vignette|Carte du Valais de 1548 thumb|Tour des Sorciers, Sion, Suisse vignette|Enluminure représentant le vol de deux sorcières sur un balai et un bâton.Martin Le Franc, Le Champion des dames, .
Les premiers procès de sorcellerie du Valais font partie des premières campagnes de chasse aux sorcières organisées dans les Alpes occidentales, à partir du . Il s'agit de l'une des premières chasses aux sorciers et sorcières systématiques, avec le Dauphiné, visant des individus soupçonnés d'avoir rencontré le diable et de lui avoir prêté serment. Ces campagnes deviennent beaucoup plus répandues dans les siècles suivant en Europe, les pics de la répression étant situés vers 1650.
Les persécutions débutent dans le Bas-Valais (duché de Savoie) puis se propagent vers la principauté épiscopale de Sion, à savoir le Haut-Valais germanophone ainsi que les vallées latérales. Le phénomène diminue une première fois à partir des années 1436, pour reprendre avec plus d'ampleur sous l'épiscopat de Walter Supersaxo. Il se répand simultanément dans les régions voisines des Pays de Vaud, de Fribourg, de Neuchâtel, d'Aoste, du Dauphiné et au-delà.
Contrairement à la dernière phase des procès de sorcellerie européens, les premières vagues de chasses ne ciblent pas spécifiquement les femmes. Les rapports récents donnent deux tiers d'hommes condamnés pour un tiers de femmes. Le basculement parait s'opérer au .
Historique thumb|Maquette de la ville de Sion, à partir de la reproduction de la ville de Sion de 1654 thumb|La cité de Sion avant 1550 Bien que des bûchers occasionnels pour sorcellerie soient attestés en Europe avant le À Schaffhouse dès 1402-1403, voir , où il cite . En particulier, durant les années 1970, des chercheurs (comme Norman Cohn en 1975 ou Richard Kieckhefer en 1976) auraient voulu faire débuter les procès en sorcellerie au début du . Voir la longue liste d'accusations contre des individus récoltée par Richard Kieckhefer : ., les procès du Valais de 1428 constituent les prémices de la répression massive d'individus soupçonnés d'avoir rencontré et prêté serment au diable et de s'être ligué avec lui contre la société chrétienne. Ce sont donc les attestations des premières grands chasses aux prétendus sorciers et sorcières, qui aboutirent à des centaines de victimes exécutées en Valais et milliers de procès sur le seul territoire de la Suisse actuelle..
Condamnations pour sorcellerie avant 1428 Les condamnations pour sorcellerie sont attestées dès 1380 en Valais., puisqu'une source précise que l'usage est de brûler les personnes coupables de sorcellerie près du pont du Rhône. à Sion. L'emploi de la torture, bien qu'il ne concerne pas exclusivement les procès pour sorcellerie, est également documenté dès 1346.
En 1427, un acte notarié des archives du chapitre cathédral de Sion rapporte l'inféodation des biens d'Agnès Escor de Grimentz, originaire du val d'Anniviers, condamnée au bûcher pour sortilège à son mari Jean Zenesillum de Zermatt par les seigneurs Hildebrand et Petermann d'Anniviers. Cet acte témoigne de l'existence de procès en sorcellerie légèrement avant la généralisation des cas, à partir de 1428. Un basculement s'opère ensuite avec un plus grand nombre de traces documentaires.
Chasse aux sorcières à partir de 1428 Premiers procès de 1428 Les procès pour sorcellerie émergent à l'arrière-plan de la persécution des hérétiques Vaudois à Fribourg (1399-1430). La transition de l'hérésie vers la sorcellerie s'opère autour de la figure du diable, qui devient centrale dans les accusations. Les aspects sectaires et contestataires de l'hérésie sont assimilés à des doctrines démonolâtres qui participe à la peur de ce nouveau crime.
