Le gouvernement Werner-Schaus II (), est le gouvernement du Luxembourg en fonction du au .
Les élections Lors des discussions sur le budget de l’année 1969, des dissensions éclatent au sein de la coalition gouvernementale. Alors que le LSAP est favorable à une augmentation des salaires des fonctionnaires et à une adaptation des pensions, le CSV est d’avis que la situation économique, caractérisée par une faiblesse de la croissance, ne permet pas de céder à des revendications sociales coûteuses. Les chefs des deux partis, Pierre Werner et Henry Cravatte, décident d’avancer les élections initialement prévues pour 1969. À l’issue des élections anticipées du , le CSV et le LSAP perdent respectivement un et trois sièges, tandis que le DP retrouve sa position de 1959 avec 11 députés au Parlement. Malgré l’affaiblissement de leurs partis, Werner et Cravatte auraient aimé continuer la coopération entre chrétiens-sociaux et socialistes. Cependant, l’aile syndicale du LSAP s’oppose à un renouvellement de la coalition. Aussi le DP prend-il la place du Parti ouvrier socialiste luxembourgeois qui rejoint l’opposition. Deux remaniements ministériels interviennent avant la fin de la législature, l’un le par l’adjonction de deux secrétaires d’État, l’autre le par la démission de Madeleine Frieden, impliquée dans une affaire de mœurs. À la suite de ce dernier changement, Camille Ney est promu ministre et Jacques Santer entre au gouvernement en tant que secrétaire d’État.
Composition Initiale ( février 1969) Portefeuille Titulaire Parti Président du gouvernementMinistre d'ÉtatMinistre des Finances Pierre Werner CSV Vice-Président du gouvernementMinistre de la JusticeMinistre de l'IntérieurMinistre de la Force publique Eugène Schaus DP Ministre de l'Agriculture et de la ViticultureMinistre des Travaux publics Jean-Pierre Büchler CSV Ministre de l'Éducation nationaleMinistre du Travail et de la Sécurité sociale Jean Dupong CSV Ministre de la Famille, de la Jeunesse, de la Solidarité sociale et de la Santé publiqueMinistre des Affaires culturelles et des Cultes Madeleine Frieden-Kinnen CSV Ministre des Affaires étrangères et du Commerce extérieurMinistre de la Fonction publiqueMinistre de l'Éducation physique et des Sports Gaston Thorn DP Ministre de l'Économie nationale, des Classes moyennes et du TourismeMinistre des Transports et de l'Énergie Marcel Mart DP
Remaniement du 5 juillet 1971 Les nouveaux ministres sont indiqués en gras, ceux ayant changé d'attributions en italique.
Portefeuille Titulaire Parti Président du gouvernementMinistre d'ÉtatMinistre des Finances Pierre Werner CSV Vice-Président du gouvernementMinistre de la JusticeMinistre de l'IntérieurMinistre de la Force publique Eugène Schaus DP Ministre de l'Agriculture et de la ViticultureMinistre des Travaux publics Jean-Pierre Büchler CSV Ministre de l'Éducation nationaleMinistre du Travail et de la Sécurité sociale Jean Dupong CSV Ministre de la Famille, de la Jeunesse, de la Solidarité sociale et de la Santé publiqueMinistre des Affaires culturelles et des Cultes Madeleine Frieden-Kinnen CSV Ministre des Affaires étrangères et du Commerce extérieurMinistre de la Fonction publiqueMinistre de l'Éducation physique et des Sports Gaston Thorn DP Ministre de l'Économie nationale, des Classes moyennes et du TourismeMinistre des Transports et de l'Énergie Marcel Mart DP Secrétaire d'État à l'Agriculture et à la ViticultureSecrétaire d'État à l'Éducation nationale Camille Ney CSV Secrétaire d'État à l'Intérieur Émile Krieps DP
Remaniement du 19 septembre 1972 Les nouveaux ministres sont indiqués en gras, ceux ayant changé d'attributions en italique.
