Le mot peuple est une notion polysémique dont le sens varie selon le contexte. Il peut désigner : un « ensemble de personnes constituant une nation, vivant sur un même territoire et soumis aux mêmes lois, aux mêmes institutions politiques »peuple, sur le site cnrtl.fr.. Ici, le peuple est déterminé par la nation qu'il constitue, le territoire qu'il occupe et la soumission aux mêmes règles de droit c'est-à-dire par le droit du sol. un « ensemble de personnes qui, n'habitant pas un même territoire mais ayant une même origine ethnique ou une même religion, ont le sentiment d'appartenir à une même communauté ». Ici, le peuple n'est défini que par une culture, voire une tradition commune c'est-à-dire par le droit du sang. un « ensemble humain vivant en société sur un territoire déterminé et qui, partageant une même communauté d'origine selon le droit du sang, présente une homogénéité relative de civilisation et partage un certain nombre de coutumes et d'institutions communes ». Ici, le peuple est déterminé par un territoire selon le droit du sol et une culture qui lui sont propres, mais pas par la soumission aux mêmes lois.

Étymologie et histoire

Antiquité

Le mot peuple est issu du latin désignant l'ensemble des citoyens (), individus ayant le pouvoir de voter dans la constitution romaine, et qui s'oppose aux classes dominantes. Dans la Rome antique, populus désignait l'ensemble des citoyens romains. Cicéron écrit dans La République :

Plus précisément, le nom du peuple, populus, s'applique initialement au « peuple en armes » comme le germanique *fulkaz. C'est notamment ce que montre son dérivé populare (-ari) « dévaster »Jean Haudry, Sur les pas des Indos-Européens : Religion - Mythologie - Linguistique, Yoran Embanner, 2022, p. 155..

désigne aussi le peuplier en latin, peut-être parce que cet arbre était fréquemment planté ..

Les Grecs anciens distinguaient quatre nuances pour nommer ce que nous appelons aujourd'hui le peuple : / signifiant « famille, clan, tribu », / signifiant « peuple assemblé, foule », / signifiant « peuple du lieu, citoyens » et / signifiant « gens de même origine »Gilles Ferréol (dir.), Dictionnaire de sociologie, Armand Colin, Paris 2010, .

France d'Ancien Régime

On peut définir le peuple du temps de l'Ancien Régime par sa relation avec le roi. Ce dernier a pour obligation d'assurer la subsistance du peuple. Ainsi, de façon terre-à-terre, « c'est en veillant à la police des grains que le roi manifeste l'amour qu'il voue à son peuple en tant qu'il en est le père. » En contrepartie de cette obligation royale, le peuple doit se soumettre au roi, « c'est-à-dire être le plus discret possible, de ne pas apparaître sur la scène du royaume par le biais de revendications ou rébellions ». Ainsi, le roi, ou à un moindre niveau les élites politiques, sont l’incarnation politique du peuple, lui « réduit à un ventre ». Cette dernière constatation n'est pas que de la théorie politique : Jean-Claude Perrot relève, lors d'un Colloque d'histoire sociale à Saint-Cloud en mai 1967 organisé par Daniel Roche, l'épisode d'une « procession de la Pentecôte à Caen sous l'Ancien Régime, les malheureux auxquels étaient destinés les offrandes recueillies lors de la cérémonie n'y étaient pas présents. La ville célébrait ses pauvres en leur absence et en les remplaçant (les textes les répètent) par le prieur et les chanoines de l'hôpital ».

Au XVIIIe siècle, les dictionnaires définissent le terme de peuple de façon négative et excluante par rapport au reste de la société. Pour le Dictionnaire de Furetière en 1690, « le peuple se dit « plus particulièrement par opposition à ceux qui sont nobles, riches, ou éclairés » ». L'article « Peuple » écrit par de Jaucourt dans l'Encyclopédie évoque lui « la populace de Rome, qu'il ne faut pas confondre avec le peuple proprement dit ». Le chevalier de Jaucourt s'est inspiré des remarques et interrogations soulevées par l'abbé Coyer dans ses Dissertations pour être lues : la première, sur le vieux mot de patrie : la seconde, sur la nature du peuple pour construire cet article dans l'Encyclopédie. L'historienne Déborah Cohen synthétise ainsi la considération des élites sur le peuple durant ce siècle : « Il y a donc des entités sociales qui sont, qui existent positivement, et d'autres, comme le peuple, qui ne se définissent que de ne pas être. »

Dans « la quasi-totalité des discours de la première moitié du XVIIIe siècle » produits par les élites, le peuple y apparait seulement quand il est « marginal, c'est-à-dire voleur, gueux, mendiant ou vagabond. » En effet, « le corps du mendiant exhibe sa déchéance aux regards de tous », sortant de l’invisibilisation habituelle et alors souhaitée du peuple car il interpelle dans la rue pour demander de l’argent ou de la nourriture. Les marginaux sont alors décrits par les élites comme un problème d’ordre public, faisant « souffrir beaucoup d’incommodités aux Habitants » et à elles-mêmes quand elles circulent dans une ville, jusqu’à se plaindre de demandes avec insolence et de vols seuls ou en bande. Les mendiants sont alors mêmes désignés comme des ennemis de l’intérieur redoutables, des « Sujets étrangers à la Société », et sont l'objet d'appels à une répression plus importante de la part de l'administration et des forces de police royales par les auteurs d'ouvrages sur les conditions des mendiants« 1764 voit paraître le Mémoire sur les vagabonds et sur les mendiants de Le Trosne qui d'entrée précise bien le cadre dans lequel il se situe, notant que les vagabonds et les mendiants auxquels il s'intéresse constituent un problème « qui exige toute l'attention du gouvernement, et exige de sa part les mesures les plus promptes et les plus efficaces » » : citation de , dans laquelle se trouve une citation de . Parallèlement, il est prôné aux pauvres d’éviter « avec soin de manifester les choses qui pourraient les faire estimer, leur attirer l’honneur, et les distinguer du commun » et de souffrir « sans s’en plaindre et sans en murmurer, s’ils veulent marcher dans la voie du salut », vision sur cette frange de la société qui perdure jusqu'à la fin de l'Ancien RégimeIl est un devoir pour les pauvres « de s'abstenir des murmures qu'ils se permettent contre les riches, quelle que soit la dureté de plusieurs riches envers eux » : citation de .

