L'AMX-13 est un char léger français produit à (dont dans ) entre 1953 et 1985. Son châssis est décliné en plusieurs versions : char de combat, lance-missiles antichars, canon automoteur modèle F3 de calibre 105 ou , transport de troupes (AMX-13 VTT), AMX-13 VCI, postes de commandement, engins du génie, ambulance
Sa conception avec moteur et transmission placés à l'avant permet de monter sur un châssis de char léger des canons longs à grande vitesse initiale de calibre , puis , et même , ainsi que sa tourelle oscillante . Elle permet notamment de concilier, légèreté, petite taille, rapidité et puissance de feu.
Historique vignette|gauche|Un AMX-13 équipé de missiles antichars Nord SS.11. Un total de de ces engins furent reçus par l'armée française entre 1952 et leur retrait dans les années 1980. Dès l', l'état-major des armées françaises relance un programme de rééquipement de l'armée avec du matériel français. Une réunion décisive a lieu en pour définir les spécifications de nouveaux chars, et demande aux structures de production d'armement d'envisager trois types de matériels : un char principal de combat, un char léger, un véhicule blindé de reconnaissance.
En un avant-projet est émis par la direction des études et fabrications d'armement (DEFA) pour un char léger destiné à la reconnaissance et à la mission antichar. Peu à peu, le cahier des charges s'affine et s'avère être à contresens des développements des autres puissances qui alourdissent leurs nouveaux chars (T-10 en URSS, M 48 aux États-Unis, Centurion en Grande-Bretagne) dans le sens d'une protection renforcée et d'une puissance de feu accrue. Il se tourne délibérément vers un engin léger qui doit avoir : une forte puissance de feu ; une masse inférieure ou égale à pour être aérotransportable ; une très bonne mobilité ; une grande autonomie ; le châssis doit être polyvalent et doit pouvoir accueillir une gamme complète d'armement.
Le principe d'une tourelle oscillante est adopté et validé par la section technique de l'armée (STA), et en trois constructeurs sont mis en compétition : AMX, les Forges et chantiers de la Méditerranée (FCM), la Compagnie générale de construction de locomotives (Batignolles-Chatillon). Les avant-projets des trois constructeurs sont validés en , chaque constructeur devant présenter un prototype. Le char est prévu pour porter la tourelle de chez Fives-Lille équipée d'un canon long de calibre à haute vitesse initiale.
En , la société AMX remporte le marché. Cinq prototypes sont construits, mais l'exigence d'aérotransportabilité est abandonnée.
De février à les prototypes sont essayés en corps de troupe avec des tourelles ou . de présérie avec tourelle sont commandés.
En , le prototype est envoyé aux États-Unis pour concourir aux financements ouverts dans le cadre des offshore procurement programs, qu'il obtient.
Début 1951, le char est adopté sous le nom de « char de modèle 1951 » ou « char AMX-13 ». Au premier semestre 1952 les premiers exemplaires de série sont livrés au 8e régiment de hussards à Épernay. Des tests sont, par ailleurs, poursuivis en Afrique du Nord.
La firme Mathis est déclarée en faillite alors que son moteur, choisi à l'origine pour le blindé, demande encore une longue mise au point. Est alors adopté un moteur fabriqué par la Sofam (Société de fabrication d'armements et de moteurs), qui sera finalement produit par SAVIEM.
Les dernières mises au point et expérimentations durent jusqu'en 1955. Les modèles de série sortent de l'arsenal de Roanne (ARE) jusqu'en 1964, puis de chez Creusot-Loire à Chalon-sur-Saône. Une troisième ligne de montage est ouverte aux Forges et chantiers de la Méditerranée à la Seyne-sur-Mer. La fabrication se termine en 1985.
