Eugénie Philippine Faugère dite Eugénie Fougère, née le à StrasbourgActe de naissance n° 885 (vue 92/128). Archives départementales du Bas-Rhin en ligne, état-civil de Strasbourg, registre des naissances de 1870. et morte le à Paris, est une artiste de vaudeville et de music-hall française.
Connue pour ses personnages de soubrette (synonyme de « coquette ») et de femme frivole pour ses tenues aguichantes, ses fringants mouvements et son comportement suggestif, elle était également célèbre pour son interprétation de cake-walk qui, dans son propre style, reproduit les rythmes de cette danse née parmi les noirs afro-américains Gordon, Dances With Darwin, p. 236.
Elle ne doit pas être confondue avec la demi-mondaine Eugénie Fougère, bien qu'elles se connaissaient, fréquentaient les mêmes cercles et vécurent dans la même rue à Paris pendant un certain tempsUn asssassinat à Aix-les-Bains, Le Figaro, 21 septembre 1903Anne-Marie Bossy, Les Grandes Affaires Criminelles de Savoie, pp. 81-104Les survivants du Caf’Conc’, Maurice Hamel, Lectures pour tous, aout 1934.
Biographie Jeunesse et début de carrière droite|vignette|341x341px|Eugénie Fougère vers 1890 (affiche d'Alfred Choubrac).
Le passé de Fougère est entouré de mystère, notamment parce qu'elle-même a contribué aux ambiguïtés en créant une double identité dans la vie réelle et sur scène. Selon certaines sources, elle était d'origine espagnole ou juive espagnoleGordon, Rae Beth (2010). Les rythmes contagieux d’une danse noire : le cake-walk, Intermédialités / Intermediality, (16), 57–81. https://doi.org/10.7202/1001956ar, mais il est plus probable que sa véritable identité ait été confondue avec son premier succès artistique en tant que chanteuse et danseuse espagnole, connue comme une des « fausses Espagnoles »Riegler, Anne-Sophie (2018). Les enjeux d’une esthétique du flamenco : étude analytique et critique du duende, Thèse de doctorat en philosophie, Université Paris sciences et lettres.
Après le meurtre de son homonyme en 1903, Fougère se plaint de la confusion autour de leur nom, à propos duquel les deux demoiselles s'étaient disputées dans le passéLe Crime Aix-les-Bains; Deux femmes étranglées, Le Petit Parisien, 22 septembre 1903Le Crime d'Aix-les-Bains (A Paris : Il y a Fougère et Fougère), Le XIXe siècle, 23 septembre 1903. Fougère affirme qu'elle est la porteuse légitime du nom, mais en réalité elle est née sous l'identité d'Eugénie Philippine Faugère à Strasbourg, fille naturelle de Jean Faugère, soldat pontonnier au régiment d'artillerie originaire de Puylaurens (Tarn), et de Catherine Kistler, couturière née à HerrlisheimActe de naissance , , Strasbourg, Archives départementales du Bas-Rhin (vue 92/128)Le Crime d'Aix-les-Bains; où en est l'enquête, Le Petit Parisien, 24 septembre 1903. Elle a une sœur aînée, Justine Joséphine, née à Metz en 1861Acte de mariage Faugère-Kistler, , , Avignon, Archives municipales d'Avignon (avec mention de légitimation de leurs deux filles nées hors mariage).
Après la guerre franco-allemande de 1870, son père, qui a passé vingt et un ans dans l'armée, vient à Avignon avec son régiment et après avoir quitté l'armée, s'y établit comme tailleur. Devenue ainsi avignonnaise dans sa prime jeunesse, Eugénie est naturalisée française en 1872 peu après le mariage de ses parents.
Fougère fait sa première apparition sur scène à l'âge de 12 ans en AvignonLa Gommeuse excentrique Eugenie Fougere, Comœdia, 12 septembre 1925 et à 14 ans à Marseille. À l'âge de 15 ans, elle commence sa carrière au café des Ambassadeurs à Paris où elle passera le reste de sa vie. Elle devient célèbre comme chanteuse excentrique ou gommeuse Gordon, Why the French Love Jerry Lewis, p. 76 et comme danseuse des Folies Bergère et de l'Olympia..
