La défense sicilienne est une des ouvertures les plus jouées du jeu d'échecs. Populaire auprès des joueurs de tous niveaux, elle s'obtient après les coups 1. e4 c5.

Historique Elle remonte à l'ouvrage de Giulio Cesare Polerio vers 1590 et reçut apparemment son nom du joueur italien Gioachino Greco, qui l'étudiait déjà au . Elle ne figurait pas, à la différence de la partie espagnole et de la partie italienne, dans le Manuscrit de Göttingen, ni dans le Traité de Lucena, deux ouvrages qui rassemblaient l'essentiel du savoir échiquéen à la fin du I.A. Horowitz, How to win in the chess openings, Cornerstone Library, New York, 1961.. De ce point de vue, la défense sicilienne peut être considérée comme un raffinement de la théorie échiquéenne naissante à cette période.

Aux origines de la défense sicilienne, le coup 2... Cc6joué systématiquement par Louis-Charles Mahé de La Bourdonnais lors des siciliennes où Alexander McDonnell n'avait pas joué 2. f4 (75 % des cas) mais 2. Cf3 (25 % des cas). (code ECO B30-B39), qui mène à la variante classique après 5...d6 (codes ECO B56 à B69) était jugé le plus naturel. Les Noirs développaient rapidement leur aile Dame, en prélude à une action éventuelle sur la colonne c par la Tour a8. L'aile Roi était développée plus tardivement.

L'autre coup naturel 2...e6Carl Jaenisch avait indiqué aux pages 25 et 26 de son Chess Preceptor que ce coup était à préférer à 2...Cc6. (code ECO B40-B49) pouvait transposer avec 2...Cc6 après la continuation populaire 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 Cc6 (Sicilienne des quatre cavaliers), mais pouvait aussi mener à des variantes indépendantes telles que la sicilienne Kan (codes ECO B40-B43).

Le coup, apparu tardivement, 2...d6 (codes ECO B50 à B99) a supplanté en popularité le coup de Cavalier des origines ; la variante du dragon date des années 1900 et la variante Najdorf des années 1940. Avant les années 1970, il était rare qu'un joueur de 1. e4 évite 2. Cf3 et 3. d4, ce qui fait qu'il était possible de bâtir un répertoire entier autour de la variante Najdorf, à l'instar de Bobby FischerAndrew Soltis, Opening ideas and analysis for advanced players Vol. 1, Chess Digest, , ..

Description Elle appartient aux débuts semi-ouverts et est très utilisée face au coup blanc 1. e4.

L'idée principale de la défense sicilienne est d'opposer à l'avantage d'espace des blancs au centre et à l'aile roi un contre-jeu actif à l'aile dame, retardant souvent le petit roque. Depuis plusieurs décennies, elle est très populaire, car elle offre aux noirs de réelles chances de gain sans devoir se contenter de l'égalisation., tandis que d'autres ouvertures, comme la défense russe, limitent certes les chances des blancs mais offrent moins de perspectives de victoire aux noirs. La sicilienne conduit à un jeu très dynamique et offre des possibilités de victoire aux deux camps, ce qui plaît généralement aux joueurs de club.

Cette ouverture, l'une des plus étudiées sur le plan théorique, contient de très nombreuses variantes.

Elle s'impose dans tout répertoire d'ouvertures d'un joueur avancé. Selon le GMI Svechnikov, « aucun joueur ne peut devenir champion du monde s'il n'inscrit pas dans son répertoire la défense sicilienne Evguéni Svechnikov, Gagner contre la défense française (2005), Échecs Payot, 111. » Dans son livre Maîtriser les ouvertures volume 4pp. 362 & 368., John Watson avance que cette ouverture n'est pas adaptée pour les joueurs de moins de 1700 Elo car cela impliquerait presque toujours de .

Variantes Cette ouverture menant à un très vaste ensemble de positions aux possibilités différentes, elle occupe beaucoup de place dans le code ECO. En effet, elle regroupe tous les codes de [B20] à [B99].

On classe les nombreuses variantes en deux groupes principaux : les « siciliennes ouvertes », où les blancs ouvrent rapidement le centre par Cf3 et d4, et les « anti-siciliennes ».

Variantes ouvertes (avec 2. Cf3 et 3. d4)

a) Avec les cavaliers noirs en c6 et f6 (Cc6 et Cf6), sans ...g6 et sans ...e5 : la sicilienne des quatre cavaliers (B45) : 1. e4 c5 2. Cf3 Cc6 (ou e6) 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 e6 (ou Cc6) (elle peut transposer dans la Variante Svechnikov, après 6. Cdb5 d6 7. Ff4 e5 8. Fg5; la transposition a pris un coup de plus, puisque les noirs ont joué ...e6, ...e5 et les blancs Ff4, Fg5. sous-variante : la variante cobra classique 1. e4 c5 2. Cf3 e6 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 Cc6 6. Cdb5 Fc5 la sicilienne classique (B56 à B69) : 1. e4 c5 2. Cf3 Cc6 (ou d6) 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 d6 (ou Cc6) sous-variante : l'attaque Richter-Rauzer (B60 à B69) : 6. Fg5 sous-variante : l'attaque Sozine (B57 et B86-B89) : 6. Fc4 sous-variante Boleslavski (B58-B59) : 1. e4 c5 2. Cf3 Cc6 (ou d6) 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 d6 (ou Cc6) 6. Fe2 e5

