Vladimir Vladimirovitch Kara-Mourza (en ), né le à Moscou, est un homme politique, journaliste, cinéaste et prisonnier politique russe et britannique.
C'est un proche de Boris Nemtsov, un opposant à Vladimir Poutine qui a été assassiné en 2015 à quelques pas du Kremlin. Kara-Mourza a survécu à deux empoisonnements : un en et un en . Ses soutiens suspectent le régime de Poutine.
Le , il est condamné par la justice russe à de colonie pénitentiaire, notamment pour le chef d'accusation de , en raison de sa critique publique de l'invasion russe de l'Ukraine. Cette décision est critiquée par de nombreux diplomates et responsables, notamment occidentaux. Il est libéré par la Russie le lors d'un échange de prisonniers.
En , il remporte le prix Pulitzer du commentaire politique.
Enfance et éducation Vladimir Vladimirovitch Kara-Mourza naît à Moscou le . Il possède la nationalité russe et est également britannique par sa mère qui est de religion juive.
Il est le fils du journaliste et animateur de télévision russe Vladimir Kara-Mourza (1959-2019), critique virulent de Leonid Brejnev et partisan des réformes sous Boris Eltsine. Ses grands-parents d'origine tatare ont été emprisonnés dans un camp du goulag. Deux de ses arrière-grands-parents y sont morts. Son père était l'arrière-petit-fils du révolutionnaire letton Voldemārs Bisenieks (1884-1938) et l'arrière-petit-neveu du premier ambassadeur de Lettonie en Grande-Bretagne, (1885-1941), tous deux fusillés par le NKVD.
Il part s'installer à Londres avec sa mère lorsqu'il a 15 ans. Il a une maitrise d'histoire qu'il a obtenue à l'université de Cambridge et parle parfaitement le français qu’il a appris à l’école à Moscou.
Carrière de journaliste et cinéaste Il commence à travailler dès 16 ans à Londres en 1997 en tant que correspondant pour le journal russe Novye Izvestia et la radio Écho de Moscou. Il travaille ensuite à partir de 2000 pour le quotidien russe Kommersant. Il est chef de l'antenne de Washington de la chaine internationale russe RTVI de 2003 à 2012. Il est également cinéaste.
Politique De 2000 à 2003, il est conseiller de l'opposant politique à la Douma Boris Nemtsov.
Présentation aux élections législatives (2003) Il se présente aux élections législatives en 2003, dans le district de Chertanovski à Moscou. Sa candidature est soutenue conjointement par l'Union des forces de droite et Iabloko. Pendant la campagne, diverses méthodes déloyales sont utilisées contre Kara-Mourza. Le candidat du parti au pouvoir Russie Unie, , tente de le faire retirer du scrutin ; l'éclairage des panneaux de campagne de Kara-Mourza et le son des débats télévisés sont éteints, et des votes par carrousel (procédé qui permet à un électeur de voter dans plusieurs bureaux de vote différents) sont découverts le jour de l'élection.
Selon les résultats officiels, Grouzdev obtient 149 069 voix (53,8 %), Kara-Mourza, (8,6 %) et le candidat du Parti communiste Sergueï Sereguine, voix (6,9 %).
Campagne pour Boukovski (2007–2008) En , il cofonde le , un groupe d'opposition dirigé par Boris Nemtsov et Garry Kasparov. En , Kara-Mourza nomme le militant des droits de l'homme et écrivain Vladimir Boukovski comme candidat de l'opposition démocratique à la présidence russe pour les élections de 2008. , peut-on lire dans la déclaration rédigée par Kara-Mourza au nom du comité de campagne de Boukovski ; . Il est alors chef de campagne pour Boukovski.
