vignette|droite|La création du monde selon le livre de la Genèse.
Le système de datation byzantine ou calendrier byzantin, aussi appelé « Ère de la création du monde » (en grec ancien : Ἔτη Γενέσεως Κόσμου κατὰ Ῥωμαίους, Ἔτος Κτίσεως Κόσμου ou Ἔτος Κόσμου) ou plus simplement « Ère byzantine », fut d’abord le calendrier utilisé par l’Église orthodoxe du patriarcat œcuménique de 691 à 1728 avant de devenir le calendrier officiel de l’Empire byzantin vers 988 jusqu’à la chute de Constantinople en 1453, ainsi que de la Rus’ kiévienne, puis de la Russie jusqu’à 1700.
Ce calendrier était basé sur le calendrier julien. Toutefois, l’année commençait le septembre et l’année elle-même était numérotée selon l’ère de la Création du Monde (en latin : Anno Mundi ou Ab Origine Mundi, en abrégé AM) selon la version de la Bible dite des « Septante » pour laquelle le monde aurait été créé avant la naissance de Jésus-ChristCette expression « depuis la création du monde » revient à plusieurs reprises dans le Nouveau Testament (Matthieu 25:34 ; Luc 11:50 ; Épitre aux Hébreux 4:3 et Apocalypse 13:8, 17:8)..
L’année 1, marquant la création du monde, se serait ainsi écoulée du septembre 5509 jusqu’au 31 août 5508 du calendrier julien proleptique.
Historique Premiers siècles chrétiens Les méthodes étant utilisées par les Grecs et les Romains pour calculer le temps étant fonction de pratiques et coutumes païennes, les premiers chrétiens adoptèrent très tôt l’habitude juive de dater les années à partir de la création du monde.
Le modèle biblique fait remonter la création du monde aux environs de 5500 av. J.-C. ou de 4000 av. J.-C. selon le calcul des généalogies que l’on retrouve dans la Genèse, premier livre de la Bible. Le modèle le plus ancien, remontant aux Pères de l’Église et à l’ « ère byzantine » ou à son prédécesseur, l’« ère alexandrine » (voir ci-après), est basé sur la version des SeptanteLa version des Septante est une traduction en grec de l’Ancien Testament rédigée au Elle est appelée ainsi parce que la tradition veut que travaillant indépendamment l’un de l’autre aient produit un texte rigoureusement identique. Elle fut considérée comme la version autorisée de la Bible pendant plusieurs siècles après Jésus-Christ. La version massorétique est un texte hébraïque compilé soigneusement par des érudits entre le sixième et le dixième siècle pour s’assurer qu’aucune erreur de transcription ne s’y était glissée. La plupart des bibles occidentales y compris la version dite du roi Jacques (The King James version) et la version dite « Vulgate » de saint Jérôme s’appuient sur ce texte.. Les dates plus récentes sont basées sur l’archevêque James Ussher, primat de l’Église d’Irlande de 1625 à 1656, et le calendrier hébraïque basé sur le texte hébraïque massorétique.
vignette|gauche|Fragment de la version des Septante de la Bible. Livre d’Esdras, d’après le Codex Vaticanus.
Les premières mentions que l’on trouve dans les textes chrétiens sur l’âge du monde apparaissent chez Théophile, sixième évêque d’Antioche, (115-181) dans son traité apologétique, Traité à Autolycus, ainsi que chez Sextus Julius Africanus (v. 160/180 - v. 240 ), auteur d’une chronologie de l'histoire du monde depuis la Création biblique jusqu'à son époque.. Ces deux auteurs chrétiens se basant sur la version des Septante de l’Ancien Testament estimaient que le monde devait avoir environ à la naissance du Christ. Divers Pères de l’Église, comme Tatien le Syrien (né vers 110-120), Clément d’Alexandrie (vers 150 - vers 215), Hippolyte de Rome ((v. 170 – †235), Eusèbe de Césarée (vers 265 – 339), ont fait référence aux écrits d’auteurs de la période hellénistique qui s’étaient penchés sur la datation de divers évènements mentionnés dans la Bible.
