Germain d'Auxerre ou Germain l’Auxerrois, né vers 380 à Appoigny près d'Auxerre (actuel département de l'Yonne) et mort le à Ravenne en Italie, est un haut fonctionnaire de l'Empire romain d'Occident originaire de Gaule, nommé gouverneur d'une réunion de plusieurs provinces vers 410, puis devenu un homme d'Église et fait évêque d'Auxerre (le sixième) en 418.
Saint chrétien fêté le Saint Germain d'Auxerre, sur nominis.cef.fr.Forum orthodoxe.com : saints pour le 31 juillet du calendrier ecclésiastique., c'est le plus célèbre des . Il est reconnu pour avoir contribué à l'évangélisation de l'Auxerrois., mais aussi de la Bretagne insulaire, où il a fait deux séjours.
En conflit avec le général romain Aetius, commandant militaire dans le nord de la Gaule, il fait un dernier voyage à Ravenne, alors capitale de l'Empire d'Occident, où il meurt en 448.
Biographie Origines familiales vignette|180px|left|Vitrail restauré en 2019 par Bernadette Soufflet, Atelier de St Uze, Drôme.
Germain est issu d'une famille de l'élite gallo-romaine : il est le fils de Rustique et de Germanille, maîtres (domini) du domaine d'AppoignyRené Louis et Charles Porée, Le domaine de Régennes et Appoigny. Histoire d'une seigneurie des évêques d'Auxerre, Auxerre, Dionysae, 1939, p. 34., Recension dans Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 1940, disponible en ligne sur le site Persée..
Une tradition locale, restée vivace à travers les siècles, veut que ses parents aient été inhumés à Appoigny. Heiric d'Auxerre (841-876) écrit qu'ils ont été enterrés sous l'autel dans l'église. Mais il parle de l'église dédiée à saint Jean, plus ancienne que celle existant de nos jours, qui a été vendue et démolie en 1793. Lors de cette démolition, un tombeau est apparu découvert sous le grand autel, mais il a aussi été détruit..
En , un sarcophage du en grès ferrugineux a été mis au jour au pied de la collégiale Saint-Pierre d'Appoigny ; ce n'est cependant pas la premier à ête découvert autour de l'église et rien n'indique alors qu'il pourrait s'agir de leur sépulture.
Contexte Germain nait à Appoigny, à au nord d'Auxerre. Dans l'Empire romain, après la conquête de la Gaule par César, Auxerre fait partie de la cité (civitas) des Sénons (chef-lieu : Sens) dans la province de Lyonnaise (Lyon), puis devient un chef-lieu de cité au , la civitas Autessiodurum.
Après les réformes de Dioclétien vers 300 puis de Constantin, la cité d'Auxerre fait partie de la province de Quatrième Lyonnaise (chef-lieu : Sens), au sein du diocèse des GaulesDiocèse au sens administratif (plusieurs provinces), dont le territoire ne correspond pas du tout aux diocèses religieux (un diocèse religieux = une cité). (chef-lieu : Lyon) et de la préfecture du prétoire des Gaules (chef-lieu : Trèves), qui inclut la Bretagne romaine et l'Hispanie.
Germain est contemporain de saint Jean Chrysostome (344-407) et de saint Augustin (354-430), quoiqu'un peu plus jeune. Son époque est celle des grandes invasions et du début de l’effondrement de l’Empire romain d'Occident, marquée par l'invasion des Wisigoths (bataille d'Andrinople, 378), par l'invasion des Vandales et des Suèves à travers le Rhin en 409 et par le sac de Rome par les Wisigoths en 410 (origine du livre de saint Augustin, la Cité de Dieu), un événement symbolique, car à ce moment la capitale effective en Occident est Ravenne (depuis 402, succédant à Milan). Après le sac de Rome, les Wisigoths sont installés comme fédérés en Aquitaine, où ils créent le royaume de Toulouse. Vers 440-450, l'arrivée des Huns en Gaule provoque de nouveaux déplacements, notamment celui des Burgondes vers la région de Lyon et Genève (royaume des Burgondes). Les Huns sont cependant vaincus par Aetius en 451 (bataille des champs Catalauniques).
