Euskadiko Ezkerra (La Gauche du Pays basque en basque) était une coalition puis un parti politique nationaliste et de gauche du Pays basque et de Navarre, qui finit par fusionner avec la fédération basque du PSOE en 1993 afin de constituer le Parti socialiste d'Euskadi-Euskadiko Ezkerra (PSE-EE).

Histoire

En tant que coalition ou candidature électorale

Origines de la coalition Euskadiko Ezkerra était, à l'origine, une candidature créée en 1977 à partir de la plateforme Euskal Erakunde Herritarra (EEH) qui regroupait diverses organisations de gauche, tant abertzales que présentes dans tout l'État espagnol, et qui revendiquait le rétablissement du Statut d'autonomie du Pays basque et l'exercice du droit à l'autodétermination.. Cependant, parmi ces organisations, seules Euskal Iraultzarako Alderdia (EIA) et Euskadiko Mugimendu Komunista (EMK) formèrent une coalition pour participer aux élections générales de juin 1977 dans les circonscriptions de Bizkaia, Guipuscoa et Alava, tandis que Unión Navarra de Izquierdas (UNAI), une coalition alliée, présentait une liste dans la circonscription de Navarre.

La proposition de créer cette coalition provenait de EMK - parti politique provenant de ETA Berri, une scission ouvriériste et non-nationaliste de ETA en 1966 - qui souhaitait éviter que la division de la gauche révolutionnaire lors des élections la conduise à la marginalité. De son côté, EIA - créé par une décision de la VII Assemblée de ETA politico-militaire, célébrée en , comme stratégie de déploiement de l'organisation armée - considérait que la dictature franquiste s'était convertie en une démocratie parlementaire bourgeoise et voyait dans la participation aux élections une opportunité stratégique pour la gauche indépendantiste basque. Au sein de Euskal Herriko Alderdi Sozialista (EHAS) - qui était membre de EHH à l'origine et le parti de la Koordinadora Abertzale Sozialista (KAS) le plus proche de ETA Militaire -, il y eut un large débat sur la participation à la coalition proposée par EMK et EIA mais, à la suite des tragiques événements de la Semaine pro-amnistie de mai 1977 qui eut lieu un mois avant les élections, EHAS retira ses candidats et fit campagne pour l'abstention lors de ces élections...

Finalement, en plus de EIA et EMK, la coalition compta aussi avec l'appui d'Euskal Komunistak (EK)., un petit groupe issu de l'Opposition de gauche du PCE (OPI) , récemment détaché du Parti communiste d'Euskadi (PCE-EPK) et qui faisait également partie de la plateforme EEH.. De cette manière, Euskadiko Ezkerra se constitua en tant que coalition transversale de gauche réunissant des nationalistes et des non-nationalistes autour des objectifs suivants : statut d'autonomie, droit à l'autodétermination, bilinguisme, dissolution des forces de l'ordre franquistes et mise en marche d'un programme économique contre les monopoles..

La campagne de boycott initiées par KAS fonctionna surtout en Guipuscoa et Biscaye, avec des taux d'abstention de respectivement 23,33 % et 23,62 %, légèrement supérieurs à la moyenne espagnole (21,17 %). Dans les trois provinces d'Euskadi, le Parti nationaliste basque () et le Parti socialiste ouvrier espagnol () furent les grands vainqueurs. Euskadiko Ezkerra obtint , soit 6,07 % des suffrages. De leur côté, ni le Parti Communiste Espagnol (PCE-EPK) avec , ni le (ESB-PSV) avec , ni Action Nationaliste Basque (ANV) avec n'obtinrent une représentation. En Navarre, UNAI obtint , à quelques centaines de votes d'obtenir un siège de député.

