La ductopénie est un état pathologique, éventuellement mortel, caractérisé par une raréfaction voire une disparition (atrésie) totale de certains canaux ( canaux biliaires interlobulaires) dans un organe.
Description
Chez de très nombreux organismes animaux évolués, un organe sécrète un suc digestif (la bile) via des cellules spécialisées (hépatocytes). La bile est d'abord excrétée dans un canalicule biliaire directement entouré d'hépatocytes, qui l'évacue lui-même vers un réseau de canaux biliaires dits « canaux interlobulaires de l'espace porte » constitués de cholangioles ou ductules, minuscules canaux formés à leurs débuts par des cellules épithéliales biliaires. Dans le système hépatobiliaire on déclare une ductopénie (ou atrésie des voies biliaires intrahépatiques) quand au moins 50 % des espaces portes ne comportent pas ou plus de voies biliaires. Elles sont alors absentes et remplacées par des agrégats lymphoïdes ou parfois il n'y a aucune trace détectable de leur existence antérieureReview by an international group (1983) Histopathologyof the intrahepatic biliary tree. Liver ;3:161-75. Harrison RF & Hubscher SG (1991) The spectrum of bileduct lesions in end-stage primary sclerosing cholangitis. Histopathology;19:321-7. .
Chez l’enfant la ductopénie peut être congénitale et/ou accompagnée d'autres malformations (cardiaques, rachidiennes...) ou au contraire être isolée, et avoir la même étiologie (causes) que l'adulte (voir plus bas).
Diagnostic Le diagnostic est histologique.
L'évaluation de la gravité d'une ductopénie se fait au vu du rapport du nombre des canaux biliaires par rapport au nombre des espaces portes. Divers auteurs jugent comme significatif un rapport inférieur à 0,5. Ce rapport devrait être égal à 1 (0,8-1,5) et il peut devenir nul dans la forme extrême dite Atrésie des voies biliaires.
On parle de ductopénie à partir du moment où au moins 50 % des espaces portes ne comportent pas de voies biliaires.
Étiologie Des causes variées sont décrites par la littérature médicaleZafrani ES & Degott C. (1995) Maladies non tumoralesdes voies biliaires intrahépatiques de l'adulte. Ann Pathol ;15:348-56.Roberts SK, Ludwig J & LaRusso NF (1997) Thepathobiology of biliary epithelia. Gastroenterology ;112:269-79. : Atrésie congénitale (d'origine génétique, dysimmunitaire et/ou toxique) ; l'atrésie des voies biliaires du nouveau-né touche un bébé sur 20 000 et est la 1ère cause d'ictère obstructive ; Causes immune/auto-immunes (cirrhose biliaire primitive, qui est la cause la plus commune de ductopénie, cause touchant beaucoup plus les femmes que les hommes)<ref>Brenard R, Degos F, Degott C, Lassoued K & BenhamouJP (1990) « La cirrhose biliaire primitive: modes actuels de présentation.Etude clinique, biochimique, immunologique et histologique de 206 maladesobservés de 1978 à 1988 » Gastroenterol Clin Biol ;14:307-12. </ref> ; maladie du greffon contre l'hôte, avec par exemple échec d'une greffe de foie, sarcoïdose ; Lymphome hodgkinien ou Lymphome non-hodgkinien ; causes infectieuses : infection par le Cytomégalovirus humain ou par le HIV (SIDA) ; Toxicité médicamenteuse, avec par exemple une intoxication par le déthiabendazole ou parfois par un médicament courant comme l'ibuprofène…
Traitements Les traitements varient selon la cause et la sévérité de la ductopénie.
Une ductopénie sévère justifie une greffe de foieSKANDRANI, K., RICHARDET, J. P., DUVOUX, C., CHERQUI, D., ZAFRANI, E. S., & DHUMEAUX, D. (1997). Transplantation hépatique pour ductopénie sévère associée à la prise dethiabendazole. Gastroentérologie clinique et biologique, 21(8-9), 623.. La possibilité d'une récidive de la maladie dans le foie greffé a été discutée dans les années 1990Van Thiel DH (1987) Gavaler JS. Recurrent disease inpatients with liver transplantation: when does it occur and how can we besure ? Hepatology ;7:181-3Polson RJ, Portmann B, Neuberger J, Calne RY & Williams R (1989). Evidence for disease recurrence after liver transplantation for primarybiliary cirrhosis. Clinical and histologic follow-up studies. Gastroenterology;97:715-25.Balan V, Batts KP, Porayko MK, Krom RAF, LudwigJ & Wiesner RH (1993) Histological evidence for recurrence of primary biliary cirrhosisafter liver transplantation. Hepatology ;18:1392-8Gouw ASH, Haagsma EB, Manns M, Klompmaker IJ, SlooffMJH & Gerber MA (1994) Is there recurrence of primary biliary cirrhosis after livertransplantation ? A clinicopathologic study in long-term survivors.J Hepatol ;20:500-7.
Concernant la cirrhose biliaire primitive, ses symptômes ont longtemps été attribués exclusivement à ces causes immunologiques ou autoimmunes qui ont justifié des traitements immunosuppresseurs et anti-inflammatoires (corticoïdes, azathioprine, D-pénicillamine, chlorambucil, méthotrexate, colchicine, ciclosporine...) en réalité inefficaces ; aucune étude contrôlée n'a pu prouver une amélioration significative de l'évolution clinique ou histopathologiqueBerg CL & Gollan JL (1992). Primary biliary cirrhosis:new therapeutic directions. Scand J GastroenterolPoupon RE, Balkau B, Eschwège E, PouponR, and the UDCA-PBC study group (1991). A multicenter, controlled trial of ursodiolfor the treatment of primary biliary cirrhosis. N Engl J Med ;324:1548-54.(Suppl 192):43-9Poupon R (1994) La cirrhose biliaire primitive. Agression immunologique et agression par les acides biliaires. Rev Prat (Paris) ;44:1325-8. On a ensuite supposé que ces lésions hépatiques résultaient (au moins partiellement) d'effets secondaires toxiques (ex : accumulation intracellulaire d'acides biliaires endogènes toxiques). Des médicaments tels que l'acide ursodésoxycholique (un acide biliaire sans toxicité hépatocytaire ont ensuite pu diminuer le taux d'acides biliaires toxiques circulants tout en inhibant l'expression des molécules HLA de classe 1 à la surface des hépatocytes au profit d'une diminution des nécroses hépatocytaires induites par les lymphocytes T et donc d'un guérison des lésionsCalmus Y, Gane P, Rouger P & Poupon R (1990). Hepatic expressionof class and class major histocompatibility complex molecules in primarybiliary cirrhosis: effect of ursodeoxycholic acid. Hepatology ;11:12-5. . Deux ans de traitement améliorent la situation de nombreux malades en diminuant notamment le titre des anticorps anti-mitochondrie et divers signes histologiques dont la ductopénie, mais aussi . Par contre la fibrose ne régresse pas significativement sous l'effet de ces médicaments.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes
Gastroentérologie Vésicule biliaire voies biliaires bile Cholangite Maladie auto-immune Atrésie biliaire Immunologie des greffes Rejet de greffe
Bibliographie Elie Serge ZAFRANI, Jeanne TRAN VAN NHIEU, Georgios GERMANIDIS, Philippe MAVIER(1998) Cholangiopathies auto-immunes'' ; Gastroentérologie Clinique et Biologique Vol 22, N° 1 février |p. 43 Doi : GCB-02-1998-22-1-0399-8320-101019-ART80
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