thumb|Chrysippe, marbre d'époque romaine impériale Chrysippe de Soles est un philosophe stoïcien né vers -280 à Soles, en Cilicie et mort en -206. Il fut le deuxième scholarque du Portique, après Cléanthe, de -232 à sa mort.
Il est le « second fondateur du stoïcisme », après Zénon de Kition en -301.
Selon une rumeur persistante, il serait mort de rire à la suite d'une blague qu'il avait lui-même inventée. Cependant, cette version semble peu probable.
Une autre hypothèse plus vraisemblable indique qu'il serait mort après avoir bu du vin non coupé d'eau à l'occasion d'un sacrifice où l'un de ses élèves l'aurait invité.
L'Homme Biographie Les indications sur la vie de Chrysippe sont aussi peu nombreuses que l'influence de celui-ci fut grande.
Origines Aussi bien la date que le lieu de naissance de Chrysippe posent problème. La tradition le fait naître à Soles (Cilicie) Livre XIV, 5, 8 6-9. VII, 179, 1.Galien, Protreptique, 37-38.. Le problème est que son père, Apollonios, est natif de Tarse, et que l'on ignore quand il a émigré à Soles. De fait, il n'est pas impossible que Chrysippe soit né à Tarse, et qu'il ne soit venu à Soles que par la suite, comme Alexandre Polyhistor le prétend dans ses SuccessionsFragment 7, Giannattasio Andria = Diogène Laërce VII 179,1.. Un doxographe romain du Bas-Empire, Caius Julius Solinus, affirme que Chrysippe serait né à HéliopolisCollection de faits mémorables 38, 9-10..
La date de naissance est également problématique. Si la date de mort est connue dans l'absolu (entre -207 et -206), la durée de vie de Chrysippe varie selon ses auteurs. Diogène Laërce, suivant en cela Hermippe, le fait mourir à soixante-treize ans, ce qui établit sa date de naissance entre -281 et -280 VII, 184.. Mais les auteurs ne s'accordent pas sur la durée de son existence. Lucien de Samosate écrit dans Sur ceux qui vécurent longtemps, Chrysippe aurait vécu quatre-vingt-un ans, ce qui le fait naître entre -289 et -288. Valère MaximeValère Maxime, Faits et dits mémorables VII, 7,10., qui affirme que Chrysippe écrivait encore le dernier livre de ses Recherches logiques à quatre-vingts ans.
Sur le plan familial, on sait que Chrysippe a une sœur, dont le nom est inconnu, et deux neveux, Aristocréon et Philocrate, fils de cette dernière, dont il assura l'éducationDiogène Laërce. VII, 185..
Quoi qu'il en soit, Chrysippe a dû quitter Soles pour Athènes à une date indéterminée afin d'y suivre les cours de Zénon.
Le disciple de Zénon et de Cléanthe Chrysippe se consacrait au début à la course de fondDiogène Laërce, VII, 179. Mais, écoutant un jour par hasard les enseignements de Cléanthe ou de Zénon de Kition, il se destina à la philosophie. Pour Hécaton de RhodesFragment 57, Gommoll = Diogène Laërce VII, 181., cependant, Chrysippe ne fut amené à la philosophie que parce que l'héritage paternel avait été saisi par quelque monarque local.
Déjà au temps des Anciens on s'est demandé qui, de Cléanthe ou de Zénon, fut le maître de Chrysippe. Si l'on s'en tient à la date de naissance donnée par Hermippe, Chrysippe aurait eu seulement dix-huit ans à la mort de Zénon (vers -262 et -261), ce qui semble exclure qu'il l'ait connu. Si par contre on se fie aux informations de Lucien et de Valère Maxime, ce n'est pas impossible.
Quoi qu'il en soit, Chrysippe ne fut visiblement pas un élève facile. Diogène Laërce affirme ainsi que, bien que doué, il était de tempérament vif, ce qui l'amenait à contester souvent et Zénon et Cléanthe. Il finissait souvent par se repentir de ses attaques contre Cléanthe, reprenant ainsi le vers d'Euripide : Diogène Laërce 179. Les vers originels d'Euripide étaient les 540-541 d'Oreste, le nom de Cléanthe remplaçant « mes filles ». Cette tendance à contester les thèses de ses maîtres l'amena probablement à rompre un temps avec le stoïcisme.
