Areva était une multinationale française du secteur de l'énergie entre 2001 et 2018, œuvrant principalement dans le domaine de l'industrie nucléaire dont elle était l'un des leaders mondiaux.

Le groupe était présent dans la totalité des secteurs du nucléaire civil : cycle du combustible nucléaire (extraction, concentration, raffinage, conversion et enrichissement de l'uranium, fabrication et transport d'assemblage combustible, gestion et retraitement des déchets nucléaires) ; conception et construction de réacteur nucléaire (tel que l'EPR, l'Atmea1, ou encore le Kerena) ; ainsi que dans le démantèlement nucléaire. L'entreprise s'est aussi ouverte aux énergies renouvelables, à la production d'hydrogène, au stockage d'énergie et au transport et à la distribution d'électricité.

L'histoire d'Areva est marquée par des difficultés financières ainsi que plusieurs affaires politico-financières entraînant des achats et cessions d'actifs, ainsi que de nombreuses restructurations internes. En 2016, Areva, alors en grande difficulté comptable et ébranlée par plusieurs affaires politico-financières, est restructurée en trois entités : anciennement Areva NP ; anciennement Areva NC et Areva Mines ; Areva S.A. une holding remplissant le rôle de structure de défaisance des activités « à risque » d'Areva : finalisation du chantier et délivrance de l'EPR d'Olkiluoto 3, exécutions des derniers projets d'énergies renouvelables d'Areva, et finalisation de la cession de à EDF. En redevient Framatome en étant racheté par EDF, et devient Orano, marquant la fin du groupe Areva.

Histoire du groupe Avant Areva En 1983, le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) est autorisé par décret à apporter tout son capital d'entreprises industrielles à la Société des participations du CEA, alors dénommée CEA Industrie. De 1983 à 2001, celle-ci pilote les activités industrielles et commerciales du CEA, et constitue l'actionnaire principal des trois autres grandes entreprises du programme nucléaire civil français : la Cogema (actionnaire à 100 %), de TechnicAtome (à 90 %) et de Framatome (à 36 %)Pomian Joanna. La dernière éclipse du volontarisme industriel : la fusion Thomson-CEA Industrie. In: Quaderni. N. 18, Automne 1992. Les espaces publics. ..

Topco (juin à )

Topco est créée en , par la fusion de la Cogema, de Framatome, de TechnicAtome et de CEA Industrie. Trois mois après en , la société abandonne le nom commercial Topco pour celui d'Areva. Ce nom est inspiré du nom du village espagnol d'Arévalo près duquel se situe une abbaye cistercienne, dont l'architecture présente aux yeux d'Anne Lauvergeon (alors PDG) les qualités qu'elle veut pour le groupe naissant : simplicité, rigueur et symétrie.. Ce nom Arevalo est amputé d'une syllabe pour lui donner un caractère plus international.

Areva : naissance et structuration du groupe (2001 à 2006) La société Areva naît ainsi quand la holding du CEA passe du rôle de simple holding financière à celui de holding industrielle, avec directoire et conseil de surveillance. Anne Lauvergeon, PDG de la Cogema, devient présidente du directoire d'Areva. L'objectif est de créer un modèle intégré, un « » du nucléaire où les futurs clients ne s'adresseront qu'à un interlocuteur unique - Areva - qui pourra fournir la totalité de l'écosystème nucléaire : design et construction du réacteur, fourniture du combustible, traitement des déchets, et gestions du démantèlement.. L'activité de Framatome est renommée Framatome ANP (pour ) après l'intégration des activités nucléaires de Siemens KWU.

Le groupe Alstom, alors en difficulté financière, vend sa branche transmission et distribution d’électricité à Areva le pour d'euros, et devient sa filiale Areva T&D.

En 2004, Areva engage, en tant que maître d'ouvrage et en consortium avec Siemens, le chantier de l'EPR d'Olkiluoto pour le compte de l'électricien finlandais TVO.. Le chantier se révèle ruineux pour Areva : vendu 3 milliards d'euros pour une mise en service prévue en 2009, il coûtera d'euros et entrera en service en avec treize ans de retard..