La liste d'Euskadiko Ezkerra obtint un siège au Congrès des Députés pour Francisco Letamendia (qui démissionnera avant la fin de la législature pour rejoindre Herri Batasuna, étant remplacé par Patxi Iturrioz, de EMK) et un siège au Sénat pour Juan María Bandrés ; ces deux sièges étant obtenus dans la circonscription de Gipuzkoa. Les deux élus, qui furent avocats lors du Procès de Burgos en 1970, visitèrent les tombes des derniers militants de ETA Politico-Militaire fusillés par la dictature franquiste afin de promettre « de continuer à lutter jusqu'aux conséquences ultimes pour les mêmes objectifs pour lesquels ils étaient morts»..

Premières scissions et incorporations Le poids de la campagne électorale d'Euskadiko Ezkerra (EE) a été principalement assumé par EMK, grâce à la capacité de travail de ses militants, son organisation et son infrastructure. EIA, qui n'avait pas les mêmes avantages, profitait de son côté d'une popularité héritée d'ETA qui lui permettait de « prendre des voix ». Les relativement bons résultats obtenus aux élections furent salués par ETA politico-militaire, qui les considérait comme les siens, et la direction de EIA se considérait légitime pour imposer son hégémonie à la coalition, marginalisant les autres composantes.. Dès le début, il y eut ainsi des frictions entre EIA et EMK, le second accusant le premier d'agir comme s'il était le seul porte-parole d'Euskadiko Ezkerra., ce à quoi il faut ajouter le refus d'EIA, malgré les pressions d'EMK, de condamner la violence pratiquée par son bras armé..

Malgré le fait qu'il ait été l'un des partis nationalistes basques à participer à la Mesa de Alsasua, Euskal Iraultzarako Alderdia (EIA) refuse de participer à la création de Herri Batasuna (HB) et accepte le régime pré-autonomique, situé en deçà des revendications d’auto-gouvernement du nationalisme basque et séparant administrativement la Navarre et le Pays basque. Conséquence de cette décision, beaucoup de militants de Euskadiko Ezkerra (y compris des candidats importants aux élections comme Pedro Solabarria, Felix Egia, Francisco Letamendia et Iñaki Esnaola) quittèrent la coalition pour rejoindre Herri Batasuna.

Dans le même temps, Euskadiko Ezkerra reçoit le soutien de l'éphémère « ANV Historique », une scission d'Action Nationaliste Basque (ANV) dirigée par Gonzalo Nárdiz et opposée à l'intégration d'ANV au sein d'Herri Batasuna.

En , la section basque de l'Organisation de Gauche Communiste (OIC) - qui était déjà membre de la coalition navarraise UNAI - rejoint Euskadiko Ezkerra avec le soutien de Euskadiko Mugimendu Komunista (EMK). Dès le mois suivant, ces deux formations (OIC et EMK), ainsi que Euskal Komunistak., abandonnèrent EE en raison de leur désaccord avec la nomination de au conseil général basque en tant que Conseiller des Transports avec le vote favorable du Parti nationaliste basque (PNV). Ces trois organisations considèrent désormais que la coalition n'existe plus..

En , un groupe d'intellectuels jusqu'alors membres de Herri Alderdi Sozialista Iraultzailea (HASI), regroupés au sein de l'Euskal Kidego Iraultzaile Abertzalea (EKIA), rejoint EE, provoquant les protestations de EMK et OIC. L'Organisation Révolutionnaire des Travailleurs (ORT) protesta également, avançant qu'ils avaient également demandé leur intégration à la coalition et que cette pétition fut refusée malgré le soutien d'EMK et le respect de la condition - imposée par Mario Onaindia selon l'ORT - d'être « un parti révolutionnaire avec lequel il est possible de collaborer dans un moment défini ».

En novembre, après la démission de Letamendia en tant que député du Congrès, Bandrés demanda, à l'initiative d'EIA, l'enregistrement d'Euskadiko Ezkerra en tant que parti politique., étendant son champ d'action à la Navarre et rompant les liens, de fait, avec la coalition UNAI. En tant que parti, EE souhaitait « l'obtention d'un large statut d'autonomie pour le Pays basque, une communauté socialiste de peuples souverains dans laquelle s'articuleraient les nationalités ainsi que le développement de la culture basque dans tout Euskal Herria ».. Au cours de la campagne du référendum visant à adopter la Constitution espagnole, en , EE fit campagne pour le « Non » car le texte ne parlait pas de droit à l'autodétermination.

