alt=États détenteurs de systèmes antimissile|vignette|États détenteurs de systèmes antimissile La défense antimissile est dirigée contre des armes au parcours spatial important quand elles vont très loin, ou moins important voire uniquement dans l'atmosphère quand elles vont plus près. Elle utilise un système complexe permettant de détecter, de suivre et d’intercepter des objets très petits et très rapides, à savoir les armes d’un ou plusieurs missiles balistiques ennemis dirigées vers la zone à protéger.

Les États-Unis et l'Union soviétique commencent à développer des missiles antimissile dans les années 1960, en réponse à l'arrivée massive de missiles intercontinentaux (ICBM) dans leurs arsenaux. Les insuffisances des technologies disponibles et les coûts prohibitifs les amènent à conclure en 1972 le traité ABM par lequel ils limitent fortement leurs programmes antimissiles. En revanche, les performances des systèmes de défense antiaérienne continuent d'être améliorées au point que les plus modernes d'entre eux ont des capacités d'interception de missiles balistiques à courte portée comme les Scud que les Soviétiques ont exporté dans de nombreux pays du Moyen-Orient et d'Asie.

Alors que la guerre froide se termine mettant ainsi fin au face à face entre les deux Grands, la guerre du Golfe de janvier et est le théâtre des premières interceptions de missiles balistiques, des Scud irakiens, par des missiles antimissile Patriot américains. Il en résulte une double prise de conscience : l'emploi de missiles balistiques par des États autres que les grandes puissances est possible et constitue une menace pour tous d'une part, et d'autre part la défense antimissile de théâtre doit être développée en priorité.

Il en résulte une dynamique qui va aboutir à la prolifération des missiles balistiques et des missiles de croisière et au développement par les États les plus concernés et les plus avancés technologiquement de missiles antimissiles aptes à intercepter des missiles à courte portée (SRBM), mais aussi des missiles à portée moyenne (MRBM) ou intermédiaire (IRBM). Les États-Unis, la Russie, la Chine et Israël sont les premiers à lancer de nouveaux programmes d'armes antimissiles.

D'autres États comme le Japon, la Corée du Sud ou l'Inde choisissent d'acquérir tout ou partie des systèmes antimissiles dont ils souhaitent se doter. États-Unis

vignette|Dessin d’artiste d’un système laser hybride, le tir provenant d’une station terrestre puis réfléchi par un satellite (Initiative de défense stratégique). Lors de la guerre froide, et à la suite des progrès techniques dans le domaine spatial des Soviétiques qui lancent le satellite Spoutnik en 1957, les Américains débutent leurs recherches sur la défense antimissile. Cette même année fut lancé le programme Nike-Zeus destiné à tenter de répondre à la menace provenant d’un arsenal nucléaire soviétique en rapide progression ; il sera abandonné en 1964 pour des raisons technologiques et financières.

Des missiles Thor ont aussi été lancés vers l'espace pour tester les effets des explosions nucléaires à haute altitude dans le cadre de la lutte antisatellite et de la défense antimissile. Ces essais seront désignés par « opération Fishbow, » faisant partie des opérations Dominic I et II..

Peu après, le président Johnson lance le programme Sentinel, présenté comme devant protéger le territoire américain d’une attaque chinoise. Le système envisagé reposait sur une vingtaine de radars d’alerte et de désignation d’objectifs et sur dotés d’une charge nucléaire répartis sur de lancement. Le programme, renommé , est fortement réduit en 1969 par le président Nixon qui souhaite uniquement protéger les silos de missiles stratégiques américains. À partir de 1975, Safeguard est opérationnel protège le site de Grand Forks (Dakota du Nord) abritant des silos de missiles sol-sol intercontinentaux. Cependant, le programme est abandonné quelques mois plus tard.

Entre-temps, les États-Unis et l’URSS signent le traité ABM le , par lequel les deux parties s’engagent à renoncer à une protection globale de leur territoire. Le traité autorise deux types de défense : protection de la capitale et d’une base de lancement de missiles, avec la contrainte que le système de défense ne peut être basé en mer, dans l’air, dans l’espace ou sur des plates-formes terrestres mobiles. En 1974, le nombre de sites autorisés est réduit de deux à un.