Description vignette|gauche|Chargeur automatique à tambour du second prototype, durant les essais a Aberdeen Proving Ground, 19 décembre 1950. Très original dans son concept, la coque de l'AMX-13 est entièrement soudée. Le conducteur est assis à l'avant gauche et dispose de trois épiscopes qui lui donnent une visibilité panoramique, et d'une trappe blindée d'une seule pièce qui s'écarte du côté gauche. Le moteur est placé à droite du conducteur. Il est à l'origine un moteur d'avion Mathis 8GB.20 à essence de horizontaux, développant à , et qui équipe notamment le Morane-Saulnier MS.730 et l'hydravion SCAN 30. Mais, avec la faillite de Mathis, il est remplacé par un Sofam GXB de à plat, développant à .. Le rapport poids-puissance est de par tonne. vignette|Moteur SOFAM GXB 8.
La tourelle oscillante FL-10 est placée à l'arrière du conducteur et du bloc moteur. Elle comprend une pièce longue de calibre .
Les suspensions sont à barre de torsion, avec un total de cinq galets de roulement, la poulie de tension étant à l'arrière et le barbotin à l'avant, trois rouleaux supportent la chenille sur le dessus. La suspension du premier et du cinquième galet de roulement est renforcée par un amortisseur hydraulique. La boite de vitesses est manuelle et possède cinq rapports avant et une marche arrière. Une boite automatique a été développée. Le différentiel est du type Cleveland. La direction et le freinage sont assurés par un système de bandes sèches et de bandes humides mise en œuvre par quatre leviers en fonction de l'effet à obtenir. Le système électrique est alimenté par de () et un générateur de .
L'AMX-13 n'a pas de capacité amphibie, ni de franchissement en eau profonde, ni de protection NBC.
Utilisation au combat
Guerre d'Algérie L'armée française utilise des AMX-13 de manière limitée pendant la guerre d'Algérie : en , 114 sont déployés..
Suez Le du étranger de cavalerie en renforcement du étranger de parachutistes met en œuvre des AMX-13 lors de la crise de Suez en 1956.
L'armée israélienne l'emploie durant la même campagne au sein de la blindée. L'AMX-13 est le premier char moderne de l'après-guerre qu'elle reçoit, la France étant le seul pays qui s'autorise à lui fournir des armes pour contrebalancer le poids de l'accord d'armement entre les Tchécoslovaques et les Égyptiens. En 1956 elle en possède 180, et les emploie comme chars de bataille faute de chars plus lourds.
République dominicaine L'AMX-13 est aussi utilisé lors de la guerre civile dominicaine aussi bien du côté loyaliste que du côté rebelle. Deux AMX-13 saisis par les rebelles sont détruits par les M50 Ontos de l'United States Marine Corps à la suite de l'intervention des États-Unis.
Guerre des Six Jours thumb|AMX 13 israélien passant à Tibériade vers la frontière syrienne, le 10 juin 1967. En 1967 lors de la guerre des Six Jours, Israël en possède environ 400 qui sont articulés en trois bataillons : le premier est employé contre les Jordaniens vers le sud en Cisjordanie dans la région de Taluzi, de Tubas et de Naplouse ; le deuxième est employé contre les Égyptiens et capture les points fortifiés qui protègent la bande de Gaza et la route côtière dans le nord de la péninsule du Sinaï ; le troisième est employé contre les Syriens et participe à l'attaque du plateau du Golan.
La leçon qui en est tirée est que l'AMX-13 n'est pas assez blindé et que son canon est trop faible. Des pertes importantes sont subies à Rafah et sur le col de Jiradi. Les israéliens décident alors de retirer leurs AMX-13 et de les vendre à Singapour en 1969.
Guerre indo-pakistanaise Lors de la deuxième guerre indo-pakistanaise en 1965, la blindée pakistanaise dotée de et M48 Patton américains est défaite lors de la , le . Elle est opposée à trois régiments de l'armée indienne, dont l'un, le de cavalerie, est équipé d'AMX-13. Cette bataille fut le plus grand engagement de chars depuis la Seconde Guerre mondiale.
