Le complot du , aussi appelé l'« opération Walkyrie », est une tentative d'assassinat visant Adolf Hitler, planifiée par des conjurés civils et militaires allemands souhaitant le renversement du régime nazi afin de pouvoir négocier la fin de la Seconde Guerre mondiale avec les puissances alliées.

La tentative d'assassinat et de putsch, qui fait suite à de nombreux projets antérieurs dont les premiers remontent à 1938, comprend deux étapes étroitement imbriquées : la première phase consiste en l’assassinat d’Adolf Hitler dans son quartier général de Prusse-Orientale, la seconde en la prise du pouvoir et la mise en place d’un nouveau régime, en détournant de son objectif un plan militaire d'urgence nationale prévu pour réprimer une insurrection.

La première phase du complot échoue : la bombe déposée par le colonel Claus von Stauffenberg dans une des salles de la Wolfsschanze explose, mais Hitler n'est que légèrement blessé. L’incertitude sur le sort de Hitler et l’impréparation des conjurés retardent en outre le lancement du coup d'État. Ce retard et l’annonce de la survie de Hitler permettent aux partisans du Führer de faire échouer le coup d'État, qui ne reçoit quasiment aucun soutien de la part de la population civile ou de l'immense majorité des militaires.

L’échec de la conjuration est suivi par une répression particulièrement féroce. Plusieurs dizaines de participants au complot sont jugés par le présidé par Roland Freisler et sont condamnés à mort. Cet échec accroît les rôles de Himmler, Bormann et Goebbels au sein du régime et renforce la méfiance de Hitler à l’égard du corps des officiers de la Wehrmacht, au profit de ceux de la Waffen-SS.

Contexte Tentatives antérieures

vignette|gauche|redresse=1.0|alt=Photographie en noir et blanc de principaux participants aux accords de Munich, au premier plan de gauche à droite Chamberlain, Daladier, Hitler, Mussolini et Ciano|Au premier plan, de gauche à droite : Chamberlain, Daladier, Hitler, Mussolini et Ciano lors des accords de Munich le .

Les premiers plans pour renverser Adolf Hitler sont échafaudés en août- au moment de la crise des Sudètes par un groupe de militaires et de civils, qui approuve le projet de dépeçage de la Tchécoslovaquie, mais estime que Hitler prend des risques inconsidérés. Font partie des comploteurs issus des forces armées, le chef d’état-major adjoint de l’Armée de terre, Franz Halder, et son prédécesseur Ludwig Beck, le commandant de la zone militaire de Berlin, Erwin von Witzleben, l'officier réserviste Wilhelm von Lynar, le chef de l’Abwehr, Wilhelm Canaris, et son adjoint, le lieutenant-colonel Hans Oster. Les participants civils au projet sont notamment l’ancien maire de Leipzig, Carl Friedrich Goerdeler, l’ancien ministre de l’Économie Hjalmar Schacht et de hauts fonctionnaires comme Ernst von Weizsäcker, Adam von Trott zu Solz ou Hans Bernd Gisevius. Les conjurés prennent de nombreux contacts avec les autorités britanniques et françaises afin qu'elles menacent clairement Hitler d'une intervention militaire si l'Allemagne passe aux actes. Mais ils n'obtiennent aucun soutien, malgré les démarches entreprises notamment par Goerdeler, Ewald-Heinrich von Kleist-Schmenzin, divers intermédiaires ou des membres du ministère des Affaires étrangères opposés au nazisme emmenés par Weizsäcker. Les accords de Munich, qui permettent de démembrer l’État tchécoslovaque sans conflit et constituent un réel succès diplomatique pour le Führer, mettent fin aux velléités de coup d'État.

Le projet d’envahir la Pologne en épouvante les conservateurs qui avaient comploté pendant la crise de Munich. Pour la seconde fois, une tentative de résistance à l’expansionnisme nazi est tuée dans l’œuf.

De l'automne 1939 à l'été 1942, Franz Halder envisage l'assassinat de Hitler et participe à plusieurs réunions avec le Führer muni d'un revolver chargé, sans se résoudre à passer à l'acte.