Portefeuille Titulaire Parti Président du gouvernementMinistre d'ÉtatMinistre des Finances Pierre Werner CSV Vice-Président du gouvernementMinistre de la JusticeMinistre de l'IntérieurMinistre de la Force publique Eugène Schaus DP Ministre des Travaux publicsMinistre de la Famille, du Logement social et de la Solidarité socialeMinistre de la Viticulture Jean-Pierre Büchler CSV Ministre de l'Éducation nationaleMinistre du Travail et de la Sécurité sociale Jean Dupong CSV Ministre des Affaires étrangères et du Commerce extérieurMinistre de la Fonction publiqueMinistre de l'Éducation physique et des Sports Gaston Thorn DP Ministre de l'Économie nationale, des Classes moyennes et du TourismeMinistre des Transports et de l'Énergie Marcel Mart DP Ministre de l'AgricultureMinistre de la Santé publique Camille Ney CSV Secrétaire d'État à l'Intérieur Émile Krieps DP Secrétaire d'État au ministère d'ÉtatSecrétaire d'État au Travail et à la Sécurité sociale Jacques Santer CSV
La politique extérieure L'Europe Au cours de la période 1969-1974, le Luxembourg continue à jouer un rôle important sur le plan européen grâce aux idées développées par son Premier ministre à propos de l’intégration monétaire. En , invité à un congrès de la CDU en Allemagne, Pierre Werner avait donné une conférence remarquée durant laquelle il avait présenté un plan en cinq points pour une Union économique et monétaire de l’Europe. Suscitant l’intérêt des autres pays membres de la CEE, Werner est amené à exposer ses vues devant la conférence des ministres des Finances à Rotterdam en , puis au sommet européen de La Haye en . Lors de cette dernière réunion, les gouvernements proclament leur intention de faire élaborer un plan par étapes en vue de la création d’une union économique monétaire. La monnaie est appelée à devenir le moteur de la construction européenne. En , Pierre Werner est désigné à la tête d’un groupe d’études chargé de faire des propositions à la commission. Dans son rapport final, la commission des experts donne la priorité à la coordination des politiques économiques, la nécessité d’instances de décision communes, la centralisation de la politique monétaire par la création d’un Comité des gouverneurs des banques centrales, la limitation dans un premier temps des variations des cours et la création d’un Fonds européen pour soutenir les cours. Le « plan Werner » connaît un accueil favorable, mais les difficultés monétaires du dollar et de la livre sterling, la crise pétrolière et la stagflation freinent sa mise en œuvre. Cependant, le système monétaire européen, qui entre en vigueur en 1979, intègre certains de ses éléments, tels le Fonds européen de coopération monétaire (FECOM) et le serpent monétaire.
Le partenariat belge En 1972, après 50 ans d’existence, l’UEBL arrive à expiration. Les deux gouvernements décident de la reconduire de dix en dix ans. Chaque reconduction sera l’occasion de nouvelles négociations. Lors du renouvellement de 1972, la question de la répartition des droits d’accises sur l’essence, les cigarettes et les alcools est au centre des négociations. Alors que la convention de 1921 avait retenu la démographie comme critère pour partager les recettes, le gouvernement luxembourgeois réclame une autre clé de répartition, qui tient davantage compte des réalités économiques. Un protocole signé le essaie de satisfaire les revendications luxembourgeoises en prévoyant, à intervalles réguliers, une nouvelle répartition des droits d’accises.
La politique économique Pendant la seconde moitié des années 1960, l’économie du Grand-Duché avait souffert d’une certaine langueur. Son taux de croissance avait été inférieur à celui des autres partenaires de la CEE. La faiblesse de la croissance s’expliquait principalement par la structure monolithique de l’économie luxembourgeoise. En 1968, le Conseil économique et social avait mis en garde le gouvernement que « tout porte à croire que les temps de la grande prospérité sont révolus et ne pourraient revenir que passagèrement à la faveur de circonstances exceptionnelles. Dès lors, il ne faut pas attendre de la sidérurgie qu’elle continue à être, comme elle l’a été pendant de longues années, […] le support essentiel du progrès technique, économique et social du pays ».