En parallèle, le Valais vit un contexte politique trouble à l'aube du . La révolte de Rarogne de 1415 à 1420 a affaibli le pouvoir épiscopal qui doit faire face aux prétentions du duché de Savoie à l'ouest du territoire. Les rebelles au pouvoir en place se multiplient, d'autant plus que le nouvel évêque, Andrei di Gualdo (1423/1431-1437), a été choisi directement par Rome, sans l'assentiment des nobles locaux, pour mettre fin aux troubles dans cette région stratégique de passage par les Alpes. L'administrateur épiscopal, pour maintenir son autorité sur les dizains, renforcera ses liens avec la Savoie. Ces évènements participent à l'application d'une justice forte dans le Valais épiscopal, mais c'est pourtant sur le territoire savoyard que les premiers procès se manifestent en 1428.
Ainsi, les minutes des notaires savoyards révèlent que Martin Bertod, originaire du val d'Hérens, est condamné au bûcher après s'être rétracté à deux reprises le avant son exécution pour innocenter les personnes qu'il a dénoncées dans le cadre de son procès. Il est brûlé sur le Grand-Pont, à Sion, devant une foule de . Ses biens sont vendus par André dei Benzi de Gualdo, administrateur du diocèse de Sion, à ses héritiers, soit sa femme Anthonia de Zermatt et ses enfants Jaqueta et Johannes. Le prix fixé pour la vente est de cent quinze livres, obligeant les enfants à emprunter de l'argent auprès de Hensilinus Thoso et Yanno Thonuzen Zer Loubon. Ne pouvant rembourser leur dette, les enfants leur cèdent des biens à Zermatt l'année suivante. Ce cas, parmi tant d'autres, démontre l'utilité pour le pouvoir en place d'utiliser l'incrimination pour sorcellerie - qui implique une confiscation totale des biens - pour obtenir des territoires en inféodant des héritiers.
En , c'est Etienne Albi, de Salvan, qui est condamné par l'inquisiteur Ulric de Torrenté pour "désobéissance à l'Eglise" et "crime de lèse-majesté divine". Nous ne connaissons malheureusement pas les détails de cette affaire, mais nous savons que l'accusé est décédé sur le chemin qui devait l'amener à l'Abbaye de Saint-Maurice pour être supplicié. Le lieutenant de l'Abbaye condamnera malgré tout son corps à être brûlé et ses cendres dispersées.
Une première enquête est menée à Sion, incriminant Jeannette Porterii-Reymot de Grimisuat et Jeannette Armeyn de Savièse, qui sont finalement lavée de leur diffamation. D'autres n'ont pas cette chance, et au moins une dizaine d'individus sont condamnés à mort en 1428.
Les événements se poursuivent dans le val d'Anniviers, le val d'Hérens ainsi que la région de Lens. La même année, la chasse aux sorcières se répand dans le Bas-Valais et ensuite dans le Haut-Valais germanophone.. Dès l'été 1428, la totalité du Valais actuel est touchée par le phénomène.
Les statuts de Loèche Face aux évènements, le 1428, les dizains réunis en Diète à Loèche publient les premiers statuts officiels relatifs à la procédure en cas d'incrimination pour sorcellerie. Selon ce document, les dénonciations publiques ou diffamations d'au moins trois ou quatre voisins suffisent à permettre l'arrestation et l'emprisonnement, même si la personne accusée est un membre de la noblesse. Le recours à la torture est réservé aux victimes « calomniées par cinq, six ou sept personnes ou plus, jusqu'à dix, qui sont qualifiées pour le faire et non soupçonnées elles-mêmes », mais aussi « accusées par trois personnes qui sont jugées et condamnées à mort pour pratique de sorcellerie »..
Le destin des biens confisqués aux accusés et également éclaircis. Ainsi, la Diète statue sur le cas particulier de Pierre Jote, originaire selon toute vraisemblance d'Icogne et homme-lige des seigneurs du val d'Anniviers. Ce dernier est condamné comme jeteur de sort et brûlé le .
Une vaste enquête générale dans le dizain suivra la publication de ces statuts. Malheureusement il n'en reste pas de traces documentaires.