Les atrocités commises sur le front de l’Est, dont l’extermination des Juifs, suscitent l’indignation et relancent l’idée d’un renversement de Hitler. En , un groupe d’opposants ayant participé aux projets avortés de 1938 et 1939 se réunit à Berlin et décide de ne rien décider, . La volonté d'écarter Hitler du pouvoir est partagée par les membres du cercle de Kreisau réunis autour du comte Helmuth James von Moltke, qui écartent l’idée d’un attentat contre Hitler, essentiellement pour des raisons religieuses ; en revanche, un groupe de militaires, animé par Henning von Tresckow, estime qu’il faut tuer le Führer pour renverser le régime, conviction qui se renforce avec la reddition des forces allemandes à Stalingrad fin . Après celle-ci, le général Friedrich Olbricht assure la coordination des conjurés et prépare le terrain en vue d’un coup d’État prévu pour .

vignette|redresse|alt=Photographe en noir et blanc de Friedrich Olbricht en uniforme et arborant la croix de fer|Friedrich Olbricht.

Diverses tentatives ont lieu début 1943. Mi-, les généraux Hubert Lanz et Hans Speidel projettent d’arrêter Hitler lors de sa visite au quartier général du groupe d’, mais celle-ci est annulée. Le , le capitaine Eberhard von Breitenbuch, officier d'ordonnance du Generalfeldmarschall Ernst Busch, armé d'un pistolet, projette d'assassiner Hitler au cours d'une réunion au Berghof à Obersalzberg, mais au dernier moment, il est retenu à l'entrée et ne peut participer à la réunion qui se déroule sans officiers d'ordonnance.

Une tentative plus élaborée, qui vise à faire exploser en vol l'avion de Hitler a lieu lors de la visite du Führer au quartier général du groupe d'armées Centre à Smolensk, le . Tresckow apporte et assemble les explosifs qui lui ont été fournis par le Generalmajor Rudolf-Christoph von Gersdorff. Utilisant un subterfuge, selon lequel il doit, en raison d'un pari perdu, deux bouteilles d'alcool au général Hellmuth Stieff, Tresckow demande au colonel Heinz Brandt d'emporter le colis. Celui-ci lui est apporté par l'aide de camp de Tresckow, le lieutenant Fabian von Schlabrendorff, qui arrive ainsi à faire entrer le colis piégé dans l'avion utilisé par Hitler. La bombe, dissimulée dans un paquet censé contenir deux bouteilles de Cointreau, n’explose pas, le détonateur n’ayant pas fonctionné en raison des très basses températures dans la soute à haute altitude. La bombe est récupérée et désamorcée le lendemain par Schlabrendorff, à Rastenburg.

Quelques jours plus tard, le , Rudolf-Christoph von Gersdorff, qui avait fourni les explosifs dans la tentative précédente, projette un attentat-suicide, à la faveur d'une présentation à Hitler d’armements soviétiques capturés ; cette tentative échoue également, en raison de la brièveté du passage de Hitler sur les lieux de la présentation. Si la bombe est bien amorcée par Gersdorff lors de l’arrivée de Hitler, le temps de battement minimum imposé par le dispositif d’allumage empêche une explosion pendant que le Führer parcourt l’exposition et Gersdorff désamorce ensuite l’engin. Fin , le Major Axel von dem Bussche-Streithorst, initialement partisan d'Adolf Hitler et du nazisme, est contacté par Claus von Stauffenberg et rejoint la résistance après avoir assisté au massacre de plusieurs milliers de Juifs en Ukraine. Pour lui, il ne reste plus que trois solutions : . Il accepte donc la proposition de Stauffenberg de commettre un attentat et en prépare un à la grenade lors de la visite par Hitler d'une exposition de nouveaux uniformes et équipements ; le convoi transportant le matériel d'exposition étant bloqué ou touché par un bombardement des voies ferrées, la tentative échoue également. Joachim Fest mentionne aussi un projet d'attentat à la bombe que Stauffenberg compte commettre lors d'une réunion à la Wolfsschanze en se faisant sauter avec Hitler ; il y renonce sous la pression de Olbricht et Beck, et de toute manière la réunion est annulée à la dernière minute.