Le , Ronald Reagan lance l’initiative de défense stratégique (ou « Guerre des étoiles ») qui, au moyen d’un bouclier spatial qui rendrait les armes nucléaires « impuissantes et obsolètes », devrait protéger les États-Unis d’une attaque massive de plusieurs milliers de têtes nucléaires soviétiques. Le principe technologique évolue, avec l’abandon du concept d’interception indirecte par des missiles dotés de têtes explosives au profit d’une interception directe par collision (Hit-to-kill). En 1991, avec la fin de la guerre froide, le programme est amendé par George H. W. Bush avant que Bill Clinton ne conserve que la recherche sur la défense de théâtre, sans envisager de déploiement..

Durant la guerre du Golfe, les satellites militaires et autres détecteurs installés dans le cadre du Defense Support Program de l'Air Force Space Command pour détecter les tirs de missiles ont fourni des informations au Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord sur les lancements de missiles Scud par l’armée irakienne, ce qui a permis d’alerter les batteries de Patriot dans les régions des cibles visées.. Le , un missile Patriot a intercepté et détruit un missile Scud irakien destiné à frapper l’Arabie saoudite. C’était la première fois qu’un système de défense anti-aérien détruisait un missile balistique en condition réelle de combat. Conformément à la doctrine d’emploi, trois à quatre antimissiles sont tirés pour chaque missile assaillant mais les résultats réels sont controversés, avec un taux de réussite variant selon les avis de 70 % pour les missiles Patriot tirés depuis Israël et 40 % pour ceux tirés depuis l'Arabie saoudite, à moins de 10 %.. Des missiles Patriot furent également mis en place durant l'Opération Liberté irakienne. On note le tir d’une vingtaine de missiles balistiques irakiens au total, la majorité ayant été contrés par ces derniers ou étant tombés hors zone, l’un d’entre eux étant parvenu à frapper le QG d’une brigade américaine.

vignette|Le abritant 24 antimissiles RIM-161 Standard Missile 3 de la United States Navy en Roumanie est un des éléments du système de défense antimissile de l'OTAN depuis 2016.

Après les attentats du 11 septembre 2001, sous la présidence de George W. Bush, les États-Unis se retirent du traité ABM et lancent le National missile defense qui doit assurer une défense du territoire national, des pays alliés et amis et des troupes déployées contre les attaques de missiles balistiques émanant des pays proliférants, en particulier la Corée du Nord, l’Iran et l’Irak. Renommé Missile Defense, les premiers éléments entrent en fonction en . Ce programme s’explique par la prolifération des armes balistiques, mais aussi par l’avancée technologique, avec le succès des missiles antimissiles. Les États-Unis sont à la tête de plusieurs alliances diplomatiques ayant pour objet la défense antimissile : l’alliance autour du Japon qui a codéveloppé le missile SM-3, une alliance avec Israël, que les américains ont soutenu financièrement pour le développement du missile Arrow et de l’Iron Dome, le système de défense antimissile de l'OTAN est un projet visant la mise en commun des systèmes de commandement et de contrôle depuis 2005 pour la défense de théâtre (programme ALTBMD). Lors du sommet de l’OTAN à Lisbonne en 2010, les pays décident que cette collaboration sera étendue à la défense des populations et des territoires, ainsi que de collaborer avec la Russie et ..

Union soviétique/Russie En Union soviétique vignette|gauche|Missile antimissile soviétique A-350 (code OTAN : ABM-1 Galosh) au milieu des années 1970, cet engin pèse plus de . Ce type de missile fut déployé sur un réseau de huit bases pour protéger Moscou d'une attaque par missile balistique à partir de 1972 Galosh (SH-01/ABM-1), Missile Threat.. Le , le conseil des ministres de l'URSS a autorisé les plans d'une installation expérimentale de défense antimissile située à Sary Chagan, sur la rive ouest du lac Balkhach. Le premier missile lancé à partir de l'installation, le , était un V-1000 (code OTAN : SA-5 Griffon). Converti en missile sol-air classique, il deviendra le S-200. Cependant, les installations pour les essais à grande échelle ne furent pas prêtes avant 1961..