Les procès jusqu'en 1436 Cette première phase de procès se poursuit durant plusieurs années jusque vers 1436. thumb|Procédure d’inquisition menée par un descendant de Pierre Torrenté - Photo prise aux archives de l'archevêché de Sion le 30 juin 2019La justice se coordonne pour lutter contre ce mouvement sectaire qui terrifie la population. En , la communauté de Sion donne l'autorisation au vidomne de Sion, Peterman de Chevron, à Mathis Gebelini, sautier de Sion, et au bailli Thomas Seitler de poursuivre les personnes accusées de sortilège afin d'éradiquer le problème de la sorcellerie. De même, les communautés de Mörel et Rarogne rédigent des statuts sur la procédure à suivre le et le respectivement
Les sources notariales manquent pour établir une liste précise des procès et des personnes accusées aussi bien dans le Haut que le Bas-Valais. Quelques cas apparaissent malgré tout au gré de la documentation, notamment pour les problèmes de succession qu'engendre la confiscation des biens des accusés. Les sources comptables des châtellenies savoyardes offrent également plusieurs mentions de condamnations.
La vague de procès de 1428 se termine dans les années 1435 à 1436.
Le à Saint-Maurice, Rolet Barberin, condamné à la résidence forcée dans l'abbaye depuis , est gracié par l'abbé. Toutefois des procès sont attestés jusqu'en 1436 : à Bramois ont lieu les procès de Perette, la femme de Jean Rubin, d'Ayma, femme d'Antoire Reborgiour, et de Willerma, femme de Perrod Blampeil.
Une dernière enquête générale est ouverte en 1436 dans le dizain de Sierre, mais comme pour l'enquête de Loèche de 1428, les traces documentaires manquent. Seule une lettre testimoniale nous apprend qu'Henslinus Streller, le châtelain de Sierre, fait établir un acte notarié pour attester que ce sont les hommes de la paroisse qui lui ont diligenté d'enquêter contre les jeteurs de sorts de sa juridiction.
Une seconde vague de procès aura lieu sous l'épiscopat de Walter Supersaxo dans les années 1450. Pour l'heure, très peu de traces relatives aux procès de sorcellerie ont été trouvés sous l'épiscopat de Guillaume III de Rarogne (1437-1451), qui succède à André di Gualdo, contrairement aux régions limitrophes, comme le Pays de Vaud ou le Val d'Aoste.
La chronique de Hans Fründ (c. 1428) Le principal compte rendu qui nous renseigne de manière globale sur les premières chasses aux sorciers et aux sorcières du Valais est le rapport de vignette|Manuscrit de Hans Fründ sur les procès en sorcellerie dans leva Valais, bibliothèque centrale de LucerneHans Fründ (ou Johannes Fründ), de Lucerne, écrit vers 1431, peut-être à la demande de Christoph von Silenen, à l'époque châtelain à SierrePère de Jost von Silenen, prince-évêque de Sion entre 1482 et 1496. . Voir aussi , où il cite .. Il en existe deux versions, une entreposée à Lucerne et une autre à Strasbourg. La version de Lucerne est plus ancienne et probablement l'original. C'est le compte rendu le plus ancien connu à propos de la chasse aux sorcières systématique qui débute dans les années 1430 à 1440. Une édition critique est publiée avec quatre autres premiers textes sur le sujet par Martine Ostorero en 1999Kathrin Utz Tremp dans ..
Selon le récit de Fründ, à partir de 1428, on découvrit dans le Pays du Valais des gens coupable de meurtre, d'hérésie et de sorcellerie ainsi que de pacte avec le diable. Il parle d'une conspiration de 700 sorciers dont «plus de 200» sont brûlés au moment où il rédige sa chronique, vers 1430: wan ir ouch jetzünd gar vil was, wann si verjachentt, das ir gesellschafft werde wol sibenhundert. Dera sind mer dan zweihundert verbrent worden in anderthalbem jare, und brent man und richt man si noch alle tage, wa man si begriffen mag. Und ist in welschen landen und in den taeleren nid Wallis und hinder Wallis und by Sant Bernhartzberg oüch vil verbrentt - der zall ich aber nit weiß, darümb ich si nit schriben noch summen kan..