Purdue Pharma L. P., autrefois dénommée Purdue Frederick Company, est une ancienne société pharmaceutique américaine appartenant principalement à la famille Sackler..
En 2017, elle a versé une des amendes les plus lourdes jamais imposées à l'encontre d'une firme pharmaceutique pour étiquetage et qualification mensongère de son produit OxyContin, avec trois dirigeants déclarés criminellement coupables. Bien que la compagnie ait changé l'étiquetage du médicament en avertissant contre son usage abusif, Purdue continue de commercialiser et de vendre des opioïdes en plus d'être impliquée dans les procès autour de la crise des opioïdes. Son produit, l'oxycodone, est considéré comme le principal responsable de cette crise. Elle se déclare en faillite en 2019.
Historique Purdue Pharma est une société privée fondée en par les médecins John Purdue Gray et George Frederick Bingham à New York (États-Unis) et initialement nommée Purdue Frederick Company.. La société n'est pas liée à l'université Purdue ni à son fondateur, John Purdue.
En 1952, la société est vendue à deux autres médecins, Raymond et Mortimer Sackler qui déménagent l'entreprise à Yonkers, dans l'État de New York. Au cours des années suivantes, la société ouvre d'autres bureaux dans le New Jersey et le Connecticut. Le siège social est à Stamford, Connecticut.
La société actuelle, Purdue Pharma L. P. a été créée en 1991 et se concentre sur le traitement de la douleur par les médicaments. Elle se définit comme une « pionnière dans le développement de médicaments pour réduire la douleur, l'une des principales causes de la souffrance humaine ». En , le site web de la compagnie annonçait que la société employait environ personnes..
Le , l'entreprise se déclare en faillite dans le cadre d’un accord à l’amiable, espérant en tirer 10 milliards de dollars pour solder des milliers de plaintes liées à la crise des opioïdes..
Structure Les différentes branches de la société sont Purdue Pharma L. P., The Purdue Frederick Company, Pharmaceutical Products L.P. et Purdue Products L. P.
La manufacture des produits se répartit sur trois sites différents : Purdue Pharmaceuticals L.P. dans une usine située à Wilson, en Caroline du Nord; The P.F. Laboratories Inc à Totowa, dans le New Jersey; et Rhodes Technologies L.P. à Coventry dans le Rhode Island. Purdue Pharma L. P. a également des laboratoires de recherche à Cranbury (New Jersey). En 2018, OxyContin est distribué à travers les États-Unis, le Canada et le Mexique à partir de P. F. Laboratories Inc à Totowa, New Jersey..
En Europe, en Asie et en Afrique, ce médicament est commercialisé par le réseau d’entreprises Mundipharma qui appartient à la même famille. Cette société commence son activité en diffusant en 2013, en Espagne, un spot publicitaire attirant l’attention du public sur les douleurs chroniques. Mundipharma est revendu en 2019Crise des opiacés : Purdue Pharma se déclare en faillite pour solder plus de 2.000 plaintes sur LesEchos.fr. Elle reprend certaines pratiques de marketing controversé qui ont fait le succès commercial de Purdue aux États-Unis, minimisant le caractère hautement addictif de cet analgésique opioïde.
La société britannique Napp Pharmaceuticals, créée en 1923 et rachetée par la famille Sackler en 1966Dr Mortimer Sackler, fait également partie de ce réseau.
Gestion Craig Landau est nommé PDG le . Il avait rejoint Purdue Pharma L. P. en 1999. Au cours de quatorze années précédentes dans l'organisation, il est médecin-chef et vice-président de la recherche et développement (R&D), de l'innovation et des affaires cliniques et médicales. Dans ce rôle et avec la direction, lui et le département de R&D sont responsables d'un certain nombre de politiques de la santé et d'homologations de produits aux États-Unis et dans d'autres pays, incluant le Butrans, l'OxyContin, le Targiniq ER et le Hysingla ER. En 2013, il est nommé président et PDG de Purdue Pharma Canada.
