Les seigneurs de Ravensberghe possédaient la seigneurie du même nom, parfois orthographiée Ravensberg, devenue baronnie au début du , située à Merckeghem en Flandre maritime (arrondissement de Dunkerque). Un des premiers seigneurs fut un fils probablement naturel du comte de Flandre Thierry d'Alsace. Par la suite, par le jeu des alliances et des mariages, la seigneurie devient une des possessions de personnages d'importance régionale voire nationale appartenant à de grandes familles : maison de Mailly, maison de Melun, maison de Béthune, les titulaires depuis le étant des marquis de Nédonchel. Le dernier baron de Ravensberghe émigre pendant la Révolution française. Dépendant des seigneurs de Bourbourg, située dans la châtellenie de Bourbourg mais avec un statut spécial, ayant une emprise directe (fiefs) ou indirecte (arrière-fiefs) sur plus de mille hectares, la seigneurie existe d'environ 1142 à la révolution de 1789 soit plus de 600 ans.
Situation de la seigneurie La seigneurie de Ravensberghe, encore appelée d'Houthove ou Outhove, se situe dans la châtellenie de Bourbourg. Toutefois, elle n'est pas totalement soumise à l'autorité du seigneur de la Cour du Ghyselhuys (cour féodale : seigneurie principale de Bourbourg restée dans les domaines propres des comtes de Flandre puis rois de France) ni à celle du châtelain comme les seigneuries ordinaires. Elle fait en effet partie des « Quatre Vassaux » : appellation donnée à quatre seigneuries de la châtellenie échappant en partie à ces pouvoirs et jouissant d'un statut particulierGeorges Dupas, cité dans la bibliographie, page 246..
À l'origine, ces entités relèvent directement du comte de Flandre. Elles possèdent, pour trois d'entre elles, toutes les justices féodales : haute, moyenne et basse justice (voir justice seigneuriale).
La seigneurie de Ravensberghe est ainsi une importante seigneurie qui dispose de la haute justice (droit de vie et de mort). Il s'agit d'un fief avec bailli et échevins. Les neuf échevins et les quatre mayeurs ou ammans peuvent prononcer la peine de mort et la faire appliquer. La seigneurie peut également prononcer des amendes et des sanctions pouvant aller jusqu'au bannissement du comté de Flandre. Elle a droit de regard sur l'abbaye de Ravensberghe implantée sur le fief dit « Houthove ». Elle est érigée en baronnie en 1610 par Henri IV, roi de France et seigneur du GhyselhuysGeorges Dupas, cité dans la bibliographie, pages 178 à 185.. Elle se compose de trois seigneuries distinctes, toutes identifiées sous le nom de Ravensberghe : Ravensberghe-Beaufort, Ravensberghe-Ghermansvelt, Ravensberghe-CalfbeckGeorges Dupas, cité dans la bibliographie, page 247..
Possessions Elle s'étend en Flandre maritime sur les paroisses de Merckeghem, Millam, Looberghe, Eringhem, Cappelle-Brouck... Elle détient des arrière-fiefs, soit terrains soit rentes portant sur des terrains, sur Armbouts-Cappel, Zintene (territoire des Synthes qui aboutira aux communes de Petite-Synthe et Grande-Synthe), Quaedypre, Rubrouck et des terres situées près de Furnes.
Au total, la seigneurie a une emprise sur 2471 mesures et même en 1688 sur 2750 mesures soit environ (à comparer à la superficie de la commune actuelle de Merckeghem : )Georges Dupas, cité dans la bibliographie, page 185..
Vers 1723, la baronnie de Ravensberghe est estimée comme procurant un revenu de cinq mille livres de rente.
Armes Les seigneurs de Ravensberghe portent « de gueules à trois faces d'argent et un cotice d'azur brochant sur le tout »Annales du Comité Flamand de France Années 1854-1855 Page 243 lire en ligne.
Seigneurs de Ravensberghe La seigneurie existe dès le .
Hugues de Ravensberghe Hugues de Ravensberghe assiste en 1142 à un acte pris lors d'une assemblée de nombreuses notabilités de Flandre et de la Morinie (territoire des Morins) réunies pour entériner la décision conjointe de l'évêque des Morins (évêque de Thérouanne) Milon et du comte de Flandre Thierry d'Alsace, d'interdiction de construction d'un château-fort à Thérouanne (pour empêcher toute tentation d'empiètement sur les possessions de l'évêque). Hugues est présumé être le premier mari de Christine (ou Christiane) de Seninghem retrouvée ci-dessous.
