La Tête de cire, ou Tête Wicar, est un buste de femme en cire légèrement polychromée portant une draperie en terre cuite qui a été légué par Jean-Baptiste Wicar à la Société des sciences, de l'agriculture et des arts de Lille en 1834. Considéré comme un chef d’œuvre, il a fait la renommée du musée de Lille jusqu’au milieu du .

Histoire La Tête de cire fait partie du legs de Jean-Baptiste Wicar à la Société des sciences, de l'agriculture et des arts de Lille, en 1834. Dans le procès-verbal de dépôt du legs, elle est désignée comme , sans autre précision Legs fait à la société par feu Monsieur le Chevalier Wicar, in Mémoires, Société des sciences, de l'agriculture et des arts de Lille, 1836, p 402..

Alors que le legs en fait apparemment peu de cas, la Tête de cire est immédiatement et unanimement considérée comme un chef d’œuvre. C’est ainsi qu’elle est qualifiée dans le Catalogue des dessins et objets d’art légués par Wicar établi par la Société des sciences, de l'agriculture et des arts en 1856. Son attribution à Raphaël, par un raccourci que la désignation du buste dans le legs n’autorisait d’ailleurs pas, est toutefois rapidement mise en cause. Dans la notice du catalogue de 1856, Charles Benvignat propose d’abord de distinguer l'ouvrage de cire de la draperie et du piédouche en terre cuite qu’il date du . Il suggère ensuite une origine antique, en s’appuyant sur la découverte en 1853 de têtes en cire dans des tombes romaines de l’époque de Dioclétien à Cumes Charles Benvignat, Tête de cire du temps de Raphaël, Catalogue des dessins et objets d'art légués par J.-B. Wicar, Musée Wicar, 1856, p. 315-317..

Quelques années plus tard, Jules Renouvier rejette lui aussi l'attribution à Raphaël mais propose de voir dans le buste de jeune fille l'œuvre d'Orsino Benintendi, artiste cirier florentin du , sous la direction d’Andrea del Verrocchio, le maître de Léonard de Vinci Jules Renouvier, La Tête en cire du musée Wicar, à Lille, Gazette des Beaux-Arts : courrier européen de l'art et de la curiosité, 15 septembre 1859, t. III, p.336-341.. En 1878, Louis Gonse, qui ouvre son propos par un parallèle avec La Joconde, se range à son opinion dans un long article qui réfute les attributions précédentes Louis Gonse, La tête de cire, dans Le Musée Wicar, Musée de Lille, 1878, p. 103-112..

Pour Louis Courajod, qui établit une correspondance avec un dessin de tête de jeune fille séparée du corps attribué à Raphaël et conservé à la bibliothèque Albertine de Vienne, la tête de cire est un moulage pris sur le cadavre d’une jeune fille. Il ne se prononce cependant pas sur l’auteur, et semble se ranger à l’opinion de Jules Renouvier et Louis Gonse Louis Courajod, Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France Société nationale des antiquaires, 1882, p. 235-242..

Le buste suscite également l'admiration et l'intérêt des historiens d'art germaniques. Henry Thode, qui reprend la correspondance avec le dessin de l'Albertine de Vienne, formule l’hypothèse que la tête de cire pourrait être le portrait d’une jeune fille romaine dont le cadavre parfaitement conservé a été découvert en 1485 dans un tombeau de la via AppiaHenry Thode, Die Rœmische Leiche vom jahre 1485. Ein Beitrag zur Geschichte der Renaissance, dans les Mittheilungen des Instituts für œsterreichische Geischichtsforschung, Tome IV, 1er fascicule, 1883..

Ces thèses sont réfutées par Hubert Janitschek, qui pense que la tête de cire ne peut être rattachée ni à l’antiquité, ni à l’époque d’Andrea del Verrocchio. Il n'avance pas de nom d'auteur mais conclut que Hubert Janitschek , Le Buste de cire du Musée Wicar et le cadavre de jeune fille découvert à Rome en 1485, L'art: revue hebdomadaire illustrée, N° 458, 7 octobre 1883, p. 3-9. . Franz Wickhoff, pour sa part, d'accord sur le fond avec Janitschek, considère dans un article de 1901 que le buste de cire et le piédouche de terre cuite sont contemporains et datent de la seconde moitié du Franz Wickhoff, Die Wachsbüste in Lille, In: Mitteilungen des Instituts für Österreichische Geschichtsforschung. Ergänzungs-Band vol. 6 (1901) p. 821-829..

