Les Grottes et art de la période glaciaire dans le Jura souabe sont un ensemble de sites et dartéfacts archéologiques inscrits au patrimoine mondial de l'humanité par lUNESCO depuis 2017.

Cet ensemble regroupe six grottes localisées dans le massif du Jura souabe, dans le land du Bade-Wurtemberg en Allemagne méridionale. Les plus anciennes traces d'occupation sont datées sur une période s'échelonnant entre et Les explorations et les fouilles réalisées dans ces cavernes montrent qu'elles ont connu une présence dhommes de Néandertal ayant précédé celle d'hommes modernes.

Les six cavités souterraines dont certaines ont été fouillées à partir des années 1860 sont associées à de nombreux artefacts mis au jour sur les lieux. Ces artefacts, sous forme de figurines et de statuettes et confectionnées à partir de bois, d'ivoire ou encore de pierre représentent des animaux tels que des bovidés, des chevaux sauvages, des lions des cavernes, des mammouths. D'autres objets, des flûtes, des éléments de parure et des sculptures figurant des personnages mi-animaux mi-humains et une femme ont été également mis au jour.

Le bien patrimonial culturel, composé des six cavernes et des pièces d'art mobilier qu'elles ont livrées est complété par un parc archéologique, l'archéoparc de Vogelherd.

Géographie Situation générale et topographie Les six grottes, dont les premières périodes d'occupation sont datées d'environ à ans , sont réparties sur : les vallées de l'Ach et de la Lone, deux cours d'eau appartenant au bassin du Danube. Les vallées fluviales formées par ces deux rivières, affluents du Danube, traversent et irriguent un vaste plateau qui s'élève à une cote d'environ ..

vignette|gauche|upright=0.9|Le massif de Bruckfels (vallée de l'Aach), zone montagneuse comprenant la grotte de Geißenklösterle. vignette|upright=0.9|Panorama de la vallée de l'Aach (ici, encadrant la Hohle Fels.

La première zone () est située dans la vallée de l , se développe sur une longueur totale d'environ . Cette première zone () est constituée du fond et des versants de la vallée de l'Ach (un affluent de la Blau..) et se trouve délimitée par le plateau contigüe à la dépression fluviale. Trois des six cavités souterraines répertoriées sont localisées dans la vallée de l'Ach : la grotte de Geißenklösterle, l'Hohle Fels et la Sirgensteinhöhle.. La vallée de l'Aach trouve son emplacement entre les communes de Schelklingen et de Blaubeuren. Elle est localisée à dUlm en direction de l'ouest.

vignette|upright=0.9|Panorama de la vallée de la Lone (ici, encadrant la grotte de Blockstein). La deuxième zone () est localisée dans vallée de la Lone . Ce second ensemble recouvre une superficie de de bien patrimonial pour de zone tampon.. Cette zone s'étend sur et comprend une partie du fond et des versants de la vallée. Ce territoire se prolonge jusqu'à la limite du plateau avoisinant. Plus resserrée que celle de l'Aach, la majeure partie de la dépression formée par le lit de la Lone se déploie sur largeur de , la largeur de cette cuvette pouvant s'élever, en certains points, jusqu'à un maximum de . Ses versants atteignent jusqu'à de dénivelé. Les paysages qui composent la vallée de la Lone sont à caractère rural, comprenant des parcelles cultivées au niveau de son fond et des pentes recouvertes de massifs forestiers. Ce territoire est également aménagé de voies de circulation et de structures collectives. Le bien patrimonial de la Lone comporte les grottes de Bockstein, d'Hohlenstein-Stadel et de Vogelherd. Cet ensemble trouve son emplacement à environ en axe nord de la ville d'Ulm.

