vignette|Portrait officiel d'Adolf Hitler. La psychologie d'Adolf Hitler est un champ d'étude centré sur les analyses psychiatriques du Führer de l'Allemagne nazie selon lesquelles il est fréquemment admis qu’il souffrait probablement de maladies mentales. Tout au long de sa vie publique et plus encore après sa mort, Hitler a souvent été soupçonné de souffrir de troubles mentaux tels que l'hystérie, la mégalomanie ou la schizophrénie paranoïde. Il y a parmi les psychiatres et les psychanalystes qui ont diagnostiqué chez Hitler des troubles mentaux des personnalités connues comme Walter C. Langer ou Erich Fromm. D'autres chercheurs, comme Fritz Redlich, ont émis l’hypothèse que Hitler pouvait ne souffrir d’aucun trouble de cette nature.
Difficultés liées à la psychologie de Hitler En psychiatrie, la pathographie a développé une mauvaise réputation, en particulier des diagnostics ex post, sans examen direct du patient. Elle est même considérée comme contraire à l'éthique.. Le psychiatre allemand Hans Bürger-Prinz est allé jusqu'à affirmer que tout diagnostic à distance constitue un « terrible affront contre la « psychiatrie ». L'immense gamme de troubles mentaux auxquels Hitler a été associé au fil du temps montre à quel point cette méthode peut s’avérer aléatoire..
Dans le cas d'Hitler, la psychologie pose des problèmes particuliers. Premièrement, les auteurs qui écrivent sur la vie privée du dictateur doivent traiter de la question selon laquelle un lectorat majoritairement intrigué accepte même les spéculations les moins prouvées - comme dans le cas du livre de Lothar Machtan, The Hidden Hitler (2001).. Encore plus inquiétant est l'avertissement émis par certains auteurs selon lequel analyser la psychologie de Hitler serait le décharger de ses propres agissements. D'autres craignent qu'en accusant ou en diabolisant Hitler, tout le blâme concernant les actes du Troisième Reich puisse être entièrement placé sous sa responsabilité innocentant ainsi ses partisans les plus acharnés ainsi que les collaborateurs.. Hannah Arendt parle notamment de ‘’ banalisation du mal ‘’ ; en 1963, elle juge que pour un criminel nazi comme Adolf Eichmann, la parfaite santé mentale et la capacité d’organiser des meurtres de masse n’étaient pas totalement incompatibles. Dans sa biographie de 2015, Peter Longerich a souligné comment Hitler a mis en œuvre ses objectifs politiques en tant que puissant dictateur avec une assurance inébranlable ainsi qu’une capacité élevée à courir des risques sans compter un pouvoir illimité. Certains auteurs étaient fondamentalement opposés à toute tentative d'expliquer Hitler, par exemple par des moyens psychologiques. Claude Lanzmann est allé plus loin en qualifiant ces tentatives d'« obscènes ». Après l'achèvement du documentaire Shoah en 1985, il a estimé que de telles tentatives revenaient quasiment à nier la Shoah, critique visant tout particulièrement l'historien Rudolph Binion.
Comme l'a souligné le psychiatre Jan Ehrenwald, la question (négligée selon lui) est de savoir comment un Hitler, peut-être mentalement malade, aurait pu attirer le soutien de millions de partisans enthousiastes qui soutinrent sa politique jusqu'en 1945. Daniel Goldhagen a déclaré en 1996 que l'ascension politique d'Hitler n'était aucunement liée à sa psychologie mais plutôt aux conséquences de la précarité présente en Allemagne dans les années 1920. D'autre part, certains auteurs ont noté que des figures telles que Charles Manson ou Jim Jones, qui ont été décrites comme souffrant de troubles mentaux comme la schizophrénie, ont néanmoins réussi à exercer une influence considérable sur leurs groupes d'adeptes. Dès le début, l'opinion a également été exprimée que Hitler était capable de gérer habilement sa propre psychologie, et qu'il était conscient de la façon dont il pouvait utiliser ses symptômes pour diriger efficacement les émotions de son auditoire.. D'autres auteurs ont suggéré que les principaux disciples de Hitler eux-mêmes étaient mentalement dérangés. ; des preuves de cette affirmation n'ont cependant jamais été trouvées. La question de savoir comment la psychologie individuelle de Hitler pourrait avoir été liée à l'enthousiasme de ses disciples a été débattue en 2000 par l'équipe d'auteurs Matussek et Marbach...
