Izmir, traditionnellement appelée Smyrne (en turc ; en , ), est une ville de Turquie, située sur la mer Égée près du golfe d'Izmir. C'est le deuxième port du pays (après Istanbul) et la troisième agglomération turque par le nombre d’habitants ( habitants en 2021.). Ses habitants sont les Smyrniotes ( en turc).

Histoire Origines İzmir est la forme turque moderne du nom Smyrne, ville connue depuis l'Antiquité (comme İznik pour Nicée). La forme Smyrne a été longtemps préférée en français à la forme turque francisée Izmir, qui ne s'est imposée qu'au . Aucun gentilé formé sur Izmir n'est signalé, à l'exception des noms de famille algériens et tunisiens Zmir, Zemirli, Zmirli ou ZermirlineAnna Parzymies Anthroponymie algérienne : noms de famille modernes d'origine turque Éditions scientifiques de Pologne, 1985 ..

Smyrne fut fondée vers par les Lélèges sur le site appelé aujourd'hui Tepekule (« butte de la tour »), près de l'actuelle Bayraklı. Selon la légende, son nom proviendrait de celui d'une reine amazone. Entre et , elle fit partie du royaume hittite puis, à la suite de l'effondrement de l'État hittite face aux attaques des Phrygiens, elle devint une cité éolienne au

Selon HérodoteHérodote I, CL, les Éoliens perdirent Smyrne à cause d'une imprudence de ses habitants. Ces derniers, après avoir accordé l'asile à des Ioniens qui fuyaient Colophon à la suite d'une sédition manquée, ne tardèrent pas à organiser une fête à l'extérieur de la ville en l'honneur de Dionysos. Les Smyrniotes éoliens ayant quitté leur ville pour rejoindre la fête, les Ioniens fermèrent les portes de la cité et s'en emparèrent.

De l'indépendance à la conquête par Rome vignette|redresse|gauche|Agora de Smyrne. vignette|redresse|Agora de Smyrne.

La première Smyrne vécut son apogée durant la période ionienne. Elle fut envahie en par le roi de Lydie , puis par les Perses en Affaiblie, la cité n'eut plus de rôle important durant la période classique ().

Selon la légende, c'est Alexandre le Grand qui décida de restaurer la cité. Mais ce sont plus probablement ses successeurs (Antigone le Borgne, puis Lysimaque) qui reconstruisirent la cité au sur un plan hippodamien, après la mort d'Alexandre. En , elle passa sous la domination de Lysimaque, ancien général d'Alexandre le Grand, après sa victoire sur Antigone le Borgne. À Lysimaque succéda la domination des Séleucides puis, pour une courte période, celle du royaume de Pergame (fin du ‑début du ). Les Séleucides tentèrent de reprendre le contrôle de l'Ionie où se situait Smyrne. Smyrne se battit aux côtés des Attalides de Pergame et de Rome. En - , les Séleucides furent chassés d'Ionie et de l'Asie Mineure. Smyrne reçut des territoires pour avoir combattu aux côtés de Rome. Son engagement lui permit de bénéficier d'une indépendance protégée par la cité romaine. La ville reçut plusieurs hommes politiques romains en exil.

De à , Smyrne, comme la plupart des cités d'Asie Mineure, soutint le roi du Pont ( Eupator) dans sa guerre contre Rome. Sylla, général romain, entreprit la conquête de l'Asie Mineure. Il prit Smyrne et obligea chacun des habitants de la cité à défiler nu en plein hiver. Lors de la paix de Dardanos (), qui conclut la guerre entre Rome et Mithridate VI, Smyrne, comme la majorité des cités libres d'Asie et d'Égée, entra alors dans la province romaine d'Asie.