Guerre civile libanaise Les AMX-13 sont très actifs dans et autour de Beyrouth pendant la guerre du Liban, de 1975 à 1990, aussi bien entre les mains de l'armée libanaise que dans celles des groupes armés belligérants : la plupart des AMX-13 de l'armée régulière libanaise tombent entre les mains des milices chrétiennes du Front Libanais, entre celles des musulmans du Mouvement national libanais (LNM), et entre celles de factions rebelles dissidentes telles l'Armée arabe libanaise (LAA), l'Armée du Liban libre (AFL), la milice Kataeb (KRF), les milices Tigre, les Forces libanaises (LF), l'Armée du Sud-Liban (SLA), le mouvement Amal, l'Armée populaire de libération.
Entre 1979 et 1981, la France livre à nouveau des AMX-13 à l'armée libanaise, et la plupart de ceux saisis par les factions sont restitués à l'armée libanaise entre 1990 et 1993. En , six d'entre eux servent à la constitution d'un brise-lames au large de Sidon avec d'autres véhicules militaires.
Sahara Occidental Le Maroc utilise ses AMX-13 pendant la guerre des Sables en 1963. Lors de la guerre du Sahara occidental contre le Polisario, il les utilise concurremment avec des SK-105 Kürassier, chars autrichiens également équipés d'une tourelle oscillante.
Fin de service en France thumb|Monument de char AMX-13 commémoratif à côté de la butte de Stonne. En France, au début des , environ sont en parc dans l'armée de terre française., et sont alors en cours de remplacement dans les régiments mécanisés par les AMX-30. Un escadron de . et des AMX-VCI restent en service jusqu'en 1990 au de chasseurs de la blindée. et au à Djibouti.
Variantes
Le modèle char de combat Les modèles de châssis Six modèles de châssis sont construits, dans l'ordre chronologique. : char AMX-13 (2A) : avec de roulement et la poulie de tension au niveau du sol ; char AMX-13 (2B) : avec de roulement et la poulie de tension surélevée ; char AMX-13 (2C) : avec la tourelle FL-10 et deux rouleaux supports de chenille ; char AMX-13 (2D) : avec supports de chenille ; char AMX-13 (2E) : avec supports de chenille et un canon de ; char AMX-13 (2F) : avec supports de chenille et un manchon anti-arcure sur le canon.
AMX-13 canon de 75 Modèle 1951 thumb|AMX-13-75 Modèle 51 au Musée des Blindés de Koubinka. C'est le premier modèle d'AMX-13 en service. La tourelle de l'AMX-13 est armée avec un canon semi-automatique de (CN-75 SA 50)www.chars-francais.net, 1954 EBR Panhard mod55 inspiré du canon de long KwK 42 L/70 du Pzkw V Panther. Il est doté d'un obus perforant de d'une vitesse initiale de Ingénieur général de l’armement Michel Marest et ingénieur en chef de l’armement (retr.) Michel Tauzin, L'armement de gros calibre, T.9, Comhart : Comité pour l’histoire de l’armement terrestre, T.9, 2008, et 137. Il est alimenté par un système original de barillets rotatifs d'une capacité de six obus chacun. Ce système permet d'économiser un membre d'équipage spécifique pour recharger le canon. En revanche, une fois les douze projectiles tirés, le retour à l'arrière est nécessaire pour compléter les barillets.
AMX-13 FL 11 En 1954, à la fin de la guerre d'Indochine, les matériels blindés sont tous d'origine américaine ou britannique datant de la Deuxième Guerre mondiale et leur usure se fait passablement sentir. C'est pourquoi, l'armée française envisage d'adopter un AMX-13 avec la tourelle doté du canon de de l'EBR. Cette tourelle a l'avantage de ne pas posséder le système à barillet. Une commande est passée pour cinq puis vingt exemplaires. Seuls les cinq premiers sont livrés et mis en service au à Oujda, puis sont cédés au Maroc à la suite de l'indépendance de ce pays.
AMX-13 avec tourelle de M24 Chaffee