Le Cameroun français, Cameroun oriental ou territoire du Cameroun est un territoire administré par la France de facto à partir de 1916 et de jure à partir de 1922, jusqu'en 1960.
Partie orientale de l'ancienne colonie allemande du Cameroun (en allemand : Deutsche Kolonie Kamerun). Son statut est, à partir de 1922, « territoire sous mandat » de la Société des Nations (SdN), puis « territoire sous tutelle » de l'Organisation des Nations unies (ONU), ainsi que membre de l'Union française en tant que territoire associé puis État sous tutelle du Cameroun, enfin État membre de la Communauté française.
Comme le Togo oriental ou Togo français (1916-1960) (ex-Togoland (1884-1916)), le Cameroun français ne fut jamais, contrairement à ce qui est souvent écrit, une colonie française au sens juridique — même si le modèle colonial et les méthodes d'administration coloniales lui ont été appliqués, et ne fut de ce fait jamais intégré à l'Afrique-Équatoriale française (AEF)..
Géographie
Le Cameroun français couvrait huit régions de l'actuel Cameroun (Extrême-Nord, Nord, Adamaoua, Est, Centre, Sud, Littoral et Ouest).
Histoire gauche|vignette|Le Cameroun français en bleu. Depuis 1884, le Cameroun était une colonie de l'Empire allemand ( Deutsche Kolonie Kamerun), relevant, avec le Togo ( Deutsche Kolonie Togo), de l'Afrique-Occidentale allemande ( Deutsch-Westafrika).
Après le coup d'Agadir, en 1911, il recouvrait : Le Vieux-Cameroun ( Altkamerun), à l'exception de la partie orientale du Bec de Canard ( Entenschnabel), soit les territoires situés sur la rive orientale du Logone qui intégrèrent l'AEF ; Le Nouveau-Cameroun ( Neukamerun).
À la fin de la Première Guerre mondiale, la France prit possession du Nouveau-Cameroun qu'elle intégra à l'AEF. Le Vieux-Camerounn fut, quant à lui, divisé en deux et placé sous le régime international du mandat : Le Cameroun occidental fut placé sous mandat britannique et devint le Cameroun britannique ; Le Cameroun oriental (plus grande partie) fut placé sous mandat français et devint le Cameroun français.
La France fit du Cameroun un commissariat de la république autonome, soit un territoire non intégré à l'AEF.
Période du mandat (1922-1946) 200px|vignette|Arrivée des tirailleurs au poste de Yaoundé (1917). 200px|vignette|Haut-Cameroun, missionnaire hôte du Sultan de Ngaoundéré (1920). 200px|vignette|droite|Chambre de commerce de Douala. Dans les années 1920 et 1930, les autorités françaises entreprennent d'amadouer les chefs traditionnels de façon à se constituer un auxiliariat indigène susceptible de relayer leurs politiques auprès des populations sans nécessairement apparaître comme leurs instigatrices. Par le jeu de la nomination et de la destitution des chefs, une telle sous-traitance permet également de se départir de la responsabilité de certaines violence auprès de l'opinion extérieure et de la SDN (à laquelle la France doit rendre des comptes sur sa gestion). Les chefs traditionnels sont ainsi chargés de la collecte des impôts et du recrutement de main d’œuvre.
Après l'instauration du régime de Vichy et l'appel du général de Gaulle au combat contre l'Allemagne, l'administration française du Cameroun se montre hésitante. Les colons sont majoritairement favorables à Pétain, mais d'autres s'inquiètent d'un armistice qui pourrait conduire l'Allemagne à reprendre possession de son ancienne colonie. Quelques dizaines de Français libres débarquent en et placent le Cameroun français sous autorité gaulliste, au sein de l'Afrique française libre. C'est le ralliement du Cameroun à la France libre, qui est effectif le Récit du ralliement du Cameroun. Les autorités françaises se donnèrent alors pour mission de faire oublier aux populations du Cameroun qu'elles avaient été sous protectorat allemand et de leur apprendre à aimer la France et à devenir Français. Plusieurs mesures furent alors prises pour atteindre ce but :
Enseignement du français : l'enseignement du français fut mis en œuvre sur l'ensemble du territoire camerounais ; Assimilation : les autorités françaises imposèrent la législation française ; Développement économique : programme de mise en valeur des ressources économiques du Cameroun ; Autorité : politique de l'indigénat, le droit coutumier est aux chefs traditionnels mais la France garde la mainmise sur la justice et la police ; Développement de la médecine : prise en charge des populations lors des grandes épidémies (comme le cas du docteur Eugène Jamot dans la lutte contre la maladie du sommeil) ; Promotion des francophiles : Charles Atangana ainsi que d'autres chefs indigènes furent invités à aller en France et Paul Soppo Priso fut promu président de la JEUCAFRA (Jeunesse française Camerounaise) ; Destruction des vestiges allemands : les autorités françaises s'employèrent à détruire tous les vestiges allemands et à marquer leur hostilité à l'endroit de toutes les populations germanophiles.
L'instituteur et syndicaliste français Gaston Donnat fonde en le Cercle d'études marxistes de Yaoundé, qui aura indirectement une importante influence en sensibilisant à l'anticolonialisme plusieurs personnalités marquantes de l'histoire du Cameroun : Ruben Um Nyobe (figure la plus emblématique du nationalisme camerounais), Charles Assalé (premier ministre durant une courte période), Gaston Donnat (principal animateur du syndicalisme camerounais dans les années 1950, etc.