EDF lance le chantier de l'EPR de Flamanville en pour lequel Areva fournit l’îlot nucléaire (incluant la cuve du réacteur, les générateurs de vapeur, le pressuriseur, et le circuit primaire avec ses auxiliaires). Le projet s'avère, là encore, une source de pertes financières pour Areva et de conflit avec EDF, notamment à cause de malfaçons et de retards affectant la cuve du réacteur et son couvercle...

En 2006, Areva impose une dénomination unique à ses sociétés de premier rang :

la Cogema est scindée en deux filiales renommées (pour ) et Areva Mines ; Framatome ANP est renommée (pour ) ; et TechnicAtome est renommée .

Déclin d'Areva (2006 à 2016) En , Areva finalise l'offre publique d'achat sur UraMine (exploitant de mine d'uranium africaines) pour un montant de d'euros. L'opération se révèle ruineuse pour Areva (Cf Affaire UraMin) après la découverte en 2008 de nombreuses mines inexploitables en Centrafrique, et de la chute des cours de l'uranium au décours de l'accident de la centrale de Fukushima en 2011.

En , Areva en difficulté financière se voit contraint de céder sa très rentable filiale Areva T&D (transmission et distribution d'électricité) pour un montant total de plus de 4 milliards d'euros.:

Alstom récupère la branche transmission d'électricité qu'il avait vendu à Areva en 2004, et Schneider Electric achète la branche distribution d'électricité.

Areva annonce se recentrer sur la production d’énergie sans émission de CO2 au sens large : les énergies renouvelables prennent une part croissante dans les activités du groupe, en complément du nucléaire. La filiale Areva Renouvelables est ainsi créé en 2010 après l'acquisition de l'entreprise de panneaux photovoltaïque Ausra, et de l'entreprise d'éoliennes offshores Multigrid.

Après l'accident de la centrale de Fukushima en , Areva engage en fin d'année un plan de redressement baptisé « Action 2016 »Le plan "Action 2016" d'Areva bénéfique pour ses résultats, L'Usine nouvelle, 26 juillet 2012.. En , Corinne Lepage alors députée européenne et ancienne ministre de l'environnement, affirme que la situation d'Areva était déjà très difficile avant l'accident de FukushimaCorinne Lepage, La vérité sur le nucléaire, Éditions Albin Michel 2011.. Selon elle et jusqu'en , les décideurs politiques seraient restés dans le déni de la situation financière d'Areva et de ses difficultés commerciales, notamment dû à la dérive du chantier de l'EPR d'Olkiluoto et de l'affaire Uramin..

Nicolas Sarkozy limoge Anne Lauvergeon de la direction du groupe en . Ce choix fait la suite à des pertes financières d'Areva, du scandale de l'achat d'UraMine, ainsi que des difficultés d'entente entre Anne Lauvergeon et les dirigeants d'EDF, notamment son PDG Henri Proglio.

En , Areva cède au Fonds stratégique d'investissement sa participation de 26 % dans le groupe minier Eramet pour 776 millions d'eurosEramet : Areva a bouclé la cession de ses parts au FSI, Le Monde, 16 mai 2012., et rejoint en l'Association mondiale des exploitants nucléairesAreva rejoint l'Association mondiale des exploitants nucléaires, sur enerzine.com, le 27 juillet 2012..

En , la direction générale déménage du de la rue La Fayette à la tour Areva, dans le quartier parisien de La Défense..

Perte record de 2014 En , Areva annonce une perte record pour l'exercice 2014 de d'euros ainsi qu'un chiffre d’affaires en chute de 7,2 % à d'euros.. Ces pertes seraient liées en partie à l'atonie du marché nucléaire après l'accident de Fukushima, mais aussi à de graves erreurs stratégiques et opérationnelles : affaire UraMin, difficultés de réalisation de l'EPR Finlandais et de Flamanville, ainsi que du réacteur Jules Horowitz... Le président du conseil de surveillance Pierre Blayau aurait prôné un du groupe, voire son démantèlement... Le , l'agence de notation Standard & Poors dégrade la note de dette à long terme d'Areva de « BBB- » à « BB + », la reléguant dans la catégorie des émetteurs spéculatifs..