S'il n'adhéra pas, à la différence de la plupart des disciples de Zénon à l' d'AristonDiogène Laërce VII, il rejoignit probablement l'Académie. Sotion affirme ainsi qu'il se rendit et Diogène Laërce VII, 183. C'est là qu'il reçut une formation conséquente en logique et en rhétorique, formation qui manquait à Cléanthe et à Zénon. L'on ignore combien de temps Chrysippe resta à l'Académie. Pour Richard Goulet, ce passage à l'Académie ne constitue pas une dans la mesure où Dictionnaire des philosophes antiques, II, 121, CNRS. Richard Goulet s'appuie sur un passage de Diogène Laërce qui désigne ce passage par le terme de télos, comme aboutissement d'une évolution intellectuelle.
Entre sa rupture avec Cléanthe et la mort de celui-ci, la position philosophique de Chrysippe demeura sans doute floue. Bien qu'en accord avec une bonne part des thèses stoïciennes, il n'enseignait pas au Portique. Il tint école tantôt au LycéeDiogène Laërce VII 185, tantôt, selon Hermippe, à l'OdéonFragment 59 Wehrli = Diogène Laërce VII 184..
Le dirigeant du Portique Chrysippe succéda probablement à Cléanthe à la mort de celui-ci en -235. Il n'était sans doute pas alors le membre le plus orthodoxe du Portique, mais certainement le plus compétent. De plus, les sécessions se multipliant au sein de l'école stoïcienne, Cléanthe ne devait pas avoir grand choix pour désigner un successeur. En tant que dirigeant du Portique, Chrysippe s'astreignit à un régime d'ascète. Écrivant, selon Dioclès, quelque 500 lignes par jourDiogène Laërce VII, 180., Chrysippe vivait de peu(fragment 1, 1-2) : . Peut-être du fait de la saisie de l'héritage paternel, son revenu principal venait de cotisations de ses disciples, et de coursQuintilien Institution oratoire XII, 7, 9. avec une vieille femme qui lui servait de servanteDiogène Laërce VII, 181.. Tout le reste de sa vie fut ainsi consacré à l'édification de son œuvre immense et aux luttes continues avec les Épicuriens et les Académiciens. Il cultiva la dialectique et poussa quelquefois la subtilité jusqu'à l'excès. On lui attribue l'invention de plusieurs sophismes, entre autres celui du crocodile. Il ne reste presque rien de ses nombreux ouvrages. Cicéron a imité Chrysippe dans De Officiis ; il cite Chrysippe en ces termes : De Officiis, Livre III, X, 42. un de ses traités de morale.
Diogène Laërce rapporte deux versions différentes de la mort de Chrysippe. La première, et de loin la plus vraisemblable, vient d'Hermippe : après avoir enseigné à l'Odéon, un de ses élèves l'invita à un sacrifice, où il but un vin non coupé d'eau. Après cinq jours d'agonie, il décéda à 73 ans selon les Chroniques d'Apollodore. La seconde, plus que douteuse, s'apparente à une rumeur. Chrysippe serait mort d’un fou rire en regardant un âne lui manger ses figues après avoir dit à la vieille femme qui possédait l’âne : . Il s'agissait vraisemblablement d'un jeu de mots entre âne () et vin ().
Les dimensions de l'homme Caractère L'un des traits de caractère les plus souvent soulignés de Chrysippe est son arrogance. Deux anecdotes rapportées de Diogène Laërce l'illustrent. D'abord, face à un homme qui lui demandait à qui il devait confier la charge d'éduquer son fils, Chrysippe aurait répondu : D.L. VII, 183. L'autre anecdote est un peu plus problématique. Diogène écrit en effet que , et qu'il déclina l'invitation que lui fit le roi d'Égypte Ptolémée de venir exercer son activité de philosophe en Égypte, mais n'hésita pas à éduquer ses deux neveux, Aristocréon et Philocrate.
Chrysippe semble par ailleurs avoir eu un comportement stoïque (c'est-à-dire qu'il ne se laissait pas emporter par les passions). Diogène nous dit que, face à un interlocuteur qui s'échauffait, Chrysippe garda son calme, et, citant Euripide, s'exclama : D.L. VII 182 qui cite Euripide, Oreste, 253 sqq.. De même, selon Sénèque, il blâmait celui qui se sentait offusqué parce qu'on l'avait qualifié de mouton de merSénèque, De la constance du sage 17, 1..