Géologie vignette|gauche|upright=1.1|Parois de roches karstiques dans la grotte de Sirgenstein. Les roches constituant le massif du Jura souabe ont été formées au cours du Jurassique inférieur, il y a environ . Entre et , les roches du Jura souabe ont été soumises à d'importants phénomènes d'érosion. C'est à cette époque que les vallées de l'Aach et de la Lone, qui s'inscrivent dans le même contexte géologique, acquièrent leurs configurations définitives. Au cours du Calabrien, entre et environ , les eaux du bassin du Danube sont montées jusqu'à près de au-dessus de leur niveau actuel, inondant ainsi les dépressions creusées au sein du Jura souabe. Ce phénomène a induit un drainage dalluvions qui se sont déposés sous forme de couches sédimentaires. Aux environs de AP, les eaux du bassin danubien ont effectué un retrait..

Les formations karstiques du Jura souabe marquent une continuité avec celles du Jura franconien. Dans les vallées du Jura souabe, les premiers phénomènes de karstologiques apparaissent au Paléogène, entre et AP, voire au Crétacé supérieur, entre et . Avec la surrection de l'ensemble montagneux formé par les Juras souabe et franconien, mais également avec l'activité volcanique du Hegau, la karstification du massif souabe se poursuit et s'amplifie au cours du Pliocène (entre environ et AP)..

vignette|droite|upright=1.1|Exemple de formation karstique sur l'une des parois de la grotte de Vogelherd. La formation des six cavités naturelles résulte d'un processus dérosion hydrochimique de roches calcaire par infiltration d'eaux de pluies acides, creusant ainsi des galeries souterraines au sein d'un environnement géologique devenu karstique. Après lexsurgence des eaux de ruissellement, ces réseaux souterrains se sont asséchés, devenant ainsi des cavités naturelles. Au point de jonction des cavités avec les dépressions fluviales (celles de l et de la Lone), par mécanismes de taille et d'érosion de la roche, des ouvertures se sont créés, formant ainsi les entrées des grottes.

Au sein du Jura souabe, le processus de creusement des grottes s'est déroulé sur une longue période. Les trois dernières phases de ce processus, correspondent aux deux dernières ères glaciaires et à leur période interglaciaire. La première de ces est survenue au cours de la glaciation de Riss (Pléistocène moyen) ; la seconde phase durant linterglaciaire de Riss-Wurm ; et la dernière troisième phase pendant la glaciation de Würm (époque géologique du Pléistocène supérieur).

En outre, l'analyse chronostratigraphique des grottes, en particulier celle de Gleissenklörstele, fait apparaître une possible corrélation entre lAurignacien ancien (ou inférieur) et une période de réchauffement climatique caractérisée par la présence de dépôts de lœss aéolien.

Historique Découvertes et fouilles vignette|gauche|upright=0.9|Le géologue et naturaliste Oscar Fraas.

L'ensemble des six sites préhistoriques ont fait l'objet d'une trentaine de campagnes de fouilles différentes. Les premières investigations archéologiques ont été entreprises dans la vallée de la Lone en 1861 ou 1862 par , sur le site de la grotte de Hohlenstein-Stadel avec la mise au jour de fossiles appartenant à des spécimens dours des cavernes. Ultérieurement, dès la seconde moitié des années 1860, les mobiliers archéologiques mis au jour dans la caverne d'Holenstein-Stadel indiquèrent aux archéologues l'existence possible d'autres d'établissements préhistoriques locaux et de nouvelles prospections furent alors menées dans la grotte dHohle Fels en 1871 et puis dans celle de Bockstein en 1879, et 1883-1884.

vignette|droite|upright=0.8|Le préhistorien Joachim Hahn.

Dès le début du , les cavernes de Sirgenstein , de Vogelherd , ont à leur tour fait l'objet d'excavations, de sondages et de prospections.

Dans la première moitié des années 1930, puis en 1953 et en 1956, la grotte de Bocktein est à nouveau fouillée.

Dans les années 1950 et première moitié des années 1960, plusieurs opérations d'explorations sont conduites dans différents sites préhistoriques de la vallée de la Lone sous la direction du paléontologue Robert Wetzel..