En 1157, Hugues de Ravensberghe est encore témoin, avec Elinard (ou Elnard) de Seningaham (Seninghem) et Henri de Bourbourg, châtelain de Bourbourg, (famille de Bourbourg), d'une charte du comte Thierry d'Alsace.
Guillaume Brohon (?-1167?) Le détenteur suivant en est Wilhelm (Guillaume) Brohon I, frère du comte de Flandre Philippe d'Alsace (Guillaume est probablement un fils naturel de Thierry d'Alsace)Georges Dupas, cité dans la bibliographie, page 186.. Il reçoit du comte plus de deux mille mesures de terre gagnées sur les marais asséchés à l'initiative des comtes. Il possède la seigneurie de Ravensberghe et la seigneurie dite d'Houthove.
En 1160, Thierry d'Alsace et son fils Philippe d'Alsace accordent une keure (charte communale) à Berkin (Vieux-Berquin) et Steenwerch (Steenwerck). Willaume Brohon I y est qualifié de filius comitis.
En 1163, il est présent lorsque Philippe d'Alsace accorde à la ville de Nieuport une charte de commune sur le modèle de celle accordée à DixmudeComte Joseph de Saint-Genois, Monuments anciens..., Tome I, Lille, 1782, pp. 475, lire en ligne.
Guillaume Brohon I meurt avant 1167 : en 1167, Philippe d'Alsace donne à l'abbaye de Watten dix-sept mesures de relais de mer, situées à Synthe (soit Petite-Synthe soit Grande-Synthe) pour le repos de l'âme de son « frère » Willaume BronE. de Coussemaker cité dans la bibliographie Tome V Annales du CFF page 302. Cette donation est faite en présence de la veuve de son « frère » Christine, dame de Ravensberghe et du frère de celle-ci, Étienne de Sinneghem (Seninghem)E. de Coussemaker, cité dans la bibliographie, Tome V des Annales du CFF page 334..
Guillaume Brohon avait en effet épousé Christine de Sinneghem, fille d'Elnard de Sinneghem (Seninghem).
Christine de Sineghem En 1191, Christine de Sineghem, dame de Ravensberghe, relève la seigneurie après le décès de son mari. Elle est considérée comme la fondatrice de l'abbaye de Ravensberghe ou Houthove, du nom de la terre d'Houthove qu'elle lui donna, avec l'accord de son fils W. Li Brohus, située à Merckeghem, contigüe à la seigneurie, encore appelée abbaye de Ravensberghe, de l'ordre de Cîteaux, avec d'autres terres et rentes, probablement en 1191E de Coussemacker cité dans la bibliographie Tome VI des Annales du CFF page 249. Cette donation est faite avec l'approbation de son fils et héritier. En 1194, Guillaume, archévêque de Reims, confirme la donation et en 1195, Lambert, évêque de Thérouanne, fait de mêmeAlphonse Wauters,Table chronologique des chartes et diplômes imprimés concernant l'histoire de la Belgique, 10 volumes en 11 tomes, Bruxelles, 1866 à 1904. Tome VII, 1ère partie, Années 1194 et 1195.. En 1205, Christine ajoute d'autres donations à l'abbayeE de Coussemacker cité dans la bibliographie Tome VI des Annales du CFF page 253. Les seigneurs de Ravensberghe de la première époque vont multiplier les donations à l'abbaye (voir ci-dessous).
Guillaume Brohon II En 1202, lui succède Willaume Brohon II, fils de Guillaume et de Christine, héritier et seigneur de Ravensberghe, époux d'AgnèsGeorges Dupas, cité dans la bibliographie, page 187.. Ce Guillaume Brohon II est cité comme témoin dans une charte de l'abbaye de Bourbourg en 1170E. de Coussemacker, cité dans la bibliographie, Tome V Annales du CFF page 303.. Vers 1191, il approuve la donation faite par sa mère aux religieuses de ce qui devint l'abbaye de RavensbergheE de Coussemaker, cité dans la bibliographie, Tome VI des Annales du CFF page 250..