Son premier succès est comme chanteuse épileptique, un genre Gordon, Rae Beth (2004). Fashion and the White Savage in the Parisian Music Hall, Fashion Theory, 8:3, pp. 267-299. Les chanteuses épileptiques comme Polaire et Fougère ont été l'une des plus grandes attractions de la nuit parisienne dans le dernier quart du 19e siècle, en raison de l'attraction commerciale de l'obscénité et de la provocation sexuelle.
Cake-walk Tout comme Polaire et Mistinguett, Fougère est devenue connue pour sa technique de danse . Elle a dansé le ragtime et le cake walk, populaires à l'époque, qui sont devenus une folie fin 1902 Moore Whiting, Satie the Bohemian, p. 299. L'ambigu cake-walk est devenu rapidement très populaire et Fougère est apparue sur la couverture de Paris qui chanteCouverture de Paris qui Chante, le 18 octobre 1903, dansant sur la chanson Oh ! ce cake-walk dont les paroles assimilent la danse afro-américaine avec les singes et l'épilepsieGordon, Dances With Darwin, p. 177. André Levinson, théoricien de la danse, disait qu'il est impossible pour les Européens de recréer les mouvements de la danse africaine, et c'est pourquoi le public est surpris par elle.
La « frénétique divette » a été une précurseuse dans l'art du music-hall, en introduisant des chansons et des danses de tous les pays, longtemps avant que ce ne se soit devenu à la mode dans les cafés-concerts, tout en portant les plus improbables toilettes, ornées de couleurs paradoxales. En décrivant une revue à La Cigale, près de la place Pigalle en 1920, où elle est apparue dans le costume d'un Noir américain, Rae Beth Gordon, professeur de littérature française, note qu'. Le blackface par des chanteurs blancs suggère que les motivations pour adopter l'apparence d'une personne noire et les effets d'une telle mascarade vont au-delà de son utilisation pour une simple représentation théâtrale. Fougère se sentait plus à l'aise dans un corps noir ou, au moins, dans un corps régi par des mouvements et des rythmes afro-américains que dans un corps blanc privé de la possibilité de s'exprimer sans retenueGordon, Dances With Darwin, p. 239
Aux États-Unis vignette|Fougère, 1899 L'audacieuse Fougère fait ses débuts aux États-Unis le , au Koster and Bial's Music Hall à Broadway. Elle tourne aux États-Unis pendant de nombreuses années, mais sa représentation est souvent trop forte pour le public. Ainsi, elle est sifflée sur scène à Kansas City. , a-t-elle commenté. Hissed Her of the Stage; Mme. Fougere’s Too French Gestures Displeased Her Audience, The Pandex of The Press, January 1908.
Ses performances choquent souvent les Nord-Américains puritains et révèlent leur hypocrisie. En , alors qu'elle se produit au Gaiety Theatre de Washington Lost Washington: The Gayety Theater, Greater Washington, January 26, 2011, elle est amenée au commissariat de police où elle doit payer une caution de 50 $ pour assurer sa . Malgré le fait que le sergent de police ait apprécié son spectacle au premier rang, en particulier sa « spécialité », il a néanmoins dit qu'il était choqué et l'a traînée au poste de policeFougere "pinched", Variety, October 5, 1907.
Vol à l'étalage En , Fougère et son mari, l'acteur Albert Girault (également orthographié Girod), sont condamnés pour vols à l'étalage d'une robe de nuit, de la lingerie et d'autres articles, après avoir quitté Lewis & Alleby's, un magasin de textile basée à LondresThe Fall of Fougere; Parisian Stage Favorite In A Jail In London. The Syracuse Herald, June 3, 1906. Elle se produit alors au Oxford Music Hall pour un salaire substantiel et affirme qu'elle a oublié de payer. Les accusations sont rejetées en appel. Fougère a la réputation de dépenser de l'argent rapidement.
En 1909, elle fait une apparition à Montréal qui choque et scandalise le public à cause de sa performance et de « l'affichage excessif de lingerie ». Un article de la Gazette de Montréal mentionne le lendemain que . Le directeur du théâtre dit à Eugénie qu'elle ne sera plus autorisée à réapparaître.