La grotte de Geißenklösterle, a, quant à elle, été mise au jour dans la seconde moitié des années 1950 et fouillée à partir de la première moitié des années 1970, en 1973 par Eberhard Wagner, puis par l'archéologue et paléo-préhistorien Joachim Hahn entre 1974 et 1991.

Dans les années 2000 et 2010, les grottes de Vogelherd et de Geißenklösterle font l'objet de campagnes de fouilles. Ces travaux sont menés sous la direction de l'archéologue Nicholas J. Conard. Actuellement, seule la caverne de Geißenklösterle est soumise à un plan d'investigations.

Inscription au patrimoine mondial de l'Unesco Le projet d'inscription des six cavernes sur la liste du patrimoine mondial de lUnesco est initié en 2009. Le programme d'études et de qualification des sites paléolithiques commence à partir de 2012. Plusieurs ministères allemands donnent alors un avis favorable et appuient ce projet. À cette époque, pour mener à bien le dossier d'inscription, luniversité de Tübignen ainsi que par le service de protection du patrimoine historique collaborent au programme d'étude des sites et les deux institutions agissent en partenariat avec le gouvernement du Land du Bade-Wurtemberg. En 2014, les deux éléments constituant le bien culturel, la vallée de l'Aach et la vallée de la Lone, sont définis... Le dossier d'inscription prend alors l'intitulé Grottes et l’art de la période glaciaire dans le Jura souabe.

À l'été 2016, entre le et le , des délégués du Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS) sont commissionnés sur place afin d'évaluer le bien culturel. Le , le Conseil international des monuments et des sites donnent un avis favorable au dossier d'inscription des sites. En date du , lors de la du Comité du patrimoine mondial qui s'est déroulée à Cracovie, en Pologne, le Comité du patrimoine mondial valide l'inscription du bien culturel sous l'intitulé Grottes et l’art de la période glaciaire dans le Jura souabe..

Dans le dossier d'inscription de ce bien patrimonial, l'Unesco souligne que :

Les trois grottes de la vallée de l'Ach Des études chronostratigraphiques ont montré que les trois cavernes s'inscrivant dans la vallée de l'Ach présentent des typologies d'industries lithiques et osseuses comparables, voire analogues. Ces productions, qui comportent des , des bifaces acheuléens , et d'autres outils tels que des grattoirs ou des lissoirs, sont indexées sur des périodes s'échelonnant entre le Paléolithique moyen et la fin du Paléolithique supérieur (Magdalénien tardif). Les fortes similitudes mises en évidence entre les gisements archéologiques retrouvés au sein des grottes suggèrent l'existence d'un vaste réseau d'échange entre les trois établissements préhistoriques, mais également avec d'autres sites locaux (également localisés dans la vallée de l'Ach), tels que la grotte de et des cavernes situées dans la vallée de la Blau..

En outre, les restes de taxons fauniques délivrés par les grottes de la vallée de l'Ach, permettent d'établir des changements dans le régime alimentaire de leurs occupants. Ces variations, essentiellement liées aux modifications climatiques impactant les biomes des espèces locales, marquent une transition entre le Paléolithique moyen et le Paléolithique inférieur.. À cet effet, les analyses des profils taphonomiques des cavernes montrent que les proportions des spécimens nichant au sein de la vallée varient selon les étages biostratigraphiques et culturels considérés .

La grotte de Geißenklösterle

vignette|gauche|upright=1.1|Vue intérieure de la grotte de Geißenklösterle. vignette|upright=0.6|Flûte paléolithique découverte dans la grotte de Geißenklösterle. Des trois grottes de la vallée de l'Ach, celle de Geißenklösterle est la cavité située le plus au nord.. L'entrée de cette grotte fait face à l’ouest et domine le talweg de la vallée d'une hauteur de . En outre, sa principale voûte a été soumise à un écroulement. Des investigations archéologiques