Aujourd’hui encore, l’auteur de la Tête de cire reste inconnu. Silvia Urbini observe que la tête de jeune fille évoque, tant par la morphologie que par les matériaux utilisés, les œuvres du sculpteur bolonais Angelo Piò réalisées au cours de la première moitié du Silvia Urbini, La fanciulla di cera, sur le site somniiexplanatio.it. Le site de l’Association des conservateurs des musées des Hauts-de-France précise que Lille, chronique d’un musée en zone occupée, sur le site musenor, mais la fiche du palais des Beaux-Arts reste très prudente et mentionne simplement : La Tête de cire, sur le site pba-lille..

Quoi qu’il en soit de son origine, de son auteur ou de sa destination, la Tête de cire du musée de Lille acquiert au cours de la seconde moitié du une notoriété considérable.

C’est ainsi qu’en 1869, Alexandre Dumas fils en fait réaliser une copie par Henry CrosCros, Henry, Tête de cire, sur le site de la Salle des Ventes Rossini qu’il place dans son cabinet de travail. A son sujet, il écrit dans une lettre adressée à un ami :

En 1889, le buste est le sujet d'une rêverie de Paul Bourget au cours de laquelle il imagine la jeune fille de cire en héroïne de Boccace dans le Décaméron ou de Stendhal dans L’Abbesse de CastroPaul Bourget, Devant un buste de cire, dans Études et portraits, t. II, Paris, Lemerre, 1889, pp. 283-290..

Dans ses mémoires, la chanteuse Yvette Guilbert raconte qu'elle s'est inspirée de la Tête de cire du musée de Lille pour composer son personnage de scène, . Et elle ajoute : Yvette Guilbert, La chanson de ma vie, Ma silhouette définitive, Grasset,1927

La Tête de cire est citée par Jean Lorrain dans Monsieur de PhocasJean Lorrain, Monsieur de Phocas, Flammarion, 2001, p. 126. et par Marcel Proust dans Sur la lecture (il semblerait, en réalité, qu'il fasse plutôt allusion à la Femme inconnue aujourd'hui attribuée à F. Laurana et conservée à Paris au musée du Louvre)Marcel Proust, Sur la lecture, Actes sud, 1988, p 18., mais sa notoriété dépasse les frontières et elle est aussi l’héroïne d’une nouvelle de l’écrivain autrichien Ossip Schubin, Blanche: the maid of Lille, traduite dans plusieurs langues Ossip Schubin, Blanche: the maid of Lille, traduction Sarah Holland Adams, Boston, 1902.. En 1939 encore, elle est prétexte à un roman de Léopold Delannoy, On a volé la Tête de Cire, sous titré roman touristique lilloisLéopold Delannoy, On a volé la Tête de Cire, roman touristique lillois, Ed. René Debresse, Paris (1939)..

Description Il s’agit d’une jeune fille de 17 ou 18 ans. Sa tête, en cire vierge, est un peu plus petite que nature et légèrement penchée en avant, vers la gauche. Son teint est pâle, ses cheveux d’une blondeur tirant sur le roux. Les détails sont d’un grand réalisme, comme le modelé des oreilles ou la légère asymétrie entre ses deux profils. Le buste est serti dans une draperie chiffonnée et repose sur un piédouche, tous deux en terre cuite peinte. Les yeux en verre soufflé, avec les pupilles peintes en bleu sombre, ont été placés de l'intérieur. Les couleurs ont été appliquées au pinceau, dans la cire encore tendre. Les lèvres minces illuminées par un mystérieux sourire et le regard baissé évoquent une jeunesse chaste et des rêveries mélancoliques. Mais plusieurs commentateurs, comme Louis Gonse ou Louis Courajod, soulignent que son expression change selon l’angle sous lequel on la regarde.

En 1868, la restauration réalisée par Jules Talrich révèle que le buste est creux, constitué de trois couches de cire, la dernière semblant avoir été réalisée plus tard pour consolider les deux premières, d’une épaisseur totale moyenne de 8 millimètres Paul Houzé de l’Aulnoit, La tête de cire du musée de Lille, Bulletin de la Société d'études de la province de Cambrai, Impr. Lefebvre-Ducrocq (Lille), 1911, p. 12-16..

Bibliographie Jacques Thuillier, Plaidoyer pour les "chiens perdus sans collier": la Tête de cire du musée des Beaux-Arts de Lille, in Curiosité : études d'histoire de l'art en l'honneur d'Antoine Schnapper, 1998, p. 19-26

Silvia Urbini, Somnii explanatio. Novelle sull’arte italiana di Henry Thode, Roma, Viella, 2014 Laurence Riviale, Joconde ou Madone ? La Tête de cire de Lille, énigme de la collection Wicar : fortune et réception (1834-2021), Clermont-Ferrand : Presses universitaires Blaise Pascal, 2022.

Notes et références

Liens externes

La Tête de cire sur le site du palais des Beaux-Arts de Lille.

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