Musicæ sacræ disciplina est une encyclique du pape Pie XII concernant la musique sacrée catholique, publiée le .
La publication de cette encyclique fut étroitement liée au Congrès international de musique sacrée, tenu depuis 1950.
Histoire thumb|upright=1.2|Pape Pie XII en 1954.
Sous le pontificat de Pie XII, l'encyclique Mediator Dei qui réglait les principes de la liturgie de l'Église, y compris la musique sacrée, était déjà parue en 1947.
Le se caractérisait par ailleurs par l'avancement des études scientifiques de ce domaine, d'après celles des éditions critiques, même parmi les musicologues catholiques, tel le directeur de l'Institut pontifical de musique sacrée, Higinio Anglés. Cette amélioration scientifique de la connaissance était notamment amplifiée avec deux fois des Congrès internationaux de musique sacrée, commencés en 1950 par Higinio AnglésAinsi, l'identification du chant vieux-romain, ancien chant papal avant le chant grégorien, fut présentée à Rome par un musicologue allemand Bruno Stäblein, lors du premier congrès en 1950., et retenu à Vienne en 1954 sous la gestion de Franz Kosch. Il fallait répondre à cette évolution de connaissance.
D'ailleurs, Musicæ sacræ disciplina apparut à la suite de ce deuxième congrès à Vienne, consacré au anniversaire du motu proprio du pape saint Pie X, Inter pastoralis officii sollicitudes ainsi qu'à la mise en œuvre de l'Édition Vaticane.. On comprend que le Saint-Siège dut examiner le code juridique présenté par ce prédécesseur en 1903, après 50 ans d'existence.
Article Introduction L'encyclique commence avec l'explication des objectifs de ce document. Comme la musique sacrée et son ordonnance restent un sujet du plus vif intérêt, Musicæ sacræ disciplina souhaite conduire, avec l'étude méthodique, non seulement les ministères de l'Église, mais aussi tout ce qui concerne l'exécution de cet art sacré, y compris les musiciens. Il s'agit également d'un renouvellement du « code juridique de la musique sacrée » du pape saint Pie X (Inter pastoralis officii sollicitudes (1903)) avec plusieurs évolutions ayant pour but d'adapter les instructions aux besoins et aux conditions de l'époque..
I. Étant donné que, selon la Bible, Dieu créa les hommes « à son image et à sa ressemblance », il est normal que la musique sacrée possède sa caractéristique distinguée de sorte qu'elle puisse procurer aux hommes les joies de l'âme et la récréation de l'esprit. Un texte de saint Augustin d'Hippone est cité : « C'est pour leur rappeler cette grande réalité que la libéralité de Dieu a accordé même aux mortels doués d'une âme raisonnable, la musique qui est la science et l'inspiration des modulations. » (De l'ordre, tome I, 2, PL XXXIII).
L'encyclique recense, dans l'Ancien Testament et le Nouveau Testament, plusieurs exemples qui montrent que la musique participe au culte divin, quel que soit le temps, quel que soit le lieu : thumb|upright=1.2|Myriam dansante, avec le tambourin. Chant de la victoire de Myriam (Livre de l'Exode, XV, 1 - 21) ; « Soyez remplis de l'Esprit-Saint, récitant ensemble des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels. » (Épître aux Éphésiens, V, 18) ; « Lorsque vous vous réunissez, quelqu'un de vous a-t-il un cantique à faire entendre. » (Première épître aux Corinthiens, XIV, 26)et le resteVoir aussi ..
Deux expressions musicales, celle du chant grégorien et celle de la Polyphonie, suivent, avec la création de la Schola cantorum à Rome. Selon la connaissance de l'époque, les recueils du chant grégorien étaient encore attribués à saint Grégoire le Grand († 604). L'encyclique explique que l'usage du chant romain devint de plus en plus universel en Occident, à partir de ce chant. On ajoute aussi la pratique de l'hymne, parfois en langue vulgaire..
Pour conclure, le document accentue le rôle important des souverains pontifies en faveur de l'évolution des connaissances sur ce sujet, à partir de la réforme issue du concile de TrenteÀ la suite de la réforme protestante, le concile de Trente commença la Contre-Réforme. Et il y avait deux principales évolutions. En 1570, le pape Pie V fit sortir un nouveau missel romain grâce auquel les textes de la messe furent, pour la première fois, fixés. Avec ce livre, le Vatican fit supprimer séquences dont les textes demeuraient non bibliques et employées souvent sans autorisation concrète, sauf seules quatre œuvres de qualité. Puis, le premier cérémonial de l'Église, cérémonial de Clément VIII, fut sorti en . Ce dernier était un grand guide de la liturgie catholique, qui possédait une immense influence. Cependant, dans ce livre, la liturgie locale était encore admise. C'était la réforme du pape saint Pie X qui effectua une véritable intégration de liturgie catholique dans toute l'histoire de l'Église catholique en créant l'Édition Vaticane, après celle de Charlemagne. jusqu'à nos jours. Après le concile, l'encyclique (1749) de Benoît XIV, préparant le grand jubilé 1750, est mentionnée. Il s'agirait l'Annus qui hunc, dénoncée le Date selon Una voce n'est pas correcte ; il s'agit du 19 février 1749.. Ses successeurs le suivirent sur ce chemin (Léon XII, Pie VIII, Grégoire XVI, Pie IX et Léon XIII). Puis, l'encyclique distingue nettement la réforme commencée par Pie X († 1914), une véritable restauration de la musique sacrée de l'Église, avec de nouvelles disciplines et règles selon la tradition ancienne. Aussi la constitution apostolique Divini cultus sanctitatem (1928) de Pie XI ainsi que l'encyclique Mediator Dei (1947) de Pie XII ne sont-elles autre chose que la confirmation et le développement de la réforme de saint Pie X.