b) Avec ...g6, le pion e reste en e7Le coup ...g7-g6 étant joué, avancer le pion e7 dans l'ouverture serait inutile, voire contre-productif : la variante du dragon (B70 à B79) : 1. e4 c5 2. Cf3 d6 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 g6. la variante du dragon accéléré, aussi appelée variante anti-RauzerNikolaï Mikhaïlovich Kalinichenko (sous la direction de), préface d'Anatoli Karpov, Encyclopedia Modern Chess Openings (EMCO) : Sicilian Defence, Schmidt Schach, 1996, , p. 211. (B34 à B39) : 1. e4 c5 2. Cf3 Cc6 3. d4 cxd4 4. Cxd4 g6. sous-variante : le système Maroczy (B36 à B39) : 5.c4. le pseudo-Dragon, variante ainsi dénommée par John Nunn dans Beating the Sicilian : 1. e4 c5 2. Cf3 Cc6 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 g6 la Sicilienne Drag-Dorf : 1.e4 c5 2.Cf3 d6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3 g6 6.Fe3 Fg7 7.f3 a6

c) 2...Cc6 et le coup ...e7-e5 : la variante La Bourdonnais (B32) : 1. e4 c5 2. Cf3 Cc6 3. d4 cxd4 4. Cxd4 e5 sous-variante : la sicilienne Kalashnikov (B32) : 5. Cb5 d6 la variante Svechnikov (B33) : 1. e4 c5 2. Cf3 Cc6 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 e5 la variante Boleslavski (B58-B59) : 1. e4 c5 2. Cf3 Cc6 (ou d6) 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 d6 (ou Cc6) 6. Fe2 e5

d) 2...Cc6 et la Dame noire excentrée : la variante Flohr (B32) : 1.e4 c5 2.Cf3 Cc6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Dc7 la variante Goufeld : 1.e4 c5 2.Cf3 Cc6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Db6Nigel Davies (joueur d'échecs), Taming the Sicilian, Everyman Chess, 2002, , p. 124.

e) le complexe ...d6 et ...a6 sans ...Cc6 : la variante Najdorf (B90 à B99) : 1. e4 c5 2. Cf3 d6 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 a6. l'attaque anglaise (B80) : 1. e4 c5 2.Cf3 d6 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 e6 6. Fe3 a6, (suivi de Dd2, f3 et g4) la sicilienne Paulsen-Scheveningue (B84-B85) : 1. e4 c5 2. Cf3 e6 (ou d6) 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 d6 (ou e6) 6. Fe2 a6Il n'y a pas consensus quant à cette appellation (voir l'article correspondant)

f) le complexe ...e6 et ...d6 sans ...a6 : la variante de Scheveningue (B81-B83) : 1. e4 c5 2. Cf3 d6 (ou e6) 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5.Cc3 e6 (ou d6) sous-variante : l'attaque Keres : 6. g4 sous-variante : l'attaque Sozine (B86-B89) : 6. Fc4

g) le complexe ...e6 et ...a6 sans ...d6 : la sicilienne Kan (B41-B43) : 1.e4 c5 2.Cf3 e6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 a6 la variante Taïmanov (B46-B49) : 1.e4 c5 2.Cf3 e6 (ou Cc6) 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cc6 (ou e6) 5. Cc3 a6.

h) les variantes anti-Najdorf (et anti-Dragon) : la variante Tchekhover ou Hongroise (B53) : 1. e4 c5 2. Cf3 d6 3.d4 cxd4 4. Dxd4 la variante Prins : 1. e4 c5 2. Cf3 d6 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. f3Sergueï Kasparov, Steamrolling the Sicilian: Play for a Win With 5.f3!, New in Chess, 2013, .

i) la variante Kupreïchik avec 5...Fd7 : 1. e4 c5 2. Cf3 d6 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 Fd7. Un coup assez rare et neutre, presque un coup d'attente, avec ensuite possibilité de fianchetto par g6, e.g. 6. Fe2 g6, même si l'immédiate attaque par 7. h4 est envisageable.

Déviations noires au second coup après 2. Cf3 Après ces variantes, la suite 3. d4 n'est pas forcément le meilleur coup : la variante du dragon hyper accéléré : 1. e4 c5 2. Cf3 g6. la variante O'Kelly : 1. e4 c5 2. Cf3 a6 la Sicilienne Nimzowitsch ou Rubinstein 1. e4 c5 2. Cf3 Cf6 la variante Quinteros : 1. e4 c5 2. Cf3 Dc7 la variante dénommée d'après : 1. e4 c5 2. Cf3 b6.