Cette même année 1202, par un acte pris à Ravensberghe, il donne à l'abbaye de Watten, en réparation d'un préjudice qu'il lui a causé, une terre dite d'Alzinghe, ou Alsinghe, fief de la paroisse de Watten d'environ 32 mesures (environ ), ainsi que du froment et de l'avoine, du consentement de sa femme Agnès et de sa mère ChristineEd. de Coussemaker, cité dans la bibliographie,Tome V des Annales du CFF page 305.. À cette occasion, il est entouré de ses chevaliers et de ses hommes. Cette donation est confirmée la même année par Mathilde de Portugal, régente du comté de Flandre, puis par Baudouin VIII de Flandre (Baudouin V de Hainaut), comte de Flandre, qui parle de Guillaume Brohon comme étant son consanguin, « consanguineus meus », puis par Lambert (Lambert de Bruges) évêque de la MorinieEd. de Coussemaker, cité dans la bibliographie, Tome V des Annales du CFF pages 305-306..
Eustache de Ravensberghe Eustache de Ravensberghe fait avec d'autres seigneurs une donation à l'abbaye de Clairmarais. Cette donation est approuvée en 1211 par l'évêque de Thérouanne Jean II.
Laurette de Wismes En 1225, Lorette ou Laurette de Wismes, (veuve d'Eustache?), est dame de Ravensberghe. La même année, elle établit une charte en tant que dame de Ravensberghe , confirmant une donation faite à l'abbaye de RavensbergheE. de Coussemaker, cité dans la bibliographie, tome VI des Annales du CFF page 258.. En 1232, Lorette fait un nouveau don à la même abbaye, du consentement de son fils aîné Gislebert de Wismes, et avec l'accord de son fils Rodulfe ou RadulfeE. de Coussemaker, cité dans la bibliographie, Tome VI des Annales du CFF, page 262..
Philippe de Wismes En 1226, arrive Philippe de Wismes, héritier et seigneur de Ravensberghe. Ce Philippe fait lui aussi une donation, ratifiée à Bourbourg par la comtesse de Flandre Jeanne (Jeanne de Constantinople) à l'abbaye de Ravensberghe en 1226E. de Coussemaker, cité dans la bibliographie, Tome VI Annales du CFF, ., donation confirmée en 1231 par Giselbert (Gilbert) de Wismes, son frère aînéE. de Coussemaker, cité dans la bibliographie, Tome VI des Annales du CFF, p. 261-262., et approuvée en 1238 par Elnard, chevalier, seigneur de SineghemE. de Coussemaker, cité dans la bibliographie,Tome VI des Annales du CFF, page 264..
Raoul de Wismes En 1242, succède à Philippe, Raoul de Wismes, chevalier, seigneur de Ravensberghe, époux d'Aélis. La même année, il confirme le don fait par Philippe de WismesE. de Coussemaker, cité dans la bibliographie, Tome VI des Annales du CFF, p. 265..
Jean de Haverskerke Jean de Haverskerke (Haverskerque) est seigneur de Ravensberghe avant 1353.
En 1289, il fonde une chapelle dans l'église (l'abbaye) de Watten avec un revenu de 20 livres parisis à la charge d'y célébrer des messes pour son âme, celle de sa femme et de ses ancêtres enterrés dans la dite église. Cette rente est assignée sur 40 mesures de terre (environ ) appelées Northout situées à MerckeghemEd. de Coussemaker, cité dans la bibliographie, Tome V des Annales du CFF, page 319.. Le comte de Flandre Gui de Dampierre consent à cette donation en 1290.
Jean de Fosseux En 1353, Jean, sire de Fosseux, chevalier, relève la seigneurie de Ravensberghe. La même année, Jean de Fosseux et de Ravensberghe confirme la donation faite par son prédécesseur Jean de Haverskerque, à l'église de Watten et il en rappelle la teneur.
En 1357, il fait remise à l'église de Watten de tout ce qu'elle peut lui devoirEd. de Coussemaker, cité dans la bibliographie, Tome V des Annales du CFF, p. 320..
Wautier de Fosseux Lui succède en 1361, Wautier de Fosseux, chevalier. La même année, Wautier sacrifie au rite de la donation à l'abbaye voisineE. de Coussemaker, cité dans la bibliographie, Tome VI des Annales du CFF, p. 276.. Il est dit sire de Ravensberg. Un Jehan Couillart, bailli de la cour de Ravensberghe, figure parmi les témoins de l'acte. Le même confirme cette donation en 1363 en tant que bailli et procureur de WauthierE. de Coussemaker, cité dans la bibliographie, Tome VI des Annales du CFF, p. 277.. L'année suivante, Jehan de Fosseux, sire de Fosseux, chevalier, frère de Wautier, ratifie l'acte.
Jehan II de Fosseux