Période de tutelle (1946-1960) Après la Seconde Guerre mondiale, l'ONU change le statut du Cameroun qui, de protectorat, devient « mis en tutelle », mais est malgré tout intégré à l'Union française comme les autres colonies. Les activités syndicales sont autorisées à partir du 7 aout 1944 ; le , Gaston Donnat et un groupe de militants fondent la première centrale syndicale camerounaise, l'Union des syndicats confédérés du Cameroun (USCC), qui s'affilie à la CGT. L'USCC organise notamment la manifestation du où l'on appelle à enterrer le colonialisme en même temps que le nazisme.
Le , des colons se réclamant gaullistes constituent l'Association des colons du Cameroun pour défendre la colonisation française et leurs intérêts. Ils sont toutefois considérés avec suspicion par les autorités ; le haut commissaire de la France au Cameroun écrit ainsi que « Il est au Cameroun, au sein du colonat et du commerce européen, un groupe que nous appellerons colons de combat. À les entendre, ils ont sauvé le Cameroun et la France en aout 1940 et leur courage n'a pas faibli quand Rommel a failli aller au Caire. La guerre ne les a pas appauvris. Ceux-là ne sont pas allés à Bir-Hakeim mais, sous l'uniforme et avec leur solde de réservistes; ils ont fait leurs affaires au Cameroun et pris gout à certaines formes de commandement. Ils sont très imbus de la supériorité raciale qu'ils ont adjugée à leur expérience de vieux Camerounais. » Une partie des colons envisage en effet de construire un Cameroun indépendant sur le modèle de l'Afrique du Sud.
En , à Douala, des colons ouvrent le feu sur une manifestation de grévistes la faisant dégénérer en émeute. Les affrontements s'étendent et un avion sera même utilisé pour mitrailler les émeutiers. Officiellement, selon les autorités coloniales, le bilan serait de et , mais les estimations tournent aujourd'hui autour d'une centaine de morts. La presse métropolitaine, notamment en raison de la censure militaire, publie des comptes rendus fantaisistes, attribuant la responsabilité de ces évènements à des « foules indigènes » (comme l'écrit le quotidien Combat) et reprenant les chiffres communiqués par les autorités.
Avec les émeutes de 1955, le représentant colonial français Pierre Messmer reconnait que « la vie politique est baptisée dans le sang ». Les mouvements qui remettent en question l'ordre colonial ne croient plus en la possibilité d'améliorer le sort des colonisés main dans la main avec les colonisateurs. Les premiers syndicats s'organisent à l’initiative de communistes français (qui seront expulsés par l'administration coloniale) et sont rapidement repris en main par des CamerounaisThomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsita, KAMERUN !, 2019. Ruben Um Nyobè prend ainsi la tête de l'Union des syndicats confédérés du Cameroun (USCC). Le , un groupe d'intellectuels et de syndicalistes fonde discrètement, dans un café de Douala, l'Union des populations du Cameroun.
Le Cameroun français, membre de l'Union française
Par la Constitution française du , le Cameroun français devint un « territoire associé », membre de l'Union française, union de droit international comprenant, d'une part, la République française et, d'autre part, les territoires et État associés à celle-ci.
Le Cameroun français : « territoire associé »
La qualité de « territoire associé » plaçait le Cameroun français dans une situation intermédiaire à celles des territoires d'outre-mer de la République française, d'une part, et des « États associés » à celle-ci, d'autre part.
Comme les « territoires d'outre-mer », mais au contraire des « États associés », le Cameroun français n'était pas un État. Il en résultait qu'il n'était pas représenté au Haut-Conseil de l'Union française : aux termes du premier alinéa de l'article 65 de la Constitution du , celui-ci était « composé, sous la présidence du président de l'Union, d'une délégation du gouvernement français et de la représentation que chacun des États associés a la faculté de désigner auprès du président de l'Union ». Il en résulta, d'autre part, que la Cameroun français fut représenté au Parlement de la République française. La loi du , sur la composition et l'élection du Conseil de la République, prévit sa représentation au Conseil.
En revanche, comme les « États associés », mais au contraire des « territoires d'outre-mer », le Cameroun français n'était pas une collectivité territoriale de la République française et était membre de l'Union française. Il en résulta qu'il fut représenté à l'Assemblée de l'Union française. La Constitution du ne prévoyait pas la représentation des « territoires associés » à l'Assemblée de l'Union française : son article 66 disposait que « L'Assemblée de l'Union française est composée, par moitié, de membres représentant la France métropolitaine et, par moitié, de membres représentant les départements et territoires d'outre-mer et les États associés ». Mais la loi du , sur la composition et l'élection de l'Assemblée de l'Union française, prévit sa représentation à l'Assemblée de l'Union française.
En 1946, une Assemblée représentative du Cameroun (ARCAM) fut constituée et Louis-Paul Aujoulat et Alexandre Douala Manga Bell devinrent députés à l'Assemblée nationale française. Deux collèges électoraux sont constitués ; l'un comprenant les colons et l'autre les indigènes. À l'ARCAM, les ont droit à et les trois millions de Camerounais en ont 18 (en outre, le Haut commissaire pour le Cameroun nomme lui-même ). Enfin, le décret du signé par de Gaulle restreint le droit de vote aux « notables évolués » sélectionnés par l'administration française, écartant des électeurs potentiels sur des motifs politiques (syndicalistes, communistes, etc).
Organisation du mouvement indépendantiste 280px|vignette|droite|Dirigeants de l'UPC (Union des populations du Cameroun)