Dégradation de la situation militaire La dégradation de la situation militaire s’accélérant, Goerdeler, toujours convaincu de pouvoir négocier la paix avec les Alliés qui, lors de la conférence de Casablanca, ont pourtant déclaré n'accepter qu'une reddition sans conditions, presse les militaires d’agir à nouveau. Le passage à l'acte devient d’autant plus impérieux que les conjurés, civils ou militaires, ont attiré l’attention de la Gestapo : Oster et Dietrich Bonhoeffer sont arrêtés au , les membres du cercle Solf le et Moltke une semaine plus tard. Soupçonné lui aussi, Wilhelm Canaris est mis aux arrêts en forteresse le . Les adjoints de Heinrich Himmler, Ernst Kaltenbrunner, Walter Schellenberg et Heinrich Müller mettent à profit l'arrestation de Canaris pour commencer à démanteler l'Abwehr de façon méthodique et progressive.

L'état des fronts empire à partir de la fin de l'année 1943 et incite des militaires jusqu'alors enthousiasmés par les victoires remportées par Hitler, notamment Claus von Stauffenberg, à se détourner du régime et à réfléchir à son renversement.

Au début de l'été 1944, la situation militaire est de plus en plus inquiétante en raison des succès alliés à l'ouest, au sud et surtout à l'est : les Anglo-Américains ont consolidé avec succès leur tête de pont en Normandie et ont conquis Rome, tandis que les Soviétiques ont déclenché plusieurs opérations stratégiques successives sur le Front de l'Est : la première par Lviv, la deuxième par Kovel. En effet, à partir du , le groupe d'armées Centre, principale force armée allemande déployée sur le front de l'Est, est balayé par une puissante offensive soviétique, l'opération Bagration. Ces succès soviétiques affolent Henning von Tresckow et incitent les conjurés à accélérer la préparation et la mise en œuvre de l'attentat destiné à éliminer Hitler et ses proches.

Conjurés

gauche|vignette|redresse=0.6|alt=Photographie en noir et blanc de Hans Oster en 1939|Hans Oster .

Le groupe de conjurés qui fomentent l’attentat du et l’opération Walkyrie comporte diverses composantes et présente un caractère hétéroclite. En dépit de leurs horizons divers, ses membres restent isolés au sein de la population allemande, soudée autour de son armée et de ses dirigeants dans la peur de la défaite et de ses conséquences.

Le groupe conservateur Le groupe conservateur est rassemblé autour de l'ancien maire de Leipzig Carl Friedrich Goerdeler et du chef d’état-major adjoint démissionnaire Ludwig Beck ; en fait également partie le cercle de Kreisau dirigé par le comte Helmuth James von Moltke dont les motivations étaient chrétiennes-sociales et qui compte parmi ses membres éminents Adam von Trott zu Solz ou le théologien protestant Eugen Gerstenmaier, Ulrich von Hassell, ancien ambassadeur d'Allemagne à Rome et pour finir la résistance militaire.

Les militaires Au sein de cette dernière catégorie, se compte Henning von Tresckow, Generalmajor de la Wehrmacht, qui a entraîné dans son sillage des officiers comme le lieutenant Fabian von Schlabrendorff, son aide de camp, et le Generalmajor Rudolf-Christoph von Gersdorff, officier de liaison de l'Abwehr. Hans Oster, général et ancien adjoint de Wilhelm Canaris, est remplacé au par le général Friedrich Olbricht, commandant des troupes de réserve de Berlin, donc sous les ordres de Friedrich Fromm ; Oster enrôle également Albrecht Mertz von Quirnheim, adjoint d'Olbricht. Fromm, approché par les conjurés, choisit une position attentiste ; il ne soutient ni ne dénonce les conjurés. Parmi les militaires acteurs de la conjuration, la politique menée dans les territoires occupés de Pologne et d'Union soviétique ne rencontre aucune opposition fondamentale.