Dans l'Antiquité, Smyrne était une cité prospère aux multiples communautés : grecs polythéistes, adeptes des cultes à mystères ou chrétiens, romains, juifs helléniques, arméniens… Artistiquement, elle est connue pour ses grotesques : des figurines en terre cuite dont la particularité est d'exagérer un défaut physique lié souvent à la maladie. Il semble que ces représentations n'étaient pas seulement des objets artistiques ou de divertissement, mais aussi des amulettes ou des ex-voto. Smyrne possédait une école de médecine où séjourna le médecin Galien. Il est probable que certaines de ces sculptures servaient à illustrer des maladies comme l'hydrocèle (accumulation anormale de liquide ou de gaz dans un testicule). Une collection de ces objets est visible au musée du Louvre.

De la ville romaine ne sont connues que la zone de l'agora (ouverte au public) ainsi que l'emplacement du théâtre, lui aussi en cours de fouilles mais non visitable. La ville est la patrie du célèbre rhéteur Aelius Aristide, qui vécut au et a laissé une œuvre littéraire importante.

Christianisée dès le début de notre ère, Smyrne est citée dans la Bible comme l'une des sept Églises d'Asie. Il s'agit d'une citation du livre de l'ApocalypseLes sept Églises : Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie, et Laodicée. Voir l'. attribué à l'apôtre Jean qui aurait, d'après Tertullien, nommé le premier évêque de Smyrne : PolycarpeDe praescriptione haereticorum, 32.. Un passage de l'Apocalypse fait aussi allusion à des chrétiens emprisonnés et Jean les félicite de leur courage face à la persécution de Domitien..

Smyrne durant l'antiquité tardive et médiévale

Devenue une province de l'Empire romain d'Orient après la division de l'Empire romain en 395, elle fut envahie par les Goths en 440, puis par les Arabes en 695, mais resta et se releva dans le giron de l'Empire que, depuis le , nous appelons « byzantin ». De 1081 à 1097 elle tomba une première fois aux mains des Turcs Seldjoukides, fut traversée (et pillée) par les Croisés et par les Turcs en 1222 et rebâtie par Jean III Doukas Vatatzès qui édifia Pagos (aujourd'hui Kadifekale, la « citadelle de velours »).

En 1320 elle fut conquise une deuxième fois par les Turcs de Mehmed Bey, émir d'Aydın. Son fils Umur Bey perdit la citadelle du port (en turc Liman Kalesi) au profit des Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem le .. Jusqu'en 1402 les Croisés et les Turcs gardèrent leurs positions respectives, les Croisés dans la Citadelle du port et les Turcs dans la « citadelle de velours » (Kadifekale), jusqu'à ce que Tamerlan soit victorieux contre les Hospitaliers, et détruise la Citadelle du port en .

La Smyrne ottomane

En 1426, Smyrne fut conquise pour la troisième et dernière fois par les Turcs Ottomans. L'importance économique et culturelle de Smyrne s'accrut progressivement durant les où elle fit partie de l'Empire ottoman, dont elle fut l'une des cités les plus riches, et toujours aussi multiculturelle. Elle était par ailleurs le chef-lieu du sandjak (district) de Saghala et du vilayet (province) d'Aïdin. La ville est d'ailleurs le lieu de naissance de Sabbataï Tsevi (1626–1676), « messie » auto proclamé, qui provoqua une importante crise au sein de la communauté juive de l'Empire ottoman, dont une partie se convertit alors à l'Islam. Mais les chrétiens aussi furent nombreux à s'y convertir, ne fut-ce que pour échapper à la double-capitation du haraç, conforme à la loi islamique et à l'enlèvement de leurs garçons premiers-nés pour être élevés en janissaires : ce sont les « linobambakis ».

La ville fut l'une des plus importantes « échelles du Levant », mot qui provient du génois scala signifiant « escale ». Dans ces « échelles », des Occidentaux catholiques, notamment italiens et français, s'installèrent, protégés par les « capitulations »définition sur TLFI. : on les y appelait les « Francs » (« Frenkler », en turc) ou les « Levantins » (« Levantenler », en turc) et leur prestige était tel, que par conversion ou mariage des familles grecques ou arméniennes s'y intégrèrent, à l'exemple de la famille Balladur. Au point qu'au , Smyrne est appelée un « petit Paris » et que le port de Smyrne était réputé pour son caractère cosmopolite..