Ère alexandrine Prédécesseur de l’ère byzantine, l’ère alexandrine apparut en 412, à la suite des travaux d’Hippolyte de Rome et de Clément d’Alexandrie. Celle-ci fixait la date de la création du monde au 25 mars 5493 av. J.-C.Un autre système de datation, dit « ère d’Antioche » apparut à peu près en même temps, mais différait du premier par une dizaine d’années. Toutefois les deux systèmes se rejoignaient après l’année 284, année où Dioclétien devint empereur..
Le moine égyptien Panodore, qui vécut aux environs de l’an 400, calcula que s’étaient écoulés entre la création d’Adam et l’an 412. Le calcul de ces années commençait avec le 29 août, correspondant au du mois de Thoth, premier mois du calendrier nilotique (correspondant aux mois de juillet-août et à la crue du Nil). Toutefois, Annanios d’Alexandrie critiqua ce calcul comme se basant trop sur des sources païennes plutôt que sur des sources bibliques. Il élabora donc sa propre chronologie qui plaçait la création de 25 mars 5492 av. J.-C. Dans ce système, trois des principales dates de l’histoire de l’humanité se trouvaient à coïncider le 25 mars : la création du monde, l’annonciation de l’incarnation du Christ et sa résurrection.
L’ère alexandrine fut adoptée par plusieurs Pères de l’Église comme Maxime le Confesseur, Théophane le Confesseur, de même que par des chroniqueurs comme Georges le Syncelle. Son aspect mystique le rendit très populaire surtout dans les cercles monastiques de Byzance. Cependant, ce symbolisme se heurtait à deux obstacles de taille. La première concernait la date de la Résurrection telle que fixée par le comput de la date de PâquesSuivant le calendrier des cycles lunaires, il n’est jamais arrivé que la première pleine lune du printemps coïncide avec la date traditionnelle de la passion (25 mars) et tombe un vendredi.; la deuxième était la contradiction avec l’évangile de saint Jean qui fixe la crucifixion au vendredi de la Pâque juive.
L’indiction, l’ère du monde et le Chronicon Paschale vignette|droite|Exemplaire du Chronicon Paschale, édition vénitienne de 1729.
On ne sait qui créa l’expression « Ère du monde » (Ἔτος Κόσμου), ni quand elle fut créée. Elle apparait pour la première fois vers 638/639 dans un traité écrit par le « moine et prêtre » Georges qui mentionne dans son texte toutes les variantes de cette expression. Pour lui, ce système avait l’avantage d’avoir en commun le début des cycles astronomique lunaire et solaire, ainsi que des « indictions », le système de datation en vigueur à Byzance depuis le . Il considérait qu’elle facilitait également la détermination de la date de Pâques.
Au départ, l’indiction romaine – du latin indictio, « annonce » –, correspondait à une imposition en nature, basée à la fin du sur une évaluation fiscale devant être révisée tous les cinq ans. À partir de 312 apr. J.-C., l’empereur Constantin fixa cette période à et rendit obligatoire la mention de l'année de l’indiction, c’est-à-dire le numéro d'ordre de l’année dans le cycle, pour qu’un acte juridique soit valide. Par glissement de sens, le mot « indiction » cessa ainsi de désigner l’impôt lui-même pour signifier une période de . Le premier jour de l’année commençait alors le 23 septembre, jour anniversaire de l’empereur César Auguste. Durant la deuxième moitié du , probablement en 462 apr. J.-C., cette date fut transférée au septembre et le restera par la suite tout au long de la vie de l’empire. En 537, l’empereur Justinien dans sa Novelle (édit) 47 décréta que toutes les dates officielles devaient inclure mention de l’indiction.
Les années étaient ainsi numérotées de 1 à 15 dans chaque cycle d’indiction; toutefois, les cycles eux-mêmes n’étaient pas numérotés. Par exemple, « en la huitième indiction » signifie en fait « en la huitième année de l'indiction en cours », la première indiction commençant le septembre 312. À notre époque, les cycles d'indiction commenceraient donc le septembre 1977, 1992, 2007, 2022, 2037, 2052, etc. Pour calculer l’indiction selon notre ère, il faut ajouter 3 au total et diviser celui-ci par 15 allant au chiffre immédiatement supérieur aux fractions obtenues. Ainsi, le septembre 2018 marquerait l’entrée dans l'année d'indiction 12 dans le cycle qui a commencé le septembre 2007Il est à remarquer toutefois que l'indiction toujours en vigueur dans le calendrier liturgique romain commence le janvier, ainsi toute l'année 2017 est dans l'année d'indiction 10 qui est devenue 11 le janvier 2018..