Sur le plan religieux, Auxerre est un siège épiscopal depuis le milieu du (saint Pélerin). Le christianisme, autorisé officiellement depuis Constantin (édit de Milan, 313), doté d'une doctrine officielle par le premier concile de Nicée (325), qui a établi le texte du Credo, est devenu la religion officielle de l'Empire vers 395, excluant tout culte païen en public (fin des Jeux olympiques, fermeture des temples, etc.). Dans l'ensemble, les villes sont assez fortement christianisées, les campagnes beaucoup moins : les ruraux, les « gens du pays » (pagani), restent encore largement polythéistes, d'où l'évolution du mot pagani vers le sens de « païens ». D'autre part, au sein du christianisme, existent de courants divergents, dont certains sont combattus comme hérésies (donatisme, pélagianisme, etc.).
Formation et débuts à Rome Fils d'aristocrates, il étudie à Auxerre ou Autun, puis à Rome où il devient un avocat réputé.
Il épouse Eustachie, une aristocrate romaine, qui, selon Constance de Lyon, est « une personne de condition élevée, remarquable par ses richesses et ses mœurs »<ref name="orthodoxie">[http://orthodoxie.pagesperso-orange.fr/textes/fete_st_germain.html Saint Germain d'Auxerre (378 - 31 juillet 448)].</ref>.
Duc de la Marche Armorique en Gaule Il rentre en Gaule nommé dux (général, commandant, par la suite « duc ») et gouverneur de plusieurs provincesJean-Pierre Soisson. Saint Germain d'Auxerre - Évêque, gouverneur et général. Éditions du Rocher, 2011, 222 pages. . Citation sur Geneviève : page 145.. Le commandement (ducatus) dont Germain a la charge est celui de la , qui comprend les provinces romaines de première et seconde Aquitaine, seconde et troisième Lyonnaise et Sénonaise..
Germain établit sa demeure à Auxerre, mais est tenu de visiter lui-même les larges territoires dont il a la charge et est souvent et longtemps absent..
L'évêque d'Auxerre est alors saint Amâtre (év. 386–418) et leurs relations ne sont pas des meilleures : Germain, comme de nombreux aristocrates, chasse et suit la coutume locale d'exhiber les têtes de ses prises en les suspendant à un grand poirier.. Amâtre, qui voit ce fait comme une incitation à l'idôlatrie, essaie en vain de le sermonner, puis fait couper le poirier pendant une absence de Germain. Germain le menace de mort ; Amâtre se réfugie à Autun, où il est reçu par l'évêque Simplice et son clergé, et par le préfet Julius.Le préfet des Gaules de l'époque était Julius selon et , ou Agricola selon d'autres mais ce dernier ne correspond pas pour les dates.. Là, Amâtre a la révélation que Germain sera son successeur comme évêque d'Auxerre.
Entrée dans l'Eglise Il demande à Julius l'autorisation de faire de Germain un clerc de l'ÉgliseAmâtre demande cette autorisation à Jules, car l'empereur Honorius (393/395-423) avait adressé aux évêques une requête leur demandant de choisir leurs clercs parmi les moines (ou les personnes déjà engagées autrement dans le service de la religion) plutôt que « parmi les hommes déjà exposés aux charges publiques, ou même attachés à une condition particulière qui engageait leur liberté » d'une façon ou d'une autre. Voir , chapitre IV., revient à Auxerre et convertit Germain, lui « donne la tonsure » et en fait un diacre puis un prêtre. Georges Viole, qui a étudié la vie de saint Germain en profondeur, situe cet épisode au plus tard en 410.Georges Viole note qu'Amâtre a été reçu à Autun par Simplice, qui avait assisté au concile de Sardique en 347 et à celui dit pseudo-concile de Cologne en 349. Il en déduit logiquement qu'il est fort peu probable que Simplice fût encore en vie en 418 ; ainsi l'épisode du poirier coupé et la subséquente conversion de Germain se sont déroulés assez longtemps avant 418, contrairement à ce que beaucoup affirment..
Il est, vers 380-448, à l'origine de la diffusion du culte de saint Julien de Brioude. Il en détermine la fête et fonde de nombreuses églises dédiées à ce saint.
À l'approche de sa mort, Amâtre désigne Germain comme son successeur à l'évêché d’Auxerre ; une charge que Germain accepte, dit-on, contre son gré, mais qu'il assumera jusqu'à sa mort de 418 à 448.
Évêque d'Auxerre
thumb|270px|Saint Germain et saint Loup de passage à Nanterre reçoivent sainte Geneviève, église Sainte-Geneviève de Saint-Julien-du-Sault.