Cependant, l'enregistrement auprès de la Commission électorale centrale comme candidat à la présidence n'a que peu de chances d'aboutir. La campagne est, selon Boukovski lui-même, plus une façon de galvaniser les forces d'opposition restantes que de concourir pour la présidence. Et en effet, le , la Commission électorale centrale rejette la demande de Boukovski, au motif qu'il n'avait pas fourni d'informations sur ses activités d'écrivain lors de la soumission de ses documents et qu'il était titulaire d'un permis de séjour britannique, et qu'il n'avait pas vécu en Russie au cours des dix dernières années, comme la constitution russe l'exige alors.
Poursuite de l'opposition gauche|vignette|Kara-Mourza aux côtés de Boris Nemtsov lors d'une manifestation. La photo est présentée au forum d'Oslo à Taiwan en 2018. Il est membre du conseil fédéral du parti Solidarnost, qu'il a créé avec Boris Nemtsov. Il participe aux manifestations massives (organisées par ce parti) de contestation des élections législatives de 2011. Ce sont les manifestations les plus importantes depuis la chute de l'URSS en 1991.
En 2012, il rejoint le Parti de la liberté du peuple (dirigé par Boris Nemtsov et Mikhaïl Kassianov) et devient membre de son conseil exécutif. Il en devient le chef adjoint de 2015 à 2016. Il est également élu au en 2012, étant placé 21 sur 169 et recevant votes. Pendant l'été, il est licencié de RTVI (pour qui il était chef à Washington depuis 2012) après avoir eu sa carte de presse révoquée par l'ambassade de Russie, au motif qu'il n'était selon cette dernière . Il devient ensuite conseiller principal pour le think tank Institut de la Russie moderne basé à New-York et dirigé par le fils de Mikhaïl Khodorkovski (oligarque et dissident russe, alors emprisonné), Pavel Khodorkovski.
Lorsque Mikhaïl Khodorkovski sort de prison, Kara-Mourza accepte de devenir le coordinateur de l'ONG basée en Russie et fondée par Khodorkovski, qui fait la promotion de la société civile et de la démocratie en Russie. Il revient alors en Russie et laisse sa famille vivre aux États-Unis pour leur sécurité sur conseil de Khodorkovski... Il est aujourd'hui vice-président de l'ONG.
En 2013, les tribunaux russes considèrent que sa candidature aux élections régionales est invalide . Il avait obtenu la nationalité britannique lorsqu'il s'était installé au Royaume-Uni avec sa mère lorsqu'il avait 15 ans. En , la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) donne raison à Kara-Mourza. Elle stipule que l'article 3 du Protocole n°1 qui garantit le droit à des élections libres a été violé..
En 2016, il est menacé par le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov, dans une vidéo où il est dans le viseur d'un fusil avec l'opposant à Vladimir Poutine, Mikhaïl Kassianov.
En 2017, il témoigne au Congrès des États-Unis devant plusieurs sénateurs dont John McCain et Lindsey Graham, ardents appuis de l'opposition au régime de Poutine. Il demande aux États-Unis de poursuivre les programmes de diplomatie publique et d'échanges, et de continuer le soutien des médias en langue russe.
Funérailles de John McCain En , le sénateur américain John McCain envoie à Kara-Mourza un message lui disant qu'un cancer du cerveau lui a été diagnostiqué et demande que Kara-Mourza, qui avait travaillé avec lui sur des questions liées à la Russie depuis 2010, serve de porteur de cercueil lors des prochaines funérailles du sénateur. Kara-Mourza déclarera plus tard qu'il était , et que c'était . McCain décède le ; Kara-Mourza rejoint quatorze autres personnes choisies par John McCain, toutes désignées comme ses amis, dont l'ancien vice-président Joe Biden et l'acteur Warren Beatty, pour porter le cercueil lors des funérailles de McCain à la cathédrale nationale de Washington le . Le choix de Kara-Mourza par McCain est considéré par certains comme une contre Poutine, dont John McCain était un critique virulent, et contre le président américain Donald Trump, en raison de sa proximité apparente avec le président russe. Loi Magnitski Avec Boris Nemtsov, il joue un rôle clé dans l'adoption de la loi Magnitski, votée en 2012 par le Congrès américain. Elle permet, aux États-Unis, de mettre en place des sanctions contre les personnes reconnues responsables de violations des droits humains partout dans le monde. Cette loi porte le nom d'un avocat russe, Sergueï Magnitski, privé de soins médicaux et battu à mort en détention préventive en Russie en 2009 après avoir révélé une affaire de corruption massive, dite . Aux États-Unis, le vote de cette loi permet alors de refuser des visas à une liste d'officiels russes (dite liste Magnitski) impliqués dans cette affaire et de saisir leurs avoirs. Cette liste entraine alors une crise diplomatique entre Moscou et Washington.
