La bibliothèque tiers lieu est un modèle de bibliothèque, développé à partir de 2009, dans lequel sont mises en avant les caractéristiques fondamentales du « third place » (tiers lieu) telles que présentées par Ray Oldenburg dans son livre The Great Good Place.

Description La bibliothèque tiers lieu vise à améliorer le sentiment d'appartenance sociale des usagers grâce à un espace ouvert sur l'extérieur à l'espace ouvert sur l'extérieur de leur bibliothèque et les regroupes. Elle leur offre un espace neutre, convivial, hors du cadre habituel de la maison ou encore du cadre des lieux d'apprentissages et de travail qui peuvent être intimidants. Cela répond aux principes du manifeste de l'UNESCO sur les bibliothèques..

Les bibliothèques tiers lieu se dotent généralement d’une mission qui se construit autour de l’usager. Elles aspirent à être des lieux de rencontres informelles et de convivialité. Ces bibliothèques veulent se rapprocher de leurs usagers, souhaitant développer de nouvelles habitudes de fréquentation chez les personnes les moins propices à aller à la bibliothèque. Elles mettent en œuvre de nouveaux fonctionnements participatifs avec comme objectif la contribution à la création de liens sociaux. Les bibliothèques tiers lieu visent à favoriser la construction d’une société inclusive. Les ressources ludiques, d'intégration et d'accessibilité commanditées pour réorganiser la bibliothèque ou tenues et organisées par les services de bibliothèques sont accessibles aux néophytes. Elles sont découvertes à travers le filtre de la bibliothèque, cela est un avantage pour les personnes n'ayant pas la possibilité d’avoir à la maison les équipements disponibles : bibliothèque (meuble), connectivité.

Le concept de tiers lieu teinte l'espace physique des bibliothèques, ainsi que leurs offres de services. L’architecture et le développement des nouvelles bibliothèques sont pensés en fonction de ce projet social. On peut voir au sein d’une bibliothèque tiers lieu l’aménagement de cafés, de salles de diffusion ou d’exposition, de studios de création, d’un pôle d’information touristique, d’une ludothèque, etc. Le mobilier s’en voit aussi transformé ; il est pensé en fonction du confort des usagers et est convivial.

Il n’y a pas de modèle architectural unique de troisième lieu car celui-ci est le reflet de sa communauté, et chaque communauté a ses spécificités propres. La bibliothèque tiers lieu génère du lien social autour d’une offre de services et de pratiques. C’est pourquoi les services et activités offertes par les bibliothèques tiers lieu sont nombreuses et diversifiées. Ils se veulent au plus proche des besoins et des attentes de leurs usagers.

Le modèle de bibliothèque tiers lieu transforme également la relation entre les professionnels de l’information et les usagers. Les bibliothécaires adoptent une nouvelle approche davantage axée sur la proximité avec les usagers.

(Amandine Jacquet dans son article « La bibliothèque troisième lieu loin des clichés: l'humain au cœur de la bibliothèque »).

En 1980, Ray Oldenburg conçoit la définition et le nom de ce « lieu » où on peut avoir une « interactivité » entre personnes concerne ce qui voisinera avec les deux autres lieux d'échange dans la communauté urbaine américaine ordinaire (c-à-d. le café-bar et le salon de coiffure), et c'est devenu le tiers lieu en français.

Origine du concept Mathilde Servet, pour son mémoire de l'ENSSIB en France en 2009, est la première à développer en pays francophone le concept de tiers-lieu appliqué aux bibliothèques, d'après les travaux de Ray Oldenburg. Le terme « troisième lieu » a été traduit de l'anglais par Servet afin de restituer le concept de third place,introduit par Oldenburg (page 22). Dans son mémoire, elle s'intéresse à l'apport théorique du concept de troisième lieu, à son application aux bibliothèques et à son illustration concrète, à travers différents exemples de bibliothèques, notamment en Europe du nord. Plusieurs caractéristiques peuvent servir à définir la bibliothèque troisième lieu (la liste originelle a été modifiée selon les travaux de Marie D Martel) : Un espace neutre et vivant Un lieu d'habitude Un second chez soi Un lieu où l'on nivelle les différences entre les gens (horizontalité des rapports) Un lieu créateur de communauté Un lieu où la conversation est prioritaire (propice au débat) Un lieu accessible, accommodant et simple Un lieu qui procure une expérience ludique.

Selon Servet, Oldenburg a une conception non actualisée des cafés français qui ne sont plus fréquentés par l'ensemble de la population, mais par des clientèles de plus en plus spécialisées. Les cafés ne sont plus un temple de la diversité sociale comme lors de la Révolution américaine, comme l'affirme Oldenburg qui semble avoir une vision dépassée des cafés parisiens, selon Servet.

L'auteur discute également des réticences de certains face à la transformation des bibliothèques en quelque chose déviant de la conception traditionnelle de temple du savoir et de dépôt de livres. Le marketing est fréquent en bibliothèque (page 52). Dans les bibliothèques lieu, l’usager est considéré comme un client qu'il faut attirer.

Ce lien entre bibliothèques innovantes et magasins n'a pas été imaginé par Oldenburg, qui « a de grandes difficultés à envisager une application de son concept à l’univers marchand, qu’il considère comme environnement hostile » (page 58). Certains critiquent cet état de fait, et y voient une dénaturalisation du rôle de la bibliothèque dont le rôle est mal défini par la multiplicité de ses facettes. « Répondre à toutes les demandes de l’usager ne contribue pas nécessairement à son bien-être émotionnel ou intellectuel » (page 60). L'espace réservé aux livres diminue à mesure que celui réservé aux autres activités augmente. Cette tendance est aussi observée en Amérique. La règle du 80/20, où 20 % de la collection est utilisée par 80 % de la clientèle, contribue à faire disparaître ou déplacer le 80 % de la collection restante.