Style Les critiques du style de Chrysippe ne sont pas toujours dépourvues d'une certaine xénophobie. Ainsi l'érudit byzantin Photios, déconseille l'usage du terme en le jugeant barbare. Il en veut pour preuve que Photios, Lexique, 258, 20-21..
Apparence et figurations Comme le dit Diogène Laërce, Chrysippe Diogène Laërce VII 182. Pour justifier un tel jugement, Diogène se réfère à une statue de Chrysippe située sur l'Agora, plus exactement dans le gymnase de Ptolémée, selon Pausanias, I, 17, 2, 1-5.. Il semble que ce soit son neveu Aristocréon qui ait élevé une telle statue, en bronze sur colonne, en y adjoignant ce distique : Plutarque, Des contradictions des stoïciens, chapitre 2. Cette statue étant quasiment cachée par une statue équestre sise à côté, Carnéade l'appelait Chrypsippe (, qui signifie caché par un cheval).
Pensée Comme le souligne Richard Dufour, Chrysippe donne . Pour ce dernier, la philosophie est en effet Isidore de Péluse, Lettres, V, 558.. C'est ainsi la recherche du savoir, de la science divine et humaine. À partir de ce postulat, Chrysippe, comme la grande majorité des stoïciens, établit que l'on ne peut atteindre cette science qu'au travers de la pratique de trois vertus : la physique, la logique et l'éthique. La physique consiste en l'étude du monde, l'éthique en celle de la vie humaine, et la logique en celle du discours. Cependant, là où Chrysippe et ses prédécesseurs se distinguent des stoïciens qui suivront, c'est en établissant que ces trois vertus sont les parties du discours philosophique et non de la philosophiePierre Hadot, Philosophie, discours philosophique et divisions de la philosophie chez les stoïciens, in Revue internationale de philosophie (45, 178), 1991, 205-219..
Un autre problème, spécifique à Chrysippe surgit quant à cette tripartition des vertus : leur classement. Chrysippe semble avoir défendu en effet deux classements. D'abord un classement logique-physique-éthiqueDiogène Laërce, VII 40, 11-13., puis un classement logique-éthique-physiquePlutarque, Des contradictions des stoïciens, chapitre 9.. Deux interprétations ont été données de ce qui peut sembler une contradiction. La première, de Pierre Hadot, voit dans le premier classement un ordre logique — il serait normal que la physique précédât l'éthique car elle en détermine les lois — et dans le second un ordre d'enseignement — il vaudrait mieux enseigner d'abord les lois éthiques, avant que de s'attacher à l'étude du monde. La seconde, de Richard Dufour, voit cependant dans le premier classement un et dans le second un . Il faudrait en effet
Logique La représentation Pour les stoïciens, la représentation est Diogène Laërce VII, 45, 9-46, 6..
Les critères de vérité
La dialectique Chrysippe, comme la plupart des stoïciens voyait dans la dialectique une Sextus Empiricus Contre les savants XI, 187, 1-3. ainsi qu'une Alexandre d'Aphrodise Sur les Topiques d'Aristote 1, 8-14..
La rhétorique
Physique La doctrine de la physique
Le monde
L'Âme
Théologie
Éthique D'après Diogène, Hécaton de Rhodes démontrait au neuvième livre de Sur les biens que le plaisir n'était pas un bien, et ce en accord avec l'ouvrage de Chrysippe de Soles Sur le plaisir. Il donnait, dans la lignée du Sur la fin du philosophe stoïcien Apollodore de Séleucie, et de l'Éthique de Chrysippe, une définition des choses qui ne sont ni bonnes ni mauvaises . Selon Diogène Laërce, l'Éthique stoïcienne se divisait en sept lieux : l'étude de l'impulsion, des biens et les maux, des passions, de la vertu, de la fin, de la valeur première et des actions, des fonctions propres, et de ce qu'il faut conseiller et/ou déconseiller. Tout semble indiquer que cette division remonte à Chrysippe. Diogène écrivant en effet : Diogène Laërce VII 84 = SVF III, 1.. De nombreux ouvrages ont été consacrés par Chrysippe à ce sujet.
L'impulsion
Le bien et le mal
Les passions
La fin et le bonheur
L'Œuvre