Mary Martha Sherwood est une romancière et auteure de littérature d'enfance et de jeunesse britannique, née le à Stanford-on-Teme et morte le à Twickenham.
Ses premières œuvres sont caractérisées par une forte influence de l'évangélisme chrétien ; les dernières histoires qu'elle publie sont en outre marquées par des thèmes chers de l'époque victorienne comme la domesticité. Elle a écrit plus de , tracts, articles de revues et chapbooks. Parmi ses livres les plus connus figurent (1814), (1822-1837) et (1818-1847). Elle épouse son cousin, le capitaine Henry Sherwood, et déménage en Inde, où elle se convertit au christianisme évangélique et commence à écrire des contes pour enfants. Alors qu'elle destine au début ses livres aux enfants des camps militaires d'Inde, ses histoires suscitent très vite un intérêt enthousiaste de la part des lecteurs britanniques. Après une décennie en Inde, elle retourne en Angleterre où, s'appuyant sur le succès de ses livres, elle ouvre un internat et publie des dizaines de textes destinés aux enfants et aux plus démunis. Ayant eu beaucoup de succès d'édition, elle est souvent décrite par ses lecteurs comme « l'un des auteurs les plus importants de la littérature pour enfants du ». Sa vision de la domesticité dans la relation entre la Grande-Bretagne et l'Inde a contribué à façonner les opinions de nombreux jeunes lecteurs britanniques de son époque sur la question de la colonisation de l'Inde.
À la suite de l'apparition vers la fin du d'un nouveau genre de littérature pour enfants, dont Les Aventures d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, la popularité de ses œuvres commence à décliner. Elle passe ses derniers jours à Twickenham, ville actuellement située dans le sud-ouest du Grand Londres, où elle meurt le à l'âge de .
Biographie Enfance et jeunesse Fille aînée du révérend George Butt, aumônier de , et de sa femme Martha, Mary Martha Sherwood est, dès sa tendre enfance, isolée par ses parents du monde extérieur afin d'être protégée du « vice de l'humanité ». Elle se décrit comme une enfant enjouée et dotée d'une imagination débordante. En effet, dès son plus jeune âge, elle commence à inventer des petites histoires et demande à sa mère de les mettre sur papier. Elle décrit son enfance comme une période de bonheur marquée par une certaine complicité avec son frère, avec lequel elle passe des heures à lire Robinson Crusoé, (de Sarah Fielding) et les fables d'Ésope. Même le carcan qu'elle portait pendant les cours lui évoque des souvenirs heureux : Fait rare pour une jeune fille de la fin du , l'éducation de Mary Martha et de sa sœur Lucy Lyttelton est riche et très variée : elles sont autorisées à apprendre le latin et le grec et à consulter librement la bibliothèque de leur père.
Mary Martha Sherwood déclare dans son autobiographie qu'elle était grande et disgracieuse pour son âge, ce qui l'oblige souvent à se cacher dans les bois avec sa poupée afin de fuir le regard gênant des inconnus. Elle aime toutefois assister au cours de madame Saint-Quentin à l'école pour jeunes filles de l'abbaye de Reading, qui est dirigée par des émigrés français. Elle semble donc avoir eu une enfance généralement heureuse, entachée seulement par le déclenchement de la Révolution française et les bouleversements qui en ont résulté dans toute l'Europe.
alt=Vue de loin d'une petite ville nichée au milieu d'une forêt.|gauche|vignette|Après la mort de son père, Mary Martha Sherwood s'installe avec sa famille à Bridgnorth, où elle commence à écrire des romans sentimentaux.
Elle passe une partie de son adolescence à Lichfield, où elle côtoie le naturaliste Erasmus Darwin, l'écrivain et inventeur Richard Lovell Edgeworth, ainsi que la fille de ce dernier, Maria Edgeworth mais aussi la poétesse Anna Seward. Bien qu'elle soit impressionnée par les dispositions intellectuelles de ces écrivains, elle se sent indignée par leur manque de foi et considère même Richard Edgeworth comme « infidèle ». Elle critique également la personnalité et le mode de vie extravagant de Seward, affirmant qu'une femme portant perruque et sujette aux compliments d'hommes inconnus est à ses yeux tout le contraire d'une femme modèle. Malgré la crainte de ce qu'elle appelle « les pièges de la gloire », elle est déterminée à exercer le métier d'écrivain. Alors qu'elle a dix-sept ans, son père l'encourage à écrire et l'aide même à publier son premier récit, intitulé Traditions (1795).
