vignette|Marche des légions polonaises de 1914 à 1916 à travers la Galicie austro-hongroise (rose), la Pologne russe (vert clair) et les autres provinces de l'Empire russe (bleu-vert) : pro-russe (violet), , et brigades pro-autrichiennes (orange, brun et jaune) et les 3 brigades réunies (bleu) Les (en ) sont des unités militaires constituées de volontaires polonais créées par les différents belligérants de la Première Guerre mondiale, d'abord du côté des empires centraux (Autriche-Hongrie et Empire allemand), contre des promesses d'indépendance ou d'autonomie à un peuple morcelé entre plusieurs dominations depuis les partages de la Pologne. Sous différents commandants comme Józef Haller et Józef Piłsudski, ces légions combattent sur le front de l'Est et certains, plus tard, sur le front italien. La révolution de février-mars 1917 qui crée une République russe démocratique, les fait passer dans le camp des puissances des Alliés de la Première Guerre mondiale. En , la plupart de leurs hommes refusent de prêter serment au royaume de Pologne sous tutelle austro-allemande. Plusieurs unités polonaises servent dans les forces du gouvernement provisoire russe en 1917 puis sur le front français (Armée bleue) en 1918.
Création vignette|Arrestation de deux manifestants polonais par les cosaques russes en 1905, par Stanisław Masłowski, 1906 vignette|Manifestation patriotique polonaise autour du monument de la bataille de Grunwald à Cracovie, 1910 vignette|Józef Piłsudski passant en revue les tirailleurs polonais, août 1913 vignette|Józef Piłsudski et son état-major entrant à Kielce le 12 août 1914 vignette|Légionnaires polonais, 1914-1917 Au début du , la crise intérieure de l'Empire russe s'accompagne d'un réveil du sentiment national polonais, particulièrement dans la Pologne russe. Pendant la révolution russe de 1905, le militant indépendantiste Józef Piłsudski tente de créer une force insurrectionnelle polonaise et prend contact avec le Japon (alors en guerre contre la Russie) pour se procurer des armes. En 1908, sous le couvert des unions sportives (), les nationalistes polonais développent des sociétés de tir et, à partir de 1912, des « légions » clandestines, sur le territoire de la Galicie austro-hongroise, destinées à combattre les Russes..
Pendant la crise de juillet 1914, alors que la guerre va éclater entre l'Autriche-Hongrie et la Russie, les légionnaires de Piłsudski se préparent à une expédition pour soulever la Pologne russe. Le , jour de la déclaration de guerre, avec l'assentiment tacite des autorités austro-hongroises, légionnaires armés de carabines à un coup et portant des selles de cheval sur leur dos entrent en territoire russe dans le gouvernement de Kielce. Ils atteignent Jędrzejów, puis Kielce le , mais sans rencontrer l'accueil espéré et sans pouvoir accéder au bassin minier de Dombrowa où ils espéraient le soutien des ouvriers.
Le , le grand-duc Nicolas Nikolaïevitch de Russie (1856-1929), oncle du tsar Nicolas II et chef de l'armée russe, lance un appel aux peuples slaves d'Autriche-Hongrie pour qu'ils se joignent à la Russie. Pour couper court aux tentatives des Austro-Allemands visant à soulever la Pologne russe, il appelle . Cette proclamation, approuvée en sous-main par le tsar et le conseil des ministres, se révélera vite en contradiction avec la réalité de l'occupation russe en Pologne. Les Russes, qui occupent la Galicie orientale après la débâcle de l'armée austro-hongroise à la bataille de Lemberg (Lviv), y mènent une politique de russification, implantent des fonctionnaires russes et ferment écoles polonaises et ruthènes. L'opinion polonaise et le clergé catholique de Galicie entretiennent une résistance passive à la présence russe : seul le Parti national-démocrate de Roman Dmowski, convaincu que le démantèlement de l'Autriche-Hongrie est inévitable, se montre favorable à la Russie.
Le , le chancelier allemand Bethmann-Hollweg promet un régime d'autonomie à la Pologne, à la Lituanie et à l'Ukraine. Les Allemands envisagent de créer une unité à partir des déserteurs polonais de l'armée russe mais ce projet est vite abandonné..
C'est l'Autriche-Hongrie qui, pour gagner l'appui des nationalistes polonais, autorise la formation de la première légion polonaise officielle : celle-ci prête serment les 4 et comme unité de la Landwehr (armée territoriale) austro-hongroise. Elle intègre les volontaires rassemblés à Kielce par Józef Piłsudski, lequel fait figure de chef militaire tout en gardant ses distances avec le Comité national pro-autrichien de Cracovie.
Dans le même temps, Piłsudski développe une organisation militaire secrète (Polska Organizacja Wojskowa ou POW, Organisation militaire polonaise) à l'intérieur de la Pologne russe : celle-ci restera clandestine même après la conquête de ces régions par les empires centraux en 1915Tomasz Schramm, « La mémoire polonaise de la première guerre mondiale », Guerres mondiales et conflits contemporains, 2007/4 (), ..
D'autres unités de volontaires polonais sont créées en 1914 parmi les Alliés de la Première Guerre mondiale : la Légion des Bayonnais, intégrée à la Légion étrangère française, et la , première des , créée par le Comité national polonaisSpencer Tucker, Laura Matysek Wood, Justin D Murphy, The European Powers in the First World War: An Encyclopedia, Garland, 1996, ..