Hystérie présumée
Le séjour d'Hitler à l’hôpital militaire de Pasewalk en 1918 vignette|Hitler durant la Première Guerre mondiale. Aucune preuve ne vient affirmer que Hitler, au cours de sa vie, ait consulté un quelconque psychiatre ; Oswald Bumke, psychiatre et contemporain d'Hitler, a supposé que cela ne fut effectivement jamais le cas. Le seul psychiatre rencontré par Hitler personnellement - le professeur de Munich Kurt Schneider – ne figurait pas dans la liste de ses médecins. Alors que des documents médicaux relatifs à la santé physique de Hitler ont déjà été trouvés et rendus accessibles à la recherche, le nombre de documents originaux qui auraient permis d’évaluer efficacement son état mental demeure toujours insuffisant.
Les spéculations sur une éventuelle expertise psychiatrique d’Hitler de son vivant se concentrent sur son séjour dans un hôpital militaire à Pasewalk à la fin de l’année 1918. Hitler y a été admis après avoir été aveuglé par les gaz moutarde durant une attaque en Flandre. Dans Mein Kampf., il mentionne ce séjour à l'hôpital en mentionnant son aveuglement ainsi que le « malheur » et la « folie » de la révolution allemande de 1918-1919 ainsi que l’armistice de novembre 1918 dont il apprit la signature durant sa convalescence, ce qui provoqua chez lui une rage plus profonde et un renouvellement de sa cécité. Hitler et ses premiers biographes ont pris grand soin d’étudier cette réponse physique aux évènements et de la considérer comme un moment clé de sa carrière politique : celui où il se crut non seulement destiné à sauver l’Allemagne mais aussi à la guider.
Certains psychiatres ont jugé qu'une telle rechute sans explication médicale concrète pouvait être associée à une réaction hystérique. L’hypothèse de l’hystérie a été largement popularisée avec la psychanalyse de Sigmund Freud mais était encore utilisée dans les années 1930 et 1940. La perte des sens faisait partie des symptômes typiques, en plus d’un comportement égocentrique et théâtral. Le psychiatre allemand Karl Wilmanns déclara lors d’une conférence : « Hitler eut une réaction hystérique après avoir été enseveli vivant durant une attaque ». Ces dires lui valurent d’être exclu de sa profession en 1933. Son assistant Hans Walter Gruhle a lui souffert de désavantages professionnels dus à des déclarations semblables. Dans la psychiatrie moderne, le terme « hystérie » n'est néanmoins plus utilisé ; aujourd'hui, les symptômes correspondants sont plutôt associés à un trouble dissociatif ou à un trouble de la personnalité histrionique.
On sait peu de choses sur le séjour à l'hôpital de Hitler. Rien n’indique avec précision l’attitude qu’il adopta à Pasewalk. Le dossier médical de Hitler réalisé là-bas n’a jamais été retrouvé, probablement perdu au cours des années 1920..
Études psychiatriques d'Hitler en 1943 Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'agence de renseignement américaine (l’OSS) a recueilli des informations relatives à la personnalité de Hitler et a commandé en 1943 une étude psychiatrique complète du Führer dirigée par Walter Charles Langer. Dans un de ces rapports, intitulé Une étude psychiatrique de Hitler, l’hypothèse a été développée que Hitler pourrait avoir été traité à Pasewalk par le psychiatre Edmund Forster. qui s'est suicidé en 1933 par crainte de représailles. Le point de départ de ce rapport était le témoignage du psychiatre Karl Kroner qui travaillait également à l'hôpital en 1918. Kroner confirma en particulier que Forster avait examiné Hitler et qu'il lui avait diagnostiqué une « hystérie ».. Le rapport a longtemps été tenu confidentiel mais a finalement été redécouvert au début des années 1970 par le biographe d'Hitler américain John Toland.