Kara-Mourza et Nemtsov appellent également le Canada à adopter un texte législatif similaire, alors en cours d'examen par la sous-commission des droits de l'homme internationaux de la Chambre des communes du Parlement canadien. En , Kara-Mourza se rend à Ottawa pour encourager l'adoption de la version canadienne de la loi Magnitski. Selon lui, les élites russes et que . Il affirme que .
Empoisonnements et emprisonnement vignette|Vladimir Kara-Mourza (2017).
Empoisonnements En (quatre mois après l'assassinat de Boris Nemtsov), lors d'une conférence de presse dans les locaux de RIA Novosti à Moscou, Kara-Mourza tombe subitement malade et perd connaissance. Il est victime d'une défaillance rénale aiguë et plongé par les médecins en coma artificiel pendant une semaine. Les médecins retrouvent dans son sang des traces de métaux lourds à des taux inhabituels.. Il doit alors marcher avec une canne pendant un an et faire de la rééducation.
Le , il ressent les mêmes symptômes que lors de son précédent empoisonnement. Il parvient à appeler sa femme qui appelle les secours. Il est à nouveau mis sous coma artificiel et ressort de l'hôpital le .
Emprisonnement Après avoir explicitement condamné l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022 et annoncé sur CNN la fin du régime poutinien à cause de cette guerre, il est arrêté le jour même, le . Dès le lendemain, il est condamné à quinze jours de détention administrative par la juge du tribunal de district de Moscou, Diana Mischenko. La motivation du jugement stipule son insoumission aux forces de l'ordre, l'accusé ayant manifesté , ayant . Le , Vladimir Kara-Mourza est accusé également de haute trahison et encourt vingt ans de prison supplémentaires.
Les médecins lui diagnostiquent une polyneuropathie, probablement due à ses empoisonnements.
L'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe lui décerne en le prix des droits de l'homme Václav-Havel..
Le , Vladimir Kara-Mourza est condamné à 25 ans de colonie pénitentiaire notamment pour le chef d'accusation de , en raison de sa critique publique de l'invasion russe de l'Ukraine en 2022. Un tribunal de Moscou juge qu'il est coupable de haute trahison et d'autres délits tels que la diffusion de et le travail pour une organisation . C'est la première condamnation pour trahison depuis la dislocation de l'URSS.
Cette décision est critiquée par de nombreux diplomates et responsables, notamment occidentaux, qui dénoncent un et un . Le haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Volker Türk demande que Kara-Mourza soit libéré .
Depuis , il est détenu dans la colonie pénitentiaire d'Omsk, en Sibérie occidentale, à 2400 kilomètres à l'Est de Moscou.
Vladimir Kara-Mourza est considéré comme un prisonnier d'opinion par l'organisation anglaise Amnesty International.
Le est révélé le transfert du prisonnier dans une seule chambre de type cellule. Selon lui, la raison en est le refus de se lever sur le commandement « lève-toi »Кара-Мурзу на четыре месяца перевели в единое помещение камерного типа (Kara-Murza a été transféré dans une chambre de type cellule individuelle pendant quatre mois). La santé de Vladimir Kara-Mourza se détériore à cause de cette mesure et d’autres mesures similaires.