Jusqu'au XIXe siècle environ, il faut globalement étudier des sources construites par les élites, groupe certes hétérogène mais pouvant se définir ensemble comme se considérant au-dessus du peuple, pour connaitre le peuple. Parallèlement et peut-être paradoxalement, « il y a d'une part une cécité forcée, physique, liée à la séparation des espaces dans lesquels évoluent les élites et le peuple. » S'ajoute à cette cécité une « cécité morale », concept d'Hannah Arendt développé dans son Essai sur la révolution et mobilisé par Déborah Cohen dans son ouvrage La nature du peuple : les élites ne comprennent pas et ne considèrent donc pas la vie et les souffrances du peuple car elles ne peuvent et ne parviennent pas à se comparer au peuple.

Définition du peuple par Mirabeau Au cours de la séance du des États généraux à la veille de sa constitution en Assemblée nationale, Mirabeau défend sa proposition d'adopter pour les députés le titre de représentants du peuple français en ces termes . :

Signification Ce terme désigne couramment un ensemble d'êtres humains vivant sur le même territoire ou ayant en commun une culture, des mœurs, un système de gouvernement. Ceux-ci forment à un moment donné une communauté partageant majoritairement un sentiment d'appartenance durable, une communauté de destins. Ce sentiment d'appartenance peut venir de l'une au moins de ces caractéristiques : un passé commun, réel ou supposé, un territoire commun, une langue commune, une religion commune, des valeurs communes, un sentiment d'appartenance.

Avec le développement des nationalités au Thiesse ., la notion peuple est liée à une construction politique : dans le droit fil de son étymologie latine, un groupe social reconnu comme « un peuple » se voit défini comme un groupe ayant des droits politiques spécifiques, voire le droit de former une nation souveraine. Par exemple, la Constitution de la République française indique ainsi que le « principe [de la République] est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple »Constitution du 4 octobre 1958 sur Légifrance., et la Charte de l'Atlantique entérine cette lecture en déclarant le « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ».

. Deux écoles, française (à partir du ) et allemande (à partir du début du ), y ont répondu différemment, suivant des critères reflétant les événements politiques et sociaux respectivement vécusGérard Noiriel .. . .

Qualification péjorative

En français, le terme de peuple peut avoir aussi une connotation péjorative, envers ceux qui y appartiendraient ou non. Il désigne alors : les personnes de condition modeste, par opposition aux catégories supérieures ou privilégiées par la naissance, la culture et/ou la fortune. les personnes appartenant aux classes « inférieures » et éventuellement moyennes de la société, par opposition à l'« aristocratie ». Par exemple, Hervé Bazin écrit en 1948 : « il y a aussi le peuple, qui fait si grossièrement fi de l'humanisme [...]. Le peuple, à qui fut accordé par les radicaux le privilège exorbitant d’avoir par tête de pipe autant de droits civils et politiques qu’un Rezeau, le peuple, non pas populus mais plebs, ce magma grouillant d'existences obscures et désagréablement suantes... Le peuple (à prononcer du bout des lèvres comme peu ou même comme peuh !) »Hervé Bazin, Vipère au poing, 1948, 113..

Dans le monde

Europe France

En France, dans l'esprit de la Constitution, le peuple est souverain.

L'article 3 de la Constitution du 4 octobre 1958 est ainsi rédigéArticle 3 de la Constitution du 4 octobre 1958 sur le site Légifrance. : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum. » « Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice. » « Le suffrage peut être direct ou indirect dans les conditions prévues par la Constitution. Il est toujours universel, égal et secret. » « Sont électeurs, dans les conditions déterminées par la loi, tous les nationaux français majeurs des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques. »

Royaume-Uni

République fédérale d'Allemagne

Italie

Espagne

Suisse

Autriche

Hongrie

Pologne

Autres pays

Amérique Canada

États-Unis La Constitution des États-Unis est introduite par la célèbre formule We the People (« Nous le Peuple »). Cette formule est devenue un symbole fort de la démocratie américaine, pourtant, la notion de peuple aux États-Unis a été évolutive. En effet, la République américaine se veut à l'origine une démocratie de grands propriétaires terriens et de gens lettrés des villes. Seules ces couches sociales participaient d'ailleurs effectivement aux affaires politiques nationales. Il faut attendre le pour que les classes populaires au sens large, puis les esclaves affranchis, intègrent cette notion de « peuple américain ».

Afrique

Asie

Océanie

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Gérard Bras, Les ambiguïtés du peuple, Plein feux éditions, 2008. Gérard Bras, Les voies du peuple. Eléments d'une histoire conceptuelle, Paris, Amsterdam, 2018. Présentation en ligne.

Gérard Noiriel, Population, immigration et identité nationale en France : -, Paris, Hachette, 1992, 190 p., . Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, Paris, Fayard, 2008, 606 p. Jocelyne Streiff-Fénart, Philippe Poutignat, Théories de l'ethnicité, Paris, PUF, , 1995 (rééd. 1999), 270 p. Anne-Marie Thiesse, La création des identités nationales - Europe -, Paris, Seuil, 1999 (rééd. , 2001), 311 p.