Le Témoin oculaire (1963) En 1939, le médecin et écrivain autrichien Ernst Weiss., qui vécut en France en exil, écrivit un roman, Ich, der Augenzeuge (« Moi, le Témoin oculaire »), une autobiographie fictive d'un médecin qui guérit un soldat « hystérique » de Braunau ayant perdu la vue dans les tranchées. L’histoire se déroule dans un hôpital de la Reichswehr à la fin de l’année 1918. Comme ses connaissances pouvaient s’avérer dérangeantes pour les nazis, le médecin fut déporté dans un camp de concentration en 1933 et libéré seulement après avoir remis les dossiers médicaux concernant le soldat qui n’était que Hitler lui-même.
Ernst Weiss, l'auteur de Ich der Augenzeugue, s'est suicidé après l'entrée des troupes allemandes dans Paris en 1940. Il était juif et craignait d’être déporté. Son roman ne fut publié qu’en 1963. Ses connaissances concernant le séjour à l'hôpital de Hitler étaient censées provenir de la littérature biographique contemporaine...
Spéculations sur l'hypnothérapie Partant des hypothèses du rapport de renseignement et suivant le roman de Weiss, une série de chercheurs et d'auteurs ont successivement développé des suspicions supposées solidement établies sur une possible implication de Forster dans une hypnothérapie. Ces opinions sont discutables non seulement parce qu'elles n'apportent aucune preuve valable ou nouvelle ; elles excluent d'emblée les interprétations alternatives, ignorent largement le contexte historique et négligent même le fait que Forster avait une vision de l'hystérie qui l'aurait conduit à d'autres méthodes de traitement que l'hypnose.
Rudolph Binion Rudolph Binion, historien à l'université Brandeis, considère le diagnostic de l’hystérie comme erroné ; dans son ouvrage, Hitler, publié en 1976, il a repris les soupçons du rapport et les a élargis. Binion supposait que Weiss avait rencontré Forster en personne et reçu de lui une copie du dossier médical sur lequel son roman était alors basé. Après le roman, Binion suppose que Forster soumit Hitler, alors aveugle, à un traitement de nature hypnotique et plus tard, après avoir été suspendu de la fonction publique et craignant d'être persécuté par la Gestapo, s'est suicidé. La seule preuve de ces hypothèses est interprétée à partir de l'héritage de Forster, alors qu'il n'y a même pas de preuve du type de contact que Forster a pu avoir avec Hitler.
David E. Post En 1998, David E. Post, un psychiatre médico-légal de l'université d'État de Louisiane, a publié un article dans lequel l'hypothèse selon laquelle Forster avait traité l'hystérie supposée de Hitler avec l'hypnose a été dépeinte comme un fait avéré. Post n'inclut aucune recherche personnelle documentée.
David Lewis Partiellement inspiré par Binion, le neuropsychologue britannique David Lewis a publié l’ouvrage The Man Who Invented Hitler (2003). Lewis a dépeint l'hypnose de Forster comme un fait avéré et la raison pour laquelle Hitler, qui était à l’origine un soldat discipliné, se serait transformé en politicien charismatique et convaincu.
Manfred Koch-Hillebrecht Un autre livre inspiré par Binion a été publié par Manfred Koch-Hillebrecht, un psychologue allemand et un professeur émérite de politique à l'université de Coblence : Hitler, Ein Sohn des Krieges (2003). Koch-Hillebrecht a tenté de prouver qu'Hitler souffrait du syndrome de stress post-traumatique et décrit comment Forster le soumit à une thérapie de choc, le rendant ainsi de nouveau apte à combattre.
Bernhard Horstmann En Allemagne, en 2004, l'avocat Bernhard Horstmann a publié son livre Hitler in Pasewalk, dans lequel il décrit comment Forster avait « guéri » Hitler avec une hypnose « brillante » non seulement de son aveuglement hystérique, mais aussi du sentiment d'omnipotence et le sens de la mission qui allait devenir si caractéristique de Hitler en tant que politicien. Dans ce livre, aucune autre preuve n'est présentée comme dans le cadre de l'histoire du roman de Weiss.