Les légions polonaises et la POW ne représentent en fait qu'une petite partie des Polonais ayant pris part au conflit : au total, sur le territoire de l'ancien royaume de Pologne, dont d'origine polonaise seront mobilisés dans les armées régulières russe, austro-hongroise et allemande et , dont , y seront tuésSchramm Tomasz, « La mémoire polonaise de la première guerre mondiale », Guerres mondiales et conflits contemporains, 2007/4 (), ..
Dans le camp des empires centraux vignette|Bataille de Rafajłową, janvier 1915 vignette|École des cadets de la légion polonaise, 1916 vignette|Légionnaires en prière, 1915-1916 vignette|Légionnaires sur la voie ferrée, 1914-1917 vignette|Artillerie de montagne de la brigade polonaise dans les Carpates, 1915. À l'automne 1914, la Légion polonaise de l'armée austro-hongroise compte deux régiments et environ . Ils sont engagés dans la bataille des Carpates. Les légionnaires combattent à la (17-), que Piłsudski appelle . Ils se distinguent à la (22-) où, au prix de 50 % de pertes, ils parviennent à couvrir la retraite austro-hongroise, puis à dans les monts Gorgany (23-).
En , l'échec d'une offensive austro-hongroise en Galicie entraîne la dislocation d'une partie des légions.. Toutefois, dans l'ensemble, les légionnaires polonais sont fortement motivés, souvent intellectuels, et font figure de troupes d'élite. Leurs officiers, généralement jeunes, parfois indisciplinés, n'ont que peu de respect pour les puissances qui les soutiennent. Les légionnaires sont souvent issus de la noblesse et imprégnés de culture romantique polonaise, en particulier de l'œuvre de Henryk Sienkiewicz : ils prennent des noms de guerre empruntés aux personnages de Sienkiewicz et composent des poèmes ou des dessins d'inspiration héroïque et mystique..
Au cours de l'année 1915, la Grande Retraite de l'armée russe fait passer sous occupation austro-allemande la plus grande partie de la Pologne. La Légion compte alors trois brigades de chacune : brigade (Józef Piłsudski jusqu'en puis Kazimierz Sosnkowski puis ) brigade ( puis puis Józef Haller) brigade ( puis )
En , les trois brigades obtiennent de former un corps polonais unique, comptant au total, sous un uniforme spécifique. Lors de la en Volhynie (4-), , au prix de 40 % de pertes, arrêtent l'attaque de Russes et permettent à l'armée austro-hongroise de s'échapper.
Le , le général Hans von Beseler, gouverneur allemand de la Pologne occupée, annonce à Varsovie la prochaine renaissance d'un royaume de Pologne lié aux empires centrauxDamian Szymczak, « Comment les Polonais retrouveront-ils leur indépendance ? », Guerres mondiales et conflits contemporains, vol. 4, no 260, 2015, .. Beseler rend hommage à Piłsudski qu'il salue comme un et . Les Allemands, prenant conscience de l'importance de l'enjeu polonais, s'efforcent d'évincer les Austro-Hongrois de l'administration de la Pologne occupée. Le , le conseil d’État du royaume polonais décrète la création d'une armée polonaise sous commandement allemand mais les Polonais, aussi hostiles aux Allemands qu'aux Russes, sont peu nombreux à s'y engager : la nouvelle armée ne rassemble que .
Entre-temps, les Français, favorables à la cause polonaise, accentuent leur pression sur leur allié russe pour qu'il accorde la liberté à la Pologne : en , la mission Briand-Thomas la présente comme une exigence prioritaire. Le , Nicolas II se résigne à signer un projet d'indépendance complète. Il n'a pas le temps de le mettre en œuvre : quelques jours plus tard, il est renversé par la révolution de Février ( dans le calendrier grégorien).
Changement de camp vignette|Défilé des légionnaires devant le général , 1915-1917 vignette|Quartier général de la brigade polonaise en Volhynie, 1915-1916. vignette|Retraite des volontaires polonais, février-mai 1918 : brigade légionnaire (bleu) et corps polonais (violet)
La chute de l'autocratie en Russie change la position des Polonais pour qui, jusqu'ici, la Russie était l'adversaire principal. Le , le gouvernement provisoire russe du prince Lvov proclame un . En , une nouvelle légion polonaise, l'Armée bleue (vêtue de l'uniforme français bleu horizon) est constituée en France, formée de volontaires polonais venus des États-Unis ou des camps de prisonniers de guerre allemands et austro-hongrois.. Piłsudski, de plus en plus en rupture avec la politique austro-allemande, démissionne le . Le , le conseil de régence pro-allemand demande aux volontaires originaires de la Pologne russe de prêter serment à Guillaume II, empereur d'Allemagne, et à Charles , empereur d'Autriche et roi de Hongrie : sur , refusent. Sur originaires de Galicie austro-hongroise, refusent. environ restent dans le (Polnisches Hilfskorps), rattaché à l'armée austro-hongroise, sous le commandement du général . Piłsudski est arrêté le . Les légionnaires ayant refusé le serment sont internés ou dispersés sur d'autres fronts.