Le peintre Alexandre-Gabriel Decamps fut l'un des principaux artistes des scènes orientalistes, bien qu'il n'ait visité qu'une seule fois le Moyen-Orient, en 1828. Dans La Patrouille turque, neuf hommes d'une patrouille à pied accompagnent Cadji-Bey, le chef de la police, lors de sa tournée..

Le nouveau port (1870) est construit par l'entreprise Dussaud et les deux premières lignes de chemin de fer relient Smyrne à Kassaba et à Aïdin en 1856. Tout cela concourt à projeter la ville dans l'ère moderne, mais avec un paradoxe qui pèsera lourd en 1922 : alors qu'elle est une ville de l'Empire ottoman, les Turcs, majoritaires dans l'agglomération mais pauvres et exerçant les professions les plus pénibles, y sont relégués dans les villages de la périphérie et le quartier aux ruelles étroites et tortueuses de Kadifekale, tandis que les « Francs » et les Grecs, riches commerçants pour la plupart, occupent le front de mer et le centre-ville de style européen : le KonakGeorge Horton, The Blight of Asia: An Account of the Systematic Extermination of Christian Populations by Mohammedans and of the Culpability of Certain Great Powers; with the True Story of the Burning of Smyrna, Sterndale Classics & Taderon Press, Londres 2003, p. 96..

L'incendie de Smyrne

Attribuée à la Grèce après la Première Guerre mondiale lors du traité de Sèvres (non reconnu par le gouvernement d'Ankara), Smyrne est occupée par l'armée grecque à partir du . En ce jour, plus de deux mille soldats turcsMustafa Kemal invente la Turquie moderne, Paul Dumont, . sont tués à Smyrne et dans les environs. Après la débâcle grecque à l', la ville est reprise par les forces du gouvernement d'Ankara dirigées par Atatürk le , marquant la fin de la guerre d'indépendance turque.

Dans les dernières semaines de la guerre, les civils ottomans chrétiens, Grecs ou Arméniens, surtout de Ionie mais plus largement d'Anatolie, craignant les représailles turques à la suite des , affluent en masse à Smyrne : ils sont plus de le lorsque les troupes grecques évacuent la ville. Il ne reste plus alors dans le port que des navires étrangers (anglais, français, italiens et américains) qui recueillent en priorité leurs propres ressortissants et repoussent les barques des civils grecs ou arméniens qui tentent de les aborder. Les noyades se multiplient tandis que les premières troupes turques réinvestissent le le konak, après avoir été acclamées en libératrices par les musulmans en périphérie de la ville et à Kadifekale. Les exactions commencent : jusqu'au , la ville est livrée aux pillages, à la vindicte populaire et aux exécutions sommaires contre les populations chrétiennes accusées de . Le métropolite de Smyrne, Chrysostome de Smyrne, qui avait refusé de s'embarquer avec les derniers officiels grecs, est lynché sur la grande place, au vu des sentinelles françaises du consulat qui ont ordre de ne pas intervenir pour préserver la sécurité des ressortissants français. Les tentatives du consul américain Horton pour organiser l'évacuation sont désavouées par son gouvernement.

Le , un incendie éclate dans le quartier arménien. Il s'étend rapidement à tout le konak, alors que de nombreux biens se trouvaient toujours abandonnés sur place. En une semaine, il détruit presque tout le konak et y fait près de .Giles Milton : Le Paradis perdu : 1922, la destruction de Smyrne la tolérante, 2013, Éd. Libretto, .. L'origine de ce désastre reste inconnue et fortement disputée : les Grecs et les Arméniens en imputent la responsabilité aux pillards, tandis que les Turcs accusent les chrétiens de s'être livrés à une politique de terre brûlée pour empêcher que leurs biens n'échoient aux troupes kémalistes. Mais les témoignages, notamment celui de George Horton, affirment que le quartier arménien était gardé par les troupes kémalistes qui y interdisaient la libre circulation.