À partir de 1969, la conjoncture économique s’améliore. Les investissements de la sidérurgie s’accroissent à raison de 150% par rapport à l’année 1968. La production d’acier augmente de façon considérable pour atteindre, en 1974, le chiffre record de 6 448 351 tonnes. Les rémunérations dans le secteur sidérurgique progressent de 27% entre 1969 et 1973. La vague de prospérité estompe les angoisses structurelles qui avaient provoqué la chute du gouvernement précédent. Cependant, la pleine utilisation des capacités de production et une demande globale excédentaire créent une situation d’emballement qui risque d’accélérer la spirale de l’inflation. Marcel Mart, ministre de l’Économie à l’époque, a parlé d’une « conjoncturite aiguë ». Dès lors, l’action du gouvernement vise à contrer les effets pervers de la surchauffe économique par un renforcement du contrôle des prix, par l’injonction donnée aux établissements de crédit et aux caisses de pension de freiner leur politique de crédits et de prêts, par l’autorisation temporaire du travail du samedi dans le secteur de la construction, particulièrement touché par la pénurie de la main-d’œuvre, par la diminution des taux de la TVA sur un certain nombre d’articles de large consommation avec forte incidence sur l’indice des prix et, enfin, par l’introduction d’une surtaxe conjoncturelle de 5% sur les revenus des collectivités. Une forte augmentation des excédents budgétaires permet de réaliser une épargne publique et de mener ainsi une action anticyclique. Les surplus du budget de l’État alimentent divers fonds d’investissement, tels le Fonds des routes ou le Fonds de crise créé par la loi du . L’introduction de la TVA le suscite également des craintes d’inflation. Le passage de l’impôt sur le chiffre d’affaires traditionnel, principale ressource fiscale dans le domaine des impôts indirects, au système de la taxe sur la valeur ajoutée risque d’être un nouveau facteur de hausse des prix. Aussi le gouvernement prévoit-il, à côté d’un taux normal de 8%, un taux réduit de 4%.
Le gouvernement a beaucoup de difficultés à freiner la course au relèvement des revenus, autre source d’inflation. Il lui est impossible de toucher à l’échelle mobile des traitements et salaires, véritable tabou social. Pourtant, cette mesure aurait permis une décélération plus importante de la spirale prix-salaires. Des revendications salariales dans un secteur déclenchent des demandes dans d’autres. En 1969, le gouvernement doit céder aux revendications de la fonction publique qui exige un « rattrapage » de l’écart qui se serait creusé entre les rémunérations du secteur public et celles du privé. En effet, l’État, en concurrence avec la place bancaire qui rafle une bonne partie des universitaires et bacheliers, a de plus en plus de difficultés à recruter des candidats qualifiés.
L’essor de l’économie a entraîné une forte croissance de l’emploi. Cependant, sur arrière-fond d’une natalité fortement régressive, le marché du travail national est incapable de satisfaire à la demande. Afin d’atténuer la pénurie de main-d’œuvre, le gouvernement a recours à l’immigration. Le , le Luxembourg et le Portugal signent un traité qui règle le recrutement des travailleurs portugais. Le , une autre convention est conclue avec le gouvernement yougoslave. De 1969 à 1974, 24 560 personnes en provenance du Portugal arrivent au Grand-Duché.
La croissance de l’économie luxembourgeoise accentue le déséquilibre géographique en accélérant le dépeuplement des régions septentrionales à prédominance agricole. La loi du , concernant l’aménagement général du territoire, aborde pour la première fois la question de l’équilibre structurel et géographique du point de vue national. Son objectif est de doter les décideurs politiques de moyens pour assurer le développement harmonieux de l’équipement national et de l’infrastructure du pays. Cette loi témoigne aussi de l’intérêt croissant qui est accordé à la notion de qualité de vie et de l’émergence de considérations écologiques.