Landau a obtenu son baccalauréat universitaire en sciences en physiologie et anatomie de l'université Cornell et son diplôme de médecin de la Mount Sinai School of Medicine. Il a achevé sa résidence en anesthésie-réanimation à l'université Yale, avec une formation spécialisée en gestion de la douleur chronique et obstétrique, et en anesthésie vasculaire périphérique. Il est également un vétéran de la réserve de l'Armée américaine, ayant terminé quatorze ans de carrière en 2005.
Crise mondiale des opioïdes
Purdue Pharma conçoit des médicaments antidouleurs comme l'hydromorphone, l'oxycodone (vendue sous la dénomination commerciale OxyContin à partir de ), le fentanyl, la codéine et l'hydrocodone. Elle est connue également pour la production de médicaments tels que le MS Contin (morphine à libération prolongée, commercialisé à partir de ), et le Ryzolt (Tramadol.). En , le Contin, un système de diffusion contrôlée de médicament, avait été développé. L'OxyContin, introduit en 1995, a été le produit phare en soin palliatif pour soulager les douleurs intenses.
Le laboratoire sera condamné en 2007 pour sa promotion « agressive » d'analgésiques opioïdes, dont l'usage présente un risque élevé de dépendance même lorsque il est initié sous prescription médicale. Cette dépendance se traduit par un risque significatif de surdose et de décès par asphyxie pour le consommateur. Le laboratoire minimise le risque d'addiction de son médicament à base d'oxycodone, un opioïde puissant, l'OxyContin. Afin d'étendre la prescription d'analgésiques jusque-là réservés au traitement des douleurs cancéreuses au traitement des douleurs modérées et chroniques, il s'appuie sur ce qui devient le mensonge marketing le plus célèbre de l'industrie pharmaceutique : « moins de 1 % des patients développent une addiction aux opiacés ». Cette affirmation ne provient d'aucune étude scientifique rigoureuse mais d'un courrier de quatre lignes publié en 1980 dans une revue médicale prestigieuse et concernant des patients hospitalisés.
La Food and Drugs Administration (FDA), l'agence américaine des produits alimentaires et des médicaments, autorise un étiquetage de l'OxyContin (oxycodone) qui suggère qu'il est en effet moins addictif que les autres opioïdes. Suivant une stratégie de marketing que Arthur Sackler avait initiée quelques décennies plus tôt, la société et ses représentants pharmaceutiques ont fortement incité les médecins à prescrire le médicament pour le traitement des douleurs modérées et chroniques, en leur offrant des séminaires gratuits sur la gestion de la douleur ou encore des conférences payées. Elle finance également des formations sur la prise en charge de la douleur, s'adressant à des équipes médicales entières dans certains hôpitaux.
Le marketing trompeur de Purdue Pharma et de ses agences de communication s'appuie sur un large réseau d'influence — médecins proéminents, « sociétés savantes », associations de patients etc — qui déclare mener une guerre à « une épidémie de douleurs non traitées »https://katherineclark.house.gov/wp-content/uploads/2026/03/cache-a-a-aaa7536a-6db3-4192-b943-364e7c599d10-7bb3bf5080da947bf4291adc5a4a9ff48a61ef8d212d8f78be3cbb5ec94d35d8-5-22-19-who-purdue-report-final.pdf. Dans leurs formations, supports de communication et sur les plateformes accessibles aux professionnels et au public, ces acteurs mettent alors en avant les données et travaux scientifiques — dont certains sont financés par l'industrie pharmaceutique — qui sont cohérents avec le récit d'une prévalence élevée des douleurs chroniques et d'une tendance générale de la part du corps médical à négliger le traitement de la douleur. Sous prétexte de rappeler aux patients leur droit à être soulagé, il s'agit pour l'entreprise d'élargir ses marchés en créant un besoin d'analgésiques chez les patients et en banalisant l'usage des opioïdeshttps://pepite-depot.univ-lille.fr/LIBRE/Th_Pharma/2020/2020LILUE127.pdf, y compris chez les enfants. Des organes dont on ne sait pas à l'époque qu'ils sont financés par Purdue Pharma tels que la Société Américain de la Douleur (American Pain Society) et l'Association Internationale pour l’Étude de la Douleur, sa branche internationale, parviennent à imposer une définition de la douleur selon laquelle celle-ci serait un symptôme biochimique défaillant qu'il faudrait systématiquement supprimer. Ils expliquent notamment que la douleur devrait être représentée dans les droits de l'homme et que la douleur chronique devrait être considérée comme une maladie. Ils influenceront jusqu'aux directives de l'OMS, qui révisera par la suite ses recommandations en 2020.
