Henri Jacques Nompar de Caumont, duc de Caumont et pair de France (1698), puis de La Force (1699), né le , mort le , est un homme politique français. Sous la Régence, en 1716, il devient vice-président du conseil de finances. En 1718, il entre au conseil de Régence. Il est un fervent défenseur du système de Law.
Il est poursuivi en 1721 pour fait de monopole par la corporation des épiciers et apothicaires. Son procès, qui excite les passions, est une des grandes affaires de la Régence. Pour les observateurs, le délit de monopole n'est pas constitué. Le procès leur apparaît surtout comme une vengeance du Parlement de Paris envers le duc. La Force serait en outre une victime expiatoire offerte au public, après la fuite de Law.
Biographie Famille Son père est (1632-1699), de La Force, , persécuté pour sa religion. Ayant trois filles d'un premier lit, Jacques épouse en secondes noces en 1673 Suzanne de Beringhen, fervente calviniste.. Le couple a trois garçons et quatre filles..
L'aîné, Henri Jacques Nompar, naît au château de La Force, en Périgord, le .. Nompar, son troisième prénom, signifie « non pair ». Il rappelle les trois léopards figurant sur les armes des Caumont. Le troisième fut ajouté au , pour commémorer l'exploit d'un ancêtre qui avait combattu seul deux Sarrasins. Nompar fut d'abord un surnom, puis devint un prénom de famille..
Trois mois après la révocation de l'édit de Nantes, en , sur ordre de , les enfants de Jacques de Caumont et de Suzanne de Beringhen sont enlevés à leurs parents. Henri et ses deux frères sont placés chez les jésuites du collège de Louis le Grand, où, dès le mois de mars, ils doivent abjurer.
Mariage et duché-pairie
Le , Henri épouse Anne-Marie de Beuzelin, fille unique, , de Jean Beuzelin, seigneur de Bosmelet, baron d'Auffay, conseiller du Roi en ses conseil d'État et privé, président à mortier au Parlement de Normandie, et de Renée Bouthillier de Chavigny. Son grand-père, Léon Bouthillier, comte de Chavigny, fut secrétaire d'État aux affaires étrangères du roi Louis XIII.
Elle meurt à Paris, paroisse Saint-Sulpice, le . Son château de Bosmelet passe après elle par succession à la famille Thomas du Fossé, liée au jansénisme.
Jacques de Caumont se démet de son duché-pairie en faveur de ce mariage. Il continue d'être appelé « duc de La Force », tandis qu'Henri devient pair de France avec le titre d'attente de « duc de Caumont ».. Lorsque son père meurt le Le 19 avril, dit ., Henri prend le nom de La Force. Il est le de La Force, comte de Mussidan, marquis de Fauillet, Agmé, Taillebourg, Born des Champs, baron de Castelnaud, de Caumont, de Tonneins, Samazan, Boësse, Cugnac, Roquepine, Maduran et La Boulaie, à Auteuil (Eure)., seigneur de la prévôté et du domaine de Bergerac et autres lieux.
vignette|alt=Façade d'un bâtiment ruiné.|droite|upright=1|Vestiges du château de La Force.
En mai, sa mère, qui refuse d'abjurer, est contrainte de s'exiler en Angleterre. La princesse palatine accuse le duc d'avoir .
Persécuteur des réformés
La Force se montre un converti zélé. Il donne de fortes sommes pour le traitement de missionnaires œuvrant à convertir les calvinistes. Il paie des pensions à des convertisFrançois-Alexandre Aubert de La Chenaye-Desbois, Dictionnaire de la noblesse, sur laforce.be, Paris, Boudet, 1773, IV, 48-52.. Il accueille dans son château de La Force des missions de conversion, notamment celles de Daniel de Francheville, l'évêque de Périgueux. En 1701, selon Isaac de Larrey, il se livre à des atrocités sur les réformés près de Bergerac, en Saintonge et en Guyenne.. La Palatine confirme : Saint-Simon confirme également : La Force a, dit-il, persécuté les protestants et en a .