En 1912, son mari Albert Girault meurt à Mexico d'une attaque de typhus"México, Distrito Federal, Registro Civil, 1832-2005", database with images, FamilySearch, Alberto Girault, 1912 .
Fin de carrière Selon Gordon, elle revient sur scène, après une longue pause, en 1920 aux Ambassadeurs, aux côtés de la danseuse et actrice française Polaire. Sur la scène du théâtre Marigny, lors d'un championnat du monde de danses modernes organisé par le journal Comœdia, elle exécute pour la première fois en France une rumba, en duo avec un artiste cubain du nom d'Enrique (ou Ruiz) Madrid. Leur prestation leur vaut un prix. En 1926, ils vivent ensemble au 32 avenue des TernesRecensement de population, quartier des Ternes, 1926, Archives de Paris (vue 297) [note : Eugénie Fougère déclare être née en 1877 dans le Vaucluse].
Dans une interview avec Maurice Hamel en 1925, Eugénie Fougère se plaint de n'avoir plus d'engagements et de perdre sa fortune (des bijoux d'une valeur de lui ont été volés). En 1934, elle donne une autre interview à Hamel à Paris, dans un petit appartement dont les murs sont couverts de photographies, ayant ainsi créé son propre musée dans lequel elle se remémore sa riche carrière. Elle raconte qu'elle a eu beaucoup de difficultés pour corriger le faux avis de sa mort en 1903 quand elle a été confondue avec son homonyme.
En 1936, elle vit seule au 64 rue de LévisRecensement de population, quartier des Batignolles, 1936, Archives de Paris (vue 114) [note : il est indiqué qu'elle est née en 1887 dans le Vaucluse et qu'elle est une artiste de cinéma au chômage]. Elle joue un dernier rôle de vieille coquette dans le film Les Perles de la couronne de Sacha Guitry, sorti en . Le , deux semaines après la déclaration de guerre, son nom figure sur une liste d'artistes volontaires pour se produire sur scène, au profit d'autres artistes dans le besoin. Elle ne fait plus parler d'elle après cette date.
Établie 5 rue du Mont-Dore, elle meurt sous le nom d'Eugénie Fougère en 1946 à l'hôpital de la SalpêtrièreActe de décès , , Paris , Archives de Paris (vue 13/31) et est inhumée une semaine tard au cimetière parisien de Thiais ()Registre journalier d'inhumation, , cimetière parisien de Thiais, Archives de Paris (vue 30/31).
Postérité Le chanteur, artiste de variétés et entrepreneur dans le domaine du théâtre, Paulus, se souvient d'elle dans ses mémoires comme Pradels, Paulus; Trente ans de Café-concert, pp. 301-302.
Gordon note que la popularité d'artistes comme Eugénie Fougère . Elle a inspiré plusieurs danseurs, actrices et chanteurs célèbres de son époque, qui ont incorporé le style de danse « nègre » et africaine qu'elle a utilisé dans ses spectacles. Elle a également été l'une des pionnières des artistes burlesques music-hall et de théâtre.
Fougère a été représentée dans une peinture murale sur le toit du bar de l'hôtel Knickerbocker à Times Square à New York, quand il a rouvert en 2015, pour commémorer l'époque où l'hôtel était l'endroit le plus « chaud » de la ville, au début des années 1900If This Wall Could Talk, New York Daily News, April 26, 2015Our History, The Knickerbocker Hotel website (accessed 22 September 2017).
Notes et références
Bibliographie Bossy, Anne-Marie (2007). Les Grandes Affaires criminelles de Savoie, Romagnat: Éditions de Borée, Gordon, Rae Beth (2001). Why the French Love Jerry Lewis: From Cabaret to Early Cinema, Stanford (CA): Stanford University Press, Gordon, Rae Beth (2009). Dances With Darwin, 1875-1910: Vernacular Modernity in France, Farnham: Ashgate Publishing, Moore Merlan, Steven (1999). Satie the Bohemian: From Cabaret to Concert Hall, Oxford: Oxford University Press, Paliotti, Vittorio (2006). Storia della Camorra, Rome: Newton Compton editore Pradels, Octave (1907). Paulus: Trente ans de Café-concert, Paris: Societe d'edition et de publications
Liens externes
(Bibliothèque du Congrès).
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