L'OxyContin est commercialisé comme exerçant « un contrôle de la douleur toute la journée et toute la nuit, léger et durable » quand il est pris sur une base de 12 heures par jour, même si les preuves scientifiques indiquaient une durée moyenne significativement inférieure à 12 heures. Les ventes du médicament explosent., avec une augmentation de 2000% des ventes en l'espace de cinq ans. Purdue augmente son bénéfice de quelques milliards de dollars en 2007 à 31 milliards de dollars en 2016, et à 35 milliards en 2017. Selon un article du New Yorker de 2017, Purdue Pharma est « la propriété de l'une des plus riches familles américaines, avec une valeur collective nette de 13 milliards de dollars » Indepth-analysis.
Cependant, au début des années 2000, l'augmentation du nombre de surdoses chez les patients alerte les autorités. Une enquête du Los Angeles Times de montre que les personnes sous traitement de 12 heures à l'OxyContin contrôlent mal leur douleur et éprouvent des symptômes de manque (frissons, sueurs, anxiété, douleurs musculaires, envie irrépressible de consommer davantage d'opioïdes etc). Les journalistes suggèrent que ce problème donne « de nouvelles pistes pour comprendre pourquoi tant de personnes sont dépendantes ». Utilisant des documents de Purdue et d'autres sources, ils déclarent que Purdue connaissait le problème avant que le produit ne soit commercialisé, mais que Purdue « insista sur le traitement sur 12 heures, en partie pour protéger ses revenus, car c'était un élément clé pour dominer le marché malgré le prix élevé du traitement (plusieurs centaines de dollars par bouteille) » This is an in-depth series.. En 2012, le New England Journal of Medicine publie une étude qui révèle que 76 % des consommateurs d'héroïne qui demandent de l'aide pour une dépendance ont commencé par la consommation de médicaments antidouleurs, principalement l'OxyContin, et trace une ligne directe entre le marketing de l'OxyContin et l'épidémie d'héroïne aux États-Unis.. L'héroïne, un autre opioïde, a les mêmes effets et agit sur les mêmes récepteurs neuronaux que l'oxycodone. A partir de 2010, lorsque l'accès à l'OxyContin sur prescription devient plus difficile et que son prix sur le marché noir explose, de nombreux patients ayant développé une addiction à leurs médicaments antidouleurs se tournent vers l'héroïne pour gérer leur syndrome de sevrage.
Au début des années 2000, la généralisation de rapports sur les abus de l'OxyContin commencent également à faire surface. Les résultats obtenus à partir d'un programme de surveillance (Researched Abused, Diversion, and Addiction-Related Surveillance) parrainé par Purdue Pharma L. P., revèlent que l'OxyContin et l'hydrocodone sont les traitements médicamenteux de la douleur les plus couramment détournés.
En , le Financial Times révèle que des personnes qui ont travaillé pour Purdue Pharma, dont Richard Sackler, ont breveté un médicament contre la dépendance aux opioïdes basé sur la buprénorphine.
En 2022, Purdue Pharma, contrôlée par la famille Sackler, est considérée comme responsable de la promotion agressive du médicament antidouleur OxyContin, déclencheur de la crise des opioïdes à l’origine de plus de par overdose en vingt ans aux États-Unis.