II. À la suite de l'explication historique, l'encyclique présente ses conseils apostoliques, théoriquement et théologiquement. Elle confirme d'abord que ses règles fondamentales ne sont pas différentes de celles des arts sacrés en général. Confronté aux manifestes jugés offensants de quelques artistes, le Saint-Siège confirme que l'art sacré demeure issu de Dieu et que sa fonction est la louange. D'où il s'ensuit que cet art de splendeur, soumis à la loi de Dieu, se distingue de « l'art pour l'art.. » Plus précisément, l'art religieux existe pour aider les fidèles à élever pieusement leur esprit vers Dieu. C'est pourquoi les auteurs de l'art sacré doivent rester fidèles à leur pratique, en bénéficiant des dons reçus du Créateur. Ainsi l'Église leur donne-t-elle l'honneur et leur création d'après la foi est toujours soutenue par les ministères apostoliques..
Avec l'encyclique, le Saint-Siège considère que, parmi tous les arts sacrés, la musique liturgique demeure au premier rang, étant donné que celle-ci touche le culte divin lui-même dans la liturgie. On cite un texte de saint Augustin, afin d'expliquer, dans cette optique, la splendeur des chants exécutés d'une voix claire et appropriée :
Par ailleurs, on attribue encore l'importance de la musique sacrée, maintenant, à celle de langue vulgaire, en soulignant sa fonction catéchétique. Ce type de musique sacrée est, donc, recommandé notamment aux enfants et jeunes, ou bien au foyer de la famille chrétienne, de telle sorte que la joie de la foi soit spirituellement répartie.
Le document conclut : comme les exécutants demeurent, quelle que soit leur fonction, «ministres du Christ Seigneur et ses collaborateurs dans l'apostolat », il leur faut reconnaître la dignité du chant sacré jusque dans leurs mœurs et dans leur vie.
III. Le chapitre III précise ses disciplines en faveur de chaque répertoire de la musique sacrée de l'Église. Celui-ci confirme d'abord les critères concrets du pape Pie X, surtout la sainteté et l'universalité.Voir aussi, ce texte en 1895 : la musique sacrée, par son étroite union avec la liturgie et avec le texte liturgique, doit posséder au plus haut degré ces vertus : sainteté, vérité de l'art et l'universarité. (Inter pastoralis officii sollicitudes - Lettre pastorale sur le chant de l'Église (1895)).
D'après ces critères, l'encyclique souligne, bien entendu, la splendeur du chant grégorien en tant que chant universel de l'Église. Aussi recommande-t-elle l'exécution selon la version ancienne et authentique, dans laquelle la mélodie originale est étroitement liée au texte sacré en latin, paroles de Dieu. Encore faut-il l'exécuter avec soin, à savoir avec fidélité, dignité et piété. Car, le Saint-Siège considère que ce chant par excellence exprime, lorsqu'il est correctement chanté avec son universalité, l'émerveillement de la foi chrétienne dans le monde entier, dans toutes les églises catholiques. D'autre part, le Saint-Siège, sachant que l'exécution en texte traduit n'est pas possible, charge les ministres de faire comprendre les paroles en bénéficiant des œuvres de qualité en langue vulgaire - 6.
Ce document de 1955 se distingue encore par son appréciation d'anciens chants monodiques européens. Il s'agit, soit des chants qui suivent le rite ambrosien, le rite gallican, le rite mozarabe, soit de ceux du rite byzantin. Notamment le Saint-Siège recommande ces derniers, en chargeant l'Institut pontifical de musique sacrée et l'Institut pontifical oriental des études plus approfondies..
Vraiment appréciée par les papes Pie X et Pie XI, la polyphonie, en tant que le chant le plus important de l'Église après le chant grégorien, demeure recommandée. Alors que l'encyclique mentionne principalement les chefs-d'œuvre de la Renaissance, les pièces plus simples et contemporaines sont également admises. Au contraire, les chants polyphoniques desquels le style est trop ampoulé sont exclus..
Au regard des instruments, le Saint-Siège préfère l'orgue, tout comme les prédécesseurs, car il possède une caractéristique adaptée à la liturgie. D'autres instruments sont autorisés, s'ils sont capables de réaliser la magnificence des cérémonies. Cette discipline était déjà admise dans l'encyclique Mediator Dei (1947) du même pape. Musicæ sacræ disciplina recommande, entre autres, les instruments à archet, tel le violon, en raison de leur qualité exprimant effectivement l'émotion de l'âme des fidèles..
L'encyclique donne aussi son approbation pour le chant populaire, dit cantique en langue vulgaire, déjà pratiqué. Ces hymnes, car il s'agit des chants avec le texte non biblique, restent utiles, d'une part, en raison d'une bonne proximité des fidèles; d'autre part, ce genre est capable de faire évoluer la foi et l'âme des enfants et des jeunes. Encore faut-il que ces chants soient correctement adaptés aux diverses parties du sacrifice eucharistique ainsi qu'à chaque occasion religieuse, et, de plus, que soient exclus les chants profanes..
À la fin de ce chapitre, on mentionne la formation des missionnaires dans ce domaine, car, sur les terrains évangélisés, l'exécution de la musique sacrée restait normalement secondaire dans leur mission. En admettant que la priorité soit donnée aux sujets les plus urgents dans ces pays, l'encyclique souhaite que les fidèles trouvent et aiment la splendeur des chants liturgiques catholiques traditionnels, non que le chant grégorien soit obligatoire dans la liturgie [jusqu'au concile Vatican II], mais parce que ces louanges chantées, notamment chants grégoriens, possèdent une excellente qualité afin d'amener l'âme des fidèles vers une véritable vertu chrétienne..
IV.