Le , l'URSS effectue la première interception réussie au monde d'un missile balistique réel par un missile antimissile. Le système RZ-25 mettant en œuvre le V-1000 a pris pour cible un R-12 Dvina (code OTAN : SS-4 Sandal). La défense antimissile est prise en charge par la Voyska PVO, la force de défense anti-aérienne de l'Union soviétique. Le RZ-25 sera déployé de 1962 à 1964..

En 1972, avec la signature du traité ABM, Moscou devient la première ville ayant une défense antimissile. Il s'agit alors du système A-35, en construction à partir de 1962 avec des missiles équipés d'une charge nucléaire de 2 à 3 mégatonnes contrôler par le centre principal d'alerte d'attaque par missile opérationnel en 1971. Ce type de missile est depuis constamment amélioré..

Pour cibler la région de Moscou, cible prioritaire pour les États-Unis, leur plan de frappe établi en 1989 comprend environ 400 ogives nucléaires. Pour la destruction de la défense antimissile de la capitale russe, ce plan prévoit 105 missiles (100 Minutemen III et 5 Trident I), embarquant 210 ogives d'une puissance totale de ..

Projection d'une attaque américaine de suppressionde la défense antimissile soviétique en 1968* Cible Arme Ogive Total Type Nombre Type Puissance (kt) Ogive Puissance (kt) Système de Moscou Radar Dunay Polaris A3 2 W58 200 6 8 complexes de lancement d'ABM Minuteman I/II 64 W56 64 Sous-total 66 70 Système de Tallin Complexe de lancement de Tallin Minuteman I/II 8 W56 8 Complexe de lancement de Liepaja Minuteman I/II 8 W56 8 Complexe de lancement de Tcherepovets Minuteman I/II 8 W56 8 Complexes de lancement de Leningrad Minuteman I/II 24 W56 24 Sous-total 48 48 Radars d'alerte précoce** Radar Dnestr (Skrunda-1) Polaris A3 2 W58 200 6 Radar Dnestr (Olenegorsk) Polaris A3 2 W58 200 6 Sous-total 4 12 Total 118 130 Projection d'une attaque américaine de suppressionde la défense antimissile soviétique en 1989*** Cible Arme Ogive Total Type Nombre Type Puissance (kt) Ogive Puissance (kt) Système de Moscou Radar Dunay-3U Trident I C4 1 W76 100 2 200 Radar Dog House Trident I C4 1 W76 100 2 200 4 complexes de lancement Gorgon Minuteman III 32 W78 335 64 4 complexes de lancement Gazelle Minuteman III 68 W78 335 136 Sous-total 102 204 Radars d'alerte précoce Radar Dnestr (code OTAN :Hen House)(Olenegorsk) Trident IC4 1 W76 100 2 200 Radar Daryal (Skrunda-1) Polaris A3 1 W76 100 2 200 Radar Daryal (Baranavitchy) Polaris A3 1 W76 100 2 200 Sous-total 3 6 600 Total 105 210 *Source : History of U.S. Strategic Air Command January-Juin 1968, février 1969, **Deux autres radars sont installés près de la Chine et ne peuvent détecter des lancements de missiles par-dessus l’Arctique.***The Protection Paradox, mars/avril 2004, Hans M. Kristensen, Matthew G. McKinzie, Robert S. Norris

En Russie En 2014, le ministre de la Défense de Russie, Sergueï Choïgou a déclaré que . L'armée russe prévoit la livraison d’au moins 10 bataillons S-500 (missile), des missiles antiaériens et antibalistiques d'une portée maximale annoncés de aux troupes de la défense aérospatiale (VKO) à partir de 2017..

Chine