Il est colonel du régiment de Beauce. Il sert en Picardie« Les ducs de La Force », sur visites.aquitaine.fr (consulté le 3 juin 2017).. Il sollicite la charge de capitaine des gardes de corps du roi, et celle de gouverneur de Guyenne. Il ne les obtient pas. En 1705, durant la guerre de Succession d'Espagne, il est colonel du régiment d'infanterie de Caumont La Force « French infantry regiments », sur spanishsuccession.nl (consulté le 29 mai 2017).. Il sert en Alsace.
Bel esprit
Une Académie royale des lettres, sciences et arts est créée à Bordeaux le . Elle choisit La Force comme protecteur. Il en est aussi le bienfaiteur.
Le , il achète rue Taranne, à Paris, l'hôtel de Selvois, où naquit en 1675 le mémorialiste Saint-SimonYves Coirault, dans ..
Il est reçu dans le cercle restreint des chevaliers de l'ordre de la Mouche à miel. Il participe aux salons littéraires et aux Grandes Nuits de Sceaux que donne la duchesse du Maine en son château de Sceaux (1714-1715). C'est ainsi que le « Les Grandes Nuits de Sceaux », sur operabaroque.fr, 2017 (consulté le 5 juin 2017). il préside la huitième Nuit, qui, selon Adolphe Jullien, . Il a lui-même écrit le premier des quatre intermèdes, une poésie mise en musique par Nicolas Bernier, Minerve et les hiboux, .
Il est élu à l’Académie française le , au , en remplacement de Fabio Brulart de Sillery, évêque de Soissons« Henri-Jacques de La Force », sur academie-francaise.fr (consulté le 22 juin 2017).. Dans son discours de réception, le , La Force rappelle qu'il ne saurait être regardé comme un écrivain : c'est en tant que fondateur de l'Académie de Bordeaux qu'il est admis« Discours de réception du duc de La Force », sur academie-francaise.fr, 28 janvier 1715 (consulté le 20 mai 2017)..
, et surtout pour plaire au roi et tenter de l'approcher, il est résolument du parti des défenseurs de la bulle Unigenitus. Il va le rester sous la Régence, où la bulle va susciter à nouveau de violentes querelles.
meurt le . Le lendemain, au Parlement de Paris, son testament est abrogé. Mais, selon Saint Simon, Philippe d'Orléans s'enlise dangereusement dans une dispute sur le codicille avec le duc du Maine. La Force, par l'intermédiaire de Saint-Simon, le conseille avec beaucoup d'à-propos sur la conduite à tenir. Le duc d'Orléans suit le conseil. Le codicille est abrogé. Philippe, devenu régent, tient tout le pouvoir.
Le , La Force est reçu comme membre honoraire de l'Académie royale des sciences.
Implication dans les désordres financiers vignette|alt=Portrait de trois quarts. Grande perruque à la mode du et du début du XVIIIe.|gauche|upright=1|John Law.
Le , Law met en place son système en créant une banque privée, la Banque générale. En , en remplacement du marquis d'Effiat, La Force entre au Conseil de finances, mis en place depuis un an par le Régent dans le cadre de la polysynodie. Comme Effiat, il en est le vice-président, d'abord sans attributions, avant d'en recevoir en . Comme il est favorable aux réformes de Law, le Régent cherche à donner du poids à La Force au sein du Conseil de finances, pour contrecarrer le duc de Noailles, opposé aux projets de Law. En , lorsque le duc de Noailles, démissionne, La Force devient président du Conseil de finances et du Conseil de commerce.
Mais il s'agit selon Saint-Simon, d'un : le Conseil de finances continue en théorie d'exister, mais il n'a plus de conseil que le nom, le département des finances étant contrôlé par d'Argenson et Law.