Son père meurt le , après quoi sa famille se retire de la vie sociale active et déménage à Bridgnorth, dans le Shropshire. C'est dans cette ville qu'elle commence à rédiger des romans sentimentaux et, en 1802, elle termine l'écriture de , qu'elle vend pour et , roman similaire à Paméla ou la Vertu récompensée, pour . Entre-temps, elle enseigne dans l'École du dimanche locale.
Mariage et séjour en Inde alt=Page de couverture d'un ouvrage datant du .|vignette|upright=0.8|Couverture de la septième édition de The History of Little Henry and his Bearer.
Le , elle épouse son cousin, le capitaine Henry Sherwood (le mariage consanguin est une pratique courante avant le .). Pendant plusieurs années, elle accompagne son mari durant ses nombreuses affectations à travers toute la Grande-Bretagne. En 1804, ce dernier est promu (équivalent du trésorier), ce qui améliore légèrement la situation financière du couple. En 1805, le régiment du capitaine reçoit l'ordre de se rendre en Inde ; Mary Martha Sherwood et son mari sont alors obligés de laisser leur premier enfant, Mary Henrietta, ainsi que la mère et la sœur de l'écrivaine en Angleterre.
Le voyage vers l'Inde, qui dure quatre mois, est très éprouvant pour Mary Martha Sherwood : le navire du régiment est attaqué par des navires de guerre français et elle-même tombe enceinte pendant le voyage. Installés en Inde, ils déménagent au fil des déplacements de l'armée et habitent d'abord à Calcutta, puis à Danapur, ensuite à Baharampur, Kanpur et enfin à Meerut (Meerut). Durant leur séjour de onze ans, ils ont six enfants : Henry (1805-1807), Lucy Martha (1807-1808), Lucy Elizabeth (1809-1835), Emily (1811-1833), Henry Martyn (1813-?) et Sophia (1815-?). La mort en bas âge d'Henry et Lucy Martha, puis plus tard d'Emily et Lucy Elizabeth, l'affecte profondément, et elle prête souvent leurs noms aux héros et héroïnes de ses livres (dont la plupart meurent à la fin de l'histoire)...
Après la mort de son deuxième enfant Henry, victime de la coqueluche, elle commence à envisager de se convertir au christianisme évangélique. Elle se laisse d'abord persuader par le missionnaire Henry Martyn, mais c'est un aumônier appelé Parson qui lui fait prendre conscience de sa « dépravation » et de son besoin de rédemption. Bien plus tard après sa conversion, elle est impatiente d'entamer une évangélisation à travers l'Inde, mais décide d'abord de convaincre la Compagnie britannique des Indes orientales de l'inefficacité de la politique de neutralité religieuse qui y est établie. Grâce aux soutiens sociaux et politiques venant de Londres, la Compagnie se décide finalement à l'écouter. Elle obtient ensuite l'autorisation d'enseigner aussi bien aux enfants des officiers de l'armée qu'aux enfants indiens. Ils sont souvent scolarisés à la maison, car aucun bâtiment n'est disponible pour servir de salle de classe. La toute première classe débute avec et se développe pour atteindre plus de , allant du tout petit jusqu'à l'adolescent. Quelques soldats participent également aux cours. Lorsqu'elle constate que le matériel d'enseignement britannique ne correspond pas aux enfants élevés en Inde, elle décide d'écrire des livres d'histoire sur l'Inde et sur l'armée, comme (1814) et (1815).
