Didier Jourdeuil, dit Leautey né le à Mussy-l'Évêque (aujourd'hui un hameau de Charleville-sous-Bois en France) et mort le à ParisParis, État civil reconstitué, vue 25/51., est un révolutionnaire français.
Didier Jourdeuil fut huissier à Arpajon avant de venir à Paris après 1790.
Les massacres de septembre
Nommé huissier à verge près le tribunal de la section de Marseille en 1792, il fut appelé par Étienne-Jean Panis à siéger à la Commune de Paris lors du 10 août et devint administrateur de police. Il a raconté aux membres de la section du Théâtre français qu'il fut « l’un des soldats conquérants de la Liberté contre les tyrans et les traîtres autrichiens des Tuileries », et que « dans la chaleur de l’action, il s'était retiré dans la cour de l’hôtel de Marsan, était monté sur un cheval et avait parcouru la capitale pour engager les citoyens à se diriger vers les Tuileries et à y envoyer des munitions pour le siège du château ». Cette déclaration était en réponse à une suspicion de vol d'un cheval dans la cour des TuileriesAprès avoir un peu hésité Lebois, Momoro et Defavanne l'autorisèrent à garder le cheval qu'il avait emprunté. Voir A. Tuetey, Répertoire des sources manuscrites de l'Histoire de Paris pendant la Révolution, tome IV ().
Comme membre du Comité de surveillance de la Commune de Paris, il signa de nombreux ordres d'arrestationsTuetey, op. cit., V, , etc. et fut accusé d'avoir favorisé les massacres de Septembre pour avoir cosigné la circulaire enjoignant aux provinces d'imiter Paris.
Le , la Convention reçut une adresse du Comité de surveillance de la Commune, signée Jourdeuil, Deforgues, Duffort et Lenfant, « à l’effet de se disculper des accusations de malversations qui pèsent sur eux ». Ils ne convainquirent pas les députésA. sée, op. cit..
Sans fortune en 1789, Didier Jourdeuil serait, selon des bruit persistants, devenu fort riche, au point de pouvoir acheter, en l'an IV, en indivision avec son ami Louis François Henrion, le vaste couvent des Filles du Saint-Sacrement, situé rue Cassette , dans l'actuel . Ce bâtiment auquel on accédait par une grande porte cochère sur rue comprenait l'église des cours et bâtiments conventuels dont un plus grand situé entre la cour et le grand jardin planté d'arbres fruitiers et de tilleuls. Sentant le vent tourner, les deux compères se hâtèrent de revendre ce bien monumental deux ans plus tard. Jourdeuil acquit alors des terres dans le département de l'AubeOlivier Blanc, La corruption sous la Terreur, Paris, 1992, et 64, qui utilise les archives notariales (Et.VIII/383) pour le 3 prairial an VIII, etc..
Membre du Tribunal révolutionnaire Appelé le à siéger au Tribunal révolutionnaire comme juréLettre de Jourdeuil de la section de Marseille au ministre de la justice acceptant la mission de juré du tribunal révolutionnaire, en date du 27 mars 1793. jusqu'au suivant. Il présida à l'installation de Fouquier-Tinville et intervint dans la nomination d'autres jurés parmi lesquels son collègue Pierre Jacques Duplain. Ils contribuèrent à l'acquittement de Marat et du général Miranda, qui était un des principaux agents de l'Angleterre, un temps dissimulé dans l'armée de Dumouriez, où il multipliait les défaites, et qui fut acquitté grâce à la distribution de très fortes sommes d'argent parmi les jurésOlivier Blanc, La corruption sous la terreur, Paris, 1992. À cette occasion Jourdeuil déclara : J'ai reconnu dans Miranda le philosophe le plus éclairé, l'ami le plus sincère de la Révolution, le père des soldats, le défenseur de l'opprimé et je me suis dit plusieurs fois : si la république n'avait eu que des généraux semblables à Miranda, les despotes n'existeraient plus, nos intérêts les plus secrets n'auraient jamais été compromis..."Buchez et Roux, Histoire parlementaire de la Révolution française, tome XXVII, .. En revanche il vota pour la mort du général Miaczynski et du colonel Devaux, accusés de complicité avec Dumouriez. Jourdeuil qui avait une place dans l'administration du ministère de la guerre fut remplacé le .