Le 1718, La Force entre au Conseil de Régence. Il est un fervent défenseur du système de Law. Selon Léon Lecestre, il approuve l'émission excessive de papier-monnaie de la Banque générale et d'actions de la compagnie du Mississippi ; il approuve en l'attribution à la Compagnie perpétuelle des Indes de la perception des impôts indirects ; il approuve le la nomination de Law comme contrôleur général des finances.Le Conseil de finances est alors formellement supprimé. Lorsque Law cherche à sauver son système, La Force approuve tous ses expédients, qui vont ruiner une grande partie de la population.
vignette|alt=Trois billets.|droite|upright=1|Derniers billets émis par la Banque royale, en 1720.
La Force possède un grand nombre de billets de la Banque royale. (nouveau nom de la Banque générale). Quand les initiés, au premier rang desquels le prince de Conti, sentent que le vent de la déroute va souffler, ils cherchent par tous les moyens à convertir leurs billets. C'est ainsi que La Force et Conti se trouvent en rivalité à propos de l'achat d'une terre. La Force, qui vient de conclure le marché, refuse de la céder au prince. Celui-ci lui en garde une vive rancune. En , le bruit court que La Force, de l'armée des agioteurs, fait du monopole de cire à brûler. Le bruit court aussi qu'il a gagné plus de de livres grâce à la Banque royale.
En , le Régent veut punir le Parlement de Paris de sa résistance aux mesures de Law. Il veut l'exiler à Pontoise. La Force appuie fermement cette idée. Le Parlement reste à Pontoise jusqu'en . Il va, lui aussi, garder rancune à La Force.
Le , les billets de la Banque royale sont suspendus. Le , Law s'enfuit. On commence à liquider son système.
En et début , le bruit court que des grands seigneurs ont profité des opérations malhonnêtes de la Banque royale pour s'enrichir au détriment du public. Les princes du sang et La Force sont les plus fortement soupçonnés. La Force ferait du commerce clandestin. La rumeur est si insistante que, le , il en est réduit à écrire au Régent pour se justifier.
Le dépôt des Grands-Augustins La saisie
La puissante corporation des épiciers et apothicaires de Paris localise un dépôt clandestin, au couvent des Grands-Augustins : les religieux y louent quelques locaux et une partie de leur ancienne bibliothèque. À la suite d'une requête de la corporation, une perquisition y a lieu le . On découvre des marchandises diverses : de thé (quatre tonnes), une caisse de sucre Candy, de galanga, de mirobolan, deux tonneaux d'esquine, de toutenague, des caisses de feuilles de paravents de Chine et de porcelaine.
vignette|alt=Un crocheteur habillé en duc, dont les jambes sont des colonnes, ploie sous un immense fardeau de marchandises diverses. La légende dit : « Admire la force. »|droite|upright=1|Caricature de La Force mise en vente quelques jours après la saisie. Les colonnes symbolisent les titres et grands emplois qui font de La Force un soutien de l'État.
Ces marchandises, rapportées de Chine par le navire Comte de Toulouse, ont été débarquées à Saint-Malo. L'armateur, César-Pierre Landais de Soisel, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, les a vendues pour — par l'intermédiaire de Pierre Duparc et de Pierre Bernard — au mercier Charles Orient, qui les a entreposées au couvent. Or, l'intermédiaire Bernard est intendant et secrétaire de La Force. Quatre charrettes transportant une partie de ces marchandises auraient même été adressées au nom du duc. Duparc, Bernard et Orient sont soupçonnés de n'être que des prête-noms de La ForceMathieu Marais dit qu'Orient . . — Léon Lecestre dit le contraire. Selon lui, Orient a déclaré le 6 février . .. La Force étant duc et pair, le lieutenant de police Taschereau de Baudry transmet l'affaire au Parlement de Paris le .
La Force est poursuivi pour fait de . Pourtant, les marchandises saisies — des produits de luxe — ne sont ni de première nécessité ni en quantité suffisante pour que l'on puisse parler de monopole et d'accaparement. Mais la rumeur gonfle l'importance du dépôt, jusqu'à l'évaluer à un, deux, dix ou douze millions de livres. Le scandale est retentissant. Quelques jours après la saisie, une gravure représente La Force en crocheteur lourdement chargé.
Le procès