En conséquence, un « plan de compétitivité » est lancé visant à réaliser un milliard d'euros d'économies d'ici 2017, notamment en réduisant les frais de personnel de 15 % en France et 18 % dans le monde d'ici 2017, obtenue par le licenciement de à dans le monde sur .. Des cessions d'actifs supérieures à d'euros sont également envisagées. Le , plus de manifestent devant le siège du groupe à Paris pour protester contre les milliers de pertes d'emploi annoncées en cas de démantèlement du groupeAFP, « Areva: les salariés sonnent "le début de la bagarre" », Boursorama, 15 septembre 2019..

L'activité liée aux instruments de mesure de la radioactivité (Canberra) est cédée fin 2015 à l'américain Mirion Technologies.

Areva, en recherche de liquidité, annonce en être parvenue à un accord avec EDF, pour une prise de participation majoritaire d'EDF dans sa filiale Areva NP pour un montant de 2 milliards d'euros (Areva NP étant valorisée à d'euros), en laissant une part minoritaire à Areva (de l'ordre de 15 à 25 %). Bernard Fontana, ancien dirigeant du cimentier suisse Holcim, est choisi par EDF, Areva et par le gouvernement français comme président de la nouvelle entité Areva NPEDF va prendre le contrôle des réacteurs nucléaires d’Areva, Le Monde, le 30 juillet 2015 (consulté le 31 juillet 2015).Areva et EDF mettent un terme à 9 mois de galères, L'Obs, le 30 juillet 2015 (consulté le 31 juillet 2015)..

Toujours en recherche de liquidités, l'entrée d'actionnaires minoritaires est évoquée afin de limiter la recapitalisation par l’État français. Le , le président du conseil d'administration d'Areva, Philippe Varin, signe à Pékin en présence des présidents François Hollande et Xi Jinping, un protocole d’accord avec la China National Nuclear Corporation (CNNC) ouvrant la voie à une prise de participation minoritaire de CNNC de 10% au capital d’Areva.. Ce protocole prévoit aussi un large volet industriel : une coopération entre les deux groupes est envisagée sur l’ensemble des activités du nouvel Areva, des mines d’uranium à la déconstruction des installations nucléaires, en passant par le retraitement des combustibles usés (un projet d'usine de retraitement en Chine étant alors en projet)..

À la suite de divergences de point de vue, la montée de CNNC au capital d'Areva n'aboutit pas : l'État français souhaitait faire également entrer au capital d'Areva les deux entreprises japonaises Mitsubishi Heavy Industries (MHI) et Japan Nuclear Fuel Limited (JNFL) à hauteur de 5% chacune ; là où les dirigeants chinois souhaitaient être le premier actionnaire derrière l'État français, le tout dans un contexte de relations diplomatiques tendues avec le Japon.

En , Areva essuie une nouvelle lourde perte de plus de 2 milliards d'euros pour son exercice 2015, soit une perte de 9 milliards d’euros en cinq ansAvec un jour de retard, Areva annonce une perte de 2 milliards, Le Figaro, le 26 février 2016.. Les causes sont les mêmes que pour l'année précédente. En 2017, les pertes sont de 252 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 3,9 milliards d'euros, en recul de 10,8 %« Recyclage de combustible usé: contrat avec l'Ukraine pour Orano », AFP et Connaissance des énergies, 3 mai 2018..

Restructuration et démantèlement du groupe (2016 à 2018)

Restructuration - 2016 à 2018 Les déboires d'Areva forcent une restructuration du groupe, essentiellement par la vente de ses différentes filiales :

Areva NP : EDF finalise la reprise d'Areva NP (activité de conception, construction et maintenance de réacteurs nucléaires) en , dans une nouvelle entité nommée temporairement New NP; Areva NC et Areva Mines : Areva regroupe ses activités du cycle du combustible nucléaire dans une nouvelle société nommée provisoirement Areva NewCo puis New Areva. Cette dernière correspond aux activités historiques de la COGEMA.; Areva Renouvelable :