Lors des élections au Parlement de Navarre d'avril 1979, Euzkadi Ezkerra se présenta au sein de la coalition Nationalistes Basques (avec le Parti nationaliste basque, Euskal Sozialistak Elkartzeko Indarra et le Parti du Travail d'Espagne) dans la zone de Pampelune et au sein des Regroupements Electoraux des mérindades (avec Herri Batasuna et Euskadiko Mugimendu Komunista) dans les zones de la Estella, de Sangüesa et d'Olite. Pour autant, sa représentation électorale resta faible en Navarre et ce sera seulement lors des élections de 1987 qu'Euskadiko Ezkerra obtiendra un élu.

En , de nouvelles élections générales eurent lieu où Euskadiko Ezkerra se présenta une nouvelle fois, sans le soutien d'EMK. De plus, une autre coalition de la gauche indépendantiste basque se présentait, considérée comme proche d'ETA militaire, Herri Batasuna. Cette dernière candidature regroupait des formations politiques ayant appelé au boycott en 1977, des candidats indépendants à cette même élection mais aussi d'anciens candidats d'EE, notamment Francisco Letamendia. Si les résultats électoraux confortèrent le poids politique d'EE, avec plus de et un député, Herri Batasuna remporta la confrontation interne à l'indépendantisme basque en obtenant deux fois plus de voix et deux députés supplémentaires. vignette|Adolfo Suárez, président du Gouvernement espagnol, réuni avec les dirigeants d'EE Mario Onaindia et Juan María Bandrés en décembre 1980. En , Euskadiko Ezkerra se déclara en faveur du Statut d'autonomie du Pays basque, tout comme l'organisation ETA politico-militaire qui, par deux fois, interrompit les programmes de TVE afin de solliciter le « Oui » au référendum.. À partir de là, la défense du statut autonomique récemment adopté sera l'une des principales revendications d'EE.. Cela, en parallèle de la stagnation d'EIA (parti organisé selon le modèle de la Troisième Internationale qu'il abandonnera progressivement) et de l'augmentation de l'influence et de la renommée électorale d'Euskadiko Ezkerra, provoqua, en , la dissolution d'EIA et son intégration totale au sein d'Euskadiko Ezkerra..

En tant que parti politique

Refondation en tant que parti politique En , en union avec le secteur majoritaire du Parti Communiste d'Euskadi (PCE-EPK), dirigé par son secrétaire général , se constitua un nouveau parti politique nommé Euskadiko Ezkerra-Izquierda para el Socialismo (EE-IPS, Gauche basque-Gauche pour le Socialisme), même si le plus fréquemment seul le nom Euskadiko Ezkerra était utilisé. Ainsi, la formation abandonna définitivement sa définition explicitement nationaliste basque pour se définir comme ..

À cette nouvelle EE s'ajouta également le "Collectif ESEI", un groupe d'anciens militants d'Euskal Sozialistak Elkartzeko Indarra (ESEI), parti qui avait pris la décision, quelques mois plus tôt, de se dissoudre en raison de l'absence d'espace électoral. ainsi que d'anciens militants d'Euskadiko Mugimendu Komunista (EMK), de la Liga Komunista Iraultzailea (LKI) et du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE-PSE)..

Le premier comité central ("Biltzar Tappia") regroupait en son sein les différentes tendances : d'Aketegi, venant du PCE-EPK, 33 de la Nouvelle Gauche et 2 indépendants.. Son secrétaire général était Mario Onaindia, qui dirigeait la tendance Aketegi, majoritaire au sein d'EIA et sur la même ligne que la tendance menée par Roberto Lertxundi de construire des alliances entre les forces de la gauche basque, dépassant les divisions entre nationalistes et non-nationalistes, d'un côté, ainsi qu'entre socialistes et communistes, de l'autre côté. Juan María Bandrés fut élu président., renouvelant son mandat lors des congrès suivants.