gras, ceux ayant changé d'attributions en italique.
Portefeuille Titulaire Parti Président du gouvernementMinistre d'ÉtatMinistre du TrésorMinistre de la Fonction publique Pierre Werner CSV Vice-Président du gouvernementMinistre de l'IntérieurMinistre du Tourisme, de l'Éducation physique et des Sports Henry Cravatte LSAP Ministre des Affaires étrangèresMinistre de la Force arméeMinistre des Affaires culturelles et des Cultes Pierre Grégoire CSV Ministre des Travaux publicsMinistre des Transports, des Postes et des Télécommunications Albert Bousser LSAP Ministre du BudgetMinistre de l'Économie nationale et de l'Énergie Antoine Wehenkel LSAP Ministre du Travail, de la Sécurité sociale et des MinesMinistre de la Santé publique Antoine Krier LSAP Ministre de l'Agriculture et de la ViticultureMinistre des Classes moyennes Jean-Pierre Büchler CSV Ministre de la JusticeMinistre de l'Éducation nationaleMinistre de la Famille, de la Jeunesse, de la Population et de la Solidarité sociale Jean Dupong CSV Secrétaire d'État à la Santé publique, au Travail, à la Sécurité sociale et aux Mines Raymond Vouel LSAP Secrétaire d'État à la Famille, à la Jeunesse, à la Population, à la Solidarité sociale et à l'Éducation nationale Madeleine Frieden-Kinnen CSV
La politique extérieure Un siège européen Sur le plan extérieur, la préoccupation essentielle du gouvernement sera la défense de la position de Luxembourg comme siège européen. Depuis 1958, trois communautés fonctionnaient en parallèle : la CECA, le Marché commun et l’Euratom. Chacune avait son organe exécutif. En 1961, des négociations avaient été engagées en vue de la fusion des exécutifs communautaires. Cette unification de la gestion européenne comportait le risque d’un départ des institutions européennes et de leur concentration en un siège unique. Eugène Schaus, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement précédent, avait proposé que Luxembourg reçoive le Parlement européen pour compenser une éventuelle perte de la Haute Autorité et de la Cour de justice. Mais cette proposition rencontre l’opposition de la France. Après les élections législatives de , Pierre Werner, qui s’est fait attribuer le portefeuille des Affaires étrangères, participe aux difficiles négociations qui aboutissent le à la signature du Traité instituant un Conseil unique et une Commission unique des Communautés européennes. Le , il obtient du Conseil des ministres de la CEE la signature d’un document qui spécifie que « Luxembourg, Bruxelles et Strasbourg demeurent les lieux de travail provisoires des institutions des Communautés ». Cette convention prévoit de regrouper à Luxembourg les institutions financières et judiciaires de la Communauté. Elle conduit à une spécialisation des sièges. Le secrétariat du Parlement européen et la Cour de justice restent à Luxembourg. Les sessions du Conseil des ministres y sont tenues périodiquement. La Banque européenne d’investissement et divers services comme la Cour des comptes, l’Office des statistiques ou l’Office des publications seront installés dans la capitale du Grand-Duché.
La crise de la « chaise vide » En 1966, le gouvernement luxembourgeois est appelé à jouer un rôle actif dans la résolution de la crise dite de la chaise vide, qui met fortement à l’épreuve la Communauté européenne. En effet, depuis le , la France ne participe plus au travail communautaire à la suite d’un désaccord sur le financement de la politique agricole commune. En , Pierre Werner préside deux réunions du Conseil des ministres, qui se tiennent à Luxembourg et auxquelles la France participe de nouveau après sept mois d’absence. Au cours de ces conférences qualifiées de « retrouvailles de Luxembourg », un compromis sort la Communauté de l’impasse. Le représentant luxembourgeois a pu briller dans le rôle d’un « honnête courtier », dont les bonnes relations avec toutes les parties ont facilité les négociations.
Une place financière En 1968, le gouvernement luxembourgeois doit pour la première fois défendre un intérêt capital du Grand-Duché qui, par la suite, sera contesté plus d’une fois par ses partenaires. Il s’agit de la place financière. Celle-ci a pu se développer depuis le début des années 1960 grâce notamment à une législation bancaire et fiscale très libérale. Or, lors de leur réunion en 1968, les ministres des Finances de la CEE examinent un projet qui vise l’harmonisation de la fiscalité affectant les mouvements des capitaux. Cette proposition se heurte à l’opposition véhémente de Pierre Werner. Conscient du danger que le nivellement des conditions fiscales fait courir à la jeune place financière, le ministre des Finances luxembourgeois propose, au contraire, de donner la priorité à l’harmonisation monétaire. En effet, les difficultés de la livre sterling, puis du franc français, détourneront l’attention des ministres des Finances des spécificités financières luxembourgeoises et mettront à l’avant-plan les questions monétaires.
La politique économique Le secteur bancaire Du point de vue économique, les années du gouvernement Werner/Cravatte sont importantes, parce qu’elles voient l’éclosion de la place financière luxembourgeoise. Pourtant, la naissance de ce qui deviendra le principal pilier de l’économie du Grand-Duché n’est pas due à la politique du gouvernement luxembourgeois. À l’origine se trouve une mesure du gouvernement américain pour freiner l’émission d’emprunts internationaux sur le marché financier de New York, l’Interest equalization tax. La réorientation des courants financiers qui en résulte aboutit à la création d’un marché international des eurodollars. Or, le Luxembourg, qui n’a pas de banque centrale et où les lois bancaires et fiscales sont très flexibles, se retrouve dans une position favorable, alors que des places traditionnelles comme Londres, Zurich ou Amsterdam sont gênées par des réglementations restrictives. La capitale du Grand-Duché s’impose progressivement comme un des principaux centres pour les euro-marchés. Des banques étrangères viennent s’installer à Luxembourg. Le nombre des établissements bancaires passe de 15 en 1960 à 37 en 1970. Dans cette phase d’éclosion, le gouvernement du moment est peu impliqué, même si, à l’occasion, il défend la place financière contre les tentatives européennes d’harmonisation fiscale. La place financière profite, outre de circonstances externes heureuses, d’une législation édictée 40 ans plus tôt, sous le ministre des Finances, Pierre Dupong, et qui révèle maintenant ses effets.
Le Conseil économique et social À partir de 1966, le gouvernement peut recourir à un nouvel organe consultatif en matière de politique économique et sociale. La loi du crée le Conseil économique et social. Cet organe, qui réunit des dirigeants des organisations patronales, des représentants des syndicats et des experts du gouvernement, est chargé d’établir des rapports sur la situation économique du pays, rapports qui serviront à l’élaboration de la politique économique nationale.
Les infrastructures Sur le plan des infrastructures de communication, le gouvernement donne la priorité au développement du réseau routier. Alors que la voirie n’a guère changé depuis 1927, la circulation sur les routes a connu un accroissement fulgurant. Ainsi, le nombre de véhicules