Devenu évêque, Germain fonde le monastère Saint-Cosme et Saint-Damien face à la ville ancienne d'Auxerre, sur la rive droite de l’Yonne.
Patrick d'Irlande (vers 380-vers 470), futur saint Patrick, originaire de Bretagne romaine, par la suite évangélisateur et premier évêque d'Irlande, séjourne à Auxerre plusieurs années (peut-être dix-huit.).
Voyages en Bretagne Il lutte contre le pélagianisme, notamment en Bretagne insulaire où il fait deux voyages à seize ans d'intervalle (430 et 448).
C'est lors de son premier trajet vers la Bretagne, accompagné par saint Loup, évêque de TroyesGermain d'Auxerre, évêque et missionnaise., qu'il rencontre une petite fille âgée de dix ans, qu'il consacre à Dieu et qui deviendra sainte Geneviève.. Dix-sept ans plus tard, il la revoit à Lutèce, lors de son second voyage de Bretagne. « Comme Germain, elle choisit l’Église et l’empire. Ce calcul politique la conduisit à soutenir les Francs païens, à favoriser leur expansion, et à les inciter à se convertir au catholicisme... Ce fut le triomphe posthume de Germain : Geneviève, sa fille spirituelle, permit la construction d’un royaume à la fois chrétien et romain, qui donna naissance à la France ».
Il est accompagné pour le deuxième voyage par , évêque de Trèves et disciple de Hilaire archevêque d'Arles.. Ils sont accueillis par Elaf.
Relations avec Aetius Alors que Germain rentre de cette expédition, sa dernière en Bretagne, il reçoit une délégation des villes d'Armorique. Leur peuple avait participé à une rébellion contre Valentinien III et recevait de la part d'Aetius le même traitement que les bagaudes. Les temps et l'Empire romain sont troublés et instables.
Aetius, généralissime de l'Empire romain depuis 429 et consul pour la en 446, doit faire face à de multiples pressions. Il a délocalisé les Alains du Rhin, vaincus quelques années avant, vers Orléans avec mission pour eux de contrôler (d'attaquer) les bandes bagaudes de la région, particulièrement virulentes à cette époque. Lors de la révolte armoricaine il ordonne au roi des Alains de la LoireLes noms divergent pour le roi des Allains chargé de cette mission. Il pourrait s'agir de Goar, ou un certain Eocarich (voir ), Eocarix (voir Abbé Dubos, Histoire Critique de L'Établissement de la Monarchie Francoise dans les Gaules, 1742, pages 312-313 ; et F. de Mézerai, Histoire de France, depuis Faramond jusqu'au règne de Louis le Juste, tome 1, 1685, page 312.), ou Eochar (voir Abbé Dubos, 1742, page 316). Les sources qui nous restent lui donnent le titre de "roi des Allemans" (voir Abbé Dubos, 1742, page 315). d'attaquer l'Armorique. Germain négocie une paix, que le roi des Allains accepte à condition que le traité de paix soit ratifié par Aetius.F. de Mézerai, Histoire de France, depuis Faramond jusqu'au règne de Louis le Juste, tome 1, 1685. Page 312.Abbé Dubos, Historie Critique de L'Établissement de la Monarchie Francoise dans les Gaules, Paris, 1742. Page 312-313.. Germain se met donc en route pour Ravenne, où se trouve Aetius.
Mort et funérailles vignette|200px|Reliquaire en métal doré du , fragments du grabat qui a ramené Germain de Ravenne à Auxerre après sa mort.
Après sa mort à Ravenne, son corps est rapporté à Auxerre selon ses dernières volontés. Cinq jeunes filles. sont choisies pour accompagner sa dépouille : Camilla (Camille), Porcaria (Porcaire), Magnenzia (Magnence), Pallasia (Pallade) et Massima (Maxime). Éprouvées par leur voyage, trois d'entre-elles meurent successivement, donnant nom aux villages de Sainte-Magnance, Sainte-Pallaye et Escolives-Sainte-Camille dans l'Yonne. Porcaire construit un ermitage proche du Serein sur la commune de Héry, à l'est du hameau des Baudières ; après sa mort une chapelle est érigée à cet endroit, en ruines au mais qui portait toujours le nom de "chapelle Sainte-Porcaire".