Suspect Le , il fut ensuite nommé adjoint du ministre de la Guerre général Jean-Baptiste Bouchotte comme chef de bureau à la division, et déploya dans cette fonction une grande activité. Il avait fait donner, le 13 novembre suivant, une commission secrète au citoyen Hyver, chargé de conduire hommes de l'armée du Nord à celle de l'Ouest. Celui-ci ne pouvant accomplir complètement sa mission, il fut remplacé par un certain Houblon, qui avait en même temps l'ordre de l'arrêter. Hyver disparut alors, sans que les recherches de la Convention permissent de le retrouver. Accusé de l'avoir fait enfermer dans les prisons de Cambrai puis fusiller, Jourdeuil fut arrêté et envoyé aux Carmes le sur ordre de Robespierre, mais remis en liberté le même jour par le Comité de sûreté générale.
Traduit après la journée du prairial an III devant le tribunal criminel d'Eure-et-Loir en exécution du décret du 13 prairial an III (), il fut interrogé par le président du tribunal dans la prison de Chartres le 25 prairial (), interrogatoire au cours duquel il affirma avoir fait toutes les recherches possibles pour retrouver Hyver. Il bénéficia de l'amnistie générale du et fut libéréAdrien Sée, qui a étudié à fond son dossier et les éléments s'y rapportant, entre autres aux archives de la préfecture de police (APPP, vol.266/282/V le 10 messidor an III), explique comment il a pu échapper au sort que sa section réclamait pour lui, in Les accusés de Chartres, Didier Jourdeuil, Beauvais, 1911..
Sous le Consulat et le Premier Empire
Assesseur du juge de paix du arrondissement, il fut arrêté après le coup d'État du 18 brumaire et condamné à la déportation par arrêté des Consuls du 20 brumaire an VIII () mais, grâce à la protection particulière de Fouché, obtint l'autorisation d'y rester sous la surveillance de la police.
Après l'attentat de la rue Saint-Nicaise, il fut compris sur la liste de proscription du 15 nivôse an IX (). L'arrêté des consuls visait à mettre sous surveillance spéciale plusieurs septembriseurs notamment Jourdeuil, Joachim Cayrat, Rossignol, Fournier l'Américain, Gaspard, Jolly, Legros, Marlet, Monneuse, Prévost, Gallebois saint-Amand et autres. Il se serait "soustrait" à la déportationErnest D'Hauterive, La police sous le Consulat et le premier Empire, tome I, et passa pour être mort peu de temps après. Cependant, il s'avéra qu'il se cacha au Havre sous le nom de sa femme. Sa retraite fut dénoncée en 1816 par un de ses débiteurs auquel il avait prêté de l'argent. On perd sa trace ensuite.
Notes
Sources Adrien Sée, Les accusés de Chartres; Didier Jourdeuil; Les massacres de septembre; la mission du citoyen Hyver, Beauvais, 1911. Jules Michelet, Histoire de la Révolution françaisePhilippe Buchez, Prosper-Charles Roux, Histoire parlementaire de la Révolution française, Paris, Paulin, 1837, tome 35, A. Roullier, « Jourdeuil (Didier) », in Jean-Chrétien Ferdinand Hoefer (dir.), Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Paris, Firmin Didot frères, 1861, tome 27, Choix de rapports, opinions et discours prononcés à la tribune nationale depuis 1789 jusqu'à nos jours'', Paris, Alexis Eymery, 1821, tome XVII,
Catégorie:Naissance en avril 1760 Catégorie:Naissance dans la province de Lorraine Catégorie:Membre de la Commune de Paris (Révolution française) Catégorie:Membre du Tribunal révolutionnaire Catégorie:Décès en mai 1843 Catégorie:Décès dans l'ancien 6e arrondissement de Paris Catégorie:Décès à 83 ans