Une variation de l’ère du monde fut suggérée dans le Chronicon Pascale, chronique byzantine de l'histoire du monde utilisant un système de chronologie fondé sur le cycle pascal. Il fut élaboré vers l’an 630 par un représentant de la tradition d’Antioche. Cette chronologie se base sur les principaux personnages de la Bible ; il prend comme point de départ le 21 mars 5507 av. J.-C. et va jusqu’au règne d’Héraclius.
Avec quelques modifications (il différait de de l’ère alexandrine et de du Chronicon Pascale), le système de datation de l’ère byzantine fut fixé à partir de la deuxième moitié du et fut connu en Europe occidentale. On trouve mention de cette ère dans des novelles (édits) d’empereurs byzantins datant de 947, 962, 964. Elle devint officielle à partir de Basile II en 988 et se répandra à travers tout l’Empire romain d’Orient. L’ère byzantine prenait pour point de départ le septembre et fixait la création du monde en l’an 5509 avant l'ère chrétienne.
Commençant avec la création du monde, le calendrier byzantin était identique au calendrier julien, introduit par Jules César en 46 av. J.-C. (708 depuis la fondation de Rome [en latin : ab Urbe condita ou AUC]) sauf pour les points suivants :
Le nom des mois était traduit du latin vers le grec ; le premier jour de l’année était le septembre de telle sorte que l’année civile et l’année religieuse s’étendaient du septembre au 31 août ; les dates ne faisaient pratiquement jamais référence aux calendes, nones et ides des mois à la façon romaine, mais étaient numérotés à partir du du mois à la manière grecque, syrienne et égyptienne, etc. la première année était celle de la création, soit du septembre 5509 av. J.-C. au 31 août 5508 av. J.-C., plutôt que celle de la fondation de Rome ; de plus, la numérotation en fonction des années d’indiction remplaça la mention des consuls en fonction.
Le jour intercalaire du calendrier byzantin s’obtenait de façon identique à celui de la version originelle du calendrier julien en doublant le sixième jour avant les calendes de mars, c.à.d. le 24 février (le 29 février devint la date fixe à la fin du Moyen Âge).
Ce qui était devenu l’ère byzantine du monde devait progressivement être remplacée dans le monde orthodoxe par l’ère chrétienne, d’abord par le patriarche Théophane Karykes en 1597, puis par le patriarche Cyril Lucaris en 1626 avant d’être formellement adopté par l’Église en 1728"Οικουμενικόν Πατριαρχείον", ΘΗΕ, τόμ. 09, εκδ. Μαρτίνος Αθ., Αθήνα 1966, στ. 778 / « Patriarcat œcuménique », Encyclopédie religieuse et éthique, vol. 9, Athènes, 1966, ..
Lorsque la Rus’ kiévienne se convertit au christianisme sous l’influence de Byzance, elle hérita du calendrier orthodoxe de l’ère byzantine traduit en slavon. Après la chute de l’Empire byzantin en 1453, il continua à être utilisé jusqu’en 1700 après J.-C. lorsque Pierre le Grand adopta le calendrier julien. Ce dernier ordonna que le janvier 7208 « depuis la création du monde » soit considéré comme le janvier 1700 du calendrier julien et que l'année civile commence ce jour-là, au lieu du mars. Il constitue encore la base des calendriers orthodoxes traditionnels où le mois de septembre 2000 commença l’année 7509 AM.
Pour traduire l’ère byzantine vers notre ère (selon le calendrier julien), il faut ajouter de septembre à décembre et 5508 de janvier à août, puis convertir la date julienne en date grégorienne (en tenant compte du décalage progressif des dates d'un jour de plus tous les 100 ou puisque ces deux derniers calendriers n'alignent pas leurs années bissextiles).
Utilisation par quelques auteurs byzantins