Elle adopte également des enfants abandonnés et des orphelins. En 1807, elle adopte Annie Child, fillette de trois ans à qui on a administré une dose excessive de gin médicinal, puis, en 1808, Sally Pownal, âgée de deux ans et victime de malnutrition. Elle place dans un foyer d'accueil les enfants qu'elle ne peut adopter, mais très vite elle décide d'ouvrir un orphelinat afin de mieux s'en occuper. En 1816, sur les conseils de ses médecins, elle retourne en Grande-Bretagne avec sa famille. Dans son autobiographie, elle affirme avoir été constamment malade pendant ses séjours en Inde, ce qui la convainc que ni elle ni aucun de ses enfants ne peuvent survivre dans un climat tropical.
Retour en Grande-Bretagne et décès À leur retour en Grande-Bretagne, et sa famille sont presque ruinés. Cependant, elle profite de sa renommée en tant qu'écrivaine et ses expériences dans l'enseignement pour ouvrir un internat pour jeunes filles à Wick, dans le Worcestershire. De son côté, son mari ouvre une école à Henwick, après avoir reçu son salaire d'officier. L'internat reste en activité pendant huit ans. Elle y enseigne l'anglais, le français, l'astronomie, l'histoire, la géographie, la grammaire et l'arithmétique. Durant ses temps libres, elle écrit des centaines de tracts, romans et autres œuvres destinées aux enfants et aux pauvres, augmentant ainsi sa popularité aux États-Unis et dans le reste de la Grande-Bretagne. (1822), un de ses livres les plus connus, est tellement populaire qu'elle reçoit une centaine de lettres qui la supplient d'écrire une suite (des lecteurs lui adressent même des stylos à plume personnalisés pour le faire). Pendant cette période, des parents vont jusqu'à donner à leurs nouveau-nés les noms des héros de ce livre. Elle publie une grande partie de ses récits dans , périodique pour enfants qu'elle édite pendant plus de deux décennies.
alt=Paysage en noir et blanc qui représente la ville anglaise de Twickenham.|gauche|vignette|Sherwood passe les dernières années de sa vie à Twickenham, où elle écrit ses dernières œuvres avec sa fille Sophia.
Durant les années 1830, Mary Martha Sherwood et sa famille mènent un train de vie plus prospère et décident de se rendre en Europe. Les textes qu'elle écrit à la suite de ce voyage reflètent une influence particulière de la culture française. Elle se lance également dans un vaste et complexe projet d'étude sur l'Ancien Testament, pour lequel elle apprend l'hébreu. Son mari contribue à ses recherches en réunissant, pendant presque dix ans, des concordances hébreu-anglais. Malheureusement, l'autobiographie de la romancière fournit peu de détails sur les quarante dernières années de sa vie. Certaines sources indiquent néanmoins que même à , elle parvient à écrire pendant quatre à cinq heures par jour. Durant ses dernières années, elle écrit la plupart de ses livres en collaboration avec sa fille Sophia. Selon Cutt, spécialiste des œuvres de Mary Martha Sherwood, cette « association » a engendré une « sentimentalité larmoyante » peu familière aux œuvres antérieures de l'écrivaine, mais aussi une plus grande insistance sur les questions de classe.
En 1849, les Sherwood s'installent à Twickenham, dans le Middlesex. Henry Sherwood décède en décembre de la même année. Mary Martha Sherwood meurt près de deux ans plus tard, le .
Carrière Selon Margaret Nancy Cutt, la carrière de Mary Martha Sherwood se divise en trois périodes distinctes : une période romantique (1795-1805), au cours de laquelle elle écrit quelques romans sentimentaux, suivie d'une période influencée par l'évangélisme chrétien (1810-1830), caractérisée par des œuvres plus populaires, et enfin une période largement dominée par des thèmes relatifs à l'époque victorienne (vers 1830-1851). Plusieurs thèmes sous-jacents imprègnent la plupart de ses œuvres tout au long de ces trois périodes, à savoir sa « conviction de la corruption inhérente de l'humanité », sa « croyance à l'utilité catéchétique de la littérature pour toutes les couches de la société », mais également sa croyance selon laquelle « la dynamique de l'harmonie familiale devrait refléter les principes fondamentaux du christianisme » et surtout son anticatholicisme virulent.
Début de carrière : romans sentimentaux