David Lankes rapporte que cette tendance date de l'époque de la Bibliothèque d'Alexandrie. Il rappelle qu'un lieu, même grandiose ou utilitaire, n'est rien sans sa ressource première : l'humain (page 86). La bibliothèque troisième lieu est un écosystème : le lieu, les clients et les employés sont les paramètres de ce nouveau type d'environnement (chapitres 7 et 8).

Le concept de troisième lieu a certaines similitudes avec celui de coworking. Leurs similitudes et différences sont débattues par quelques auteurs.. Cette tendance est dans le courant de la géographie culturelle.

Différentes générations de bibliothèques troisièmes lieux Différentes générations de bibliothèques troisièmes lieuxPrésentées par Marie D. Martel dans son article intitulé Trois générations de tiers lieux en Amérique du Nord dans le livre Bibliothèques troisième lieu d' Amandine Jacquet : vignette|Tiers lieu génération : Seattle Public Library (É-U) Génération zéro : La médiathèque (France), les Idea Stores (Londres), la DOK (Delft) En FranceDOK (Delft) et l'OBA (Amsterdam)OBA (Amsterdam), avant même que le concept de troisième lieu soit associé au devenir des bibliothèques, c'est avec un souci de s'ouvrir à son environnement géographique, social, culturel et politique que les premières médiathèques furent mises en place. Pour y arriver, on s'est inspiré de Londres, mais aussi de Delft et d'Amsterdam. Dans ces projets novateurs et inclusifs, on proposait déjà des lieux d'échanges et de rencontres ouverts sur la communauté, très accessibles et où le livre n'était plus la priorité, c'était dorénavant l'humain qui était au cœur de la bibliothèque.

Première génération : la « New downtown library » vignette|Tiers lieu génération: Bibliothèque Du Boisé à Montréal (Québec, Can.) Au début du nouveau millénaire, on assiste à la naissance de nouvelles bibliothèques imposantes, de par leur architecture, et inspirantes, de par leur approche renouvelée du rôle de la bibliothèque qui amène une redéfinition de l'aménagement physique. Dorénavant, ce n'est plus l'institution qui domine, mais bien le lecteur. On cherche à rendre la bibliothèque plus attrayante et plus près de la réalité des gens. La bibliothèque se veut plus accueillante comme un second chez soi. Elle sera aussi plus polyvalente afin de pouvoir mieux s'adapter aux besoins de la communauté.

Deuxième génération : la bibliothèque communautaire vignette|Tiers lieu génération : San Diego Public Library (É-U) Dix ans plus tard, l'architecture imposante est délaissée au profit de plus petites bibliothèques se rapprochant davantage de la communauté. Le sentiment d'appartenance est ainsi renforcé et le service client devient la priorité. Les proportions dans l'aménagement de l'espace que l'on observait au siècle dernier sont maintenant inversées : 70 % pour les gens et 30 % pour les documents. La communauté étant le pivot central de la bibliothèque, cette dernière offre un éventail de services de plus en plus large et démontre de plus en plus de polyvalence.

Troisième génération : la bibliothèque participative et le biblioLab Aujourd'hui, la bibliothèque émerge d'un projet citoyen pour devenir un bien commun. On assiste à une horizontalité des rapports tels qu'Oldenburg les définissait. La bibliothèque devient un laboratoire technologique et social où l'on crée et innove. En tant que tiers lieu, elle participe à la régénération sociale en donnant la capacité à chacun d'exercer ses droits. Elle assume donc pleinement son rôle politique dans sa communauté.

Quelques aspects de la bibliothèque lieu L'espace communautaire et démocratique, comme l'appropriation du lieu, les activités ludiques, l'accessibilité, les services d'inclusion, le multiculturalisme, la formation technologique et la performance environnementale sont des compléments essentiels aux services des bibliothèques publiques, car ils contribuent à améliorer l'expérience client du visiteur et l'amènent graduellement à penser et utiliser la bibliothèque comme un lieu.

Un espace communautaire et démocratique C'est avec une volonté politique d'inclusion de la société dans son ensemble et plus particulièrement des communautés marginalisées que la bibliothèque troisième lieu met en place plus qu'une structure de consultation, mais plutôt une organisation en cocréation où employés et membres de la communauté élaborent, organisent et évaluent les différents services proposés par la bibliothèque. Cette bibliothèque communautaire au Canada est présentée dans La trousse d'outils pour des bibliothèques à l'écoute de la communauté.). Dans cette volonté d'inclusion, c'est l'idée d'une justice sociale telle que présentée par Gregory Lua qui est touchée. Dans la même logique, Kathleen de la Peña McCook propose que dorénavant la bibliothèque du s'articule autour des droits humains afin de soutenir chacun dans leurs capacités à prendre des décisions. La bibliothèque est le seul endroit au sein des communautés où les personnes peuvent accéder à l'information afin d'améliorer leur éducation, développer de nouvelles compétences. En outre, c'est le lieu d'apprentissage d'aptitude sociale et de valeurs communautaires. En plus d'être un milieu culturel, elle est un milieu de vie dans lequel l'on se sent comme chez soi (à la maison). Une bibliothèque où on a envie d'y aller et surtout nous permettant de faire profiter du temps libre. C'est l'exemple de la communauté estudiantine de l'Université de Copenhague qui préserve la bibliothèque par rapport à d'autres espaces qu'elle fréquente. Cet espace communautaire facilite et promeut des interactions plus créatives et plus nombreuses.

Un lieu de rencontre que les citoyens s'approprient