Anti-siciliennes Au choix des Blancs, on peut trouver : Les variantes avec 2. Cf3 et 3. Fb5 : L'attaque Rossolimo (B30-B31) : 1. e4 c5 2. Cf3 Cc6 3. Fb5 La variante de Moscou (B51-B52) : 1. e4 c5 2. Cf3 d6 3. Fb5+ La sicilienne des deux Cavaliers : 1. e4 c5 2. Cf3 e6 3. Cc3, ordre de coups qui permet d'éviter, entre autres, la variante tendue 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 Fb4 6. e5Nigel Davies (joueur d'échecs), Taming the Sicilian, p. 134. La variante Keres : 1. e4 c5 2. Ce2 Le système Kopec (B50) : 1. e4 c5 2. Cf3 suivi de 3. c3 et 4. Fd3 La variante Alapine (B22) : 1. e4 c5 2. c3 La sicilienne fermée (B23-B26) : 1.e4 c5 2.Cc3 Cc6 (ou d6 ou g6) 3. g3 L'attaque grand prix (B21 et B24) : 1. e4 c5 2. f4 (ou 2. Cc3 Cc6 3. f4) La variante Staunton-Cochrane 1. e4 c5 2. c4 peut transposer dans une anglaise symétrique, ou dans d'autres ouvertures comme le système Maróczy sous-variante : la variante Gloria (B20) 1.e4 c5 2.c4 d6 3. Cc3 Cc6 4. g3 Joel Benjamin & Eric Schiller, Unorthodox Openings, Macmillan Publishing, 1987, , p. 146. autre sous-variante : la variante Kramnik : 1. e4 c5 2. Cf3 e6 3. c4 (B40-B44) L'attaque est-indienne : elle peut débuter par 1. e4 c5 2. d3, mais aussi 1. e4 c5 2. Cf3 suivi de 3. d3, ordre de coups qui peut engager 2...e6 ou 2...d6 de la part des Noirs, ce qui serait pratique pour les BlancsAngus Dunnington, The King’s Indian Attack, Batsford, 1993, , p. 17. La variante Snyder : 1. e4 c5 2. b3, More Unbeatable Chess for Juniors, McKay Chess Library for Kids, 2005, , pp. 213-226. La variante SteinitzNikolaï Mikhaïlovich Kalinichenko (sous la direction de), EMCO : Sicilian Defence, p. 35. ou LDL (Lasker-Dunne Lineappellation donnée par Alex Dunne, selon John L. Watson et Eric Schiller dans leur livre Handbook of Tricky Opening Strategies in Chess (Hardinge Simpole Publishing, 2004, , p. 141).) ou variante du fianchetto-roi, The Offbeat Sicilian : Unorthodox Ways to Win with White, Chess Enterprises, 1990, , p. 31.: 1. e4 c5 2. g3 où les Blancs cherchent à jouer une sicilienne fermée sans Cc3, ce qui leur procurerait l'option intéressante de jouer c2-c3Joe Gallagher, Beating the Anti-Sicilians, Batsford, , p. 136. Le gambit de l'aile (B20) : 1.e4 c5 2.b4 Le gambit Morra (B20) : 1.e4 c5 2.d4 cxd4 3.c3 L'attaque Bowdler ou variante Philidor (B20) : 1.e4 c5 2.Fc4?! 2…e6 3.Cf3 Cf6 4. e5 d5 2…e6 3.c3 La variante Kovalenko 1. e4 c5 2. Fe2!? également appelée système Zébulon qui a des affinités avec le "big clamp". La variante 1. e4 c5 2. Ca3!? utilisée par Vadim Zviaguintsev pour gagner contre Aleksandr Khalifman et Ruslan Ponomariov, deux anciens champions du monde FIDE, et employée avec succès en 2018 par Magnus Carlsen lui-même contre Nico Georgiadis. La variante 1. e4 c5 2. a3?! dénommée d'après le Maître international Ariel Mengarini. La variante ZébulonGagner avec Zébulon, un système original contre la Sicilienne, 2024, et Le système Zébulon, 2025 ., un système (1.e4 c5 puis f4, Fe2, Cf3, d3, c3 et souvent Ca3-c2, 0-0, et Fe3) censé améliorer le "big clamp".

Comparaison avec les grands compositeurs musicaux Dans son livre World Champion OpeningsCardoza Publishing, 1997, , pp. 109-110., Eric Schiller compare la variante Najdorf à Piotr Ilitch Tchaïkovski, la variante du dragon à Richard Wagner, la sicilienne classique à Franz Schubert, la variante de Scheveningue à Ludwig van Beethoven et la sicilienne Kan à Hector Berlioz. C'est d'autant plus notable que Schiller a étudié la direction musicale à Vienne, Salzbourg et Hancock (Maine). Il était un habitué des répétitions du New York Philharmonic Orchestra.

Principales variantes : leur code ECO

Quelques anti-siciliennes : variante Alapine : B22 sicilienne fermée : B23-B26

2...Cc6 : B30-B39 attaque Rossolimo : B30-B31 variante La Bourdonnais & Sicilienne Kalashnikov : B32 sicilienne Sveshnikov : B33